28/11/2004

Y a pas d'urgence !

Ce texte est inspiré d’un article de Patrice Pelloux, médecin –urgentiste. Dans le Charlie-Hebdo de cette semaine, il évoque une dame de plus de quatre-vingt dix ans retrouvée dans son domicile : elle est seule et atteinte d’une hémorragie cérébrale massive. Elle porte sur l’avant-bras un numéro tatoué. Patrice Pelloux explique dans l’article l’impossibilité de lui trouver un lit à trois heures du matin : il n’y a plus assez de lits, il faut rentabiliser. Alors, on bricole un brancard dans un box des urgences et l’équipe d’urgentistes s’arrange comme elle peut pour que cette vieille dame reste entourée dans son coma profond. Peut-être a-t-elle lutté pendant la guerre, peut-être a-t-elle été déportée arbitrairement : elle est morte sur un brancard parce qu’il faut faire des économies, voyons, parce que la dignité humaine n’est plus un principe mais un luxe, parce qu’on gère les hôpitaux avec des jolis numéros de dossier. Et lorsque les numéros importent plus que l’homme ou la femme qu’ils cachent, lorsque les institutions oublient pourquoi elles ont été mises en place, lorsque des soins qui assurent la dignité humaine sont qualifiés de « soins de confort »,  ce n’est plus une question de choix budgétaire : rien que du mépris face à la personne humaine. Certes, un ministre de la santé mène la guerre aux gaspillages : c’est sa fonction, on le conçoit aisément. Mais lorsque  je lis par ailleurs les bénéfices des firmes pharmaceutiques, sur le dos de la sécurité sociale ou du malade, lorsque je vois la part consacrée par celles-ci à leur « communication », le nom pudique de leur publicité, je m’étonne. Voudrait-on signifier, dans notre chère société, au nom de nos chères valeurs  – je n’ose en ce cas utiliser les termes de conviction, puisque l’on discute justement de ces sujets-là, ou de principe, puisque manifestement il semble y avoir d’autres priorités  (lesquelles ?) -,  qu'il ne faut pas gaspiller inutilement de l’argent ? Il est vrai que la dignité du malade n’est pas rentable : elle est peut-être devenue un accident de parcours. Sans doute sommes-nous toujours en guerre, comme un peu partout sur cette planète, et l’ignorions-nous.



20:03 Écrit par Ubu | Lien permanent | Commentaires (9) |  Facebook |

Commentaires

Gestionnaires, gaspilleurs et utopistes Cher Ubu,
Dans quel engrenage as-tu glissé ton doigt?
Je ne crois pas qu'il y a trop peu de places dans les hôpitaux, mais une organisation qui fait la part belle à des intérêts particuliers...
Dans le désordre:
- Le nombre d'appareils onéreux car les hôpitaux, par souci de prestige, se doivent de posséder le meilleur en tout. Plutôt que de se spécialiser, chaque "grande" clinique veut pouvoir diagnostiquer et traiter tous les cas, pathologies lourdes incluses...
- Questions linguistiques: crois-tu que s'il y a des places libres à l' AZVUB, l'hôpital Saint Luc y enverra ses patients surnuméraires de son plein gré?
- Petites cliniques de "proximité". Dès qu'un problème se présente (accouchement difficile par exemple), il faut évacuer le patient.
- Enfin, les "bons" gestionnaires essaient de "remplir" leurs hôpitaux par souci de rentabilité. Est-il normal, par exemple, qu'on fasse venir le malade le vendredi soir pour que les examens aient lieu le lundi matin?
- Idem pour les examens techniques inutiles destinés à renflouer les caisses... (ce gaspillage est même tout à fait dans l'actualité!)
Je crois que c'est comme pour l'enseignement: les budgets sont suffisants, mais c'est la gestion globale qui est mauvaise car elle privilégie des intérêts particuliers au dériment de l'intérêt général...
Ne m'en veux pas si je ne partage pas ton opinion: au moins, je ne le fais pas avec agressivité et je suis sincère...
Je sais qu'Ubu est bon et qu'il accepte toutes les opinions, si elles sont exprimées poliment...
Merci à Ubu pour sa gentillesse!
Amitiés

Écrit par : Armand | 28/11/2004

Omission du principal ! Cher Ubu,
Dans le feu de mon commentaire, j'ai oublié de parler du principal: l'argent récupéré ne devrait pas être utilisé pour remettre les finances de la sécurité sociale en état, mais pour l'accueil des malades qui sont le plus souvent, dans les grandes institutions, considérés comme des "cas" et non des personnes.
Les patients, pourquoi ne pas dire "les clients", doivent être soignés avec autant de soins que leur maladie, et ce, quel que soient les conditions de l'hospitalisation: chambres à un, deux ou davantage de lits...
Amitiés

Écrit par : Armand | 28/11/2004

Cher Armand, Ne t'inquiète pas : je suis d'accord avec ce que tu notes ;) Seulement, il me semble que les choix budgétaires privilégient des intérêts particuliers (firmes pharmaceutiques, fabricants de matériel lourd) au détriment de la considération humaine. Tu aurais pu évoquer en plus les médicaments génériques, qui soulageraient fortement la sécurité sociale. Ce qu'évoquait Patrice Pelloux dans son article, et ce que j'essayais de comprendre dans mon texte (je comprends mieux quand j'écris), c'était l'atteinte à la dignité du patient à cause de ces choix. Ce n'est pas un secret que les firmes françaises sont généreuses avec leurs élus et que l'équipement correspond à des sous-entendus politiques : je dirais que c'est ce genre de pratique qui est à évacuer, pas les malades. Je précise que j'évoquais une situation française, également. Je remarque d'ailleurs que le secteur privé s'occupe peu des urgences et des pathologies lourdes. De même, le secteur public oublie qu'un patient n'est pas qu'un client -étrange qu'on parle de la clientèle d'un médecin, si on se réfère au serment d'Hipocrate - et qu'on doit le traiter humainement comme un individu.
Comme tu le vois, je ne pense pas être fondamentalement en désaccord avec toi ;)
Amitiés.

Écrit par : Ubu | 28/11/2004

Cher Armand, Ton second commentaire a croisé le mien : serions-nous télépathes ? ;)))
Bonne soirée.

Écrit par : Ubu | 28/11/2004

Messieurs bonsoir :))

Écrit par : BT | 28/11/2004

Bonsoir BT A bientôt. ;)

Écrit par : Ubu | 28/11/2004

Sourate, vous êtes filmés Ubu est bon et Armand est son prophète !
;-))

Écrit par : Paul | 29/11/2004

Cher Paul, Toujours aussi persifleur ;)
A bientôt.

Écrit par : Ubu | 29/11/2004

Révolte Budget, rentabilité, fonctionnalité, .... Dans tous les secteurs non-marchands, il n'y a pas d'argent. Mais on est prié d'y faire régner la dignité humaine. Sur un brancard, elle crie ... Sont-ce les décideurs qui vont l'entendre?

Écrit par : Madeleine | 29/11/2004

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