17/12/2004

L'ivrogne

Il est assis : ses jambes sont lourdes, ses yeux sont fatigués. Il est face à son verre : l’éclairage clair du bistrot se reflète, traverse parfois le liquide, lui éclabousse les yeux. Ce qu’il était avant de rentrer s’accroche à lui : l’ivresse n’est pas encore assez forte. Il veut s’oublier, verre après verre, ne plus penser à ce qu’il délaisse, noyer son angoisse à grands flots jaunâtres. Ses lèvres baignent dans une nouvelle amertume. Il ne retournera pas au boulot, chez lui ou ailleurs : il ne bougera plus. Ses gestes pataugent, sa tête part en vrille et sa main renverse le verre.

La serveuse s’approche, avec un torchon qui en a vu d’autres. Elle éponge mécaniquement. Lui regarde, hébété, la main fine, remonte le bras puis l’épaule. Il voit le visage encore juvénile, doux et réservé : elle se sent observée et le regarde, avec un petit plissement des yeux. Il rougit de son ivresse : il voudrait la lune. Il combattrait des dragons, des ogres, des géants, même des créatures qu’aucune imagination n’a encore inventées : il commande un café en bégayant. Elle lui sourit, décidément. Douze cafés et quelques passages aux toilettes plus tard, il se sent à nouveau frais. Le café est fermé, les clients sont partis et Don Quichotte a retrouvé Aldonza : il est à nouveau heureux.  


16:09 Écrit par Ubu | Lien permanent | Commentaires (12) |  Facebook |

Commentaires

Il est vachement bien, ce Quichotte. Tu sais que je suis fan vu que j'en ai un chez moi.

Écrit par : Paul | 17/12/2004

La fange Cher Ubu,

Dialogue dans un bistrot, entre poivrots:
- Je bois pour oublier...
- Pour oublier quoi ?
- Sais pas: j'ai oublié!

Dans ton histoire, on a les "possibles étoiles" qu'on peut... Elever le "im" rend la phrase plus optimiste, n'est ce pas?

Amitiés

Écrit par : Armand | 17/12/2004

Mais chassez donc vos nuages et regardez-moi telle que je suis

Une Dame, une vraie Dame a une vertu, a une âme
Dieu de Dieu, de tous les pires salauds que j'ai connus
Vous qui parlez d'étoile, vous qui montrez le ciel,
Vous êtes bien le plus infâme, le plus cruel.
Frappez-moi, je préfère le fouet à vos chimères,
Frappez-moi jusqu'au feu, jusqu'au sol, jusqu'à terre
Mais gardez votre tendresse, rendez-moi mon désespoir
Je suis née sur le fumier et j'y repars,
Mais je vous en supplie, ne me parlez plus de Dulcinéa
Vous voyez bien que je ne suis rien, je ne suis qu'Aldonza la putain.

jacques brel ;)

Écrit par : imagine | 17/12/2004

Merci de votre passage Cher Paul,
Si j'ai bien vu, il est de Dali : mais qu'est-ce qui n'est pas de Dali, de nos jours ? ;)) Il signait même des toiles vierges...

Cher Armand,
L'impossible est ce qu'on rêve d'atteindre, le possible ce qu'on néglige de voir ;) Quand je buvais, j'avoue que je ne dialoguais pas beaucoup ;) Amitiés.

Chère Imagine,
Bien entendu, c'est une des sources : j'aurais préféré que Don Quichotte n'ait pas négligé Aldonza, plutôt que l'illusion de Dulcinéa ;) Le rêve se partage-t-il jamais ? Tandis que la réalité... ;)

A bientôt

Écrit par : Ubu | 17/12/2004

je pense que les reves se partagent :) maientenant ils faut qu'ils soient faits ensemble :)

Écrit par : imagine | 18/12/2004

Chère Imagine, Partager des rêves : que d'exigences ! Jamais de repos, jamais d'insouciance, toujours surveillé : brrr ! ;) Il est vrai que je ne maîtrise pas mon cerveau : j'ai parfois l'impression qu'on est déjà plusieurs là dedans : occupé ! ;)))
A bientôt.

Écrit par : Ubu | 18/12/2004

Ah! Une belle fin Ubu...
Bonne journée.

Écrit par : Nortine | 18/12/2004

je viens te découvrir... tes textes sont vraiment particuliers...

Écrit par : Christ | 18/12/2004

salut Ubu Merci pour ton passage, ton post m'a fait sourire.

Bon ouiquenne!

Écrit par : Mehmet | 18/12/2004

Merci de votre passage, opnieuw Chère Nortine,
Il peut y avoir des fins heureuses après six siècles ;))

Chère Christ,
Et je suis capable de faire encore pire ;)))

Cher Mehmet,
Je te dédie mon café ;)))

A bientôt.

Écrit par : Ubu | 18/12/2004

Bonjour Toujours succulent par ici...
Doux w e

Écrit par : Fléa... | 18/12/2004

Chère Fléa Enchanté de ton retour ! ;)) Ta douceur nous manquait.
A bientôt

Écrit par : Ubu | 18/12/2004

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