15/10/2004

Théâtre

Incapable d'écrire un dialogue. Ils sont là, face à face, ils vont se parler. Ils devraient se parler... ils auraient dû. Pas moyen de leur inventer des mots crédibles, des phrases qu'on dirait sans y penser. Et s'ils n'avaient rien à se dire ? S'ils étaient gravement muets ?

                Imaginons-les : il y aurait une scène, un décor, des fauteuils. Deux acteurs sur scène, restons classiques. Quelques spectateurs dans la salle, à louer éventuellement s'il n'y en avait pas assez. Des projecteurs qui fonctionnent. Un metteur en scène qui aurait du génie. Un régisseur qui connaîtrait son boulot. De charmantes ouvreuses qui sauraient  sourire. Une buvette bien fournie.

Je m'égare peut-être un rien...

                Reprenons. Lumière tombant en douche sur la scène : voile noir sur la salle pour occulter le peu de spectateurs. Deux acteurs, face à face, ne bougent pas, ne parlent pas pendant une heure et demi. Ils n'ont rien à dire et tout à exprimer : ils jouent le néant. Pourquoi pas des nains de jardins ?  Ou des statues classiques ? Ou alors des baudruches ? Oublions. Pas de connotations, trop facile, rien que le néant.

                Ce serait donc un spectacle sur le néant où l'on maintiendrait les conventions théâtrales et commerciales. Acteurs nécessaires, public payant, éclairage simple, décor dépouillé. Reste à trouver le metteur en scène qui aurait à coeur de respecter "ce texte prodigieux dont la modestie ne cède qu'à la maîtrise d'une langue qui, superbe de nudité, chante nos errances sans se soucier de pudeur". Ce qui me fait penser qu'il me faut absolument des critiques dramatiques : quand ils n'ont rien à dire, parce qu'ils n'ont rien vu, ils sont encore plus talentueux.

                Chaque silence sur scène serait une citation, chaque blanc un hommage. Les analyses universitaires disséqueraient mes audaces stylistiques et mettraient en exergue la qualité de mon silence...

                C'est décidé : ils ne parleront ni ne bougeront. Tout un concept ! J'appellerai ça "l'air de rien". De quoi plaire à ceux qui confondent vide et insignifiance...


02:07 Écrit par Ubu | Lien permanent | Commentaires (3) |  Facebook |

Commentaires

Scène vide... Imagine alors une scène vide, réduite à une surface de un mètre carré.
Une porte fermée pour l'occulter et éviter d'user les projecteurs.
Sur la porte, un mot: "Toilettes".
Cette salle de spectacle existe et est ouverte en hiver. On l'appelle "chauffoir".
Le spectacle se joue à l'extérieur, le titre en est "Misère" et la pièce est composée de drames humains très tristes!

Écrit par : Armand | 16/10/2004

Eh bien, Armand... où nous emmènes-tu donc ? A bientôt.

Écrit par : Ubu | 17/10/2004

L'air de rien Une plume qui manie le néant avec doigté... Bravo Ubu.

Écrit par : Ixième | 18/10/2004

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