06/07/2004

La qualité française

Sincèrement, je comprends la notion d'exception culturelle française mais je me sens incapable d'adhérer pour autant à un marché protégé, comme pour une réserve d'animaux, où il y aurait un quota fondé non sur la qualité mais sur la langue. Quel plaisir de voir un film agréable et drôle comme La grande séduction, film québecois, ou de voir Big Fish, du génial Tim Burton. Quel ennui de regarder ces films calibrés pour la télévision (Je ne cite pas les noms !) ou les médiocres comédies pour adolescents dont les grands studios nous abreuvent. Le principe serait peut-être de vouloir moins emballer le popcorn ou les états d'âmes dans du nitrate d'argent. Est-il vraiment permis de réclamer un tel prix au public pour qu'il se repaisse des éternels clichés sans cesse rebattus, tout ça parce que l'écran témoin a laissé la place à la télé-réalité?  Pauvre création télé, pauvre cinéma : la seule consolation, c'est que nous échappons encore au pire. Pour combien de temps ?
Plus inquiétant, le modèle ainsi proposé dans nos sociétés devient très étrange. On idéalise la banalité en la masquant de photogénie, on propose une identification à des stéréotypes médiocres et on crée une situation de péril ou d'humiliation : ce type de télévision prétend suivre les aspirations du téléspectateur alors qu'elle en formate les goûts. A cette soif du poncif populaire correspond une prise de position plus bohême mais tout aussi convenue : les films de Catherine Breillat y passent pour un cri de révolte (Personnellement, je pousserais plutôt un soupir d'ennui !), les chansons de Delerm un amusement pour initié (Brassens, reviens !) et les émois amoureux et nombrilistes d'une quelconque adolescent prétendent à la littérature. Méfions-nous : à force de nous plaindre de la médiocrité culturelle, nous finirions par sacrifier à de fausses idoles sous le prétexte qu'elles se prétendent contestataires, même si elles se complaisent dans l'insignifiant. Pire encore, elles nous renvoient une image de la culture morte, insipide et sclérosée. Pourquoi ne serait-il plus possible d'apprécier Burton et Fellini, Kusturica et Woody Allen, Welles et  Siudmak, Sergio Leone et Tod Browning ? Le fait qu'ils ne soient pas français est anodin, et ils ont fait du cinéma populaire sans oublier d'être eux-mêmes mais sans nous l'imposer. L'artiste ne s'admire pas : ce n'est pas sa tâche, c'est parfois un de ses travers. Et dans cet univers médiatique trop lisse, laissez-nous rêver et apprécier les contradictions des individus et cessez de nous berner avec la flagornerie de bon aloi....Osez la critique.  

01:33 Écrit par Ubu | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

Commentaires

:-P Par sympathie

Écrit par : Son cousin | 06/07/2004

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