21/09/2004

Pourquoi ont-ils tué Jaurès ?

"Selon que vous serez puissants ou misérables, les jugements de cour vous rendront blancs ou noirs" disait à peu près La Fontaine qui avait oublié d'être naïf. Certes, il aimait les Grands et s'en faisait protéger mais se gardait de devenir le valet de l'un d'entre eux. Un jugement récent me permet de me demander si l'indépendance d'esprit a encore quelque sens et si la justice, en démocratie, est encore capable d'assumer sa principale responsabilité : l'équité de ses décisions. Suite à la catastrophe de la cokerie d'Ougrée, deux ouvriers ont été condamnés au pénal, l'entreprise Cockerill recueillant une condamnation civile. D'après les juges, qui ont sûrement oublié d'être cons, chacun doit payer selon ses moyens : la taule pour les métallos, telle est sans doute la poésie très douteuse de nos prétoires ? On a bien vu un tribunal acquitter l'assassin de Jaurès peu après la première guerre : n'est-ce pas la preuve que la justice se suffit à elle-même, qu'elle a le talent de décider, en toute souveraineté, de la culpabilité ou de l'innocence de tous ceux qui lui sont soumis, de n'importe quel citoyen ? Il arrive même qu'elle évite la bêtise de son institution et qu'elle s'avère humaine. Parfois. Mais le juge craint de faire jurisprudence : le jugement d'Outreau a bien montré à quel point l'entêtement d'un juge, depuis promu, rassurez-vous, pouvait être nocif à la santé du simple citoyen. Alors, pourquoi ne pas décider que les juges assument leurs responsabilités, au pénal comme au civil ? Ils refuseront, me direz-vous. Pourquoi ? N'auraient-ils pas confiance en la justice de leur pays ? Se méfieraient-ils des autres juges ? Craindraient-ils leur incompétence ? Une telle attitude serait étonnante chez ceux qui ont le courage de leur impopularité et la gloire de leur fonction chevillée à la magistrature rond-de cuir, n'est-ce pas ? Ne leur jetons pas la pierre, voyons : leur charge est si lourde face à l'inconscience du métallo, suffisamment niais -n'est-il pas pauvre et ouvrier ? - qui joue sa peau chaque jour au travail. Et puis, si un juge mourait suite à un accident de travail -cela doit être fréquent-, sa famille ne recevrait pas la consolation d'un morceau de coulée,  cercueil bien coûteux. On ne dira jamais assez la misère morale des magistrats. N'oublions surtout pas des les soutenir dans leurs pénibles épreuves.


22:58 Écrit par Ubu | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

Commentaires

Merci ... pour votre gentil mot, et félicitations pour cet excellent post.

Écrit par : serge | 26/09/2004

Les commentaires sont fermés.