02/11/2004

Un petit commentaire de jazz

Le petit récit qui précède évoque, de manière caricaturale, une situation passée : la ségrégation raciale. Il y eut une époque où les musiciens de jazz noirs ne pouvaient jouer dans un orchestre blanc, où les orchestres noirs, celui de Duke Ellington par exemple,  pouvaient jouer pour un public blanc à condition de se restaurer près des poubelles, où une chanteuse comme Billie Holliday se faisait haïr pour son teint trop clair.Un des premiers musiciens blancs à jouer avec des artistes noirs fut Benny Goodman : il montra la qualité de Teddy Wilson ou de Lionel Hampton sur la scène du Carnegie Hall en 1938 lors d'un concert mémorable. Le jazz devint alors métis, quitte à se voir rejeté ou "intellectualisé" par une frange notable de la population . Pendant longtemps, on classa ce style de musique dans des "charts" séparés. Pendant longtemps, "Strange Fruit" de Billie Holliday n'a pas été une chanson qui évoquait l'histoire passée du lynchage mais un reportage sur un présent sans cesse renouvelé. Les "Fables of Faubus" de Charles Mingus évoquaient ce gouverneur de l'Arkansas qui voulut interdire l'accès de l'université aux étudiants noirs : le gouvernement fédéral dut envoyer la garde nationale pour protéger ces étudiants de 1956. Pendant longtemps aussi, certains extrémistes traitèrent Louis Armstrong d'Oncle Tom ou haïrent Billie Holliday pour sa peau trop claire : ils montrèrent que la connerie n'avait pas de camp.  Que reste-t-il de tout ça ? Beaucoup de préjugés subsistent : on les nomme communautarisme, que l'on revendique ou subisse le phénomène. Beaucoup de grands du jazz sont morts : le temps est passé par là. Leurs interprétations restent : leurs musiques courent alliant "les noires" et "les blanches". Même s' il est très culturel de nos jours, le jazz fut un mouvement de parias qui produisit les plus belles notes qui soient : ce qui se passe peut-être lorsque  la musique se cherche et se trouve. C'est aussi pourquoi j'adore le jazz : parce qu'il n'a pas d'oeillères.

10:40 Écrit par Ubu | Lien permanent | Commentaires (5) |  Facebook |

Commentaires

Esclaves Cher Ubu,
Il y a aussi eu les chants des esclaves emmenés aux USA (old man river par exemple) mais aussi, dans l'autre sens, les pneus enflammés de Mme Mandela (je crois que ce fut elle) et autres bruits de torture, musiques et exactions en tous genres...
Ne dit-on pas que les plus beaux chants sont le plus désespérés... (voir les légendes des chants des cygnes...)
Bonne journée... dans ce monde de brutes.

Écrit par : Armand | 02/11/2004

Cher Armand, veux-tu lancer une opération "Sauvez Winnie" ? ;) Cette dame semble avoir des pratiques barbares, entre violence gratuite et terrorisme. Pourtant, la beauté prend parfois des chemins étranges : ainsi, Sidney Bechet dut-il quitter Paris dans les années 20 suite à un meurtre dans lequel il était impliqué. De même, Charlie Parker, Chet Baker et d'autres encore se sont foutus en l'air pour souffler dans leur instrument. Mais la beauté de la musique sauve tout : on raconte que Django Reinhardt fut sauvé de la déportation parce que l'officier allemand devant lequel il avait comparu appréciait sa musique... Cela me laisse rêveur. 8)
A bientôt.

Écrit par : Ubu | 02/11/2004

Misique douce, marche militaire... et pelotons Cher Ubu,
Bien des choses sont mêlées et il est difficile de trouver sa voie...
Pense aux exécutions dans les camps de la mort: les orchestres de déportés devaient jouer des marches entraînantes pour couvrir les hurlements d'autres déportés qu'on battait à mort ou qui se faisaient déchiqueter par des chiens dressés au meurtre...
L'homme et le chat sont les deux seuls animaux de la création qui se partagent le goût de tuer par plaisir et non pour se nourrir...
Je ne veux pas sauver Winnie, je constate que l'infâmie est partout et qu'elle se banalise de plus en plus et cela transparaît, malheureusement, dans mes commentaires...
Bonne journée...

Écrit par : Armand | 02/11/2004

c'est marrant Je n'ai jamais accroché au Jazz, par contre le Blues ...

Écrit par : Nola | 02/11/2004

Merci de votre passage Chère Nola,
Merci pour ta note bleue.

Cher Armand,
Je m'étonnais qu'un monsieur de ma connaissance possède un berger allemand : il m'avait expliqué sa déportation alors qu'il était tout gamin. Il m'a alors raconté qu'une sentinelle avait voulu lancer son chien contre lui : le chien avait refusé et avait grogné son maître. Cette petite anecdote montre peut-être que même les circonstances les plus infâmes révèlent parfois la dignité et que les comportements exceptionnels nous rassurent quand même sur nos possibilités d'humanité. Dans toutes leurs contradictions...
A bientôt.

Écrit par : Ubu | 02/11/2004

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