02/11/2004

Un pastiche gothique

Au hasard d'une forêt de songes, sous les cieux d'un trépas somnolent, je vaquais à des occupations si peu douteuses que j'omettrai de t'en tenir au courant. Je vaquais, dis-je, emportant en mon coeur l'espoir d'une aube qui ne me sourirait guère, harassé de cette course sans fin où la cupidité mêlait à l'aventure un relent picaresque fortement teinté de médiocrité.

                Je parvins bientôt à une clairière où gisait, solitaire, un corps de femme. La décomposition, déjà entamée depuis longtemps, n'avait détruit ni le regard émeraude, ni les cheveux presque rubis, ce qui ne laissait guère de me troubler. En effet, je m'estimais expert ès charognes au vu de ma trop longue expérience des champs de bataille. A quoi l'infortune d'un siècle des plus sinistres peut-elle mener un honnête lettré !

                En dépit de l'endurcissement de mon âge et de mon expérience, je dus me contraindre à détourner mes yeux de ce regard qui, loin de m'apitoyer, me jetait dans un trouble inavouable. Aussi fut-ce dans un geste de quasi possession que je lui fermai les yeux et que j'étalai sur son corps déchiré par quelque bête une poignée de terre et d'herbe.

                Je quittai ensuite ce lieu avec, au corps, une certaine frustration, pour joindre quelque village où m'attendrait un abri digne de ma fatigue. J'y parvins après quelques lieues d'une marche inquiète et rapide. En effet, j'avais eu le temps de mener quelques pensées au bout de leur peine. La femme semblait avoir été lacérée par un animal. Pourtant, certaines plaies, sur la hanche, en haut de la cuisse on à la base de la poitrine, semblaient être des créations humaines, par ce manque de précision et cette cruauté gratuite qu'aucun animal n'aurait pu manifester. Il y aurait donc eu meurtre, vraisemblablement en d'autres lieux, puisque les hardes de ce troublant cadavre n'étaient pas tachées de sang autant qu'elles l'auraient dû.

                J'eus à peine le temps de parcourir mes quelques pensées que des frissons s'emparèrent de tout mon corps. Je me sentais étranger à ma conscience, mon corps se refusait à mon autorité. J'aperçus dans un râle de ma conscience la raison de mon émoi : elle se tenait là, immobile et attentive, dans le gris doré de son pelage sublime. Mes sens s'évanouirent puis ma vue me revint, nette et perçante, et je me précipitai sur elle de toute ma fougue animale. Je blêmis encore au souvenir de cette nuit folle de passions qui me laissa hagard et nu sur le bord du chemin, mes vêtements en pièces à mes côtés.

                La peur me saisit encore maintenant lorsque je pense  à cette aventure, terré au fond de ce monastère où nulle tentation ne peut plus m'atteindre. Il est pourtant des nuits lunaires où je sens d'horribles appétences se saisir de moi et me ramener au fauve que je pensais ne plus être. 

10:11 Écrit par Ubu | Lien permanent | Commentaires (3) |  Facebook |

Commentaires

Autre titre Cher Ubu,
Un autre titre serait possible:
L'assassin revient toujours sur les lieux de son crime.

Cette description me donne une idée: vu le manque de places disponibles dans les prisons, pourquoi ne pas mettre les délinquants sexuels dans des monastères? (Seul problème: les moines, accepteraient-ils sans ostracisme les brebis égarées qu'on leur confierait).

Écrit par : Armand | 02/11/2004

Cher Armand, Tu confonds peut-être loi du silence et voeux de silence ? Je te signale qu'il reste quelques abbayes où subsistent des écoles et des internats : leur population est assez éloignée du caïd moyen, il est vrai. Quant aux délinquants sexuels, je crains qu'ils ne confondent robe de bure et jupette : pauvres moines :)
A bientôt.

Écrit par : Ubu | 02/11/2004

Humour Cher Ubu,
Ceci était un petit mot d'esprit basé sur le "faites ce que je dis et pas ce que je fais" ainsi que la présence statistique de plus d'anormaux sexuels au sein de l'Eglise que dans la moyenne...
Ce n'était en rien une proposition à faire au gouvernement... ;) ;)
Amicalement

Écrit par : Armand | 02/11/2004

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