27/12/2004

Clowneries 5 : la fin

Les sbires d’un télévangéliste qui le trouvait plutôt télégénique l’amenèrent chez leur chef : mais Jérôme ne voulut rien entendre, le show-business le lassait décidément et il se voyait mal faire le guignol pour convaincre le pékin moyen qu’il avait avantage à changer deux âmes sales pour une propre, cadeau bonus à l’appui. Le grand prêtre, gourou de secours d’une masse d’éclopés, de désoeuvrés et de vrais escrocs qui avaient trouvé leur maître, le remballa donc, séance tenante, au shérif de l’endroit, un sien cousin qui avait bataillé dans les Batignolles contre des avocats en robe verte, pas mûrs donc, et en justaucorps serrés, ce qui leur donnait très mauvais caractère : essayez messires et vous comprendrez ! Le shérif, pas mauvais bougre mais il fallait bien assurer la paix sociale, les élections, les frais de scolarité de ses enfants reconnus ou non, en plus de ceux de quelques-unes de ses maîtresses pas vraiment majeures mais il faut bien se détendre et puis on prend de mauvaises habitudes à force de fréquenter des prêtres et des politiciens, même qu’il restait de temps en temps une semaine en prison histoire de se refaire l’innocence et de s’égarer, à l’instar de l’auteur du conte, le shérif, disais-je avant d’être grossièrement interrompu par moi-même –il me faudra me ménager des comptes en tête à tête, un de ces jours, quand je l’aurai à nouveau à moi mais à force d’emprunter de multiples personnalités, de revêtir la psychologie de personnages improbables, j’ai parfois l’impression de ne plus me reconnaître le matin dans mon miroir, même quand je cligne de l’œil, et d’ailleurs je galèje derechef –  le shérif, ultimerai-je, décida de s’en laver les mains. Il proposa, parce qu’il aimait bien les clowns, de proposer la libération de Jérôme en le plaçant en compétition avec un cuistot crade, tendance nouvelle cuisine, qui réussissait à merveille le soufflé de cancrelats sur son lit de mouches fraîches : ainsi , la partie serait jouée. Le peuple choisit la libération du cuisinier, se disant que les surgelés n’étaient pas faits pour les chiens.

            On emprisonna donc Jérôme. Sa bande essaya bien de le délivrer, à l’exception notable de Tom, un des nains qui l’avait dénoncé aux autorités et qui passa trois soirées dans un bar branché à essayer de gravir un tabouret haut juché, auquel son veston à carreaux s’accrocha, le laissant en mauvaise posture : Marco, un des nains, resta suspendu aux barbelés de la prison ; Peter fut catapulté sur l’un des murs par un gardien irascible et s’y écrabouilla les os dans un grand pan spongieux; enfin, Jeannot et Matt, les deux géants, se firent dégommer en couvrant la fuite des autres, tant le géant décoré comme un arbre de Noël est une cible facile, même pour un gardien de prison beurré comme un petit Lu (cette publicité clandestine me permet de vivre, merci !). Un dimanche d’automne,  on tira Jérôme de sa prison et on l’amena à la potence cruciforme. Faute de corde, on l’y cloua. Il mourut vers les trois heures, à temps pour permettre à tout le monde de goûter en famille. On l’enterra à la sauvette : des clowns survivants sans doute. Il ne ressuscita point.


06:53 Écrit par Ubu | Lien permanent | Commentaires (6) |  Facebook |

Commentaires

un lundi je me suis demandé s'il on pouvait supprimer les lundis ?

Écrit par : xian | 27/12/2004

Super bon Nöel à toi.
Sais bien, un peu en retard, mais quand même !

Écrit par : Nola | 27/12/2004

Babar Cher Ubu,
Ce petit conte de Noël vaut bien un "Babar" (ou un "Potter", mais là je vais me faire assassiner par ses "fans")!
Ta carrière littéraire (livres pour enfants) vient de débuter...
Bonne semaine: c'est la trève des confiseurs, ne me fait pas mourir comme tes personnages.
Amitiés

Écrit par : Armand | 27/12/2004

Merci de votre passage Cher Xian,
On pourrait mais les mardis deviendraient vite une corvée ;)

Cher Nola,
J'ai vu que tu étais lyrique ces temps-ci : je n'arrive pas à suivre. Et pour le nouvel an, un nouveau feu d'artifice de jeux de mots ? :)))

Cher Armand,
Je n'ai pas lu Harry Potter quoi qu'on m'en ait dit du bien mais si ce conte s'adressait aux enfants, j'aurais vraiment employé une tronçonneuse : les gosses adorent ça ;))) Pas d'inquiétude pendant la trêve des confiseurs : la mort n'existe pas, juste un mauvais rêve ;)

A bientôt.

Écrit par : Ubu | 27/12/2004

à ta lecture... j'entre dans un monde parallèle, psychédélique, dans lequel je me douche de douces chimères.

Écrit par : untel | 27/12/2004

Cher Untel, Tu sais, ce ne sont que des clowneries ;)
A bientôt

Écrit par : Ubu | 28/12/2004

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