18/12/2004

Enseignement soldé

Le psychodrame semble se dénouer : la douche d’Arena a fait office de bain de vapeur. Pendant ce temps, on ne parle plus des sujets qui fâcheraient. On oublie les résultats de l’enquête Pisa (http://www.agers.cfwb.be/@librairie/documents/ressources/A007/index.asp) : une logique du constat n’amène pas une action construite. On oublie de commenter la consultation des enseignants (environ 10% de réponses!) et les projets inclus dans la Déclaration commune, signée par à peu près toutes les organisations représentatives, qui ont juste oublié d’en informer leurs membres ou affiliés auparavant : sans doute est-ce une nouvelle manière de faire fonctionner la démocratie « institutionnelle ». Le texte pratique la langue de bois dans toute sa splendeur : il laisse un goût d’écharde, d’autant qu’il ne recueille, jusqu’à preuve du contraire, que l’approbation des hiérarchies d’organisations qui n’ont, à ce propos, représenté qu’elles-mêmes. Evitons d’ennuyer les enseignants, qui sont sur le terrain et ne comprendraient rien à la bonne gouvernance. Ne préoccupons pas les parents qui ne connaissent pas le jargon institutionnel. Ne perturbons pas les élèves, qui n’ont pas encore le droit de vote et qui coûtent beaucoup trop cher. Et surtout, ne revenons pas sur les causes profondes d’un échec global de l’enseignement de la Communauté française : le citoyen serait obligé de conclure à un échec de la Communauté française elle-même et de s’adresser aux (ir)responsables qui l’ont gérée. Et puis, une génération sacrifiée de plus, des gaspillages supplémentaires, une soumission du service public aux exigences des rares entreprises qui ne délocalisent pas, ne font pas faillite ou ne restructurent pas, qu’est-ce que ça change ? Rien, forcément, quand l’institution perd sa crédibilité, entraînant un chœur émouvant d’organisations dans son marasme grotesque au nom du plus petit commun dénominateur, sans doute. Désolé pour les élèves qui s’efforcent, les parents qui s’investissent, les profs responsables : vous n’avez plus voix au chapitre puisque la page est déjà tournée. D’ailleurs, les premières négociations se produisent déjà et vous l’ignorez, inculte que vous êtes : on travaille pour vous, on vous prépare un beau cadeau ces temps-ci et vous devrez l’accepter, que vous le trouviez à votre goût ou pas. Au moins, vous serez informés, jusqu'à ce que la baignoire à bulles d'un MR, le distributeur de canettes d'un PS, l'indemnité de vélo d'un Ecolo ou la subvention aux bénitiers d'un CDH vous distraie et vous indigne.  Une ministre de plus marquera son passage par une improbable réforme de l’enseignement, jusqu’à la prochaine : on n’oserait dire que l’enseignement public se solde à bon compte ces temps-ci, même si ce n'est pas un phénomène inédit. Dont acte.

 

 http://www.agers.cfwb.be/@librairie/documents/textes_officiels/041129_DC.pdf

12:52 Écrit par Ubu | Lien permanent | Commentaires (13) |  Facebook |

Commentaires

tu connais mon avis... l'enseignement va en roue libre.

Écrit par : Tony | 18/12/2004

Supplément de fiel (= bile des animaux de boucherie)... Cher Ubu,
J'aimerais ajouter à ta longue liste des récriminations :
- L'article de la première page de la DH de ce jour (http://www.dhnet.be/) concernant la ministre que je ne veux plus nommer. (Je dirais: elle est indécrottable!)
- Les soumissions: sais-tu pourquoi les écoles sont toujours fournies par les mêmes sociétés? (Réponse: comme l’Etat paie avec d’énormes retards, seuls ceux qui en tiennent compte dans leurs prix sont intéressés!)
- Les «congés de maladie» qui touchent davantage les profs des écoles «à problèmes». Crois-tu que ce soit le fait du hasard ou plutôt qu’un stress anormal décime les plus faibles?
- Les retards et absences réguliers de certains élèves. Ce problème n’existait pas autrefois: à l’heure de début des cours, les portes se fermaient et les retardataires devaient sonner à la porte et étaient sanctionnés s’ils ne pouvaient se justifier.
- L’émiettement du peu de pouvoir organisateur qui reste entre réseaux communautés et régions. Ces parcelles de pouvoir sont d’ailleurs âprement disputées et occasionnent toutes sortes de conflits et «arrangement» onéreux.
Conclusion personnelle: ce n’est pas un «ministre de salon» (pour utiliser l’expression consacrée) mais un homme du terrain (et à poigne) qu’il eut fallu choisir pour un tel poste. Il faudrait quelqu’un de non politique qui ose mettre à plat certains droits acquis et responsabilise les acteurs de terrain, élèves et parents inclus. Comme ce n’est pas prêt de se produire, les portefeuilles étant distribués selon des critères politiques (donc irrationnels), l’enseignement francophone a encore bien des mauvais jours devant lui…
Désolé, mais n'étant pas acteur de terrain, je n'ai peut-être rien compris aux problèmes: je te fais confiance pour me corriger et coller un zéro...
Amitiés

Écrit par : Armand | 18/12/2004

Merci de votre passage Cher Tony,
Nous sommes d'accod sur les symptômes, pas nécessairement sur toutes les origines de la maladie ;)

Cher Armand,
Je vais aller voir l'article et je te réponds. A tout de suite ;)

Écrit par : Ubu | 18/12/2004

Cher Armand, -J'avais déjà lu cette information : clientélisme habituel du monde politique.
- Les soumissions sont en partie du ressort de "l'autonomie" financière des écoles : au lieu de négocier des remises à grande échelle, on crée une instabilité des comptes entre attente des subventions dues et négociation au cas par cas (là aussi, il peut y avoir des copains à servir mais c'est moins visible !).
- Les congés de maladie touchent de manière importante les écoles "à problèmes", sans même compter les agressions (6 à Jacquemotte en deux mois, tout de même !) et les remplacements font souvent défaut : je peux te citer l'exemple d'une classe qui n'a pas eu cours normalement en langues germaniques de janvier à avril , bonjour les lacunes ! Dans le supérieur, on ne remplace pas du tout les profs malades. De même pour le personnel d'entretien : il est payé sur le budget des écoles et elles ne peuvent se permettre de payer un remplaçant.
- Les retards et absences pourraient être actés avec rigueur : à Bruxelles, cela signifierait un engorgement des services de la jeunesse. D'ailleurs, c'est déjà le cas. Les procédures existent, pas les moyens ni la volonté de les appliquer avec rigueur : c'est sans doute pourquoi il y a énormément d'élèves en retard scolaire en CF... De plus, un élève en obligation scolaire doit toujours être inscrit dans une école, même s'il est devenu élève libre...
- La Communauté française est une aberration : elle n'a pas le pouvoir de lever l'impôt, ce qui signifie qu'elle joue à enveloppe fermée. Or, lever l'impôt, ce serait normalement assumer les responsabilités qui en découlent et la totalité des choix budgétaires. En clair, c'est une de ces baronnies qui doivent disparaître : hurlements des pouvoirs intermédiaires de l'officiel subventionné ou des pouvoirs organisateurs du "libre", qui devient majoritaire et dont la gestion financière est encore plus nébuleuse que celle de n'importe quel cabinet...

Je serais assez d'accord avec ta conclusion mais si tu lis la déclaration (je sais, elle est chiante), tu remarqueras que la Communauté ne s'impose pas grand chose et que la privatisation larvée est en marche : une déresponsabilisation de plus de nos chers élus. Et les représentants du personnel, des étudiants et des parents l'ont signée en choeur : la liste des signataires est éloquente. C'est ce qu'on appelle une "fuite en avant".
Je te mets une bonne cote ;) Mais zéro pointé pour tous les signataires...
Amitiés.

Écrit par : Ubu | 18/12/2004

Malheureux ! Salut Cousin,

Alors on remet en cause l'existence de la Communauté Wallonie-Bruxelles ? Son existence est voulue en tant que marque de solidarité entre le Sud du Pays et Bruxelles Capitale.
Remettre en question son existence signifie une renégociation institutionnelle fédérale, et là, les Sudistes ne sont pas en position de force. On attend toujours un général Lee !

Écrit par : Votre Cousin | 18/12/2004

Une autre possibilité... Cher Cousin d'Ubu,
Le général Lee a perdu la guerre, c'est Grant qui l'a gagné...
D'autre part, Le Père Ubu n'interdit pas de faire comme les flamands: fusionner communautés et régions...
Ceci amènerait des économies de personnel, supprimerait des rivalités de compétences et les flamands n'auraient rien à redire sans se déjuger eux-mêmes...
L'aberration pourrait donc être supprimée sans tsunami fédéral...
Amicalement

Écrit par : Armand | 18/12/2004

Tu as raison D'aucuns, même dans des partis sensés (mais je ne cite aucun nom), pensent qu'il faudrait en effet fusionner Communauté et Région pour assurer un petit poumon financier à ce funeste non-marchand, dont nous faisons glorieusement partie. Mais la solidarité Wallonie / Bruxelles, tu sais bien qu'elle est purement de façade, et encore.

Écrit par : Paul | 18/12/2004

Cher Cousin, Je ne remets pas en cause l'existence de la CF : je veux qu'elle ne forme qu'un avec les régions qu'elle couvre. Ou alors, demandons notre rattachement à Tahiti, puisqu'il y fait beau, ou à la Suède, pour des motifs purement désintéressés, vous vous en doutez, Mon Cousin ;))) Allons donc au bout de la solidarité : que la Wallonie et Bruxelles l'absorbent : zouf, un gaspillage de moins ! Dès ce moment, je chanterai "Le Sud" de Nino Ferrer ;)) En attendant Lee, évitons l'hallali, oh lala ! :))
A bientôt.

Écrit par : Ubu | 18/12/2004

Bonjour aux commentateurs intercalés Cher Armand,
Je préviens ton idée que tu as exprimée avant ou en même temps que moi : la relativité appliquée aux blogs ? ;))

Cher Paul,
Le façadisme, y en a marre : que les barons, tous partis confondus, assument leur entière responsabilité. La Communauté française n'est pas viable seule, ni la Wallonie, ni Bruxelles : reste à les associer et à laisser tomber le campanilisme infantile des élus et de certains de leurs électeurs. Ce serait une vraie décision politique : sinon, qu'on cesse de se plaindre des incursions flamandes à Bruxelles. Personnellement, je n'y suis nullement opposé... ;)) Et pourtant, tu sais bien que mon néerlandais est des plus sommaires ;))

A bientôt.

Écrit par : Ubu | 18/12/2004

Juste bonjour en passant à bientot :)

Écrit par : Alsgard | 18/12/2004

Bonsoir Alsgard, On s'inquiétait de ton absence. ;)
A bientôt.

Écrit par : Ubu | 18/12/2004

Fusion impossible Non et non, il est impossible d'abolir la CF, de réunir les régions Wallonie et Bruxelles Capitale sans révision de la Constitution. Ce qui nous amènerait à devoir négocier avec les Nordistes et on n'a rien à leur demander mais eux souhaitent plusieurs choses (la scission de la sécu est la partie visible de l'ice(ijs)berg). Et même si cela était, que ferions nous de la minorité flamande dans nos frontières, on devrait créer une Communauté néerlandophone à l'instar de la Communauté germanophone. Où seraient les économies ? Ou alors, on fusionne rien et on laisse la région Bruxelles Capitale seule avec des compétences communautaires, c'est pas viable.
On pourrait aussi attendre la montée des eaux qui noiera une bonne partie de la Flandre, ce qui règlera quelques problèmes.
Une solution pour rapporter un petit pactole à la CF, serait de ne plus financer les cours philosophiques et de morale laïque dans nos écoles officielles, cesser aussi d'utiliser les deniers publics pour les écoles privées confessionnelles. Mais de nouveau, on reste bloqué par la Constitution. Où sont les Jacobins ? Je sais, je sais, y a Armand qui me rappellera qu'ils furent guillotinés !

Écrit par : Le Cousin | 18/12/2004

Mon Cousin, Je sais que votre sang bleu bat à gros bouillons mais ne nous énervons pas ;) On n'a rien à demander aux Nordistes, dites-vous : je reste sceptique mais remarque que nous finirons par tout leur laisser quand le VB sera au pouvoir, ce qui à mon avis ne saurait tarder. Nos politiciens auraient pu songer à cette dérive au lieu de sombrer dans un campanilisme folklorique : Bruxelles deviendra peut-être un district fédéral bientôt ? D'ailleurs, la Cf est déjà morte : on la maintient sous perfusion depuis sa naissance.
Quant à la montée des eaux, elle m'inciterait tout au plus à m'engager comme maître-nageur pour sauver de gentes dames :)) D'accord pour le financement exclusif des écoles publiques : leur neutralité suffit à notre Etat. Mais que faire quand l'enseignement dit libre est majoritaire ? Et combien de nos chers élus confient encore leurs enfants à l'enseignement officiel ?
Mon cher Cousin, tels vos Jacobins, ne perdez pas la tête ;)))
A bientôt.

Écrit par : Ubu | 18/12/2004

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