22/01/2005

De la douche au bassin...

Ma ministre a pondu son œuf : ça y est ! Je l’ai vue au journal télévisé : pimpante, souriante, fraîche et éminemment politicienne. Enfin elle ne levait plus les yeux au ciel, comme lorsque des enseignants lui faisaient part de leurs expériences de terrain, parfois douloureuses ; enfin elle ne pleurnichait plus, les yeux bouffis d’un shampoing mal appliqué, puisque des cheveux comme les siens s’entretiennent. Elle voulait notre bonheur : elle l’a fait. En tout cas, nous sommes priés de le croire…

 

C’est un phénomène étrange : chaque ministre doit marquer son territoire, histoire qu’on se souvienne de lui autrement que par des frasques, des pataquès ou des frusques. Il y eut un Val Duchesse glorieux, où le PRL prit de grandes décisions qui aboutirent à des aménagements des grilles horaires : un ami à moi eut l’insigne horaire de voir ses heures de math ramenées à 3 périodes par semaines, officiellement, mais suivies, faute de moyen, dans un cours à quatre heures par semaine. Sans doute le résultat de ce parcours vers l’autonomie : il lui fallait récupérer chaque heure qu’il n’avait pas eue parce qu’il était intelligent. Di Rupo (PS) instaura ensuite le NTPP : nombre total de périodes pédagogiques, pour le commun des mortels. Il est toujours en vigueur et obsède tous les chefs d’établissement : c’est en fonction de lui que les classes s’organisent.  Onkelinx (PS) vint avec sa rationnalisation budgétaire d’une Communauté française qui agonisait déjà, cinq ans après sa création : les écoles fusionnèrent, certaines disparurent et plus de trois mille profs disparurent. Pierre Hazette (MR) instaura une réforme du premier degré tandis que Nollet (Ecolo) s’en prenait au primaire et Dupuis (PS) au supérieur pour la mise en application des accords de Bologne : des plans toujours aussi ambitieux et toujours impraticables. Ces deux dernières années, les chefs d’établissements ont reçu au moins deux cent circulaires : leurs compétences de lecture ont dû s’améliorer. Je passerai sur les assises de l’enseignement, les diverses consultations, les revalorisations de l’enseignement de qualification ou du métier d’enseignant,  le bilinguisme prévu en 2001 (tiens oui, spreekt u Nederlans ? Moi pas !), les mouvements du menton suite aux enquêtes Pisa, les commissions de pilotage (créées à peu près au moment où Francorchamps était en péril !), les socles de compétence, les évaluations formatives ou certificatives ou sommatives (biffer les mentions inutiles), les compétences terminales, les évaluations externes ou communes, etc.

 

Je ne parle là que de ce que j’ai vécu, comme élève ou comme prof. Chaque fois, l’enseignement est au centre des préoccupations. Chaque fois, les profs sont davantage désabusés : leur dernière contestation en force n’a rien donné, d’ailleurs, il y a huit ans. Et le plaisir d’être en classe se voit submergé par les promesses qui n’engagent même pas ceux qui les claironnent, les tâches administratives ineptes qui resteront lettres mortes, les grands plans qui nous mènent droit dans le mur.

 

Bien sûr, je vais encore me battre contre ce qui est ridicule ou dangereux dans celui-ci : après première lecture, 90% du texte. Je vais encore m’insurger contre ces ministres de gauche qui parlent de gouvernance, en les admirant de créer un nouveau jargon cosmétique pour chacune de leurs fumeuses idées (ah, euphémisme, quand tu nous tiens !), qui jettent au bassin l’enseignement officiel et public, qui confondent effets d’annonce et actions de terrain… Ce qui sera surtout pénible, c’est de ne plus penser à toutes ces c…ries, à toutes ces douches écossaises,  quand je serai en classe et de me dire que j’aime encore mon métier. Si on me laisse le faire…  

 

http://www.contrateducation.be/index.asp

13:54 Écrit par Ubu | Lien permanent | Commentaires (21) |  Facebook |

Commentaires

J'approuve Cher Ubu,
Tu indiques que chaque ministre de l'enseignement veut imposer sa réforme...
Un point commun toutefois: à ma connaissance, jamais on n'a demandé leur avis aux premiers concernés: enseignants, parents et élèves!
Dans le "privé", un patron qui gaspillerait les deniers de la société qui l'emploie à des futilités (douches) et des réorganisations fantaisistes du travail avec création de mécontentements partout et à répétition chez son personnel (grêves) et clients (élèves et parents), se verrait remettre son C4 par les actionnaires pour incompétence à la première assemblée générale...
Mais nous sommes en Belgique et nos gouvernants tiennent à garder un des enseignements les plus coûteux d'Europe mais avec un taux de réussite des plus bas... J'en arrive à me poser la question de savoir si les vrais détenteurs du pouvoir (pas les ministres, mais les financiers) n'aimeraient pas être les seuls détenteurs du savoir!
Amitiés

Écrit par : Armand | 22/01/2005

Cher Armand, Il y a eu des consultations : les Assises il y a quelques années, les consultations récemment. Le problème est qu'elles restent lettres mortes : on entend bien mais on répond rarement autrement que pas de jolies promesses. Les grèves ? Chez nous, ça ne marche jamais : on va nous répondre que la Communauté française est en danger budgétaire. Compare d'ailleurs les propos d'avant et d'après élections : confondants... Sur les coûts, j'aurais aimé que de réelles statistiques, avec des paramètres clairs et précis, soient établis : ne serait-ce pas une première manière de pointer les gaspillages. A titre d'exemple : j'étais hier en formation. On m'avait bombardé dans celle-là, faute de place ou de formateurs dans d'autres : elle s'adressait aux profs débutants, ce que les 3/4 d'entre nous n'étaient pas. Résultat : un jour de cours perdu... Et des problèmes de cet ordre, il y en a sans cesse...
Amitiés.

Écrit par : Ubu | 22/01/2005

science fiction ? les armes silencieuses.. Armand qui finissait tout juste là. ça fais un bail que j'ai pigé ça. faut plus se poser la question ;-)

*Enseignement: Garder le public ignorant des véritables mathématiques, de la véritable économie, de la véritable loi, et de la véritable histoire.*
un peu de lecture ? voir l'url...
bon je déborde, mais c'est tout de même assez interessant pour que vous y consacriez 5 mn.. peut-être bien connaissez vous cette *thèse*...
bah.. allez je vous laisse là dessus
( je suis le prototype même du mec qu'a été balancer sur une voie de garage avant le secondaire) pas grâve, je me soigne tous les jours ;o)

Écrit par : dôm | 22/01/2005

.... Armand,

"nos gouvernants tiennent à garder un des enseignements les plus coûteux d'Europe mais avec un taux de réussite des plus bas... J'en arrive à me poser la question de savoir si les vrais détenteurs du pouvoir (pas les ministres, mais les financiers) n'aimeraient pas être les seuls détenteurs du savoir!"

Que cela veut-il dire ? Que le fait d'être un capitaine d'industrie ou un moghol de la Bourse pourrait aussi signifier que l'on soit en faveur du nivellement par le bas dans l'éducation ? Dit avec humour, cela me semble un peu "conspirationniste" comme ébauche d'hypothèse. Nul n'a intérêt dans une société développée à manquer de main-d'oeuvres qualifiées, ce n'est pas pour rien que l'on discute de l'immigration par quotas en Allemagne et en France, comme le pratique déjà le Québec (en sus des aspects linguistiques). Débaucher, tu le sais bien, cela coûte très cher....

Ubu,
J'ai choisi la voie de l'enseignement néerlandophone. Ce n'est pas cracher dans la soupe mais surtout investir dans le multilinguisme car une autre donnée jamais évoquée, ce sont bien les langues en Belgique et en Europe. Demain, les "analphabètes" seront ceux qui ne parleront qu'une langue, voire s'exprimeront de manière approximative dans une seconde et à voir les résultats des élèves en Communauté française, c'est vraiment pas la grande forme....

Écrit par : promethee | 23/01/2005

Merci de votre passage Cher Dôm,
Je ne suis pas trop un adepte des théories du complot ;) Je crains qu'il ne s'agisse davantage d'incompétence et de laisser-aller chez nos chers gouvernants ainsi que du credo d'une pensée unique (j'ai failli dire eunuque) : à savoir que l'économie prime sur tout le reste. Quid de l'épanouissement personnel ? Une de mes collègues s'était vu demander ce qu'elle choisirait entre la Communauté française et l'intérêt de ses élèves : elle avait répondu ses élèves. Son interlocuteur, choqué, lui avait rappelé que la CF serait son employeur. "Et alors ?" Ben oui, tiens, et alors : je me sens de moins en moins de respect pour une institution qui n'assume pas ses missions sous de futiles prétextes.

Cher Prométhée,
Une société n'a pas besoin que de main d'oeuvre : à tout prendre, l'enseignement est financièrement incapable de suivre le rythme des industries de pointe et ne collaborait que très peu à la formation des mineurs ou des sidérurgistes, dont la qualité était pourtant reconnue. Les entreprises ne devraient-elles pas se poser la question de leur désengagement dans la formation professionnelle spécialisée, la plus coûteuse ? Je suis d'accord avec toi pour reconnaître que l'apprentissage des langues est devenu important : certains paramètres socio-économiques ont changé, pour le moment. Il me semble toujours étonnant que la CF ait des difficultés à recruter des profs de néerlandais alors que la Communauté flamande est à côté : des partenariats avec la région voisine seraient-ils insurmontables ? Peut-être que la Flandre ne veut plus se poser la question de ce que le français pourrait lui apporter ? Personnellement, je suis favorable à l'apprentissage pour tous de l'anglais, comme langue véhiculaire, ainsi que c'est déjà le cas dans le domaine des sciences : un universitaire français est venu donner une conférence en anglais à Mons, il y a déjà quelques années, ce qui vu le manque de traducteurs scientifiques me semble normal. Mais pour cela, il faudrait que nos ministres ne cèdent pas à l'effet d'annonce publicitaire et aux sirènes de la communication vide...
Bonne journée ;)

Écrit par : Ubu | 23/01/2005

Ma mémoire disjoncte ! Cher Dôm,
Je pense maintenant à la fin de ton commentaire : je me fais vieux ;)) As-tu idée du nombre de bons profs qui ont eu un parcours scolaire difficile ? Et puis, l'école n'est pas tout mais les parents (et les politiques) lui délèguent de plus en plus de missions qui n'étaient pas les siennes auparavant : je pense par exemple à l'éducation à la citoyenneté à laquelle elle est contrainte en pleine crise de la démocratie... Etrange paradoxe ? L'enseignement connait un gros problème de détermination de son utilité : en ce sens, il est symptômatique d'une crise sociale mais je doute qu'il en soit le vecteur privilégié.
Amicalement

Écrit par : Ubu | 23/01/2005

..... "Une société n'a pas besoin que de main d'oeuvre: à tout prendre, l'enseignement est financièrement incapable de suivre le rythme des industries de pointe et ne collaborait que très peu à la formation des mineurs ou des sidérurgistes, dont la qualité était pourtant reconnue"

L'enseignement apprend des connaissances et des techniques, c'est l'expérience professionnelle acquise sur le terrain qui fait la différence, la plus-value pour l'employé. On ne devient pas un bon avocat en sortant de l'université ni même un bon soudeur en sortant de la filière professionnelle, tu le sais bien, ce sont les bases que l'on y apprend, le métier fait le reste. S'agissant de la "main d'oeuvre", il s'agissait d'un concept utilisé pour parler des employés dans leurs globalités.

"Les entreprises ne devraient-elles pas se poser la question de leur désengagement dans la formation professionnelle spécialisée, la plus coûteuse ?"

Tiens ? !! ? Les entreprises qui se désengageraient de la formation professionnelle ? Cela me fait sourire parce qu'en général, il y a un discours (chez certains) qui parle de "libéralisme pur et dur" quand on parle de synergies accrues entre entreprises et centres de formation, supputant le fait que seul l'Etat aurait un monopole de fait. Je me réjouis de lire que tu supportes l'idée de partenariats "complémentaires" et adaptés à la réalité d'une société qui évolue très, très vite...

"Peut-être que la Flandre ne veut plus se poser la question de ce que le français pourrait lui apporter ? Personnellement, je suis favorable à l'apprentissage pour tous de l'anglais, comme langue véhiculaire, ainsi que c'est déjà le cas dans le domaine des sciences"

La question du néerlandais et de son apprentissage n'est pas un problème qui concerne le Nord du pays mais bien le Sud, entre réticences culturelles et préjugés d'une langue cironscrite à une portion minime du monde. Pourtant, l'usage de cette langue est très important en Belgique et ce, même au niveau des sciences: consulte les offres d'emplois dans le secteur (toutes tendances confondues), à moins de s'expatrier en France ou de bosser à Bouillon, c'est s'handicaper sans équivoque que de donner priorité à l'anglais (comme langue véhiculaire) dans ce pays. Cette langue devant venir en deuxième position et demi...Comme j'ai eu l'occasion de l'écrire infra, celui qui ne parlera pas demain FR-NL-ANG de manière courante, sera considéré à l'image de l'analphabète, or, quand on sait qui détient et où se situent les grands pôles économiques et industriels de ce pays, il n'y a pas photo sauf à parier, avec humour, sur une république wallonne unilingue

Écrit par : promethee | 23/01/2005

Cher Prométhée, Quel employé ou ouvrier se soucierait vraiment d'acquérir une expérience professionnelle s'il se sait précaire dans un poste ? De plus, je te corrige : l'enseignement n'est plus censé apprendre des connaissances et des techniques mais des compétences, même si la définition de ce terme varie d'un inspecteur pédagogique à l'autre. Et oui, on en est là...

La formation professionnelle spécialisée devrait être à la charge exclusive des entreprises : ce sont elles qui se retirent, à quelques exceptions près. J'ai connu un centre de formation dépendant de Fabrimetal et des syndicats (et oui...) qui fonctionnait très bien, même avec les profs d'école secondaire, jusqu'au moment où il est rentré dans le cycle des formations Onem obligatoires pour les chômeurs de longue durée : à partir de là, le taux de placement a chuté. Choisissons l'expertise où elle se trouve mais n'oublions pas que les élèves sont des adolescents en obligation scolaire : je me demande comment les centres de formation gèreraient le décrochage scolaire...

Je trouve que le néerlandais est beaucoup moins parlé dans le monde que le français : qui a un réel problème identitaire, le sud ou le nord du pays ?
D'ailleurs, l'apprentissage du français en Flandre décroît. Quant aux pôles de pointe, ils commencent à s'installer en Wallonie, où la population est démographiquement plus jeune et où les possibilités de recrutement sont beaucoup plus développées. Il est probable que l'industrie flamande subisse à plus ou moins court terme les problèmes qu'a connu la sidérurgie wallone (délocalisation, fermetures, etc.) Pourquoi se cibler sur un seul partenaire ? On est en mondialisation, non ? Un fournisseur qui travaille pour un seul client en est trop dépendant, non ? En fait, le problème que tu poses est surtout significatif à Bruxelles, où la pénurie en profs de néerlandais du secondaire est bien réelle : phénomène étrange alors qu'au même moment on en trouve suffisamment pour donner cours aux commerçants du centre-ville ;))
A bientôt.

Écrit par : Ubu | 23/01/2005

.... "Quel employé ou ouvrier se soucierait vraiment d'acquérir une expérience professionnelle s'il se sait précaire dans un poste ?"

Tu parles de situation de crise dans une boîte ou une PME ? Moi, je te parle de situation courante et dans la majorité des cas (heureusement tous concitoyens ne sentent pas encore précaire dans un poste). On n'acquière d'expérience qu'à la tâche, ce n'est pas inné.

"l'enseignement n'est plus censé apprendre des connaissances et des techniques mais des compétences, même si la définition de ce terme varie d'un inspecteur pédagogique à l'autre."

Quelles compétences concrètes apprend un élève en 6ème rénové, option latin et mathématique ? Bien lire, bien écrire, pouvoir synthétiser un texte ? Quelles compétences apprend un étudiant sorti de la filière philologie germanique ? Traduire, citer un auteur classique ou avoir une approche rigoureuse de l'analyse ? Quel apprenti en cuisine acquière des compétences ? Il s'agit d'abord d'un savoir (qualité des produits, usages des ustensiles, apprentissage des saveurs, etc.). Je ne sais pas si tu as déjà eu l'occasion d'engager du personnel mais, hormis probablement certains secteurs (très) circonscrits, on regarde d'abord l'expérience concrète, pratique, acquise soit dans un stage ou un premier emploi, les langues et enfin les motivations avant de se pencher sur le ou les diplômes. Effectivement, je comprends mieux pourquoi le terme est partagé au niveau des Inspecteurs....

"La formation professionnelle spécialisée devrait être à la charge exclusive des entreprises "

C'est une opinion, certes, mais à donner la charge exclusive, tu induis aussi que celles-ci ne favoriseront que les formations adaptées pour une période précise dans le temps et en vertu de certains besoins, ce qui ne sera pas le cas pour une vie entière. A l'époque, on parlait du bug de l'an 2000 et on a formé des milliers de gens avec une pseudo formation en informatique, aujourd'hui, le mythe s'étant effondré, on les a virés manu militari pour engager moins de monde et de bien plus compétents. Moralité ? Céder le budget, c'est aussi céder la part de décision des priorités. Pour ma part, je trouve cela dangereux et c'est pour cela que j'ai parlé de "complémentarités" avec le pouvoir régalien de l'Etat, budget en ce compris.

"Je trouve que le néerlandais est beaucoup moins parlé dans le monde que le français : qui a un réel problème identitaire, le sud ou le nord du pays ?"

En quoi la réalité socioéconomique a un lien avec une question idenditaire entre le Nord et le Sud du pays ? Peu importe ce qui se passe en Flandre côté langue, en Francophonie belge, les résultats sont catastrophiques et il suffit de lire, par exemple, les aveux du gouvernement régional bruxellois et de tous les organes publics d'aide aux chômeurs pour connaître l'une des causes majeures du record de sous-emploi: méconnaissance du néerlandais, l'anglais, n'en parlons même pas. Quand à la mondialisation et à la notion de diversité du partenaire, je crois qu'il me faut rappeler le fait que la très, très grande majorité des flux économiques belges sont liés à des relations inter-régions, de plus, les PME sont les principaux fournisseurs d'emplois (hormis la sacrosainte fonction publique), je vois mal une plomberie de Quaregnon ou une PMI en tôles rouge de Dinant faire aussi facilement du commerce avec Taiwan ou Dubai qu'avec Anvers, Courtrai ou Leuven (il y a des exceptions mais c'est juste pour le "show" à la télévision).

Certes, on peut parier sur le déclin de la Flandre et la renaissance wallonne, mais on va sacrifier combien de générations en attendant le grand jour ? Même dans cette hypothèse et vu l'évolution du monde, le simple bilinguisme n'est plus aujourd'hui qu'un passe-droit très relatif.

Pour revenir à ton propos sur la pénurie de professeurs, deux questions, un, sont-ils néerlandophones et recrutés via la vlaamse gemeenschap ? deux, on ne reprochera jamais à personne d'avoir été manger une herbe plus verte ailleurs.

Écrit par : promethee | 23/01/2005

Cher Prométhée, Sur l'expérience professionnelle :
Il faudrait se demander alors pourquoi les entreprises ont davantage recours à des sous-traitants qu'à un personnel compétent qui leur est propre. Economie de bout de chandelles lorsque l'on voit le nombre d'accidents de travail touchant les sous-traitants ou lorsque l'on voit des employés, victimes d'une "restructuration", réengagés comme sous-traitant. Un moyen pas très honnête d'augmenter la productivité eb diminuant les charges sociales ? Le reste étant à charge du contribuable... Il me semble que les exemples abondent dans tous les types d'entreprises.

Sur les compétences :
Ce terme revient à limiter l'horizon d'un individu à son utilité économique. Or, je reste partisan d'une conception utilitaire de mon travail (pour gagner ma vie sans m'emmerder !) mais pas de ma vie : j'ai ppris un tas de choses inutiles dans mon parcours scolaire et j'ai un faible pour elles. A trop parler de compétence, on fonctionnalise un cerveau et on risque un manque de créativité certain : soit on choisit une société qui se répète, soit on lui permet d'avancer. C'est aussi une question d'éthique personnelle...

Sur la formation professionnelle spécialisée :
Je suis plutôt d'accord avec toi mais le projet est en cours. Il est à craindre que celui qui paiera (ou en donnera l'illusion, si on décompte les inévitables allègements de charge qui compenseront forcément) décidera. Et comme la formation sera devenue un marché...

Sur la politique linguistique :
Tu as raison sur l'essentiel de nos relations économiques : notre partenaire privilégié est la Flandre (le leur aussi d'ailleurs) . Mais le réflexe identitaire flamand nuit fortement au fonctionnement de Bruxelles : il y a sans doute plus de Bruxellois arabopohones que néerlandophones. De cette situation réelle, qui se fait un problème ? Les francophones, parce qu'ils n'ont pas eu l'intelligence de fusionner Communauté et régions, contrairement à la Flandre, qui disposait pourtant d'une meilleure situation économique à l'époque (déjà !). Par ailleurs, tu serais étonné du nombre de PME qui ont des partenaires ou des filliales un peu partout dans le monde, quittes à se faire absorber par elles à l'occasion...

Quant aux générations sacrifiées, mes élèves sont censés être bilingues depuis 2001. Si si, Onkelinx l'avait promis ;)) Et ça ne change pas depuis vingt ans : le nouveau contrat perpétue le sacrifice...

A bientôt.



Écrit par : Ubu | 23/01/2005

.... "Il faudrait se demander alors pourquoi les entreprises ont davantage recours à des sous-traitants qu'à un personnel compétent qui leur est propre"

Ce thème n'a rien aucun lien avec ce dont nous discutions, ou je me trompe ? Nous parlions des réformes de l'enseignement et du lien compétences/savoir, la question des sous-traitance est un autre dossier qui ne relève pas du présent cas. Quitte à embrbayer sur tes dires, il y a des bons et des mauvais côtés aux choses. Parler d'économie de bout de chandelle est pas tout à fait vrai dans sa forme catégorique, lorsque Biman Bengladesh sous-traite avec Sabena Technics pour son DC-10 hebdomadaire vers NYC, cela donne de l'emploi à des employés belges. Des exemples positifs, j'en ai à la pelle.

"A trop parler de compétence, on fonctionnalise un cerveau et on risque un manque de créativité certain : soit on choisit une société qui se répète, soit on lui permet d'avancer. C'est aussi une question d'éthique personnelle..."

Donc, à vanter le recyclage des employés, les formations en langues, en nouvelles technologies, en gestion du stress, etc., cela a un lien avec l'éthique et l'utilisarisme ? Certes, il y a une dimension économique dans le cadre mais à concevoir de manière utilitariste (les ressources humaines), c'est un peu réducteur. Au contraire, donner des outils à des gens de manière à ce qu'ils puissent continuer à vivre de leur travail et faire face aux défis de la modernisation de la société, je ne vois pas en quoi cela procède de l'utilité économique. Prenons un exemple concret, des cours de langues, certes, cela aide aux activités de l'entreprise mais n'est-ce pas aussi une plus-value pour le développement humain tout simplement ? Bien sûr, il y a des entreprises aux pratiques dégoutantes mais à tout réduire à de l'utilitarisme, je ne suis vraiment pas convaincu.

J'ai rigolé de ta boutade sur le bilinguisme en 2001, effectivement, je me souviens de ce voeu pieux qui fut lancé à l'époque....Mon Dieu, dire que l'on nous présente toujours du vent au lieu des moyens financiers et des appuis à l'enseignement nécessaires. En fait, chaque fois qu'un ministre sort sa mesurette, j'ai cette impression qu'il se fout de la gueule du monde avec de la (mauvaise) poudre aux yeux....As-tu vu la fusion technique et professionnel ? Qu'est ce que cette ânerie ? Il faut deux filières distinctes, pleinement revalorisées....Enfin, on a toujours l'espoir, c'est déjà cela

Bon dimanche, Ubu...

Prom'

Écrit par : promethee | 23/01/2005

Langues Cher Ubu,
J'aimerais t'ajouter un petit grain de sel. Dès l'école primaire, j'ai appris le "Néerlandais". L'anglais a suivi en humanités...
Malheureusement, quand j'ai eu besoin de ces langues, je me suis aperçu que connaître les oeuvres de Potgieter (Néerlandais) ou de savoir réciter par cœur "If" (Anglais) n'était d'aucune utilité pratique.
C'est la vie qui m'a appris réellement l’usage de ces langues...
Il me semble que l’école, malgré le nombre d’heures consacrées, n’est bonne qu’à donner des rudiments et faire un peu de «tape à l’œil» en littérature et que l’usage pratique doive s’apprendre «sur le tas».
Bon nombre de matières suivent le même chemin: on apprend à apprendre… mais le goût d’apprendre s’acquiert à l’école!
C’est d’ailleurs une chance pour tes élèves car ton approche (si elle est dans le style de ton blog) donne envie d’être ton ami, même s’il faut, pour cela, se taper les accords des participes passés! :) :)
Ce doit être ça le don de la pédagogie… (Je ne l’ai pas: grmpf!)
Amitiés

Écrit par : Armand | 23/01/2005

Ouf Quelle littérature déchaînes-tu, Ubu? Laissez nous faire notre métier... Ah si on pouvait de nouveau nous faire confiance ...

Écrit par : Madeleine | 23/01/2005

Père Ubu vous délivrez le savoir avec les moyens dont vous disposez. combien de réformes, de changement de cap, de stratégies, de méthodes plus ou moins imposées à venir.. ce que je sais c'est que les ministres passent, les instituteurs aussi eux, mais ils restent bien plus longtemps sur le terrain hein (mdr) ben je pense qu'en définitive c'est l'individu qui prîme.. peu importe les gouvernements, les ministres, les moyens, je veux croire que l'instit dans sa qualité d'homme saura toujours faire face aux défis. j'ai envie de croire en l'homme. les gamins ont besoin de ça aussi!
bon courage
cordialement

Écrit par : dôm | 23/01/2005

Bonsoir ;) Je réponds un peu tard pour cause de théâtre (même le dimanche ;))

Cher Prométhée,
J'évoquais le problème de la sous-traitance parce qu'elle me semblait significative de l'oubli de la qualité professionnelle qui se paie au juste prix. Pour le reste, j'aurais pu évoquer les délocalisations dans des pays de faible productivité et bien d'autres choses encore. Tout ceci ne m'empêche pas de penser qu'un boulot ne construit pas une vie : il y aide, sans plus... Quant à la réduction utilitariste, c'est un discours dominant qui nous vient aux oreilles : d'accord avec toi pour dire que ce n'est pas une réalité dominante. Mais alors pourquoi une société fonde-t-elle son esnseignement sur ce discours-là ? (cf. les velléités de réforme scolaire en France) Peut-être parce que le monde politique se vit de plus en plus dans ses effets de discours, qui eux sont sans lendemain. Bonne soirée ;)

Cher Armand,
Tu soulignes un point important : la curiosité. Certains pédagogues y voient simplement une manière d'accrocher l'élève : j'y verrais une manière de vivre. Celui qui n'est pas curieux se tue, à terme. Celui qui veut apprendre, sous quelque forme que ce soit, se libère. "Pas de liberté pour l'ignorant" disait Condorcet. ;) Amitiés.

Chère Madeleine,
La confiance : on l'a cassée pour les raisons de la cause en 90 et en 96. Difficile de rectifier le tir ! Le texte actuel prétend nous remettre en valeur mais il ne va pas réformer le système scolaire : je crains qu'il ne le détruise. Ravi de te revoir : cela me donnera l'occasion de repasser voir tes créations ;))

Cher Dôm,
Les hommes relèvent des défis quand ils ne sont pas submergés par des tracasseries administratives et autres paperasses ineptes. Et certains profs collaborent ou s'activent, bénévolement, parce que le système scolaire ne trouve pas cela rentable, lui qui réforme de manière permanente. Enfin, on y arrivera sûrement : mais dans quel état ! ;))

Bonne soirée à tous ;))

Écrit par : Ubu | 23/01/2005

à l'école commun(iste) (ale) de S'rain-Trompez... les enfants n'étudient rien par coeur, pas même les tables de multiplication...c'est interdit, paraît-il... comme les devoirs. Et le corps enseignan-gnant trouve cela juste...moins on bosse mieux c'est...moins de responsabilités... le paradis, quoi!
On prépare nos enfants à vivre en "pension complète".

Écrit par : Tony | 23/01/2005

Cher Tony, L'interdiction des devoirs dans le primaire date de 30 ans ! Nollet n'a en fait que remis sur les rails une décision idiote, tout aussi idiote que les deux heures (voire trois) de boulot quotidien de certains gosses (du primaire toujours) de certaines écoles bruxelloises qui pratiquent ainsi la sélection au moyen des parents. J'ai ainsi connu des gosses de dix ans que l'école écoeurait déjà : pas très malin non plus. Entre le bourrage de crâne et le laxisme, il doit y avoir une situation d'équilibre pour des exigences raisonnables, non ? Et les bases, on ne peut sen passer, contrairement à ce que pensent certains pédagogues monte-en-l'air...
A bientôt.

Écrit par : Ubu | 23/01/2005

je reve? Madeleine :
« Laissez nous faire notre métier... Ah si on pouvait de nouveau nous faire confiance ... »

Qui sont les coupables ?
Dans notre société de plus en plus contrôlée ou l’assistanat est roi
Comment regagner confiance en soi ? Et faire confiance aux autres ?


Dôm

« Ben je pense qu'en définitive c'est l'individu qui prîme.. peu importe les gouvernements, les ministres, les moyens, je veux croire que l'instit dans sa qualité d'homme saura toujours faire face aux défis. j'ai envie de croire en l'homme. les gamins ont besoin de ça aussi! »

Je m’aperçois que les gens ici se contredisent sans cesse
Ou alors pensent-ils qu’ils doivent êtres les seuls privilégiés dans leur concept de potentiel?

De quel droit vos raisonnements devraient s’arrêter seulement à votre domaine qu’est l’enseignement ?
Pourquoi ne seraient-ils pas applicables à d’autres ?

Ce n’est pas dans la société actuelle que on nous laissera croire que l’individu est capable de faire face aux défis.

Être honnête soi même, c’est faire preuve d’honnêteté envers les autres.

Cher Ubu
J’arrête pour plusieurs raisons notamment la coupure de ma connexion.
Le mur de mentalité qui me décourage, (lorsque l’on ne se plait pas dans un lieu, il faut en changer)
Voila sur ce j ai apprécié les rares débats que l’on a eu

bien à toi...

Écrit par : leptitpousset | 23/01/2005

ptitpousset comme tu me cîtes je vais te sortir mon joujou à deux balles du jour !
ya que les cons qui changent jamais d'avis..
se contredire c'est se repositionner aussi. cela n'implique pas obligatoirement le r'tournage de veste..

Écrit par : dôm | 24/01/2005

Réponse tardive Cher Leptitpousset,
je pense qu'il vaut mieux parler de responsabilité que de culpabilité : un homme politique, ça s'interpelle. Je ne manquerai pas de le faire dans les limites que la loi et mon éthique professionnelle m'imposent ;) Quant aux apparentes contradictions, n'est-ce pas le propre de la conversation que de remettre en valeur ses propres opinions ?
Je regretterai également nos échanges...

Cher Dôm,
J'ai vu que tu arrêtais Passage : dommage ! J'espère que tes autres blogs se poursuivront.

A bientôt.

Écrit par : Ubu | 24/01/2005

oui monsieur Ubu ! ailleurs :)

Écrit par : dôm | 25/01/2005

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