17/09/2004

Pensée

Il mourait de soif. Les lumières violettes du soleil automnal lui cuisaient la tête. Ses pas chancelaient, comme si le plomb de ses semelles dérivait lentement à chaque foulée dans le sable. Son regard s'égarait, flottant sous l'ombre de ses cils, comme perdu dans sa sueur dont chaque goutte qui s'étalait sur le sable égrenait sa dérive, ses souvenirs, son supplice. Il avançait pesamment, comme englué dans ses nombreuses pensées qui divaguaient au hasard des flots irisés dont l'éclat l'aveuglait maintenant. Il se sentait pris dans des sables mouvants dont l'étau, masse spongieuse et informe comme lui-même, se resserrait sur lui comme un piège infernal qu'il aurait déclenché par ces petits soupçons de vie auxquels il s'accrochait avec le désespoir glacé d'un naufragé transi à la vue duquel disparaît toute trace de bonheur humain, effacée comme par une main géante dans un spasme gluant et destructeur dont l'indifférence même marque la cruauté. Il s'arrêta brusquement. Ses souvenirs tourbillonnaient en rafales, ses plaies s'ouvraient, comme autant de sillons qui parcouraient sa peau moite où une forêt de vermine grouillait paresseusement, peu soucieuse de ne pas survivre à son dieu dont le regard, vague et équivoque, titubait d'une ivresse malsaine qui ombrait ses yeux de reflets gris vert dont la couleur évoquait cette mer qui s'éloignait lentement, comme un marin voit la terre le quitter, où ses familiers s'attelleront à la hantise de l'attente qu'un bruit instinctivement reconnu ou une annonce hâtive achèvera avec la violence nette et brutale d'un couperet dont la lame tranche, incisive, jusqu'aux derniers liens de notre vie. Il mourut égaré dans ses pensées.



02:57 Écrit par Ubu | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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