24/12/2004

Clowneries 3 : le travail

Engagé dans un fast-food, il y multiplia les pains et les fishsticks, abreuva les tablées d’eau transformée en vin par l’adjonction de poudres diverses, picrate qui fut à ce point miraculeux qu’il réveilla quelques morts et pas mal d’ulcères. Son visage y faisait sensation mais l’attrait de la nouveauté s’estompa bientôt. Alors, il commença à vivre d’expédients : difficile de faire la manche pour une bille de clown ou de mener à bien un cambriolage. Il s’engagea bientôt dans un cirque de passage et y devint bientôt garçon de piste. Un jour où il revenait vers le cirque avec une commande de douze pains d’épeautre, à destination des trois nains et de deux géants dont l’estomac avait des délicatesses peu communes et dont le transit intestinal souffrait pour les uns de la hauteur, pour les autres de l’atterrissage prématuré, il entendit  une voix douce. Il lâcha les pains, qui rompirent leurs chaînes et s’enfuirent vers des pâturages plus verts où ils crurent retrouver leurs racines et ne rencontrèrent que des oiseaux de passage. Il se retourna et regarda : une paire de jambes minces, un tutu, un chignon blond et un visage plein de souvenirs qui baignaient dans un regard vert.  Jenny de retour, rencontre de hasard de l’adolescence devenue femme, Jenny qui rentrait dans son monde : ne trouvant guère de contenance, il s’étala. Il fut rejoint et ce ne fut pas la dernière fois.
Le patron du cirque avait un problème : homme autoritaire mais superstitieux comme pas deux, il s’était toujours fait un devoir d’entretenir une troupe de treize clowns, nains et géants compris. Seulement voilà, sa vedette avait décidé de quitter les aléas de la vie de saltimbanque pour les joies de la banque où, employé modèle, il deviendrait tellement apprécié qu’il pourrait exercer un mi-temps payé temps plein et demi avec quatorzième mois à la clé, ce qui prouve d’ailleurs que le milieu bancaire est beaucoup moins superstitieux que celui des artistes et ce qui explique sans doute pourquoi on parle rarement des intermittents de la finance mais je ne me serais pas égaré, par hasard, dans une digression dont la poésie apparaîtrait sûrement à un lecteur attentif, ce que vous êtes sûrement et ce dont je vous remercie avant de m’arrêter.  Donc, notre directeur se retrouvait avec douze clowns, nombre ridicule, et devait en trouver un treizième : peut-être que le petit jeune, oui vous savez le garçon de piste  acoquiné à sa trapéziste… Jérôme put enfin s’exhiber sur scène sans que nul ne frémisse et il se découvrit la force comique, sans doute parce que grâce à Jenny il se sentait enfin à l’aise dans ses baskets taille 52, faut-il le rappeler. Jusqu’au jour où Jenny tomba gravement malade…

00:01 Écrit par Ubu | Lien permanent | Commentaires (3) |  Facebook |

Commentaires

the show must go on day and day after...



pourquoi Babel ?

Écrit par : xian | 24/12/2004

Cher Xian Laugh is laugh ;) That's entertainment...
Babel a créé le babil : c'est pas si mal de ne pas toujours tout à fait se comprendre ;))
A bientôt.

Écrit par : Ubu | 24/12/2004

Titres possibles pour ce chapître La femme et le pantin?
Chute providentielle?
A christmas carol without Scrooge?
La vie est un petit fleuve tourbillonnant?
Amitiés

Écrit par : Armand | 24/12/2004

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