31/08/2004

A mes élèves qui ont déjà réussi leur vie...

Et oui, le jour fatidique approche. Dès demain, mes m'sieur m'sieurs vont me poser des questions. Dans quelques jours, quand je tonitruerai un bon coup, ils me demanderont pourquoi je ne chante pas dans un opéra. J'aurai encore quelques embryons de crise cardiaque à la vue de leurs écrits parce que je n'aurais vraiment jamais imaginé que l'on écrive un mot de cette façon-là. Et de bonnes surprises, sans doute, qui danseront avec les déceptions, quand ils poseront des questions ou des réflexions qui dépasseront les bêtes cotes que je dois bien me résigner à leur infliger. Et des coups de sang, enfin, quand j'entendrai ces pédagogues qui prétendent, ces politiques qui pontifient, ces parents qui renoncent. Je râlerai alors contre ma toute relative indulgence, qui m'incite à les comprendre, mes élèves, même si je n'y réussis pas toujours,  mais qui ne m'empêche jamais d'exiger ce dont ils ne croyaient pas être capables pour qu'ils apprécient qui ils sont déjà. L'enseignant devrait toujours prendre le risque de l'intelligence contre le conformisme, quoique son employeur lui demande. Le principe du pédagogue n'est-il pas que son élève le démode sans cesse davantage ?  

22:40 Écrit par Ubu | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

En saignant ?

La rentrée approche. Les profs vont retourner au boulot, retrouver leurs élèves  -ce qui n'est pas toujours une épreuve- et se voir confrontés aux fruits (transgéniques ?) des réformes imposées par des pédagogues de chambre ou de cabinet : c'est un peu comme les pots, il faut bien qu'on les vide de temps à autre. Depuis plus de vingt ans, ils sont les acteurs privilégiés de la régression de notre enseignement : leurs diktats pédagogiques s'avèrent de très beaux tours  où l'illusion et la communication masquent de leurs flamboiements l'inénarrable crétinerie d'une réflexion close sur elle-même. Ils suggèrent avec force un nouveau bulletin, pratique comme un horaire de train (dixit un élève !), que les professeurs contestent : le bulletin sera adopté, au prix, pour les écoles, d'un changement coûteux de programme informatique. D'autres (ou les mêmes peut-être ?) prônent un retour aux formations : en catastrophe, on exhume quelques momies qui viendront ressasser leur ennuyeux discours à des enseignants encaqués dans cette seule incertitude : nous prendrait-on pour des cons ? D'échecs en échecs, les diverses réformes pleuvent, sans jamais laisser de points de repères, sans jamais fixer les lacunes réelles d'un enseignement mal financé, où l'on préfère des opérations de communication sans lendemain à des pratiques de terrain, où l'on brise les enthousiasme par  une pléthore d'actes administratifs tout en s'étonnant d'une pénurie bien prévisible (trois mille postes supprimés en 1996!). Alors, attention école, ralentir ?

07:13 Écrit par Ubu | Lien permanent | Commentaires (5) |  Facebook |

30/08/2004

Zazou, zazou

Par un heureux hasard, j'ai pu voir la diffusion du spectacle Zazou de Jérome Savary, en clôture des cérémonies qui commémoraient la libération de Paris. Hormis le fait que certains participants chantaient comme des casseroles - dont la fille de Savary- , le choix de ces petites musiques me semblait incontestablement judicieux. Les zazous, excroissance du swing, résistaient à leur manière. Au chants martiaux, ils opposaient leurs "Je suis swing" ; face aux tenues vert-de-gris, ils brandissaient leurs pantalons de golf, leurs vestes à carreaux, leurs bas blancs ; au salut nazi, ils répondaient par un doit qui tournicotait joyeusement. Un ami à moi, 
adolescent à cette époque, me racontait combien cette résistance, pour dérisoire qu'elle lui ait paru, lui avait été nécessaire et il déplorait que l'on ne lui ait jamais rendu hommage.Ainsi, alors que l'on propage le mythe d'une France combattante, jetant un voile pudique sur les succès du pétainisme, on oublie que quelques zazous défilèrent, au risque de leur peau, sur les Champs-Elysées, porteurs de deux gaules, en glorieux combattants de l'humour qu'ils étaient : ils ne furent pourtant admis à aucune cérémonie d'hommage. Il n'y a pas que les actions qui comptent : l'élégance est toujours admirable. Quand rendra-t-on hommage aux civils qui combattirent ou brocardèrent l'occupant ? Quand il sera trop tard ?  


09:34 Écrit par Ubu | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

27/08/2004

Cesare Battisti

Il semblerait que Cesare Battisti soit en fuite (voir l'article de Marianne Dautrey dans le Charlie-Hebdo de cette semaine). Cet ancien activiste italien, condamné par contumace par les tribunaux des années de plomb en Italie, avait bénéficié des mesures décidées par Mitterand dans les années 80 : droit d'asile contre cessation des activités politiques. Alors, il s'était mis à écrire de superbes polar, parus à la Série noire et chez Rivages,  qui traduisaient sa générosité et ses désillusions  : Avenida Revolucion, Dernières cartouches. Le 10 février 2004, Le garde des Sceaux Dominique Perben le fait arrêter,  alors qu'il est sur le point d'obtenir sa naturalisation, et envisage de répondre à la demande d'extradition du gouvernement italien.Libéré mais placé sous contrôle judiciaire, Battisti aurait donc trahi son engagement de rester à la disposition de la justice : quelle audace, pour un non politicien, que de ne pas tenir ses promesses ! Il est vrai que les décisions politiques sont faites pour être assumées : qu'un ministre de droite livre à un gouvernement qui compte des ministres d'extrême-droite un ancien gauchiste témoigne de la cohérence d'un gouvernement sécuritaire et peu soucieux de la catastrophe sociale qu'il est en train de créer. Mais rassurons-nous, le droit d'asile reste sacré en France : il reste inimaginable de renvoyer l'un ou l'autre dictateur réfugié sur la Côte d'Azur, Baby Doc par exemple,, vers son pays d'origine pour qu'il puisse y être jugé. Et les dictateurs qui présenteront une demande polie seront accueillis avec les honneurs... Au fond, le président de la République lui-même ne sait-il pas ce que vivent ces pauvres délinquants égarés ?  N'en est-il pas un lui-même ?

04:42 Écrit par Ubu | Lien permanent | Commentaires (5) |  Facebook |

Le sport, aventure moderne ?

Cynisme ou irresponsabilité ? Les accusations de dopage pleuvent aux JO mais l'essentiel de l'information sportive est consacrée aux exploits supposés des porte-sponsors de luxe d'Athènes. On en viendrait presque à croire que le sport occulte ses scandales et que le journalisme sportif devrait être classé dans la rubrique "divertissements". A quand de véritables investigations sur la politique sportive des dictatures, le dressage des champions (élevés au supplice du pal ?), et les finances sportives ?  



02:10 Écrit par Ubu | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

Sec ou à l'eau ?

Aux Jeux olympiques, les nageurs vont tellement vite dans les piscines, c'est à se demander s'ils aiment vraiment l'eau.

Laurent Ruquier


02:02 Écrit par Ubu | Lien permanent | Commentaires (4) |  Facebook |

22/08/2004

Pape musée

Encore des déclarations ineptes de notre cher -et même très cher, vu le prix de ses agapes à Lourdes-  homme en blanc, jolie robe mais pas de sac, ce qui est une faute de goût. Les femmes doivent donc être les sentinelles de l'invisible selon Jean-Popaul : qu'entend-il donc par là ? Que les dessous de nos chers et tendres, de nos chairs préférées, doivent tendre (et il n'y a pas qu'elles !) à l'invisibilité ? Qu'il nous faut raccourcir leurs chaînes pour les cantonner à la cuisine ou à la buanderie ? Qu'il a la vue qui baisse, au point de ne plus remarquer la cohorte de soeurs qui le ferait s'attarder sur leurs sacrées tentations ? Etrange, n'est-ce pas, cette manie qu'ont certains de vous délimiter dans leurs goûts et dans leurs obsessions. Certains catholiques, même des femmes, n'ont pas quitté le stade de la maman et la putain et fourbissent leurs obsessions masturbatoires au gré de leurs voyages organisées, avec un petit coup de goupillon à l'eau Lourdes. Leur rejet de la femme est significatif : les religions les aiment servantes de leur homme, domestiques et machines à procréer. Ce discours caricatural nuit à ceux qui se disent croyants mais que la consternation afflige face à ces propos. Peut-être faudrait-il refuser toute légitimité à qui se revendique du discours papal, à qui croit en son infaillibilité et traiter comme n'importe quelle secte ces fondamentalistes et traditionnalistes qui ne cessent de blâmer notre comportement parce que leurs soutanes les gratouillent trop ? Et puis, le Vatican ne fonctionne-t-il pas comme une dictature ? Que les modérés se décident enfin à ne pas laisser ces discours simplistes et phallocrates les submerger. Et que l'on en vienne enfin à la laïcité de l'Etat partout en Europe, puisque la religion ne peut être tolérante que lorsqu'elle n'exerce aucun pouvoir. Enfin, tant qu'il est permis de préférer la démocratie aux théocraties...

19:47 Écrit par Ubu | Lien permanent | Commentaires (3) |  Facebook |

Danse : corps accords

Très beau spectacle que le Loom de Manuela Rastaldi présenté aux Brigittines ( http://www.brigittines.be ) lors du festival. Trois écrans blancs dans la chapelle sombre. Des ombres semblent affleurer dans un silence oppressant, puis les corps traversent les lattes plastiques, partie après partie, morceau après morceau . Ensuite, les danseuses apparaissent et s'effleurent sans jamais se toucher, comme si le corps à corps ne pouvait induire le contact : pourtant la sensualité émanait de ce refus des corps. A conseiller à ceux qui attendent la mort du cygne (et pourtant, j'aime bien Tchaïkovski !) et la glissade inévitable des chorégraphies martelées en télé. Je signale aussi que sur le site de la géniale chaîne Arte ( http://www.arte-tv.com ), plusieurs vidéos de danse sont visibles. Alors, rendez-vous aux Tanneurs, au Kaaitheater, à L'l et aux Brigittines pour la saison qui s'annonce. Et vive les spectacles vivants.

00:31 Écrit par Ubu | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

20/08/2004

Douceur de vivre

Vous méritez peut-être de voir la tête de celui qui vous écrit : voici Ubu en train de montrer son affection et sa tendresse à un copain photographe. Son charme cinégénique -n'a-t-il pas joué dans le remake du Clan des Siciliens, troisième brute au fond à gauche- lui a valu des attentions touchantes et des regards exaspérés. Le petit signe amical s'adresse aux autorités de tout poil, aux modèles de toutes sortes : Ubu ébloui par les flambeaux du pouvoir les emmerdre tous , il n'aime pas les califes incompétents, les chefaillons, les pubeux. Ubu a un peu mauvais caractère et n'aime pas la connerie, surtout quand elle rentre en concurrence avec la sienne : il préfère le décervelage expansé (comme pour le polystyrène, il ignore ce que ça peut bien vouloir dire !). Ubu n'aime pas l'étalage de bons sentiments, les prêches et les pontifes. Ubu n'aime pas les autres ronchons, les paranos, les réacs : Ubu n'aime pas le journal Ubu. Ubu aime bien ses copains mais préfère leur faire la bise en direct. Vive l'anarchie et mort aux cons ! Vaste programme, non ?

23:36 Écrit par Ubu | Lien permanent | Commentaires (3) |  Facebook |

Dans le doute, continuons...

J'éprouve quelques doutes, j'émets quelques réserves : on voudrait donc que les 40 heures soient réinstaurées, et payées 36 comme de bien entendu. Tiens, 36, ça me rappelle quelque chose : le Front populaire, non ? Etrange logique commerciale, boutiquière, où la qualité du travail et sa rémunération correcte sont vouées aux gémonies (ce qui représente une sacrée délocalisation !), où l'on (la FEB) gémit de ne plus avoir de main d'oeuvre compétente sans cesser de brader les ouvriers qualifiés, où la norme de la rente devient la règle de tous. Ainsi, les fonds de pension (privés) déterminent la rentabilité nécessaire du travail et, a fortiori, ses repères. Ainsi, la bourse nous choisit notre vie. Ainsi, on prétend à la compétitivité au détriment de la qualité : qualité de la vie d'abord, des produits ensuite. Et le cynisme d'augmenter le temps de travail dans une région fortement marquée par le chômage ne semble pas être un obstacle. A quand les pavés sous la plage horaire ?

01:09 Écrit par Ubu | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

L'homme descend du songe

Les Jeux olympiques ont repris. Le moment de garder un calme olympien est revenu : la course aux lauriers, les serins et les seringues (Timeo Danaos et dopa ferentes !), les athlètes-sandwiches, tout un spectacle dont l'esthétique relève de l'arrière-boutique. C'est à une messe que l'on assiste : les rites sont respectés, l'hypocrisie reste consensuelle. Quelques amateurs concourent pour la beauté du geste : ainsi, une émission les présentait l'autre dimanche. Dans cette production du service des sports de la BBC, des animaux rivalisaient, un peu comme dans les dessins animés de Picha il y a quelques années. C'était beaucoup plus amusant que le lamentable spectacle de ces stades chamarrés de banderoles du plus mauvais goût, que ces commentaires insignifiants et médiocres des "journalistes sportifs" (ou c'est un pléonasme, ou ces braves gens sont des adeptes du jogging matinal !). Hormis ce moment agréable, rien ne subsistera de ces jeux de plus en plus professionnels et compétitifs : les sportifs ne conçoivent plus la beauté du geste. Et le rêve du sport n'est guère qu'une triste réalité, semaine commerciale sans gloire ni beauté, à l'image d'une société où la réussite ne se proclame que lors de compétitions. Alors, à défaut de beaux exploits humains, vive les zoolympiades... 

00:48 Écrit par Ubu | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |