01/10/2004

Prison

Il en était sorti, vivant et intact. La prison n'avait pu le briser en dépit de ces quarante longues années passées à regarder un bout de ciel, à lire de nombreux livres et à rêvasser sa liberté. Quarante ans pour repasser la porte... Il fut méchamment frappé par le spectacle gris qu'offrait à ses yeux ce pan de banlieue : sans doute à cause du voisinage. Du troquet du coin, il appela un taxi qui écornerait fatalement son maigre magot, mais il pourrait enfin vivre libre, se disait-il. Le chauffeur avait les mêmes yeux délavés que le patron. Il désirait monter dans son coin, son gros village, comme il appelait la butte. Frappant, le contraste. Au lieu de son Sacré-Coeur douceâtre, un immeuble massif de verre et de béton dont les boyaux étaient parcourus par des gens en uniformes, affairés et préoccupés. Tout autour, les vieilles maisons, la place du Tertre, les escaliers, le funiculaire, tout avait été remplacé par un enchevêtrement monstrueux d'immeubles parcourus par les mêmes gens en uniformes. Il apprit par la suite que, non contents de travailler dans la hideuse transparence de ces bureaux modernes, la plupart de ces employés vivaient aux étages supérieurs de ces immenses buildings sans âme, dans des dortoirs quelconques : un vrai vivarium. Il erra encore dans la ville quelque temps, avant de commettre le larcin libérateur qui le renverrait en prison.

19:15 Écrit par Ubu | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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