06/07/2004

Plaisir

               On dit que l'humour est la politesse du désespoir. Je n'y vois pas la politesse. On dit que les choses s'arrangent, en pire. Je ne vois pas les choses.

 

                Il paraît que les borgnes font parfois des bons rois, tout comme les égocentriques se retrouvent humoristes. Ils ont des fins de Moi difficiles : rire est leur coup de pied pour remonter des abysses. Et en fait, ils y prendraient presque plaisir.

 

                Ils voient tout d'un mauvais oeil, d'un mauvais esprit. Ils chahutent la beauté parce qu'ils regrettent que les autres, trop crétins, ne s'arrêtent pas pour l'admirer. Ils grognent ou ils flambent ce qu'ils aiment. Ils flirtent avec les paradoxes morbides par amour incessant de la vie.

 

                Ils craignent les mises en boîtes plus que les mises en bière :  l'avenir les touche peu. Ils ont tout un présent à redécouvrir. Alors, les idées noires, ils les jettent comme autant de vieux jouets au gré de pages folles, de textes fumeux, d'histoires improbables : les mots au rabais sont emportés dans l'univers faisandé des phrases blanches.

 

                Là, ils peuvent être tout noirs à satiété : un jeu de satiété, en quelque sorte. Ils peuvent commettre des homicides au second degré,  des crimes burlesques, des fautes de goût. Ils s'épongent de divers maquillages, ils se contrastent : ils se libèrent.

 

                Aprement déchargés de leurs obscurs lumignons, ils peuvent régler leurs comptes et engueuler le soleil en le regardant de face, côté vie.

 

                C'est le papier qui est perdu : eux ont gagné dans ces jeux dérisoires dont ils se fixent les règles.  Les humoristes sont décidément désespérants.

 

                Ricanements, sarcasmes, rires fous ou gras... Des sons jetés au hasard, le moral dans les chaussettes qui tire-bouchonnent : à force de n'écrire que de soi, on en deviendrait attentif aux autres ; à force de pleurer ou de rire, on finirait par vivre.

 

                Les clowns vivent vieux quand ils sont aimés. Ils résonnent, pauvres cloches, si on les entend. Ils vivent de hasard puéril, de rencontre fortuite : ils sont irresponsables. A mesure d'humanité.

 

                Etre sérieux, c'est être grave. Ne prenez jamais un clown au sérieux, sa pirouette s'effondrerait : son maquillage laisserait ses traînées grasses sur vos beaux habits. Laissez les clowns en pleine ombre rêver à ce qu'ils n'ont jamais vécu.

 

                Ne sont-ils pas désespérants ? 


01:37 Écrit par Ubu | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

Commentaires

:-P Par sympathie

Écrit par : Son cousin | 06/07/2004

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