15/12/2004

Le sous-bois

Ses pas glissent sur les feuillages. Elle avance, encore sonnée par leur brutalité, leur violence quotidienne. Les escarpins entaillent ses pieds fatigués : aller et venir, aller et venir… Et les étreintes de la nuit lui collent leur moiteur sur tout le corps : aller et venir… Les rictus des clients coulent les uns après les autres : un filet de bave pour l’un, l’œil qui se plisse de l’autre, la bouche étirée d’un troisième. Comme chaque matin, elle se sent sale : la douche n’ôtera pas leur odeur, la sensation de ceux qui tremblent, qui blessent, qui pleurent parfois. Elle ôte les escarpins : ses pieds s’imbibent du feuillage humide tandis qu’elle sent glisser l’air du matin. Elle respire : son brouillard léger se mêle à celui des plantes. Pendant quelques instants, elle s’écoute vivre. Pendant quelques instants, la putain sourit : c’est quand personne ne la touche qu’elle se sent à nouveau quelqu’un.

01:51 Écrit par Ubu | Lien permanent | Commentaires (15) |  Facebook |

Commentaires

ces pauvres filles.. la putain qui bosse en forêt serait à peine moins malheureuse que celle lorgnée en vitrine. le plus vieux métier du monde.. il y a les putains de plaisir.. les putains "obligées", faut bien se nourir.. les perverses qui se vengent des hommes et les autres.. de toutes sortes. la premiére putain s'est elle donnée d'elle même ou l'aurait-on mis à la vente ?

Écrit par : dôm | 15/12/2004

ça fait un peu Orange mécanique non ? un 'tite séance de ça va - ça vient ?

Écrit par : Nola | 15/12/2004

Merci de votre passage Cher Nola,
On dirait plutôt "Rêve orange" de Liane Foly : je pense qu'elle y chantait "Ca va, ça vient" (qui n'était pas son meilleur titre) ou alors "Ca s'en va et ça revient" de je ne sais plus qui ;)

Cher Dôm,
On dirait du Stindberg : "Les prostituées se paient à chaque fois, les femmes mariées au forfait" ! En fait, j'ai simplement pensé aux prostituées de l'Avenue Louise, que je ne remarque plus tant elles se fondent dans le paysage, et la chanson "La putain" de Reggiani me trottait en tête. Pour le reste, je pense que certaines sont contraintes : le viol n'est-il pas un abus de pouvoir écoeurant ? Et payer ne change rien au principe. Quant aux autres, elles ne me dérangent nullement : alors, si l'on reconnaissait leur travail et si on cessait de le présenter comme une maladie honteuse ? A y bien réfléchir, c'est loin d'être le seul travail qui transforme un être humain en objet mais c'est sans doute celui qui touche le plus à son intimité...

A bientôt

Écrit par : Ubu | 15/12/2004

Gros sabots ! Cher Ubu,
La fille qui se douche!
L'actualité t'aurait-elle inspiré?
Y a-t-il un message caché à prendre au second degré?

Écrit par : Armand | 15/12/2004

à Armand Petit coquin, va! :)

Écrit par : serge | 15/12/2004

Merci de votre passage, le retour Cher Armand,
Tu me prêtes des intentions ;) Il n'y a pas que des ministres qui se douchent : oups, j'ai cité quelqu'un, là ? :))) Je propose une solution ci-dessous...

Cher Serge,
Je pense aussi qu'Armand est un rien coquin ces temps-ci : il faudrait peut-être proposer que "la personne que je ne cite plus" pose sous sa douche. Bien vendues à un magazine, les photos permettraient peut-être de refinancer le ministère ;) On peut d'ailleurs envisager un calendrier du gouvernement dans ce sens : mais j'ignore si Eerdekens et Daerden seraient très vendeurs... :))) Perso, j'aurais préféré Freya mais tous les goûts sont dans la nature.

A bientôt

Écrit par : Ubu | 15/12/2004

tres (trop) brutal au réveil ce txt

bonne journée

Écrit par : imagine | 15/12/2004

c'est pas vrai c'est encore foutu pour l'égalité des chances avec votre calendrier, bon vous ne voulez pas élargir aux présidents de parti et quelques autres : ce serait un peu plus équitable, quand même

Écrit par : deborah | 15/12/2004

attention ...douche froide !! Comme Armand
J’aurai plutôt cru à un message subliminal :)

Écrit par : leptitpousset | 15/12/2004

je suis touché par ce texte. (...) "c’est quand personne ne la touche qu’elle se sent à nouveau quelqu’un."
Bien vu!
Touchant.

Écrit par : Tony | 15/12/2004

Merci de votre passage, la vengeance du retour Chère Imagine,
Moi qui le jugeais plutôt doux, ce texte : amer mais doux...

Chère Deborah,
Pour le calendrier, on peut lancer une invitation aux présidents des partis francophones ou alors on retravaille le concept pour les prochaines élections, avec réunions électorales obligatoires à Bredene et meetings avec strips des orateurs (ou -trices) ? :)))

Cher Leptitpousset,
Y avait vraiment pas de message subliminal au départ mais ça donne des idées, plus dans le registre de la farce cette fois que le texte de départ... Pas grave, on y reviendra ;)

Cher Tony,
Imaginer, c'est parfois s'identifier : j'avoue que dans ce cas, je ne sais pas si je tiendrais le coup... Alors, il faut peut-être d'impossibles rédemptions ?

A bientôt.

Écrit par : Ubu | 15/12/2004

.... En te lisant, j'ai repensé au film "Cette femme là" avec Josiane Balasko, j'avais presque l'odeur de l'humus des bois dans les narines, la sensation de l'humidité et du tournis des milliers de rayons de soleil passant entre les interstices des branches...

Écrit par : promethee | 15/12/2004

Cher Prométhée, Je ne connais pas ce film (j'aime pas trop Balasko !) mais je te crois sur parole pour l'atmosphère du sous-bois... ;)
A bientôt

Écrit par : Ubu | 15/12/2004

Elle se sent sale Une phrase qui me fait penser au film L'insoutenable légèreté de l'être, l'héroïne ressentait cette salissure dans un acte sexuel sans amour, contrairement au héro qui voletait d'un rêve de femme à l'autre...

Écrit par : Nortine | 16/12/2004

Chère Nortine-Olivine Superbes film Kaufmann et roman de Kundera. La peur du corps y correspondait à la pudibonderie d'un régime totalitaire : sa libération peut parfois être totalitaire et abusive aussi, quand on constate qu'elle est basée sur la soumission de l'autre, voire sur son humiliation...
A bientôt.

Écrit par : Ubu | 16/12/2004

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