06/07/2004

Qui Ubu boira !

Il rentra dans la salle à manger. Elle lui semblait confortable, avec ses pièces d'étoffe tendues à même les murs, ses voûtes régulières et ses poutres luisantes d'encaustique. Un feu de brindilles crépitait doucement dans la cheminée. La table, un tronc découpé soutenu par de larges arceaux de fer forgé, était déjà dressée. Les autres convives s'étaient déjà placés, lui-même était le dernier. Il s'assit, avec le minimum de mots qu'il lui fallait articuler pour ne pas paraître impoli sans toutefois  troubler la concentration des honorables membres de la Société Rabelais. Le banquet pouvait commencer.

                Ils engloutirent, baffrèrent, avalèrent, ingurgitèrent, mangèrent, bouffèrent, dévorèrent, déchiquetèrent, mastiquèrent, ingérèrent, boulottèrent, absorbèrent, becquetèrent, croûtèrent, se gavèrent, s'empiffrèrent, se goinfrèrent, banquetèrent de poulardes grasses à souhait, de chapons de belle taille, de gésiers confits, de pot-au-feu, de coqs au vin, de dindes aux marrons, de cailles farcies, de polenta aux petits oiseaux, de grives, de merles, de choucas, d'ortolans, de canards au sang, de foies de volaille flambés au porto, à satiété.

                Deux ou trois convives s'étouffèrent de quelques os, les panses de tous débordèrent bientôt sur les tables parsemées des reliefs du somptueux repas. Il réussit à se lever, confortablement lesté. Embrassant la salle du banquet d'un dernier regard,  il vit des messieurs fort convenables qui s'étreignaient dans une sieste digestive. D'autres s'étaient écroulés sur leurs chaises, les paupières gonflées comme leur ventre. D'autres encore étaient affalés sur la table, la tête dans l'assiette qu'ils lapaient dans un dernier effort mécanique. Les rares restes flottaient dans des monceaux de sauce ou de graisse figée dont le parfum s'insinuait encore dans ses narines. Il tourna les talons et sortit en ce début d'après-midi où luisaient les enseignes des fast-foods et autres snack-bars. Il n'avait plus vraiment faim.

15:24 Écrit par Ubu | Lien permanent | Commentaires (4) |  Facebook |

Commentaires

:-P Par sympathie

Écrit par : Son cousin | 06/07/2004

Question Ce blog, c'est aussi une manière de mieux faire connaissance et d'échanger des informations sur Ubu : êtes-vous aussi couche-tôt que lui ? C'est incroyable comme cet homme n'a aucun sens de la fête !!

Écrit par : Paul | 07/07/2004

Veiller tard L'avenir est à Jacques-Yves Cousteau ! Ne m'obligez pas, cher Paul, à évoquer votre état matinal.

Écrit par : ubu | 07/07/2004

super

Écrit par : | 12/09/2005

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