08/12/2004

Aimez-vous le pisa ?

Je m’étonne, à chaque fois, du caractère définitif et significatif que l’on accorde au test Pisa (Programme international pour le suivi des acquis). J’ai tendance, pour ma part, à n’y déceler qu’un immense sondage, qui a l’intérêt et les limites techniques de tout sondage. On sait qu’un sondage a un commanditaire : ici l’OCDE, organisme qui s’impose une certaine conception du monde. On sait aussi qu’un sondage, contrairement à une étude scientifique, trouve souvent ce qu’il cherchait à prouver : il n’est même pas une étude sociologique fiable, juste une vue de l’opinion qui a pour spécificité de modifier le champ qu’il prétend étudier. Pisa met en avant les compétences. D’où l’importance d’une analyse des sources, donnée étrangement absente de cette enquête (voir la critique d’un test précédent http://www.changement-egalite.be/article.php3?id_article=216 ou même le test lui-même

http://www.enseignement.be/@librairie/documents/ressources/A002/index.asp ). J’y ajouterai également la sélection étonnante des copies retenues (le hasard des noms) et un protocole variable selon les pays (les établissements de la Communauté française participent, toutes orientations confondues) ainsi qu’une procédure par questionnaire à choix multiple peu prisé dans les enseignements francophones (même si au Québec !)

 

C’est cette enquête qui se devrait établir une perception significative de notre enseignement : certains résultats glacent le sang. Ainsi, plus d’un quart des élèves testés et retenus de la Communauté française ne maîtrisent pas les compétences minimales en lecture. : lorsque l’on conçoit que l’on traite ainsi d’un vecteur privilégié de l’enseignement, c’est effectivement inquiétant. J’ai souvent eu l’impression que le métier de professeur se résumait à une gestion du désastre : ainsi au lendemain de corrections de copies médiocres, je me demandais quelle était la portée de ma fonction et son intérêt réel. Et puis, ma mémoire me jouait un vilain tour : elle me rappelait à mes souvenirs. Ainsi, je pouvais me dire que j’avais navigué entre le rénové et le traditionnel, ce dernier m’ayant sans doute permis de réussir mes études universitaires : non que le premier se soit discrédité mais je dus vite constater que ses méthodes étaient rejetées par une société beaucoup plus conservatrices que les quelques innovations qu’il prétendait insuffler. Aléas de la pédagogie en chambre ou inadaptation chronique de nos conservatismes chroniques ? J’avouerai que, issu moi-même d’un type d’enseignement  poussiéreux, je persiste à plaider pour des valeurs de base et n’avale les réformes qu’après les avoir évaluées. Je serais curieux de voir combien de nos pédagogues distingués ou vulgaires ministres s’avèreraient compétents dans ces apprentissages procéduraux qu’ils imposent à nos chères têtes blondes. Et combien de professeurs s’y retrouveraient réellement, si je dois en juger par leur repli pédagogique ?

 

Certains élèves travaillent, et même beaucoup. Le fils d’une amie, en première générale, travaille en moyenne deux heures par jour. Pas énorme, me direz-vous ? Envisagez simplement que ces deux heures sont censées compléter les huit périodes de cours quotidiennes où l’élève, en bonne logique, serait tenu de réaliser des tâches-problèmes, c’est-à-dire de mettre en œuvre des savoirs à peine maîtrisés afin de les utiliser dans d’autres tâches par la suite : pas si simple. En même temps, il lui serait demandé, à cet élève, d’atteindre des socles de compétences : si je caricature à peine, des savoirs à moitié maîtrisés devraient permettre d’aboutir à une procédure finale réussie… Etonnant ? A ces pratiques quotidiennes s’ajoutent les évaluations : sommatives, formatives, certificatives. En clair, que signifie ce jargon ? Les premières évaluent la somme des connaissances acquises (des interros, en fait), les deuxièmes sont en fait des exercices qui permettent de repérer les difficultés d’une tâche et d’éventuellement y remédier, les dernières s’offrent comme la cerise sur le gâteau puisqu’elles légitiment le diplôme, dont tout le monde ne cesse de dire qu’il ne sert à rien : motivant, n’est-ce pas ?

 

Et pourtant, l’horreur est humaine : il y a des évaluations qui ne correspondent à rien. Passons sur les mauvais profs (il y en a !) et sur les pitoyables évaluations externes (certaines sont de véritables fumisteries) et venons-en à une évaluation utile et authentique : les tests psychotechniques. Je me souviens d’une connaissance qui avait bloqué un ouvrage intitulé Les tests démystifiés : chaque fois qu’il passait un test de recrutement, il devenait le candidat idéal. Dans le cadre d’un centre de formation privé, je me suis moi-même soumis à un test psycho-technique censément révolutionnaire : je fis le meilleur résultat devant des ingénieurs qualifiés. Me voilà devenu par la grâce d’un test le meilleur technicien possible, de matheux forcené, moi qui ai tendance à taper avec le mur sur le marteau  et qui bricole rarement, en tout cas jamais sans trousse de secours à portée des éventuels moignons. En fait, ce test de compétence technique n’était qu’une simple application de la logique prédicative associée à quelques rudiments d’arithmétique. Je suis donc devenu prof de français : heureusement pour nos entreprises ! Il n’empêche, lorsque des tests mettent en avant des préjugés et les soumettent à leurs soins palliatifs, ils n’ont qu’une qualité : leur obsolescence.

http://www.tdg.ch/tghome/toute_l_info_test/l_evenement/resultats__8_12_.html


21:35 Écrit par Ubu | Lien permanent | Commentaires (22) |  Facebook |

Commentaires

L'orientation professionnelle... Comme on l'appellait dans mon jeune temps m'a expédié vers des études commerciales... alors que je maitrise juste les 4 opérations fondamentales, la règle de trois, un peu d'arithmétique et quelques calculs de périmètres et surfaces... Exit mon rêve de devenir professseur de français car bien sûr mes chers parents ont suivi à la lettre les conseils de ces extraordinaires psychologues ! Résultat en fin de courses, une scolarité cahotique, une profession qui ne me convenait pas du tout, et retour à la case départ la quarantaine épanouie :-), je retourne sur les bancs de l'école... On finit parfois pas être rattrapé par son destin...

Écrit par : Neige | 08/12/2004

Si tous les posts étaient de la trempe de celui-ci... Cher Ubu,
Tout d'abord une petite remarque concernant la forme...
Plutôt que de rédiger en plusieurs épisodes le post qui concernait la colère, sujet "bénin" j'aurais préféré que tu scindes celui-ci, bien plus important et sérieux, je crois... (Excuse-moi, mais je considère l’évolution de l’enseignement comme une chose très importante et qui concerne tout le monde, même ceux qui ne semblent pas concernés directement.)
1) Les compétences minimales insuffisantes… C’est un problème très ancien : il y a quarante ans, il m’avait été demandé d’assister à l’embauche de techniciens A2 dans une PME et de poser quelques questions. J’avais demandé de citer les neuf provinces de Belgique, et la formule mathématique de la surface du cercle. Les trois quarts des candidats ne connaissaient pas les réponses aux deux questions! (Pour rire, fais le test dans ton école, mais ce sera plus compliqué car il y a plus de neuf provinces maintenant!)
2) Travailler deux heures par jour après les cours, tous les jours, est démentiel: je me contentais d’une seule, mais le faisais systématiquement avant le dîner…
3) Les tests de QI et autres sont biaisés dès l’origine: alors qu’ils devraient être indépendants des connaissances. Les «intellectuels» sont favorisés par l’habitude de rechercher rationnellement les rapports, similitudes et correspondances dans toutes choses…
Merci Ubu, de ce post vraiment intéressant qui me change de certaines répétitions que je lis un peu partout ! Ubu a aussi des informations sérieuses à communiquer…
Amitiés

Écrit par : Armand | 08/12/2004

Merci de votre passage Chère Neige,
Comme tu le dis, ces tests sont souvent lamentables : ils croient à leur propre détermination. Si l'on prend en compte des personnalités comme Van Hout, mathématicien et linguiste, ou Isaac Asimov, écrivain et docteur en biochimie (si je me souviens bien), on se rend compte que penser par catégories nuit à l'individu. C'est une évidence : c'est toujours en application... Faudrait secouer le cocotier ;)

Cher Armand,
J'ai scindé lae post sur la colère parce qu'il existait déjà et qu'il était long : une trop grosse colère pour un seul post. La réflexion sur Pisa, je ne l'avais pas encore concrétisée, même si le crédit attribué à l'enquête et son impact médiatique m'agacent. Et surtout lorsque les responsables politiques, qui disposent d'autres moyens d'évaluation (une analyse des questionnaires et des copies d'examen qui sont archivés dans chaque école, par exemple ?) beaucoup plus à même d'offir une "carte" précise de notre enseignement, se foca.

Écrit par : Ubu | 09/12/2004

Oups, mauvaise manoeuvre Lorsqu'ils se focalisent, disais-je avant d'être interrompu par moi-même, sur ce seul test.
1) Les compétences minimales : un ami me citait le cas, il y a vingt ans d'une rénovation de chassis par des apprentis-menuisiers en stage. Ces chers bambins, à la fureur de leur patron, avaient repeint les fenêtres puis les avaient fermées ;)
2) La somme de travail ne correspond pas toujours à sa qualité : laisser des lacunes en suspension dans l'air, c'est condamner beaucoup d'élèves à un travail inefficace et toujours fastidieux...
3) Ces tests servent de fétiches : s'ils peuvent parfois déceler un problème psychomoteur, pourquoi pas ? Pour le reste, ils sont significatifs surtout de ceux qui les élaborent.
Amitiés.

Écrit par : Ubu | 09/12/2004

passe doucement sans me faire voir
parce que tout ça devient trop... compliqué... oui c'est ça pour moi :))

Écrit par : imagine | 09/12/2004

... Quelques-uns des êtres les plus merveilleux que j'ai rencontrés dans ma vie avaient à peine le diplôme primaire et certains des plus odieux se prétendent merveilleux cer "ils savent". Et si on repensait la société au lieu d'obliger les élèves à des miracles en math (cfr excellent message d'Armand chez Benoit).
Excellente journée

Écrit par : Serge | 09/12/2004

Haha, les tests : figure toi que lorsque j'étais en primaire (il n'y a pas si longtemps que ça) nous avons dû passer une série de tests avec un organisme PMS (Psycho Médico Social, je crois). Il s'est avéré que JAMAIS, je ne pourrais travailler sur un ordinateur.
Aujourd'hui je suis devenu Roboticien, je passe mes 8 heures devant un écran avec caractère tout petits ...

Écrit par : Nola | 09/12/2004

Merci de votre passage. Chère Imagine,
Rassure-toi : il n'y a pas de test. Je m'intéresse encore à ma profession : ça arrive ;)

Cher Serge,
D'accord avec toi Serge : la pénibilité, la qualité d'un travail manuel ne sont pas prises en compte. C'est d'ailleurs ce qui a transformé le secteur "qualifiant", comme on dit, en filière de relégation : avant qu'on le laisse à des ASBL (cf. contrat stratégique). On a dévalorisé le travail ouvrier qu'on ne désepsère même plus Billancourt : on le ferme...

Cher Nola,
Je suis sûr que tu as brouillé le test en faisant des jeux de mots... ;)

A bientôt.

Écrit par : Ubu | 09/12/2004

Copie d'un commentaire chez Algador Cher Ubu,
Je crois que nous ne nous sommes pas compris chez Algador!
Je t'envoie un copier-coller de mon nouveau comment...

Chers Ubu et Serge,
J'ai dû mal m'expliquer en ne faisant pas suffisemment la distinction entre "partis" et "délinquants"...
Je pensais à tout autre chose: au lieu de condamner un parti à "renaître de ses cendres" en martyr, il eut fallu sanctionner les responsables par une amende qui tiendrait compte de ses subventions passées et présentes (et même éventuellement mettre ses dirigeants en prison si c'est prévu) puisqu'il n'ont pas respecté les lois et constitué une "association de malfaiteurs"...
Interdire un parti est une stupidité; appliquer les lois antiracistes est plus efficace et démocratique, je crois...
Armand

Je crois que c'est plus clair: un parti ou un syndicat ne sont, par définition, pas illégaux, mais les activités de certains de leurs membres peuvent être des délits...
Amitiés

Écrit par : Armand | 09/12/2004

Ne t'inquiète pas Armand, je me doutais qu'il y avait un malentendu ;) A bientôt.

Écrit par : Ubu | 09/12/2004

.... Que l'enquête PISA présente des questionnements comme tout indicateur qui ne peut prétendre à l'objectivité par définition, il n'en reste pas moins que mêmes les études publiées dans nos différentes universités tendent à montrer qu'il y a des problèmes au niveau de l'enseignement obligatoire. La question n'est pas de jeter la balle sur l'un ou l'autre mais bien de trouver les solutions ad hoc. A ce titre, je me suis toujours poser la question de la réussite dans le supérieur, rien qu'à l'université, seul 20-30% des étudiants réussissent la première année avant de replafonner à 70% les années suivantes. Impréparation du secondaire ? Logique de buse institutionnalisée chez certains professeurs d'université ? Loi des séries ? En tout cas, cela fait toujours des frais énormes dépensés pour rien s'agissant des 70% de recalés en première, ne pourrait-on pas penser un autre système où le même budget est dépensé mais avec un plus grand taux de réussite ? Je ne prétend pas avoir la solution mais quid de l'idée de l'examens d'entrée dans les facs avec un meilleur système de bourses pour les plus démunis ? Question ouverte, très ouverte...

Écrit par : promethee | 09/12/2004

Continuer à travailler, à enseigner sans trop se préoccuper des voisins et du qu'en dira-t-on... Y a-t-il encore des élèves à déstabiliser par le PISA?

Écrit par : Madeleine | 09/12/2004

Merci de votre passage Chère Madeleine,
Je pense qu'il ne faut pas refermer l'enseignement sur lui-même : je conçois que l'on ait envie de se replier dans sa classe. Mais la plupart de nos élèves devront sortir de l'école, à un moment ou un autre, et se retrouveront face à d'étranges situations : discrimination à l'embauche pour certains de mes "beurs", chômage persistant, et autres joyeusetés.
A bientôt. ;)

Écrit par : Ubu | 09/12/2004

Cher Prométhée Je pense qu'un indicateur est plus qu'une enquête sociologique : il démontre et impose des choix de société dans le cas de Pisa. Je m'étonne ainsi qu'un système qui fonctionnait, basé sur la transmission de connaissance, ait été remplacé par un enseignement des compétences, à ce jour toujours pas maîtrisées d'ailleurs. Peut-être se situe-t-il là, ce hiatus entre l'enseignement obligatoire et l'enseignement supérieur, suite presque obligée du précédent ? On semble aussi oublier la présence d'un enseignement de qualification : ses coûts matériels sont impossibles à assumer dans le cadre de l'enseignement public. Si l'on en revenait à des exigences de base, plutôt qu'à des socles de compétence, serait-ce de la nostalgie mal placée ? Je ne le pense pas
Quant à ta seconde remarque, je me dis que ce niveau d'échec dans le supérieur, en dépit d'initiatives comme le tutorat, est inquiétant mais explicable. La maîtrise de la langue première, le manque de méthode de travail en sont souvent les facteurs principaux : j'ajouterai que l'accès au supérieur s'est démocratisé mais que les lacunes du secondaire et du primaire pèsent lourd. N'est-il pas quelque peu illusoire d'autoriser tous les élèves du technique à s'inscrire en école supérieure, alors que déjà tant d'élève du général y échouent, eux qui sont censés y être préparés ? Par ailleurs, si tu proposes des examens d'entrée dans certains types d'enseignement, l'universitaire par exemple, tu vas les forcer à s'inquiéter de pédagogie ;) Ce serait une véritable révolution ;))
Je pense que je vais en arriver à créer un blog enseignement...
A bientôt

Écrit par : Ubu | 09/12/2004

.... S'agissant de PISA, j'avoue ne pas connaître la méthodologie employée pour la réalisation du rapport, j'emploie surtout le CAD. Cela dit, comme je l'ai déjà écris dans un message précédent, je comprends qu'en tant qu'enseignant, tu te sentes particulièrement concerné par la mise en cause du système francophone belge mais force est de constater que les études des différentes universités ne donnent pas entièrement tort à l'OCDE, ou du moins complètent certaines de ses conclusions (cf. conclusions récentes du GIRSEF de l'UCL).

Enseignement de la compétence ou de la connaissance ? Quelque soit le nom ou le paradigme, peu importe le nom de la énième réforme d'un tel ou tel ministricule: si l'on n'apprend même plus l'histoire de l'Egypte antique aux élèves et favorise encore des troncs "néerlandais - 2 heures", voire pire, "sans néerlandais" en Wallonie, dans le contexte actuel, je comprend que l'on handicape les futurs étudiants et perennise l'immobilisme des chercheurs d'emplois. Je ne crois pas en une scission entre deux mondes, la connaissance et la compétence, les deux sont intimement liés mais la question est de trouver le juste milieu.

Entre l'utopie lyrique du cercle des poètes disparus et l'empire des "petits perroquets sans cervelle", il faut une réconciliation sur le meilleur des bases....

Cela devient à ce point problématique qu'aujourd'hui, tu le sais mieux que moi, les établissements du primaire et du secondaire jouent à la guerre de la réputation, triste spectacle d'un enseignement qui se veut théoriquement gratuit et universaliste (A Bruxelles, on appele cela un "marathon" des parents pour trouver un bahut). A quand le tour du supérieur d'entre dans le jeu ? C'est bien ce sous-tend aussi le PISA, de la même manière que le délestage institutionnalisé dans le technique/professionnel des éléments peu appréciés de certains professeurs, etc....etc....

Bref, il y a du boulot à faire, un énorme boulot mais je ne suis pas vraiment optimiste quand je vois ce qui se passe à la Communauté française. Il n'y a pas d'argent pour des politiques nouvelles, la norme d'endettement est prête à exploser face à des créances déjà énormes, le budget de l'enseignement est à la fois le plus gros et à la fois mal utilisé de manière efficiente, chaque ministre qui se succède a SA réforme de choc, etc., bref, je lorgne du côté flamand qui a aussi ses problèmes mais qui est loin de notre marasme pour autant....En plus de l'aspect linguistique, ce n'est pas un hasard si les bruxellois francophones tentent de mettre leurs enfants dans le réseau néerlandophone...

Pour terminer sur l'université, je me range derrière ton avis lorsque tu cites "La maîtrise de la langue première, le manque de méthode de travail en sont souvent les facteurs principaux". Si je ne suis pas franchement favorable à l'idée d'un bac, l'idée d'un examen d'entrée dans chaque faculté universitaire ne me semble pas être un mauvaise idée. Chaque élève serait jugé sur ses capacités à pouvoir suivre un cursus comme il aurait loisir de suivre des cours prépa. comme en France, le solde budgétaire récupéré sur la masse des busés permettrait de financer les plus démunis avec des bourses vraiment pertinentes, voire servirait à alimenter les cours préparatoires mais là, je crois qu'il y aurait une fronde du corps enseignant qui aurait l'impression que l'on touche à sa cathédrale, non ? Pourtant, il faudra bien un jour lutter contre ces problèmes....

Connais-tu le nombre de bourses allouées chaque année pour étudier à l'étranger grâce à la Communauté française par rapport aux nombre d'étudiants qui sortent de l'Unif ou des écoles supérieures ? Je ne parle pas d'Erasmus mais des post-licences ou doctorats ? Te donner le chiffre provoquerait certainement un gros éclat de rire ou une crise de larmes. Moralité, en dernière licence, les gens se voient souvent proposer des bourses par des gouvernements étrangers ou certaines universités privés puis, dans bien des cas, ne reviennent plus....ou après quelques années....

Bon, ici, Monsieur enseignement c'est toi alors sois indulgent avec tes réponses.... ;))))

ps: bonne journée à toi...

Écrit par : promethee | 10/12/2004

Des tests... déteste ! Je vous rejoins tout à fait pour ce qui est de l'opacité des sources et de la façon de procéder aux tests...
Ceci dit, j'ai pu constater dans mon parcours scolaire - de prof de français (très court) puis de journaliste, que la maîtrise de notre langue maternelle n'est pas à son top-niveau, loin s'en faut.

D'après une amie instit', les enseignants du primaire ont tant de domaines à aborder qu'il ne leur reste que trop peu de temps à consacrer aux deux matières -piliers : math et français.
Je reste persuadée que l'éveil est important et que "toucher à tou" constitue la meilleure garantie d'applanissement des inégalités socioéconomiques entre les élèves, mais force est de reconnaître qu'au sortir du primaire, orthographe et grammaire sont des notions "aléatoires"...
J'ai corrigé, en secondaire général, des rédactions où figuraient nombre de phrases qui n'en n'étaient pas : des subordonnées sans principales, des locutions sans verbe... et une orthographe épouvantable !!! (on m'a même incité à ne plus corriger en rouge pour ne pas "traumatiser" les élèves ???)
Pire, en 4e professionnelle coiffure, j'ai donné à réaliser un petit exercice de transformation de discours direct en discours indirect, sanctionné d'un "10/10" s'il était achevé avant la sonnerie (sinon les sacs sont fermés 1/4d'h avant...). J'ai eu un texte qui commençait par "lé wasos" pour les oiseaux. Tout le reste était à l'avenant. Du phonétique. C'est le déclic qui m'a poussé à changer d'orientation : qu'est-ce qu'un enseignant peut bien faire par rapport à cela ???
J'ai assisté dernièrement au recrutement d'un journaliste gradué. A la lecture des CV, j'avais déjà éliminé 90% des candidats. Orthographe approximative, phrasé lourd, manque de clarté, présentation primaire, non adaptation des propos à la circonstance... Lamentable.
C'est interpellant...

Écrit par : La Fée Carambole | 10/12/2004

.... Avec les 300 briques d'Arena (cf. Le Soir de ce jour), on se met à rigoler doucement des bonnes pratiques dans la priorisation des budgets qui pourraient être dédiés à l'enseignement...La FEF doit apprécier quand on lui dit qu'il n'y a pas un balle pour ses ouailles...

Écrit par : promethee | 10/12/2004

Chère Fée, Merci de ton témoignage. je ne nie pas la réalité catastrophique de certains faits mais j'iamerais qu'on en définisse les paramètres avec précision, pour nous qui avons été ou qui sommes encore sur le terrain. Ton expérience correspond encore à ce que je vis parfois. Pourtant, je me dis qu'il doit être possible de retrouver des exigences, et la qualité qui va avec, si on se refuse à sacrifier une génération de plus. On en est là. Quant aux recrutements, j'ai pu étéblir un diagnostic proche du tien : il me revient même en tête le cas de romanistes infoutus de torcher une lettre valable, c'était une amie secrétaire, avec son diplôme de moyenne qui devait leur expliquer comment la rédiger pour qu'elle ressemble à quelque chose.
A bientôt ;)

Écrit par : Ubu | 10/12/2004

Cher Prométhée, Les études universitaires sont peut-être pertinentes mais elles oublient un fait : la médiocrité de la formation à l'agrégation. Je ne suis pas si vieux mais j'ai encore subi le programme de 1931, financé sur la caisse noire de l'Univ. Cela change depuis peu.

Une réforme des grilles horaires : sûrement une solution. Mais ça va hurler dans le landerneau. Plutôt une réforme des rythmes : pourquoi ne pas reprendre les cours en août ? Réforme proposée par Onkelinx, qui pour une fois n'avait pas tort : hurlements du secteur Horeca, inquiet pour ses chiffres, réforme abandonnée...

Les parents font la qualité des écoles par le crédit qu'ils leur donnent. Une enquête, dont Armand m'avait donné l'info l'a prouvé. Comment n'en parle-t-on pas autant que Pisa ? Quant à la relégation, elle est organisée depuis le passage de l'obligation scolaire à 18 ans, soit il y a plus de vingt ans, si je ne me trompe...

Paix aux réformes : chaque ministre veut marquer son passage sans assumer le désastre. Résultat : beaucoup d'effets d'annonce et puis rien, jusqu'à la prochaine. Les dernières ne sont que des ravalements de façade ou de bureau, comme on voudra ;))

Tu cites la France : elle est à peine mieux lotie dans Pisa ! Et beaucoup d'étudiants français investissent notre enseignement supérieur (cf. les vétérinaires) et certaines filières du secondaire (j'ai donné cours à Ath). A cause des concours ? Sûrement. C'est le risque d'un enseignement formaté, qui n'admette aucune exception : je connais des anciens élèves du technique qui ont réussi de brillantes études supérieures : l'une est prof de math, l'autre est cardiologue... Quant à une nouvelle discrimination positive dans le sens de ce que tu proposes, elle profitera aux "héritiers", je le crains : qui a les moyens d'investir dans des compléments de formation ? Il n'ya jamais que 5% d'enfants d'ouvriers dans notre enseignement universitaire et la tendance est stable depuis quarante ans !

La fuite des cerveaux : tu as sûrement raison. Cela correspond à notre insuffisance d'exploitation de la recherche fondamentale mais aussi à l'aspect étriqué de notre petit pays... Le même phénomène s'est produit avec pas mal d'artistes qui sont "montés" à Paris pour réussir... Dénigrement de ses propres ressources ? Sans doute...

Je ne suis pas un expert de l'enseignement : malheureusement, je ne peux pas me consacrer qu'à la pédagogie dans la situation actuelle. On a tout de même brisé l'image des enseignants il ya huit ans, pour justifier une irresponsabilité politique : on y a perdu plus de 3000 profs dont certains auraient leur utilité maintenant. Je suis d'avis que l'on sabre dans les postes coûteux et inutiles : aucune raison d'entretenir des monastères d'experts, de continuer à s'équiper sous Windows, de rénover des bureaux somptuaires (sic) ou de fleurir nos ministres... Si on commençait par colmater les brèches ?

Je ne sais pas si j'ai été indulgent : mon métier me passionne encore au quotidien, quand je suis en classe ou quand je découvre des idées pédagogique. J'avoue que pour le reste, j'ai du mal à ne pas ressentir de rancoeur vis-à-vis de nos (ir)responsables politiques ou syndicaux, tant ils semblent soucieux de leurs fonctions sans se rappeler leurs responsabilités...
Bonne soirée ;)))

Écrit par : Ubu | 10/12/2004

Réponses en vrac.... "la médiocrité de la formation à l'agrégation"

J'ai trouvé que l'agrégation fut la partie la plus facile et la plus ennuyeuse de mon cursus, probablement parce j'estime à titre personnel que l'une et l'autre ne sont pas adaptées aux réels desseins du cadre de formation. Je puis enseigner dans les écoles supérieures d'un point de vue légal mais pour être honnête et concret, je pense nullement être préparé à le faire (pédagogie, psychologie, etc.). L'université forme pour une logique A et l'agrégation pour une logique B, ni l'une ni l'autre ne s'emboîte aujourd'hui et c'est vraiment dommage.

Pour tout dire à ce sujet, j'ai bien plus de respect pour un régendat ou un gradué, beaucoup plus professionnel et compétent à mes yeux de part les stages effectués, qu'envers un licencié qui a surtout été un bon "perroquet" durant 4 ou 5 années. Opinion strictement personnelle et biaisée, je sais....

"Les parents font la qualité des écoles par le crédit qu'ils leur donnent"

Je suis mitigé. Certes, beaucoup d'écoles vivent de la réputation accordée par le public et celle-ci varie dans le temps, c'est certain, mais dans un autre sens, il y a de telles inégalités dans le public et autant d'incidences au niveau scolaire qu'il se crée aussi un fossé entre les écoles d'où sortent plus de diplômés et celles où l'on materne avant la majorité. Bien sûr, il y a un facteur socioéconomique avant tout mais cela déteint très vite sur l'enseignement, ses structures et ses cadres d'accompagnement vers la réussite. Etant toi-même professeur, je ne vais pas te faire un dessin entre les taux de réussite des différents bahuts à Bruxelles par exemple (voir statistiques de réussites des anciens)...C'est très, très différent de l'université où la concurrence se joue surtout entre facultés et non pas sur la valeur du papier en bout de course (Ok, il y a Solvay, HEC, etc. mais bon, je parle en général!).

"elle est à peine mieux lotie dans Pisa !"

Comment, toi ? Tu cites aussi Pisa ? Judas... ;))

Message bien reçu et bien compris pour le reste, merci pour ton éclairage sur certains points et, surtout, bonne soirée à toi.... ;)

Écrit par : promethee | 10/12/2004

Change de branche, vieille branche ! Cher Ubu,
Dans ton entretien avec Prométhée, tu parles des vétérinaires...
Sais-tu qu'en première candi (il y a cinquante ans), les vétos et les médecins n'avaient que trois "branches" (si je me souviens): math, physique et chimie!
Comme il n'y a aucune raison que cela aie changé (ce n'est pas les programmes que les ministres modifient), crois-tu que cela motive des gens qui rêvent de soigner et n'ont pas tous l'esprit scientifique?
On a parfois les diplômés qu'on mérite...

Écrit par : Armand | 10/12/2004

Merci de votre passage Cher Prométhée,
L'agrégation fait partie de l'hypocrisie universitaire, qui prétend préparer à tout et ne prépare en fait à rien. A ce niveau, il serait temps de former des professionnels. je ne suis pas loin de partager ton opinion à ce sujet. Quant à la réputation des écoles, elle correspond aux désirs des parents, bien souvent, plus qu'à leur qualité pédagogique : je pourrais te citer des propos hallucinants de collègues de bons athénées ;) Même en discrimination positive, des élèves réussisent aussi, sans être des cas : j'en ai plusieurs qui font un parcours brillant aux études supérieures et je me dis que j'y ai peut-être aidé, à mon modeste niveau, puisqu'ils nous ont fait confiance pendant quelques années. Enfin, je suis bien obligé de citer Pisa : c'est le seul test qu'on médiatise. Nostalgie du palmarès ?

Cher Armand,
Je pense qu'on y a juste ajouté la biologie mais je n'ai d'anciens élèves qu'en pharmacie ou en médecine : je suppose, comme toi, que ça n'a pas changé. Les programmes sont souvent réformés, rarement changés ;)

A bientôt.

Écrit par : Ubu | 10/12/2004

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