04/10/2004

Il aurait fallu ?

Il était une fois un écrivain, écrivaillon, écriveron qui se morfondait dans des oeuvres lasses subtiles et éthérées. Il n'avait plus d'appétit, ni d'appétences et se soulageait sur d'autres, illusoires, de ses trop-pleins existentiels qui masquaient à peine une vie creuse et banale. Certes, des gens l'appréciaient, certains se hasardaient même à l'aimer mais l'image satisfaisante de lui-même que d'autres, quelques autres, avaient la bonté de lui renvoyer le laissait sur sa faim. Il n'était pas ce qu'ils voyaient, il n'était pas ce qu'il écrivait, il n'était peut-être même pas lui-même, auquel cas ce serait la schizophrénie assurée face à cette multitude de personnalités dont aucune ne voulait s'affirmer. On le voyait romantique, cynique, grivois, délicat, attentif, indifférent, autoritaire, conciliant : lui ne se concevait guère que par inadvertance.

                C'est alors qu'il se mit à écrire sur d'autres, personnages de ses rêves ou de ses rencontres - une assimilation due à son grand égocentrisme, de cela il était presque assuré -, à les décrire sous forme de contes où l'important n'était plus la réalité, cette vérité que l'homme s'acharne à rechercher parce qu'il s'ennuie le dimanche,  mais l'illusion. Que le lecteur entende bien, il ne devint pas prestidigitateur de foire ou politicien en campagne : il ne s'agissait pas de mentir ou de duper, fût-ce pour la bonne cause. Non, il lui fallait seulement inscrire des possibilités irréalisables, des rêves dont la persistance tiendrait lieu de vérité, des cauchemars qui n'interpréteraient qu'eux-mêmes  et se ficheraient de prendre compte de quoi que ce soit.

                D'aucuns y verront de la maladresse, d'autres parleront d'exercices techniques : certains, peut-être, oseront envisager la littérature. Lui se préoccupe seulement de laisser sortir des mots, des phrases, des idées comme ils viennent, pour voir un peu à quoi ressemble la folie couchée sur papier. Pas de thérapie donc, ni de prétention littéraire ou stylistique qui se glose : rien à dire. Juste l'envie un peu curieuse de s'en aller voir par ailleurs ce qui s'y passe.

                Il appela ces histoires des contes par commodité, parce qu'enfin il ne ressentait pas le besoin de s'offrir une psychanalyse aux frais du lecteur. D'ailleurs, il trouvait que lire était, en soi, un acte de dingue qui dissimule sa vie sous un amas de pages. Et puis, quel intérêt aurait-il trouvé à écrire ce qu'il vivait, comme s'il fallait revivre ses passions pour enfin les comprendre ?  C'est peut-être pour cette raison que ses contes sont décidément brefs, parce que l'on ne retient que les instants du rêve, parce que l'illusion ne peut s'appréhender qu'à travers ses fragments. Il faut que ces lambeaux chimériques ne disposent guère de l'épaisseur d'une trame, qui ferait obstacle à la confusion qui les anime. Il faut que ces texticules s'inventent leur organisation à eux, sans se soucier de vraisemblance, si ce n'est de celle du décalage. Il faut des personnages ordinaires, des fantasmes de personnalité, qui se remuent avec la clarté de ce dont on ne comprend pas les desseins. Il faut avoir envisagé que ces textes n'aient jamais existé, que l'auteur ne soit qu'une illusion et le lecteur une hypothèse.

                Enfin, il aurait fallu...

23:18 Écrit par Ubu | Lien permanent | Commentaires (7) |  Facebook |

Commentaires

Beaucoup de vrai... Il y a beaucoup de vrai dans ce que tu écris.
Certains ont besoin d'écrire, même s'ils ne sont pas lus (ex: le blog "le grand défouloir", publicité non payée!).
D'autres utilisent l'écriture pour mettre leurs idées en place dans leur cerveau.
Enfin, certains génies (ou se croyant tels) se dévoilent ainsi...

Écrit par : Armand | 05/10/2004

Merci de ta visite ! Tu constateras qu'il m'arrive de ne pas toujours râler. A bientôt.

Écrit par : Ubu | 05/10/2004

Volonté! Tu n'essaies pas de me faire comprendre que tu aimerais passer dans la catégorie "poésie" de mes liens, j'espère!
Comme tu l'as remarqué, j'ai des problèmes techniques avec mon blog et toute modification à quelque chose me fait courir des risques car je ne suis pas informaticien... J'ai même eu une fois plus de 400 erreurs dans l'édition d'une tentative d'amélioration de la présentation...

Écrit par : Armand | 05/10/2004

Ne fais surtout pas ça... sinon je vais encore râler et tu devras recommencer. Mes félicitations à ta mémoire pour le nom de cet abbé : ça y est, faut que je retourne voir, je l'ai encore oublié. A bientôt.

Écrit par : Ubu | 05/10/2004

Raleurs Tu es bien dans la bonne catégorie de mes liens et tu y resteras, surtout qu'il y manque des désignés volontaires... Comme je ne m'y connais pas en grenades, j'ignore si celle qui est représentée est dégoupillée!

Écrit par : Armand | 06/10/2004

il aurait fallu ce n'est pas le cas ?

Écrit par : imagine | 07/10/2004

Peut-être que... ça aurait été le cas. Va savoir. Merci de ton passage. A bientôt.

Écrit par : Ubu | 07/10/2004

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