06/11/2004

Il se sentait vieilli. Pas une question d'âge, mais un épu

Il se sentait vieilli. Pas une question d'âge, mais un épuisement dû à toutes les tensions  accumulées ces dernières années. Le repos mortel de la solitude. Son regard s'était évidé, usé par le peu qu'il avait observé avec trop d'attention. Des oreilles blasées par des sons trop aigus qui le fourvoyaient avec acuité vers un monde intérieur creux et fissuré. A force de repos, on se lasse. Mais lorsqu'on se retrouve seul, il ne reste plus qu'à s'ennuyer de soi.

                Il aurait pourtant pu aimer s'il n'avait pas été si flou. Pourquoi avait-il trouvé si vain de partager quelques moments de bonheur ? Il lui avait fallu quelques instants de jouissance égoïste, jusqu'à la fatigue. Toujours à vouloir se distinguer, comme s'il avait  jamais été un individu conscient. Il n'avait rejoint que lui-même lorsque le soir imposait sa chape de plomb comme une main qui effleure pour ensuite mieux étrangler. La peur des caresses de peaux pendantes... Quelques vaines tentatives avaient avorté d'elles-mêmes, comme pour effeuiller la rancoeur au mépris de l'envie. Il toussa un morne crachotement. Ça allait arriver. Pourquoi aucune réussite amoureuse n'avait-elle donc émaillé sa vie pourtant insipide ? Prédestiné à devenir vieux célibataire, un parasite solitaire, il n'était en rien original. Juste un greffon mort, enté à une branche noueuse mais vivante, qui craint de craquer sans avoir bourgeonné. Il avait la tête pleine de souvenirs qui tombaient en feuilles. S'il avait craché tout ce qu'il avait voulu se dire, lui dire, leur dire...

                Et ce soir, la maladie tentait de le distraire de ses pensées ressassées, remâchées jusqu'au bout des lèvres qu'elles ne franchissaient pas. Avait-il mérité le bonheur ? Il lui aurait fallu un cran de tous les jours pour pouvoir l'exiger, s'en enivrer à deux. Il sent maintenant une présence qui s'approche, diffuse. Elle va tout lui ravir en échange d'une étreinte, toute sa personne, souvenirs compris. La Mort va aller à lui, fardée d'insignifiance. Sa Mort qu'il attend pour lui seul, le siècle d'un instant...

 

Je t'ai attendue au plus loin de ma vie

Nous avons compris nos peurs

D'être l'un pour l'autre

Le froid nous a saisis

Le sang a coulé la malchance

Nous nous sommes vus et relus

L'ennui est venu vêtu de soucis

La crainte de rester ensembles

Alors nous nous sommes reperdus

Pour mieux nous retrouver

L'un dans l'autre   


19:35 Écrit par Ubu | Lien permanent | Commentaires (14) |  Facebook |

Commentaires

hé bé... un sacré week end s'annonce....;-)

Écrit par : fun. | 06/11/2004

Pas mal, non ? Comme le temps : désolé, j'ai pas pu m'empêcher, il a encore fallu que j'en tue quelques-uns. Promis, la prochaine fois, je m'attaque à des nains suédois... ;)

Écrit par : Ubu | 06/11/2004

Un bonsoir... En passant et pour te souhaiter un excellent dimanche...

Écrit par : Neige | 06/11/2004

Enigme Cher Ubu,
Tu dis: "Pourquoi aucune réussite amoureuse n'avait-elle donc émaillé sa vie pourtant insipide ?"
C'est étrange: considère-tu que la vie doit être insipide pour qu'une réussite amoureuse soit possible?
Tes idées hors du commun m'étonneront toujours...
Amicalement

Écrit par : Armand | 06/11/2004

avait-il mérité le bonheur? J'aime ce passage. Il me fait penser aux deux dernières phrases de "E lucevan le stelle"...sacrée Tosca!

Écrit par : Tony | 06/11/2004

Merci de votre passage Chère Neige,
Je te remercie d'autant plus que j'ai parfois du mal à te laisser un commentaire : aurais-tu ensorcelé mon java ?

Cher Armand,
Tu m'obliges à me relire : ah, ben oui, j'ai dit ça. En fait, c'est plutôt le personnage qui pense ça : un personnage frustré dans sa solitude, qui jalouse le bonheur qu'il s'est refusé à lui-même, qui magnifie la seule étreinte à sa portée. Pas d'inquiétude : ce n'est pas autobiographique ;)

Cher Tony,
Je dois t'avouer que je ne connais pas la Tosca, bien que j'aie vu ton post. Pour moi, je te dirai que le bonheur ne se mérite pas : il se prend. Quant à mon personnage, il faudra attendre la fin de son étreinte pour lui poser la question ;

A bientôt.

Écrit par : Ubu | 06/11/2004

Doux samedi??? Et bien doux dimanche alors... ;-)
"L'ennui est venu vétu de soucis", triste ça, non??

Écrit par : Fléa... | 06/11/2004

juste un coucou ça me chatouillais , j'ai cherché, j'ai trouvé.. le cri !! rien à voir dans le post là mais desfois que tu lis pas les commentaires je le dis ici. au plaisir .

Écrit par : dôm | 07/11/2004

Merci de votre passage Chère Fléa,
Bon dimanche et pas trop de soupe de légumes ;) Quant à la petite phrase, elle est plutôt sombre que triste, non ?

Cher Dôm,
J'ai vraiment beaucoup apprécié le graphisme de ton blog : superbe !

A bientôt.

Écrit par : Ubu | 07/11/2004

..; Bon dimanche, ubu (ou ubu plus?)

Écrit par : serge | 07/11/2004

Bon dimanche Serge, J'attends la suite de ta pièce avec impatience. A bientôt.

Écrit par : Ubu | 07/11/2004

Merci De ta visite sur mon blog. Première ballade sur le tien mais j'aime beaucoup. C'est sûr, je reviendrai encore me promener par ici.

Écrit par : Mademoiselle A | 07/11/2004

Chère Mademoiselle A., Tu seras toukours la bienvenue. A bientôt.

Écrit par : Ubu | 07/11/2004

c'est beau ça :) Alors nous nous sommes reperdus

Pour mieux nous retrouver

L'un dans l'autre




Écrit par : imagine | 09/11/2004

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