19/10/2004

Pensées

Il mourait de soif. Les lumières violettes du soleil automnal lui cuisaient la tête. Ses pas chancelaient, comme si le plomb de ses semelles dérivait lentement à chaque foulée dans le sable. Son regard s'égarait, flottant sous l'ombre de ses cils, comme perdu dans sa sueur dont chaque goutte qui s'étalait sur le sable égrenait sa dérive, ses souvenirs, son supplice. Il avançait pesamment, comme englué dans ses nombreuses pensées qui divaguaient au hasard des flots irisés dont l'éclat l'aveuglait maintenant. Il se sentait pris dans des sables mouvants dont l'étau, masse spongieuse et informe comme lui-même, se resserrait sur lui comme un piège infernal qu'il aurait déclenché par ces petits soupçons de vie auxquels il s'accrochait avec le désespoir glacé d'un naufragé transi à la vue duquel disparaît toute trace de bonheur humain, effacée comme par une main géante dans un spasme gluant et destructeur dont l'indifférence même marque la cruauté. Il s'arrêta brusquement. Ses souvenirs tourbillonnaient en rafales, ses plaies s'ouvraient, comme autant de sillons qui parcouraient sa peau moite où une forêt de vermine grouillait paresseusement, peu soucieuse de ne pas survivre à son dieu dont le regard, vague et équivoque, titubait d'une ivresse malsaine qui ombrait ses yeux de reflets gris vert dont la couleur évoquait cette mer qui s'éloignait lentement, comme un marin voit la terre le quitter, où ses familiers s'attelleront à la hantise de l'attente qu'un bruit instinctivement reconnu ou une annonce hâtive achèvera avec la violence nette et brutale d'un couperet dont la lame tranche, incisive, jusqu'aux derniers liens de notre vie. Il mourut égaré dans ses pensées.

04:12 Écrit par Ubu | Lien permanent | Commentaires (7) |  Facebook |

Commentaires

Il mourut égaré dans ses pensées comme ces pilotes américains perdus dans le triangle des Bermudes, qui s'égarèrent dans leurs pensées figées en une vision erronée.

Écrit par : Ixième | 19/10/2004

... Sombres pensées... Bonne journée :)

Écrit par : serge | 19/10/2004

.... Bonjour Ubu, le cliché...serait-il inspiré de l'anthologie des Ultima, à tout hasard ?

Écrit par : promethee | 19/10/2004

Image... Cher Ubu,
Si je ne peux pas dire grand'chose au sujet du texte (est-il extrait d'un roman?), l'illustration (image impossible) me plaît beaucoup par les différentes possibilités d'orientation dans l'espace des dalles du pavement...
Cela me fait penser à certains ouvrages de marquetterie!
Je resterai un incorrigible matérialiste incapable de cerner la beauté d'une oeuvre d'art!
Nul n'est parfait, sauf toi!

Écrit par : Armand | 19/10/2004

Merci de votre passage à tous. Cher Serge
Ne t'inquiète pas : tout va bien. Je pense peu pour ne pas m'égarer : en fait je suis monotâche.

Cher Armand,
Si j'étais parfait, tu serais immortel. Quant au texte, il est présent dans sa version intégrale : je suis incapable de rédiger un roman. J'ai le souffle trop court.

Chère Ixième,
Merci pour ta jolie chute.

Cher Prométhée,
Je ne connais pas cette anthologie : j'ai trouvé la photo quelque part et je l'ai, en vil pirate, reproduite. Peut-être au cours d'une recherche sur Escher : je ne m'en souviens pas.

A tous, excusez-moi pour cette réponse en bloc : la journée a été très longue aujourd'hui, une journée de 14 heures, si je compte bien. Et demain, à nouveau au boulot.

A bientôt.

Écrit par : Ubu | 19/10/2004

Mourir... egaré... Quelle jolie trouvaille... A bientôt

Écrit par : Neige | 20/10/2004

Désolé... de ne pouvoir commenter sur ton blog, chère Neige, mais ça coince techniquement et je n'ai toujours pas trouvé pourquoi. A bientôt.

Écrit par : Ubu | 20/10/2004

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