19/10/2004

Un certain Monsieur Smith

C'était arrivé le 31 juillet de cette année-là, à quinze heures quinze précises. Le monde entier était suspendu aux relations fort peu diplomatiques entre les deux grands, l'avenir de la paix se jouait dans les alcôves des chancelleries. Monsieur Smith - appelons-le ainsi pour préserver son anonymat - Monsieur Smith se grattait tranquillement le testicule gauche, assis profondément dans son vieux fauteuil de velours rouge, à l'ombre de sa station-service miteuse et déserte. Monsieur Smith se grattait donc, ce qui dénotait chez lui une certaine perplexité face aux divers petits tracas de sa vie ennuyeuse, d'où étaient heureusement exclus les rhumatismes grâce au climat très sain du désert Mojave. Soudain, Monsieur Smith cessa de se gratter pour se plonger avec délectation dans un magazine vieux de trois mois, comme l'attestaient les constellations de taches sur la page centrale. Deux planètes, à la périphérie de l'univers, changèrent d'axe et disparurent dans une grande explosion. Une nova se déclara, suffisamment proche de nous pour que nos astronomes en voient la trace dans leurs télescopes perfectionnés. L'un des astéroïdes de Saturne s'était écarté de son orbite et se dirigeait irrémédiablement vers la Terre, à une vitesse incalculable. Les astronomes, d'une voix tremblante, annoncèrent la fin du monde. Les diplomates des deux grands s'enlacèrent, à grands renforts d'embrassades, et auraient même poussé leurs effusions beaucoup plus loin si le service du protocole ne s'en était mêlé.. L'astéroïde virevoltait dans l'espace comme une ballerine obèse. Partout, ce n'étaient que bacchanales et orgies. Le monde s'était arrêté de penser tandis que Monsieur Smith restait figé dans ses rêveries érotiques. Lorsqu'il éternua, l'astéroïde se volatilisa dans l'atmosphère terrestre et nos petites mesquineries quotidiennes mirent un certain temps à se remettre de l'émoi qu'il avait provoqué. Quant à Monsieur Smith, je lui souhaite cordialement de se remettre de son rhume, qui n'a bien entendu aucun rapport que ce soit avec les événements qui agitèrent notre planète. Quoique...


04:09 Écrit par Ubu | Lien permanent | Commentaires (4) |  Facebook |

Commentaires

quoique l'on dit que le battement des ailes d'un papillon peut déclencher un cataclysme à l'autre bout de la planète

Écrit par : Ixième | 19/10/2004

.... Aaaaah...la théorie du chaos dont je ne me souviens plus de l'auteur.. :)

Écrit par : promethee | 19/10/2004

James Gleick La théorie du chaos ;-)

Écrit par : ixième | 19/10/2004

Et si le chaos n'était... qu'une série de coïncidences ? A bientôt.

Écrit par : Ubu | 19/10/2004

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