07/07/2004

Laïque cité

  Je me demande parfois ce que c'est que la laïcité. Un projet de loi récent, dont on n'entend plus parler, prétendait la défendre et pour ce faire, visait les signes extérieurs de religion, en fait le foulard islamique. Etrange paradoxe dans un pays où un parti  au moins continue à se revendiquer d'une doctrine religieuse, où la moitié des élèves sont éduqués dans un enseignement qui s'affiche comme "libre" (contre quelle oppression ?) et où les mouvements religieux prennent position sur tout, surtout lorsqu'on ne leur a pas demandé leur avis et qu'ils n'ont rien à dire d'intéressant.Certains pays européens ont d'ailleurs faire échouer le projet de constitution au nom de leurs fumeux principes. Et si nous cessions un peu cette farce ?
  N'y aurait-il pas derrière ce débat stérile, qui semble déjà figé, l'un de ces mécanismes propices à la bonne "gouvernance" ? Produire du concept, au sens publicitaire du mot, évite au politicien en mal de reconnaissance de se référer à son idéologie (trop lourde !) ou d'adopter une vision pragmatique (faudrait aller sur le terrain !).  Défendre cette interdiction reviendrait à sonner le glas de la politique d'intégration, et, peut-être,  permettrait de ne pas en avouer l'échec. Produire une loi enferrerait l'aveuglement concernant cette situation critique : c'est un peu comme lorsque l'on réforme l'enseignement sans envisager d'y éviter les gaspillages d'énergie et les gabegies structurelles. Les foulards ôtés, qu'est-ce qui changerait pour ces jeunes filles ? Sans doute les remettraient-elles sitôt le seuil de l'école passé : où serait l'acquis éducatif ?
  Evidemment, il faut nous préserver de tous les intégrismes ou d'un quelconque prosélytisme. Comme la laïcité devrait être le pacte d'assise d'une société, qui n'excluerait a priori aucune idéologie mais ne permettrait aucune velléité de domination civile, l'école devrait être au coeur d'un pacte pédagogique selon lequel les matières enseignées et les méthodes d'approches devraient être envisagées dans une perspective critique ou, mieux encore, selon le principe qu'une conviction ne peut être fondée sur des oeillères mais sur l'étude anlytique. L'école devrait interdire de ne pas penser !
   L'école ne doit pas modeler les individus : elle doit les former et les ouvrir tant à eux-mêmes qu'à la société dans laquelle ils vont vivre. L'éducation, si elle réclame le respect de règles de bases pour s'assumer, ne doit jamais se nourrir d'une fièvre d'interdits puérils. Si les hommes politiques veulent véritablement agir, qu'ils se soucient d'abord de ces mouvements extrémistes, nationalistes, xénophobes, fanatiques ou intégristes, qu'ils ont laissé se présenter contre eux, contre notre démocratie.  Et qu'ils cessent enfin de stigmatiser des adolescentes qui ne le méritent pas et de vouloir sanctuariser une école qu'il ont souvent afaiblie. S'ils laissaient les enseignants travailler ?  
 
   
 

03:39 Écrit par Ubu | Lien permanent | Commentaires (4) |  Facebook |

Commentaires

financer des écoles musulmanes comme les cathos Un autre inconvénient de l'interdiction du foulard dans les écoles officielles est un risque de voir les jeunes filles arabo musulmanes fuir vers les écoles confessionnelles ou pire, devoir financer par des deniers publics des écoles musulmanes à l'intérieur desquelles, un double foulard sera exigé ainsi que le port d'une barbe d'au moins 30 cm ! Et je n'ose imaginer l'embrigadement par quelques frères musulmans bien avertis !

Écrit par : Son cousin | 08/07/2004

Plein accord Tout à fait d'accord avec vous cousin : quand se décidera-t-on enfin à replacer les religions dans le seul endroit où elles n'empiètent pas sur le principe démocratique : la sphère privée, ce qui bannira leurs velléités théocratiques. De plus, viser des coutumes vestimentaires équivaut à s'en prendre au thermomètre lorsqu'on est malade : j'ai peine à croire que l'on puisse trouver dans cette prétendue action une voie vers l'émancipation des femmes. Si l'on s'occupait plutôt des mariages forcés ? N'est-ce pas la une forme de prostitution légale qui nécessiterait une action sans concession ? Plus difficile et moins électoraliste, sans doute...

Écrit par : ubu | 12/07/2004

personne n a le droit d imposer personne n a le droit d imposer son opignon ni sur une tenue ni sur une apparence vestimantaire du moment que ce n est pas forcer .si tous le monde respecter l autre il n y aurai ni racisme ni violence mais le monde ne tourne pas comme ça l etre humain est l animal le plus dangereux pour lui meme a nous de changer d abord avant de tous vouloir changer

Écrit par : amie du monde | 12/05/2005

Laïcités N'y aurait-il pas plusieurs laïcités. Une philosphique, qui réfère plutôt à une "croyance" privée. Une autre, politique, dont le but est la garantie du respect d'égalité de tous devant la chose publique, quelle que soit sa (non) confession, son appartenance, ou au contraire, sa non-appartenance à un groupe quelconque?
S'attaquer au foulard, ce n'est pas s'en prendre au thermomètre du fièvreux, c'est tenir compte des symptômes de la maladie. S'en prendre au foulard, c'est aussi s'en prendre à la croix dans des lieux ou le signe religieux peut devenir un élément de provocation... Songeons-y...

Écrit par : cotontige | 10/07/2005

Les commentaires sont fermés.