31/07/2004

Tout conte fait

Il ployait misérablement sous le poids de sa mallette démesurée. Il semblait un enfant puni qui renâcle, la classe finie, à rentrer chez lui. Tout en lui suait le placard et la poussière. On imaginait mal que sa vie ne fût grise et terne, dans un vieil appartement d'un quartier érodé par le temps et la furie immobilière. On imaginait des maisons qui ployaient sous leur âge, des bureaux branlants et décrépis, des chaises bancales, des querelles mesquines. ce vieillard incertain se dirigeait parfois vers le square où des gosses, qui avaient depuis longtemps oublié d'être des enfants,  faisaient mine de s'amuser. Les rares adultes qui tenaient le jardin à l'oeil ne s'en inquiétaient guère : le personnage semblait aussi inoffensif que falot. Pourtant, se seraient-ils approchés, ils auraient entendu, sans les comprendre, ces histoires étranges et cette voix fascinante qui distrayait les moutards de leurs inoccupations du jour. Ils ne s'asseyaient pas pour l'écouter, ils ne l'attendaient pas. Venait simplement le moment où il était là, où leurs semblants de jeux les rapprochaient de lui, où ils entendaient ce qu'il disait comme par inadvertance. Ils n'auraient pu dire ce qu'il racontait, tant l'impression en était diffuse. Plus tard, une éternité de bonheur après, lorsqu'on les rappelait à la maison, leurs pas se succédaient sans qu'ils y réfléchissent. Et, durant la nuit, l'écho de ces paroles, dites d'une voix belle et sincère, rendait hommage à leurs rêves. Ces mots, attrapés au vol, restaient suspendus le lendemain en classe, à la maison, pendant le repas, comme si ce monde où tout n'était que démonstration ne pouvait plus les intéresser dans ses atermoiements quotidiens. Seuls quelques mots, quelques phrases devenaient, non pas des centres d'intérêt, mais leur vie même.

                Un soir, le vieux ne vint plus. A leur inquiétude des premiers jours succéda bientôt l'oubli, ou plutôt cet enfouissement au fond de notre vie que l'on nomme l'oubli, parce que personne ne se souvient à voix haute de ses rêveries, de ses émotions et du charme que quelques mots quelques phrases ont réussi à susciter en nous. Ainsi de ces enfants, des adultes maintenant, qui ne se rappellent pas ces mots qui leur ont permis de vivre réellement, intensément, sans que jamais la routine ne les asservisse.




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Les polis tics

Il y a une institution assez particulière en Belgique : elle s'appelle la Communauté française. Sa spécificité est l'absence de financement direct, en dépit du nombre impressionnant de ministres dont elle se retrouve affublée, tel Zavata de tous ses nez rouges. Il est vrai que les compétences qu'elle gère sont mineures : culture, enseignement, audiovisuel, que de l'anodin. Il y a peu  - précisément avant les élections -, les partis en lice se gargarisaient de leur obtention d'un refinancement global et avantageux. Les avantages se seraient-ils fourvoyés au gré de la création de commisions chargées d'évaluer le travail de groupes d'observation, friands lecteurs de rapports d'évaluation et autres paperasseries bien pratiques pour caler les étagères de guingois, les photocopieuses acharnées et les sièges pour nains ? Nenni : le refinancement est simplement insuffisant et l'équipe arrivée aux affaires envisage déjà des choix (douloureux ?) . On n'ose espérer de lents choix au menu.Les directions d'école vont devoir gérer ces choix à enveloppe fermée : on peut supposer que les compléments de subvention,  forcément exceptionnels, seront alloués au cas par cas et que le clientélisme électoral n'y aura sûrement pas sa part. Et puis,  il faudra assumer les sempiternelles réformes, pédagogiques ou supposées telles, pour se donner une contenance, à défaut de développer un contenu. Ainsi, un projet de nouveau bulletin est apparu dans le courant de l'année passée : sans doute était-il l'émanation de superbes intelligences qui ont l'ambition de former les parents à la maîtrise pédagogique. On y présente une évaluation critériée des savoirs, savoir-faire et compétence : à raison, on ne précise pas la définition de ces différentes notions, sans doute parce que les diverses commissions ont craint de se muer en groupes polyphoniques, elles qui sont tout au plus folkloriques, surtout en phase de digestion. Non content d'avoir créé ce document illisible, le pouvoir organisateur de la Communauté française de Belgique (c'est bien long pour si peu de choses, non ?) envisage de le mettre en application d'ici quelque temps : ce qui signifie un remplacrment coûteux des programmes informatiques actuels au détriment des budgets des écoles. N'est-ce pas un choix budgétaire de qualité, cher contribuable ? Mais les professeurs seront davantage formés : la pléthore de formateurs étiques et souffreteux doit bien donner l'illusion de gagner sa pitance. Sans doute faudra-t-il longuement leur expliquer comment vendre aux élèves et aux parents les nouvelles réformes, les nouveaux projets, les nouveaux programmes, de sorte que personne ne s'interroge jamais sur les gabegies financières d'une institution déjà mal en point mais que nos hommes politiques, toutes tendances confondues, nous promettent plus ambitieuse que jamais . A propos, un enseignement si souvent réformé peut-il encore aller au combat ?

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30/07/2004

Les Satyres

Les Satyres s'ébattaient tranquillement dans la clairière. Ils vagabondaient et s'amusaient comme le font parfois encore les enfants, sans vraies raison mais avec une application forcenée. Les Satyres jouaient donc lorsque survint un étrange personnage vêtu de blanc, long et maigre, un épouvantail à moineaux recouvert d'un linceul, une apparition qui stupéfia suffisamment les Satyres pour les pousser à s'approcher. Pire, ils l'écoutèrent, eux qui d'habitude n'entendaient que la musique sifflotante de leurs flûtes. Il les apostropha, leur démontrant la vanité de leur vie, sans motif et sans gloire, leur adressant des reproches pour leur insouciance, leur caractère, leurs moeurs. Il leur expliqua, avec un sourire paternel, quelles nouvelles voies leur étaient ouvertes, des voies célestes et éternelles, les voies de la divinité, les voies vers l'Homme, créature des dieux. De ses larges bras déployés, il leur montrait l'étendue de ces nouveaux terrains vagues, de ces nouvelles félicités qui leur étaient promises. Il les engagea à se convertir, de crainte que leur attitude ne leur attire le dur châtiment, l'horrible supplice des tourments sans fin. Il revêtit les premiers volontaires de larges houppelandes grises qui sentaient la sueur et la vieille poussière.

                Le temps des massacres était arrivé. Les Satyres, qui n'avaient jamais recherché une bonne raison de vivre, en trouvèrent d'excellentes de s'entre-tuer. Relaps et apostats, nouveau nés, femelles complaisantes, mâles lascifs : tout était chair à leurs morsures, tout était bois à leurs bûchers. Les plus jeunes veillaient à l'orthodoxie de leurs aînés, qu'ils battaient comme plâtre au moindre signe, au moindre geste équivoque. Courir, gambader, siffloter, rire : tout était injure aux divinités et il fallait expier et expier encore. Les sacrifices et les combats, ces nouveaux jeux livrés avec application,  s'intensifièrent si bien que bientôt leur race s'éteignit. Le personnage vêtu de blanc vit les cadavres éparpillés, les clairières ravagées, les sous-bois noircis. Il vit ce paysage désert, ascétique, et jugea que cela était bon.

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28/07/2004

Imaginerf ou imaginouille ? (Cobra)

On a beaucoup parlé l'année passée des intermittents du spectacle, de leurs grèves et de leurs actions qui ont mené au sabordage de différents festivals français. Une attitude suicidaire ? Sans doute. Une inadaptation aux lois du marché ? Sûrement. Le problème financier posé par leur statut provient, en majorité, des sociétés de production audiovisuelle, ces mêmes sociétés d'animateurs-producteurs dont on avait relevé la surestimation il y a quelques années, des sociétés tenues par des gens comme Delarue, qui prétendent imposer un concept pour camoufler leur manque d'idées. Or, cette télévision lambda a toujours son succès populaire et attire les annonceurs publicitaires autant que les spectateurs passifs avides de s'admirer dans leur foire aux vanités : impossible de citer toutes ces émissions dont la médiocrité sert de référence. Et puis, il y a le spectacle vivant, coûteux et pas toujours enthousiasmant, qui innove et se perd parfois dans les méandres de ses vrais concepts, de ses émotions assumées ou intellectualisées, mais qui offre certaines perspectives de variétés. Evidemment, il est très difficile de sponsoriser une troupe chorégraphique ou dramatique : une Andromaque revêtue d'un "survet" Adidas serait peu crédible, le récit ne semontrant pas assez sportif puisque la faible y gagne. On comprend ainsi très bien le raisonnement du Medef et de la droite française : il leur est impossible de payer aussi cher pour ce qui suscite la réflexion, et peut-être la subversion de celui qui se met à penser, ce qui n'entre ni dans une logique du travail, ni dans celle des loisirs organisés. Si j'ai été parfois très critique vis de certains spectacles - je ne parle pas ici de ceux de Jean Lefèvre, dont le style de jeu a sans doute influé sur la télé-réalité de nos lucarnes quotidiennes  - c'est parce que ceux-ci me demandaient une adhésion que je n'avais pas envie de leur donner. C'est peut-être dans cette possibilité du refus sporadique que réside la liberté de la culture, loin des anecdotes insignifiantes de la mauvaise télévision. Vivement la nouvelle saison.    

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Jazz hotte

On avait annoncé la mort du jazz il y a quelques années : encore un coup à Nostradamus, le saint patron des prédictions approximatives, l'ancêtre de la météo en quelque sorte. Tout le monde a maintenant entendu parler de Diana Krall, qui chante pas mal et joue plutôt bien du piano. Les garçons ont fini par se réveiller ; Peter Cincotti, Kurt Elling, Michael Bubble nous font les crooners speedés (autre chose que le sympathique mais peu talentueux Sacha, disent-elles, sauf quand il arpégeait sa guitare jazz). Quant aux filles, la française Annie Ducros, les bossanovistes Eliane Elias, Lisa Ono, Rosa Pasos, Cibelle poursuivent la voie tracée par Bebel Gilberto, qui avait déjà elle-même une charmante maman : le fille d'Ipanema, ça vous dit quelque chose ? Alors, ne perdez pas votre temps avec les daubes de la Star Ac, les danseuses qui miaulent leurs mélodies contreplanquées et choisissez l'entrée des artistes. Allez vous ouvrir les esgourdes sur le site de la Fnac, par exemple, ou à la médiathèque d'ici quelques mois. God save the swing !

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27/07/2004

Peine de principe

Il semblerait que la diffamation soit un crime véniel : la jeune femme qui a commis ce bien pieux mensonge en prétendant avoir été agressée dans le RER se voit condamner à une peine de principe. Sans doute est-ce aussi selon le principe de la rapidité que les politiques et les médias français, sur la foi d'une dépêche de l'AFP, se sont laissé aller à des affirmations peu mesurées. Sans doute est-ce au nom de ses principes qu'Ariel Sharon a lancé un appel aux Juifs de France pour qu'ils s'expatrient : il doit juger que des injures, mêmes biens réelles, sont plus dangereuses que des attentats. Et puis, il y a cette manière de concevoir certains groupes sur la base de leur religion ou de leur couleur de peau : cette attitude n'a malheureusement jamais été réservée à l' extrême-droite et à ses sbires. Il ya quelques années, un véritable attentat eut lieu Rue des Rosiers: Monsieur Barre déplora alors que l'attentat qui visait une synagogue ait même atteint des Français (innocents ?). Quelques années plus tard, l'actuel président de la République a plaint ceux qui devaient vivre dans la promiscuité de "bruits et d'odeurs" qui ne devaient être ni des accords de bourrées, ni des effluves de camembert, je suppose. On vit même, en Belgique, un bourgmestre socialiste d'Anvers préconiser le ghetto pour les populations nord-africaines. Est-ce du pur poujadisme ou s'agit-il d'une de ces représentations qui nous colle tant à la peau que l'illusion vient transformer la réalité que nous vivons ? Nous transformons ainsi nos petites aventures en conflits ethniques, comme si un agresseur n'était pas seulement un pitoyable abruti ou une lamentable crapule. Et nos médias de s'engouffrer dans le goulet de nos petites peurs minables au détriment de la recherche de la vérité. Alors, Marie Léoni est-elle la seule mythomane de cette histoire ?

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24/07/2004

Larcenet sans vieilles dentelles

Si vous ne connaissez pas la BD, ou si vous pensez que vous n'aimez pas ça, suivez le lien vers Larcent, le site "pas officiel" : vous verrez pourquoi on appelle ça le neuvième art. La photo est une parodie réalisée par Geluck pour le Soir et elle est disponible sur le site.

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23/07/2004

Salut l'artiste !

Et un de plus qui est parti. Comme Philippe Léotard, il faisait partie de ces acteurs chanteurs toujours sur la corde raide : leurs têtes  inspiraient la fragilité. Encore un de ces artistes dont on se souvient trop tard qu'ils étaient encore vivants...

12:16 Écrit par Ubu | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

22/07/2004

C'est censé avoir un sens ?

Tout cela est censé avoir un sens : les revendications idéologiques, les diatribes nationalistes, les convictions religieuses, les principes moraux, les bonnes intentions, les mauvaises pratiques, les illusions perdues, les aphorismes cyniques... Les politiques nous promettaient des moyens : ils prescrivent maintenant des choix. Siemens Allemagne menace ses ouvriers de délocaliser leur entreprise s'ils n'acceptent pas de travailler davantage sans être augmentés.Et ne parlons même pas de la sécurité sociale réformée en France.  L'Europe des droits sociaux est en train de partir en c..., comme si l'on voulait faire payer au citoyen son relatif bien-être au prix fort. Les hommes politiques ne cessent de se plaindre de leur perte de reconnaissance : les taux d'abstention des dernières élections européennes sont éloquents. Quel crédit pouvons-nous encore accorder à ceux qui privatisent nos organes sociaux, qui les mutilent en fait ? Ils se sont comportés en mauvais boutiquiers : ils nous font payer leurs faillites. Ils nous font croire que la concurrence rapporte au consommateur : les bénéfices des entreprises privées laisseraient entendre le contraire. J'espère que personne ne sera suffisamment crétin pour accepter une privatisation de l'enseignement :  les larges subventions accordées à l'enseignement prétendu libre, c'est-à-dire soumis à l'une ou l'autre doctrine, suffisent à notre gabegie coutumière. Quant aux autres services publics, il est peut-être déjà trop tard.

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21/07/2004

Rusé Renard

"Un artiste ne gagne jamais d'argent par son art, mais par ce qu'il sait mettre à côté."

Jules Renard, Journal

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Une petite citation

"Parfois, ce qu'on a sur le coeur s'entend mieux que ce qu'on dit avec la langue"

Jean-Claude Izzo, Solea, Gallimard


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20/07/2004

Rémy Van den Abeele

Quelques mots pour vous parler d'un peintre : Rémy Van den Abeele. C'est quelqu'un d'un grand talent, d'une folle imagination et injustement méconnu. Evidemment, il n'est plus tout à fait au goût des tendances artistiques contemporaines mais je me trouve regrettable que l'on méprise notre patrimoine dans notre petit pays. Bien sûr, il n'a pas de talent pour la communication, il est âgé -puisqu'il est né en 1918-, il n'est pas très médiatique. Sans doute vivons-nous trop dans notre société du spectacle, où l'on recherche le saltimbanque derrière l'artiste, afin de ne pas être ennuyeux et d'obtenir sa petite audience. Regrettable, non ? Alors, une petite pensée pour les artistes, afin de ne pas nous priver des plaisirs de la beauté...

02:37 Écrit par Ubu | Lien permanent | Commentaires (9) |  Facebook |

19/07/2004

"Je ferai pour l'enseignement ce que j'ai fait pour Binche"M

"Je ferai pour l'enseignement ce que j'ai fait pour Binche"

Maria Arena,
notre nouveau ministre

18:18 Écrit par Ubu | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook |

07/07/2004

Laïque cité

  Je me demande parfois ce que c'est que la laïcité. Un projet de loi récent, dont on n'entend plus parler, prétendait la défendre et pour ce faire, visait les signes extérieurs de religion, en fait le foulard islamique. Etrange paradoxe dans un pays où un parti  au moins continue à se revendiquer d'une doctrine religieuse, où la moitié des élèves sont éduqués dans un enseignement qui s'affiche comme "libre" (contre quelle oppression ?) et où les mouvements religieux prennent position sur tout, surtout lorsqu'on ne leur a pas demandé leur avis et qu'ils n'ont rien à dire d'intéressant.Certains pays européens ont d'ailleurs faire échouer le projet de constitution au nom de leurs fumeux principes. Et si nous cessions un peu cette farce ?
  N'y aurait-il pas derrière ce débat stérile, qui semble déjà figé, l'un de ces mécanismes propices à la bonne "gouvernance" ? Produire du concept, au sens publicitaire du mot, évite au politicien en mal de reconnaissance de se référer à son idéologie (trop lourde !) ou d'adopter une vision pragmatique (faudrait aller sur le terrain !).  Défendre cette interdiction reviendrait à sonner le glas de la politique d'intégration, et, peut-être,  permettrait de ne pas en avouer l'échec. Produire une loi enferrerait l'aveuglement concernant cette situation critique : c'est un peu comme lorsque l'on réforme l'enseignement sans envisager d'y éviter les gaspillages d'énergie et les gabegies structurelles. Les foulards ôtés, qu'est-ce qui changerait pour ces jeunes filles ? Sans doute les remettraient-elles sitôt le seuil de l'école passé : où serait l'acquis éducatif ?
  Evidemment, il faut nous préserver de tous les intégrismes ou d'un quelconque prosélytisme. Comme la laïcité devrait être le pacte d'assise d'une société, qui n'excluerait a priori aucune idéologie mais ne permettrait aucune velléité de domination civile, l'école devrait être au coeur d'un pacte pédagogique selon lequel les matières enseignées et les méthodes d'approches devraient être envisagées dans une perspective critique ou, mieux encore, selon le principe qu'une conviction ne peut être fondée sur des oeillères mais sur l'étude anlytique. L'école devrait interdire de ne pas penser !
   L'école ne doit pas modeler les individus : elle doit les former et les ouvrir tant à eux-mêmes qu'à la société dans laquelle ils vont vivre. L'éducation, si elle réclame le respect de règles de bases pour s'assumer, ne doit jamais se nourrir d'une fièvre d'interdits puérils. Si les hommes politiques veulent véritablement agir, qu'ils se soucient d'abord de ces mouvements extrémistes, nationalistes, xénophobes, fanatiques ou intégristes, qu'ils ont laissé se présenter contre eux, contre notre démocratie.  Et qu'ils cessent enfin de stigmatiser des adolescentes qui ne le méritent pas et de vouloir sanctuariser une école qu'il ont souvent afaiblie. S'ils laissaient les enseignants travailler ?  
 
   
 

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06/07/2004

Qui Ubu boira !

Il rentra dans la salle à manger. Elle lui semblait confortable, avec ses pièces d'étoffe tendues à même les murs, ses voûtes régulières et ses poutres luisantes d'encaustique. Un feu de brindilles crépitait doucement dans la cheminée. La table, un tronc découpé soutenu par de larges arceaux de fer forgé, était déjà dressée. Les autres convives s'étaient déjà placés, lui-même était le dernier. Il s'assit, avec le minimum de mots qu'il lui fallait articuler pour ne pas paraître impoli sans toutefois  troubler la concentration des honorables membres de la Société Rabelais. Le banquet pouvait commencer.

                Ils engloutirent, baffrèrent, avalèrent, ingurgitèrent, mangèrent, bouffèrent, dévorèrent, déchiquetèrent, mastiquèrent, ingérèrent, boulottèrent, absorbèrent, becquetèrent, croûtèrent, se gavèrent, s'empiffrèrent, se goinfrèrent, banquetèrent de poulardes grasses à souhait, de chapons de belle taille, de gésiers confits, de pot-au-feu, de coqs au vin, de dindes aux marrons, de cailles farcies, de polenta aux petits oiseaux, de grives, de merles, de choucas, d'ortolans, de canards au sang, de foies de volaille flambés au porto, à satiété.

                Deux ou trois convives s'étouffèrent de quelques os, les panses de tous débordèrent bientôt sur les tables parsemées des reliefs du somptueux repas. Il réussit à se lever, confortablement lesté. Embrassant la salle du banquet d'un dernier regard,  il vit des messieurs fort convenables qui s'étreignaient dans une sieste digestive. D'autres s'étaient écroulés sur leurs chaises, les paupières gonflées comme leur ventre. D'autres encore étaient affalés sur la table, la tête dans l'assiette qu'ils lapaient dans un dernier effort mécanique. Les rares restes flottaient dans des monceaux de sauce ou de graisse figée dont le parfum s'insinuait encore dans ses narines. Il tourna les talons et sortit en ce début d'après-midi où luisaient les enseignes des fast-foods et autres snack-bars. Il n'avait plus vraiment faim.

15:24 Écrit par Ubu | Lien permanent | Commentaires (4) |  Facebook |

Plaisir

               On dit que l'humour est la politesse du désespoir. Je n'y vois pas la politesse. On dit que les choses s'arrangent, en pire. Je ne vois pas les choses.

 

                Il paraît que les borgnes font parfois des bons rois, tout comme les égocentriques se retrouvent humoristes. Ils ont des fins de Moi difficiles : rire est leur coup de pied pour remonter des abysses. Et en fait, ils y prendraient presque plaisir.

 

                Ils voient tout d'un mauvais oeil, d'un mauvais esprit. Ils chahutent la beauté parce qu'ils regrettent que les autres, trop crétins, ne s'arrêtent pas pour l'admirer. Ils grognent ou ils flambent ce qu'ils aiment. Ils flirtent avec les paradoxes morbides par amour incessant de la vie.

 

                Ils craignent les mises en boîtes plus que les mises en bière :  l'avenir les touche peu. Ils ont tout un présent à redécouvrir. Alors, les idées noires, ils les jettent comme autant de vieux jouets au gré de pages folles, de textes fumeux, d'histoires improbables : les mots au rabais sont emportés dans l'univers faisandé des phrases blanches.

 

                Là, ils peuvent être tout noirs à satiété : un jeu de satiété, en quelque sorte. Ils peuvent commettre des homicides au second degré,  des crimes burlesques, des fautes de goût. Ils s'épongent de divers maquillages, ils se contrastent : ils se libèrent.

 

                Aprement déchargés de leurs obscurs lumignons, ils peuvent régler leurs comptes et engueuler le soleil en le regardant de face, côté vie.

 

                C'est le papier qui est perdu : eux ont gagné dans ces jeux dérisoires dont ils se fixent les règles.  Les humoristes sont décidément désespérants.

 

                Ricanements, sarcasmes, rires fous ou gras... Des sons jetés au hasard, le moral dans les chaussettes qui tire-bouchonnent : à force de n'écrire que de soi, on en deviendrait attentif aux autres ; à force de pleurer ou de rire, on finirait par vivre.

 

                Les clowns vivent vieux quand ils sont aimés. Ils résonnent, pauvres cloches, si on les entend. Ils vivent de hasard puéril, de rencontre fortuite : ils sont irresponsables. A mesure d'humanité.

 

                Etre sérieux, c'est être grave. Ne prenez jamais un clown au sérieux, sa pirouette s'effondrerait : son maquillage laisserait ses traînées grasses sur vos beaux habits. Laissez les clowns en pleine ombre rêver à ce qu'ils n'ont jamais vécu.

 

                Ne sont-ils pas désespérants ? 


01:37 Écrit par Ubu | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

La qualité française

Sincèrement, je comprends la notion d'exception culturelle française mais je me sens incapable d'adhérer pour autant à un marché protégé, comme pour une réserve d'animaux, où il y aurait un quota fondé non sur la qualité mais sur la langue. Quel plaisir de voir un film agréable et drôle comme La grande séduction, film québecois, ou de voir Big Fish, du génial Tim Burton. Quel ennui de regarder ces films calibrés pour la télévision (Je ne cite pas les noms !) ou les médiocres comédies pour adolescents dont les grands studios nous abreuvent. Le principe serait peut-être de vouloir moins emballer le popcorn ou les états d'âmes dans du nitrate d'argent. Est-il vraiment permis de réclamer un tel prix au public pour qu'il se repaisse des éternels clichés sans cesse rebattus, tout ça parce que l'écran témoin a laissé la place à la télé-réalité?  Pauvre création télé, pauvre cinéma : la seule consolation, c'est que nous échappons encore au pire. Pour combien de temps ?
Plus inquiétant, le modèle ainsi proposé dans nos sociétés devient très étrange. On idéalise la banalité en la masquant de photogénie, on propose une identification à des stéréotypes médiocres et on crée une situation de péril ou d'humiliation : ce type de télévision prétend suivre les aspirations du téléspectateur alors qu'elle en formate les goûts. A cette soif du poncif populaire correspond une prise de position plus bohême mais tout aussi convenue : les films de Catherine Breillat y passent pour un cri de révolte (Personnellement, je pousserais plutôt un soupir d'ennui !), les chansons de Delerm un amusement pour initié (Brassens, reviens !) et les émois amoureux et nombrilistes d'une quelconque adolescent prétendent à la littérature. Méfions-nous : à force de nous plaindre de la médiocrité culturelle, nous finirions par sacrifier à de fausses idoles sous le prétexte qu'elles se prétendent contestataires, même si elles se complaisent dans l'insignifiant. Pire encore, elles nous renvoient une image de la culture morte, insipide et sclérosée. Pourquoi ne serait-il plus possible d'apprécier Burton et Fellini, Kusturica et Woody Allen, Welles et  Siudmak, Sergio Leone et Tod Browning ? Le fait qu'ils ne soient pas français est anodin, et ils ont fait du cinéma populaire sans oublier d'être eux-mêmes mais sans nous l'imposer. L'artiste ne s'admire pas : ce n'est pas sa tâche, c'est parfois un de ses travers. Et dans cet univers médiatique trop lisse, laissez-nous rêver et apprécier les contradictions des individus et cessez de nous berner avec la flagornerie de bon aloi....Osez la critique.  

01:33 Écrit par Ubu | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

05/07/2004

Les photos et autres illustrations

En théorie, les photographie reproduites sont libres de droits pour un usage non commercial. En cas de problème, n'hésitez pas à me contacter. Merci d'avance.

22:18 Écrit par Ubu | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook |

La chorégraphie ne se danse pas à pas

J'ai parfois une étrange impression lors de spectacles de danse contemporaine : tantôt l'émotion survient, brute malgré la réflexion dont la chorégraphie est l'aboutissement ; tantôt, la danseuse préfère la démarche à l'entrechat (c'est un des rares pas de danses dont je connaisse le nom : à moins que le triple axel...). J'ai eu le plaisir d'assister à une spectacle de Michèle Noiret, au théâtre des Tanneurs, il y a quelques mois : elle nous y invitait dans une plongée sensuelle et parfois angoissante au coeur de nos territoires intimes. Et, quoique désorienté parfois, je me laissais aller au plaisir de la découverte, me prêtant à croire que ce type d'expression pouvait sonder des contrées inexplorées. Le kunstenfestival des arts me fit déchanter à deux reprises : je me méfierai à l'avenir de Paula Buelens et de Olga de Soto. Si la première chorégraphie était juste dans la mode du "je-fais-n'importe-quoi" sur un ton très convaincu à défaut d'être convaincant, la seconde se présentait comme une installation vidéo consacrée au ballet de Cocteau, Le jeune homme et la mort. Lorsqu'une danseuse évoque sa démarche, je m'attends à du mouvement, esthétique ou touchant. Les quelques pas que fit Olga de Soto pour aller d'un écran vidéo à un autre ne me convainquirent guère. Pire, le propos de ces témoins d'une chorégrapie mi-oubliée m'irritèrent d'autant plus qu'ils auraient pu me toucher si je n'avais eu l'étrange sensation d'un lamentable gâchis. Si l'on m'avait dit qu'il ne s'agissait pas d'un spectacle, peut-être n'aurais-je pas éprouvé de rancoeur. En fait, je n'aime pas la télévision, y compris quand elle phagocyte les salles de spectacle : les créateurs feraient bien de se souvenir de la qualité du théâtre vivant. Et j'espère que Madame de Soto s'est remise de sa démarche mal assurée.

22:15 Écrit par Ubu | Lien permanent | Commentaires (5) |  Facebook |

La politique culturelle

La politique culturelle, keseksa ? Il paraît que nous en disposons en communauté française. Et sa cohérence est admirable. Voyez plutôt : implantation d'un théâtre dans un ancien cinéma, achat d'un théâtre en Avignon, diffusion de mauvaises pièces de boulevard dans les centres culturels, ronde des ministres aux compétences incertaines. Et pourtant, le public vient encore assister à des spectacles, dont certains sont de qualité, et prouve aux politiciens qu'il préfère la qualité artistique au poujadisme boutiquier. Quand nos édiles se rappelleront-ils que le service public n'est pas simplement une sorte de patronage électoral ? Quand oseront-ils s'intéresser à la création artistique ? Quand nos artistes nous auront tous quitté ?
Pourquoi ne pas rêver un peu ? Imaginons-nous que surviendra enfin un ministre de la culture moins soucieux de mondanités que de qualité esthétique.

21:28 Écrit par Ubu | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

Roulez genèse

Enfin, il vint. Si vous avez de propos dérisoires, de brèves de comptoir sans comptoir, de coups de gueule, de texticules bien accrochés, c'est par ici : le barbare est ouvert.

20:57 Écrit par Ubu | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook |