25/10/2004

Le repas mondain

C'était un dîner comme les autres. Entre politesses de circonstance et flatteries requises, l'ardeur s'effritait. Alors, l'hôte, conscient de sa supériorité provisoire, s'immisça dans les conversations polies et choqua irrémédiablement ses invités. Décidément, la société était des plus médiocres. Non que ceux qui la constituaient le fussent, si l'on pouvait en juger sur base de l'assistance, mais les relations que l'on se sentait obligé d'entretenir ne pouvaient que refléter la bêtise qui lui était inhérente. De plus, l'éphémérité même de ces repas hâtifs ne permettait aucun rapprochement , si ce n'étaient les épanchements sexuels et  instinctifs. Les tables transparentes fourniraient une merveilleuse lucarne aux appétits du bas tandis que la raideur du haut du corps démontrerait l'hypocrisie grivoise de ces rapprochements lascifs. Quant aux conversations : ne feraient-elles pas rougir, par leur indigence, le plus échancré de tous ces pseudo-philosophes qui envahissaient les écrans comme s'ils en étaient les propriétaires ? Que de brillants esprits contraints à la simplification hâtive, comme s'ils devaient s'accoupler à la va-vite, comme des éjaculateurs précoces de leurs pensées ! Ici, pourtant, le temps ne manquait pas : mais l'esprit , recouvert du cirage des mondanités, exhalait  ses relents comme des flatulences. C'était ce pourquoi l'honorable assistance ne devait lui tenir grief de la chasser vers d'autres lieux où elle pourrait poursuivre ses propos nauséeux en toute béatitude.

                Ainsi dit-il, ainsi fit-il. Et lamentablement, queue basse et yeux rentrés, les convives quittèrent la table, abasourdis. Mais, dans les yeux de certains, de quelques-uns, une lueur d'envie scintillait : ils jalousaient l'honnêteté de l'hôte.

21:59 Écrit par Ubu | Lien permanent | Commentaires (3) |  Facebook |

Commentaires

Résumé L'éléphant dans un magasin de porcelaines... en toc!
ou:
Le roi est nu!

A bientôt, che Ubu...

Écrit par : Armand | 25/10/2004

Image! Je n'avais pas regardé l'image!
Je connaissais un équivalent:
"Il est défendu de fumer dans la cartoucherie. Les survivants seront virés".

Écrit par : Armand | 25/10/2004

Que celui... qui n'a jamais eu envie de péter les plombs à une réception mondaine ou à un vernissage (redoutable, ce genre d'épreuve !) me jette la première pierre. Viva la Revolucion !
Hasta siempre !

Écrit par : Ubu | 25/10/2004

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