25/10/2004

La faim du monde

Il faudrait fermer les banques alimentaires : distribuer de la nourriture gratuite est honteux. Nous sommes un pays riche, parmi les meilleurs PIB européens, et ce type d'initiative ternit notre réputation. Et puis, tous ces chômeurs, ces fin-de-droits, ces sans-papiers sont autant de parasites qui vivent sur le compte de la société : c'est vrai que le chômage est structurel mais quand le Premier Ministre - qui a tout de même risqué sa peau sur le front des négociations - nous affirme qu'il va créer 10.000 (pardon 200.000 !) emplois, tous ces marginaux devraient se rendre compte de leur défaitisme. Ils ne savent donc pas combien reconnaitre leur existence nous coûte ? Ils ne savent pas qu'ils donnent une impression de laisser-aller, comme des moutons de poussière de temps révolus qui se planquent sous nos lits confortables. Ils ne savent pas, ces incultes, qu'on a tué Jaurès ? Ils finiraient par croire que manger à sa fin est un droit de l'Homme : un comble ! Notre système est là pour prospérer, pour "vendre du temps d'antenne à Coca-Cola", pas pour se soucier des fins de mois difficiles. Et puis, cette charité, ça fait mauvais genre : la faim n'est-elle pas un moteur de compétitivité ? Dans "Un steak" , Jack London évoque la journée d'un boxeur. Il doit gagner son match du soir mais la faim le tenaille. S'il gagne, il pourra s'offrir un steak : seulement, comme il n'a pas mangé à sa faim depuis plusieurs jours, il devrait bien se payer un steak pour assurer sa victoire. Il ne vaincra pas : il n'avait pas la compétitivité chevillée au corps, juste la faim.  C'est une situation passée, n'est-ce pas, une expérience d'un autre âge ? Je crois me rappeler qu'un député conservateur britannique avait, sous Tatcher, mené l'expérience suivante : survivre un mois dans la peau d'un chômeur. Il n'y avait pas réussi. C'est vrai : nous ne pouvons accueillir toute la misère du monde, la nôtre nous suffit amplement. Et puis, nous devons lutter contre l'obésité : tous ces corps faméliques finiraient par nous effrayer...  La dignité humaine, ce n'est pas compétitif ?

04:13 Écrit par Ubu | Lien permanent | Commentaires (6) |  Facebook |

Commentaires

Misère et gaspillage... Cher Ubu,
Qui parle de famine?
Hier, au journal télévisé, la VRT a parlé d’une récolte de patates trop importante cette année, entraînant des prix ridicules de 2 cents/Kg alors que le seuil de rentabilité est de 5.
Si les marges de bénéfices habituelles de doublement de prix étaient respectées, on devrait trouver ces «légumes» à 4 cents/kg au supermarché…
Ce n’est pas tout: les paysans accepteraient de détruire leur surproduction à la condition que toute l’Europe en fasse autant. (C'est-à-dire lors de la prochaine récolte si tout se passe bien, je pense).
Ces patates peuvent aussi servir à nourrir le bétail. Mais voilà, les farines sont déjà commandées, si pas livrées…
Message personnel: pourquoi encore se disputer par blogs interposés quand la solidarité est omniprésente?

Écrit par : Armand | 25/10/2004

.... Bonjour Ubu et Armand...

Ubu,
Ce n'est que mon humble avis mais je n'ai pas le souvenir d'une seule société humaine au niveau géographique et historique, hormis les petits groupes atomisés dans les fôrets primaires, où il n'y a jamais eu d'exclus ou de drames sociaux. Inversément, il n'y a jamais eu de sociétés sans opulences et richesses.

L'histoire et la sociologie humaine ne peuvent légitimer le malheur et l'exclusion, bien évidemment, mais peut-être amener à prendre du recul par rapport à notre époque. Aujourd'hui, on parle de "compétitivité"à l'instar de ton billet, est-ce du même paradigme dont tu te réfères pour parler des mendiants dans la Grèce Antique, dans la Cité-Etat de Venise, dans la Chine communiste, les peuplades pygmées d'Afrique centrale ou les zonings high-tech israéliens ? Cette quête du sens transcende la réduction d'un fait à une époque ou à un concept populaire ou médiatisé.

Tant qu'il y a aura des hommes, tant qu'il y aura une structure d'organisation humaine, il y aura de l'exclusion, c'est quasi l'essence du phénomène. Que cela s'appelle société moyen-âgeuse, communiste, libérale, théocratique, etc. Maintenant, je te rejoins sur le message latent, l'humain doit passer avant toute chose et il est évident que des mesures doivent être prises contre les dérives de nos organisations sociales. A mon sens, cela n'a rien à voir avec la compétitivité, voire la mondialisation pour certains, le communisme et l'étatisme socialiste pour d'autres, mais bien la nature humaine dans ce qu'elle présente de bon et de...mauvais!

Armand,
Puisque tu parles des attaques sur les blogs, la meilleure manière d'y réagir, à mon humble avis, c'est l'indifférence et l'indépendance. on échange avec les personnes courtoises et on snobe les autres (tu es vraiment sûr de vouloir fermer ton carnet ?).

Écrit par : promethee | 25/10/2004

Chers Armand et Prométhée, Comme tu le signales, Armand, le gaspillage de la surproduction représente un scandale, d'autant que la famine n'est pas éradiquée, y compris à proximité des lieux de production. Ne t'inquiète pas pour les messages de :) : les petites mesquineries sont sans importance.

Quant à la compétitivité, cher Prométhée, je m'étonne parfois d'en entendre parler à tour de bras (ou de langue !) et ce principe m'énerve, tout comme les plans quinquennaux. Je te dirai donc que si l'exclusion était cohérente dans l'Ancien Régime, elle ne peut se justifier dans des démocraties, pas plus qu'une misère organisée ne devrait se tolérer dans un état socialiste (cf. Corée du Nord). Mettons que le principe de nourrir l'entièreté de la planète correspond à une réalité technique et à une cohérence de principe : quant à la nature humaine, j'ose espérer qu'elle soit encore susceptible de se modifier.

A bientôt.

Écrit par : Ubu | 25/10/2004

.... " j'ose espérer qu'elle soit encore susceptible de se modifier"

hélas, l'Homme rester l'Homme, c'est bien pour cela qu'un arbitre est nécessaire et des mesures correctrices en sus. Bonne fin d'après-midi...

Écrit par : promethee | 25/10/2004

:) Ce qui est révoltant est surtout de voir le gaspillage dont nous sommes capables. C'est là qu'il faut avant tout se poser une question: pourquoi jeter de la bonne nourriture que d'autres voudraient bien.

Écrit par : kusquo | 25/10/2004

Et oui Kusquo, le gaspillage est une honte peronnelle et collective. A bientôt.

Écrit par : Ubu | 26/10/2004

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