26/12/2004

Clowneries 4 : la dérive

Elle mourut bientôt, suite à l’incompétence patente d’un médecin qui jugeait bon d’émailler ses ordonnances de calembours hâtivement recopiés de l’Almanach Vermot entre deux parties de golf, de papiers de sécurité sociale où manquait toujours une attestation ou une vignette et d’un contrat d’assurance privée dont les petits caractères expliquaient bien, pourtant, que l’on assurerait que les retournements d’ongles selon un certain angle et les panaris siffleurs. Jérôme en conclut une certaine rage : les villes où le cirque s’arrêta en firent souvent les frais. Les commerçants frémissaient lorsqu’ils voyaient débarquer les treize clowns – les deux géants et les trois nains excellaient dans les opérations combinées de vandalisme – avides de se colleter avec le monde entier et de décaper les rideaux gris de leurs farces éclatantes. Ils remplacèrent les filtres de couleur d’un carrefour particulièrement vital : les automobilistes, perturbés par les feux violets, rose saumon et bleu pâle, s’abandonnèrent à un monstrueux carambolage et crurent rêver en entendant les Pouêt-Pouêt idiots des véhicules de police, autre méfait de nos clowns. Ils projetèrent des confettis sur des peintures fraîches, versèrent du bleu de méthylène dans les réservoirs d’eau, arrosèrent façades et trottoirs de farine dérobée à un camionneur, estourbi et ligoté dans des guirlandes de Noël. On ne comptait plus les agressions à la langue de belle-mère, les coups de mirlitons qui tonnaient dans la nuit, les pétards qui résonnaient dans les hôtels de ville hantés par des fonctionnaires bleuis, enfarinés et couverts de confettis. De pauvres policiers furent molestés et couverts de goudron et de plumes. Des bénitiers furent remplis d’encre et gâchèrent les messes dominicales. Des panneaux ignorés du code de la route firent leur apparition. Des boîtes aux lettres officielles furent scellées, soudées ou engluées. Des tonnes de lessive furent larguées sous une pluie battante. Les habitants se terraient dans le refuge précaire de leur domicile dont la cheminée se retrouvait parfois encombrée d’oiseaux agressifs, la pas de porte de chiens furieux attirés par des kilos de boudins, les portes d’une rue complète se retrouvant parfois reliées par du fil de fer. La terreur règna jusqu’à ce que la police finisse par arrêter Jérôme, seul,  dans le square où il cuvait.

14:23 Écrit par Ubu | Lien permanent | Commentaires (3) |  Facebook |

Commentaires

Comme je les aime! Cher Ubu,
C'est un superbe cadeau de Noël, plus sympa que la diatribe du jour d'un autre blog concernant la sécurité sociale à privatiser...
Je suppose que c'est un défoulement de toutes les farces que tu aurais voulu faire quand tu étais gosse... à moins que l'inspiration ne vienne de ton école...
C'est "enlevé" et relevé, mais j'ai trouvé une petite anomalie: les chiens attirés par des "kilos de boudins" ne sont pas agressifs, à moins que ces boudins ne contiennent une double dose des amphétamines que les grands garnements s'injectaient pour se donner du courage!
Amitiés
P.S. Ton cadavre est pardonné car il est mort sans perdre ses humeurs...

Écrit par : Armand | 26/12/2004

Cher Armand, Les chiens aboient, le boudin y passe : imagine d'essayer d'ouvrir la porte à ce moment ;) Pour l'encre dans le bénitier, l'idée est de Prévert et les filtres aux feux rouges sont inspirés d'un roman de Dominique Noguez, "Les Martagon" où les personnages font des farces pires que celles des "Copains" de Jules Romain. :)) Je pense qu'il y aura un autre mort, malheureusement : et je ne suis pas sûr de pouvoir le ressusciter.
A bientôt. ;))

Écrit par : Ubu | 26/12/2004

Voilà du boudin Cher Ubu,
C'est un peu vieux, mais il te reste encore "le roman comique" de Scarron si tu es à court de farces de potaches...
La seule différence est qu'il s'agit de comédiens au lieu de clowns et que les boudins (pas les filles moches) sont remplacés par un pot de chambre!
Au fait, ce roman (tout en finesse) est inachevé, je crois... ;) ;)
Tu as deviné à qui je pense pour le terminer... ;) ;)
Heureusement qu'on peut plaisanter avec Ubu car Ubu supporte que les autres aient aussi de l'humour!
Amitiés

Écrit par : Armand | 26/12/2004

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