23/12/2004

Clowneries 2 : enfance et adolescence

Teint blanc à faire envie aux cachets d’aspirine, lèvres et nez rouges comme des cerises-tomates transgéniques - vous ne connaissiez pas encore : en fait, on a manipulé génétiquement des cerises et des pastèques et poum, voilà : on peut faire maintenant de la purée de cerises, une sauce bolognaise à la cerise, de somptueux Cherry Mary, des ravioles de flétan sauce cerise et plein d’autres plats qu’on peut agrémenter également de kiwis-citrouilles, si on aime vraiment la verdure sucrée ! – et des sourcils noirs : bref, une bille de clown.  Ajoutons que ses parents eurent la surprise, mais on n’en était plus à une grande découverte après les quolibets subis à la maternité, de lui voir pousser des cheveux fâcheusement hirsutes et nettement multicolores.  Bref, Monsieur et Madame Lacrèche envoyèrent bien quelques faire-parts de naissance mais en noir et blanc. Ils évitèrent le baptême, tant parce que cela rappelait un peu trop à Monsieur son boulot que parce qu’ils encaisseraient difficilement des fous rires hystériques d’un curé censé incarner la douceur : ils le non baptisèrent donc Jérôme, histoire de ne pas avoir à le décrire en public. Jérôme grandit dans la douceur qui sied à tout enfant : il arrachait les poils des chiens, les ailes des mouches (voire plus, si affinités) et constata très vite que les mouches se défendaient beaucoup moins que les chiens. Il connut quelques incidents avant de rentrer à l’école : un groupe de guêpes myopes confondit sa bouche  avec son essaim naturel, ce qui lui donna une élocution pâteuse pendant quelques temps, juste au moment où il apprenait à parler. Passons sur son entrée à l’école maternelle, où tous les enfants pleurèrent en le voyant ou parce que c’est la rentrée, on l’ignore. Passons sur la frustration de ses institutrices, qui auraient bien voulu être gentilles avec le petit difforme mais se rendirent vite compte que dans le cas de Jérôme, l’habit faisait le moine, à condition d’avoir une idée plutôt perverse du moine. Et puis, allez réagir aux exactions d’un gamin insupportable sans lui intimer de cesser de faire le clown.

            Jérôme, en dépit d’un nombre élevé de dépressions nerveuses dans le corps professoral et d’une forte envie de ses parents de l’inscrire dans une institution pour aveugles, grandit relativement normalement : à vrai dire, ses pieds se développèrent un peu vite, ce qui justifia l’intervention d’un orthopédiste bègue, qui se souvint d’une anecdote amusante d’un sien cousin dermatologue au sujet d’un bébé-clown. « B…b…bon ssssang, mais c’est b…b…bien sssûr »,  osa-t-il en son fort intérieur, prouvant que les phrases incomplètes n’étaient pas une tare de famille  et qu’il avait bien choisi sa voie en renonçant à une carrière d’orthophoniste. Jérôme chaussa donc du 52 fillette assez vite et s’en tint là. Lorsqu’il entra à la grande école, c’était un assez beau bambin, pour peu que l’on ne s’attardât point à ses deux extrémités, ce qui arrivait rarement, il faut l’avouer. Son adolescence se passa plutôt normalement : il eut même un certain succès auprès des demoiselles, dont une certaine Jenny, sans doute parce que ses déboires antérieurs lui évitèrent les problèmes acnéiques « propres » aux adolescents de son entourage. Et puis, se faire rouler des patins par un clown, c’était un fantasme inavoué des nymphes qui l’entouraient. Quant aux études, son intelligence vive et son discours net, hormis un zozotement de guêpe en furie (un souvenir de son enfance ?), déstabilisèrent ses professeurs. Il devint cuisinier qualifié.

12:29 Écrit par Ubu | Lien permanent | Commentaires (3) |  Facebook |

Commentaires

Ubu Meilleurs voeux pour 2005. Passe de bonnes fêtes. :-)

Écrit par : Nortine | 23/12/2004

Un bon gros et grand diable Cher Ubu,
Encore un petit effort et tu rejoindra la Comtesse de Ségur au "hit parade" de la littérature enfantine. Tes droits d'auteur te permettront alors de te consacrer uniquement à ce qui te plaît!
Je te le souhaite en tout cas, car les bons voeux sont de saison...
Je plaisante et suis certain que c'est très dur pour toi de ne pas pouvoir décrire les hurlements de douleur des mouches quand on leur arrache les ailes et la langue...
Amitiés et joyeux Noël (un peu en avance car j'ignore quand tu quitteras ton clavier pour aller danser avec Carambole, Neige et Elffarane)!

Écrit par : Armand | 23/12/2004

Merci de votre passage Chère Nortine,
Je t'adresse également mes meilleurs voeux et te souhaite de bonnes fêtes : de beaux textes, pas besoin, ils viennent naturellement ;))

Cher Armand,
Si tu continues, il va arriver des malheurs à Jérôme ;) Je sens qu'il va y avoir une tronçonneuse à un moment ;))) Merci pour le pas de danse mais les orteils de mes cavalières s'en souviennent longtemps ;)

Je vous souhaite un joyeux Noël :))
A bientôt.

Écrit par : Ubu | 23/12/2004

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