11/11/2004

Si on commémorait la paix ?

    Les cérémonies du onze novembre, je n'aime pas trop ça. Je ne sais jamais si on prend plaisir à rappeler les souffrances des anciens combattants, dont beaucoup n'étaient que des civils en uniforme, les réalisations des maîtres des forges, à l'efficacité remarquable, ou si l'on pratique une sorte de rite expiatoire qui devrait nous éviter la prochaine. Manu Larcenet a sorti un album consacré à cette guerre, la der des ders, il y a peu. Le gouvernement français s'inquiète de la mollesse de ses troupes : loin d'être de nobles chevaliers, certains ont même déserté. On décide alors d'essayer de comprendre l'esprit de la guerre grâce à Vincent Van Gogh, ancien agent des services secrets, et de l'envoyer en mission au milieu de la bataille. Vincent Van Gogh comprendra ce que révèle la guerre : ce sont les dirigeants qui ne comprendront pas.
    S'il fallait commémorer vraiment quelque chose, ce serait la honte de ces offensives qui tournaient au massacre, la honte de l'acquittement de l'assassin de Jaurès (dont des républicains espagnols règleront le compte lors d'une autre guerre), la honte d'avoir recommencé après avoir dit : "Plus jamais ça !"   Au lieu de cela, c'est la patrie que l'on fête d'une étrange manière :  devant les monuments aux morts des guerres passées, comme s'il fallait encore les faire défiler morts après les avoir envoyés au massacre bien vivants et morts de trouille. Parce qu'il n'y a pas de gloire dans une guerre - les suivantes l'ont prouvé avec leurs infâmies sans cesse renouvelées - , parce que les civils y laissent toujours plus nombreux leur peau, parce que les discours pontifiants agacent les morts, foutez-nous la paix, pour changer...

11:09 Écrit par Ubu | Lien permanent | Commentaires (17) |  Facebook |

Commentaires

Salut Ubu Bien d'accord avec toi, aujourd'hui plus que n'importe quel autre jour, la lecture d'un album de Tardi s'impose pour bien se rendre compte de ce que cette guerre fut. Mais au fond, rien n'a bien changé, à part que les tranchées sont aujourd'hui à Falloujah ou au Darfour, et plus à Verdun ou sur l'Yser. Bonne journée à toi

Écrit par : Fab | 11/11/2004

... Oui, comme dirait tout un chacun, "la guerre, c'est pas bien !".

Cela dit, de manière générale, le monument du soldat inconnu et les couronnes de fleurs posées à de multiples occasions, à Paris comme à Bruxelles, ce n'est pas uniquement pour les jeux de stratego de monarques des siècles passés mais aussi ceux des nôtres qui sont tombés lors de missions de paix de l'ONU ou les résistants. Là, ce ne sont pas que des incompréhensions de dirigeants ni même l'évocation de trouffions envoyés au casse-pipe, c'est aussi le souvenir d'une nation envers ceux qui contribué à lui donner son humanité.

Bref, il n'y a pas que la patrie que l'on ensence, ni même encore l'amour de l'armée et des grands faits d'armes, il y a surtout et essentiellement ceux, des milliers d'anonymes, qui ont fait la paix que nous connaissons ou celle que d'autres connaissent désormais.

Je comprends ton avis mais je suis juste un peu plus nuancé sur la restriction du sens même de la commémoration....

Écrit par : promethee | 11/11/2004

.... Ajout...

J'ai oublié de préciser que ces anonymes que l'on ensence ont porté les armes et on tué, en clair, on peut haïr logiquement la guerre et lui préférer la paix, il faut néanmoins reconnaître que l'une est souvent nourrie par l'autre pour subsister. "Hélas", je précise la lapalissade....

Écrit par : promethee | 11/11/2004

Merci de votre passage Cher Fab,
Plus les armées se professionnalisent dans certains pays, plus les civils trinquent dans d'autres : étrange quête de la gloire !
A bientôt.

Cher Prométhée,
J'admettrai ce genre de commémoration quand on inscrira sur les monuments les noms de toutes les victimes, y compris celles qui n'avaient pas de camp et qui se sont retrouvées massacrées par hasard ou suite à un plan stratégique sorti du cerveau d'un fou (divers génocides en attestent, hélas). Les guerres mettent en des stratégies de terreur et tuent toujours davantage de civils dans de nombreux pays. Ne serait-il pas prioritaire de rendre hommage à ces victimes-là en priorité ? D'après l'institut national des invalides de guerre, ce sont encore trente mille dossiers qui sont archivés : on en parle très rarement. Je respecte aussi les résistants (pas ceux de la 25ème heure qui tondaient les femmes et les exhibaient dans les rues) et les soldats qui ont risqué leur peau parce qu'ils ont agi mais je ne supporte pas qu'on associe ceux qui ont subi des circonstances et ceux qui en ont décidé. "La patrie reconnaissante" : de l'impôt du sang ? Cette expression me semble indécente et hors de propos si la guerre est une tragédie, si l'on est contraint de la faire pour assurer la paix.
Bien à toi.

Écrit par : Ubu | 11/11/2004

Les héros et les zéros. Cher Ubu,
La petite phrase de Paul Valery: "La guerre, ce sont des gens qui ne se connaissent pas qui se massacrent pour des gens qui se connaissent mais ne se massacrent pas" est toujours d'actualité, avec, en prime, que les gens qui se connaissent sont souvent décorés et, au plus, parfois exilés (parfois même dans des palais) quand ils se sont trompés ou ont trompé trop de monde!
Toute ressemblance avec des personnes présentes dans l'actualité (il y en a plusieurs) est fortuite, comme de bien entendu!
Amitiés.

Écrit par : Armand | 11/11/2004

.... Ubu,
Concernant ton propos sur l'inscription du nom de toutes les victimes, je te renvoie à la notion du "soldat inconnu" pour la symbolique de l'ensemble des troupes puisqu'un mur d'un kilomètre de granit ne serait pas suffisant pour citer tout un ensemble de civils encostumes en bidasses. Quant aux victimes civiles en tant que tel, les commémorations ne font jamais abstraction de leur cas et de leurs sort passé, pourquoi la journée est elle fériée si ce n'est pour se rappeller à tous que l'horreur n'épargne personne ? Ces jours de deuil n'ont jamais été pensé à sens unique ou du moins ce fut le cas dans quelques esprits dérangés de militaristes mais à une certaine époque seulement, sinon, pourquoi verrions-nous des civils défiler de nos jours (cf. efforts déployés par la Défense ces dernières années) ? Evolution de mentalité et prise en compte d'une réalité entière. Les choses ne sont pas si grises en dépit du passé...

Quand tu dis ne pas aimer l'amalgame entre ceux qui ont subi des circonstances et ceux qui en ont decidé, allons, nous sommes d'accord car dans le fond, qui met au même rang les politiciens et les victimes civiles ou militaires ? Il ne me semble pas encore avoir vu une fête en l'honneur d'un général ou d'un ministre sur la planète, en sus du deuil national pour les victimes d'un conflit quelconque. Enfin, en Corée du Nord et à Cuba, c'est bien le cas mais c'est une autre histoire....

De toute façon, nous sommes d'accord sur le fond alors c'est le plus important, je te souhaite une agréable après-midi et....la paix pour tous ! ;)

Écrit par : promethee | 11/11/2004

Merci de votre passage Cher Armand,
J'aime tes ressemblances fortuites ;))) A bientôt.

Cher Prométhée,
Les noms de rue m'agacent aussi quand ils sont dédiés à un massacreur en chef, même si cela arrive de moins en moins, ou un nom de bataille. Si l'on voulait être précis, on les remplacerait par le nombre des victimes de la bataille : ce serait parlant. Sinon, sur le fond, nous sommes bien entendu d'accord : d'ailleurs, mes positions ne m'ont pas empêché de collaborer à une expo commémorative sur Marguerite Bervoets. On ne se refait pas...
Bonne journée également ;)

Écrit par : Ubu | 11/11/2004

.... Ubu,
En parlant des plaques de rues, de stations de métros ou de lieux publics divers, oui, effectivement, je t'avoue que j'ai parfois un problème. Le tombeau de Napoléon à Paris me fait toujours un drôle d'effet, surtout quand on sait quel "boucher" il était....

Écrit par : promethee | 11/11/2004

Cher Prométhée, C'est effectivement confondant, cet immense hommage à un massacreur chez nos amis Français.
A bientôt.

Écrit par : Ubu | 11/11/2004

Etonnant! Cher Ubu,
Comment se fait-il que les français donnent des noms de victoires françaises à leurs rues, ponts... Exemples: Iena, Sébastopol... ?
Comment se fait-il que les anglais donnent des noms de défaites françaises à leurs rues, ponts... Exemples: Trafalgar, Waterloo... ?
Amitiés

Écrit par : Armand | 11/11/2004

Cher Armand, La classe d'un pays se verrait dans l'inversion du rapport. Maintenant, pour ce que tu cites, ce doit être de l'humour anglais : il y a bien des rues "Mitan des camps" en pleine ville. ;)
A bientôt.

Écrit par : Ubu | 11/11/2004

le souvenir.. et tout le tointoin.. je vous le dit tout net !!! par anticipation... je suis déserteur.. pour toujours. un de mes oncles, ce malgré nous me l'a déposée sur la table de la cuisine.. de long en large.. avec tout son barda, la guerre.. ses militaires.. ses civils qu'en étaient plus, et ces jours où l'on se souvient.. tout de la merde mon petit qu'il me disait... son poing de 2 doigts pointant le plafond.. tout de la merde. Elle est en moi tous les jours.. elle me fait encore mal aujourd'hui cte p.. pas besoin de piqure de rappel qu'il me disait... il n'est que l'égoiste qu'en mange de ça.. ça vous pouvez le comprendre aussi ?
(peace)

Écrit par : dôm | 11/11/2004

... Et merde à tous les va-t-en-guerre qui ne comprennent pas qu'on ne résoud pas un problème en envoyant des troupes, et qui acceptent des invasions iniques (Irak) pour la raison stupide qu'on n'en a pas envahi d'autres (Bosnie). Résoudre un problème en envoyant des troupes ne fait qu'en causer d'autres, pis encore (même si on prétend que c'est parce que la guerre a été mal préparée! Comment "bien préparer" une guerre, je vous le demande!).
Il faut d'abord trouver une solution, puis envoyer des troupes, une fois que celles-ci ont été acceptées, pour vérifier que cette solution est viable.
Bien sûr, il est "mieux pensant" de prôner les interventions militaires (mieux vaut ça...), puis de venir faire son petit sain en pleurant sur les anonymes envoyés au casse-pipe! Et tout cela, je l'ai écrit avec un doigt en moins!
En résumé, félicitations pour ton texte, Ubu, ce sont certains commentaires qui l'ont ponctué qui "me vont loin"... :)

Écrit par : serge | 11/11/2004

Merci de votre passage Cher Dôm,
Mon grand-père résistant avait été écoeuré par ses années de guerre : je ne serais donc pas déserteur mais insoumis. Bien à toi.

Cher Serge,
Ravi de voir que ton entorse ne t'es pas montée à la tête ;)))
A bientôt.

Écrit par : Ubu | 11/11/2004

.... Je m'assume pleinement et mes commentaires en sus... ;)))))

Écrit par : promethee | 11/11/2004

... "Un droitier honteux ne s'assume jamais comme tel"
Lao Tseu

Écrit par : Serge | 12/11/2004

... Allez, en italien, la prochaine fois ? ;)))

Écrit par : promethee | 12/11/2004

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