11/02/2005

La Communauté française

Une Haute Ecole catholique (étrange, à ce niveau, on n'utilise plus le qualificatif "libre" : encore un complot de l'ULB !) vient de se voir condamnée à rembourser les droits d'inscription complémentaires que la cour de première instance de Namur a jugé illégaux (voir le lien ci-dessous). Certes, le montant s'élève à peu de choses : même pas 187 euros. Pourtant, si ce jugement vient à faire jurisprudence, quels remous dans la mare aux grenouilles ? La ministre a déjà réagi, précisant que la décision pourrait être catastrophique pour les finances des Hautes Ecoles et que la Communauté française, vu l'état de ses finances, ne pourrait les aider. Si l'on se souvient du mouvement des étudiants au début de l'année scolaire, cette déclaration est savoureuse : n'étaient-ils pas partis en grève parce qu'ils soulignaient la détérioration de leurs conditions d'étude ? N'avaient-ils pas précisé le problème des enveloppes fermées pour le budget des Hautes Ecoles ? Peut-être avaient-ils trop cru les programmes électoraux qui rappelaient que la Communauté française était sauvée et largement refinancée...
 
Dans un même ordre d'idée, je rappelle aux chers parents qui me font l'honneur de me lire qu'un montant maximal de 75 euros peut être perçu pour le prix des photocopies dans l'enseignement secondaire obligatoire : ce montant déjà élevé est dépassé par pas mal d'écoles. La plupart  paient un forfait à destination de Reprobel, pour les copies protégées (environ 40 centimes par copie) : c'est une  obligation légale. On promet par ailleurs un retour aux manuels : jusqu'à présent, on a débloqué un montant de 25 euros par élève, en moyenne. De quoi acheter un manuel par élève ?  Pas sûr : il faut aussi financer les éditeurs belges et les auteurs de manuels, souvent formateurs ou inspecteurs par ailleurs. Ce qui signifie qu'il faut payer deux fois les mêmes compétences techniques alors que des solutions techniques existent : pourquoi ne pas utiliser les services des centres de reprographie technique de la Communauté (il en existe un à Frameries) et organiser des groupes de travail parmi les professeurs, leur permettant ainsi  de s'échanger des préparations de cours, de confronter leurs fonctionnements pédagogiques et de mener à bien l'élaboration d'un ouvrage de référence commun en collaboration avec un pédagogue qui leur fournirait son expertise ? Cela amènerait sans doute Reprobel à revoir ses exigences à la baisse, diminuerait le nombre de ces photocopies parfois infectes qui alourdissent inutilement certains cartables et éviterait l'usage systématique du copier-coller de séquences provenant de manuels français, dont certains manuels belges sont aussi des spécialistes. Ce type de fonctionnement pourrait être bien plus profitable que ces formations obligatoires (6 demi-jours) où les profs se retrouvent casés tant bien que mal et qui engendrent toujours davantage de grogne et de frustration chez les enseignants : une dépense nécessaire ou un moyen déguisé de subventionner des ASBL ou des écoles supérieures  ?  
 
Je sais : j'ai mauvais esprit. Sans doute ne me suis-je pas remis, en tant que prof de français, d'avoir été versé dans une formation d'immersion linguistique (!?) à milles lieues, bien entendu de celle que j'avais choisie : ce n'est qu'en rouspétant qu'on me recasa de justesse dans un groupe qui travaillerait sur les séquences (notion connue depuis des années : il m'est arrivé d'avoir des formations correctes), groupe dont les trois quarts des membres se demandaient ce qu'ils fichaient là !  Quant aux autres formations, je n'en parlerai même pas. Ce que j'y ai gagné ? La perte de trois jours de cours, dans une école et avec des élèves pour qui cela compte pas mal ; un fatras d'inepties très convaincues, à défaut d'être convaincantes ; une certaine agressivité (dixit mon inspectrice !) par rapport à cette infantilisation à peine larvée des profs.
 
Vous vous souvenez de la distinction entre clergé régulier et séculiers : les uns se plongent dans leurs monastères (beaux bâtiments qu'il faut souvent rénover, comme le rappelle l'illustration !) et les autres plongent dans le siècle. Il faut croire que la Communauté française a la nostalgie de cette époque : c'est fou le nombre de pédagogues qui n'ont jamais vu un élève de près, ou alors il y a longtemps. Quand eux-mêmes étaient à l'école ?

07:38 Écrit par Ubu | Lien permanent | Commentaires (8) |  Facebook |

Commentaires

.... Moins on investit dans l'éducation, moins on investit dans l'avenir, la logique essentielle du nivellement par le bas en Belgique francophone....

Écrit par : promethee | 11/02/2005

Pourquoi tant dépenser ? Cher Ubu,
Les photocopies des cours et autres gaspillages... J'ai ma petite idée sur la question! Il y a cinquante ans, en humanités, les photocopies étant hors de prix, on utilisait des manuels. De plus, il avait été instauré un "prêt du livre": chaque élève payait un dixième du prix et les manuels "tenaient" dix ans. En humanités, la sclérose de l’enseignement (pour une fois que c’était utile) faisait que les manuels n’étaient pas obsolètes après un an…
Les élèves avaient des cartables (les livres s’abîmaient moins vite) et les profs n’exigeaient pas, chacun, individuellement, un matériel spécifique coûteux pour que la rentrée devienne une catastrophe financière pour les parents. Les classes de neige, de sport et autres stages onéreux n’existaient pas et les gens étaient heureux, sachant que l’école est d’abord un lieu d’enseignement. Les vacances de Noël duraient une semaine, celles de carnaval quatre jours…
Les temps changent et il est de bon ton de faire dépenser un maximum pour bien marquer les inégalités sociales et transformer les cours en un prolongement de la récréation!
Dans ton école, je suis certain que certains élèves sont dégoûtés, non pas des cours, mais de l’ostentation dont font preuve certains petits copains à exhiber des vêtements et autres matériels scolaires «de marque». L’école est devenue l’antichambre de la lutte des classes et je le déplore… et toi aussi, même si tu ne le dis pas toujours ! (Je suis un vieux frustré… mais qui a de la mémoire !)
Amitiés

Écrit par : Armand | 11/02/2005

Merci de votre passage matinal ;) Cher Prométhée,
Les moyens existent, même dans l'aberration que représente la Communauté française, institution sous perfusion financière : encore faut-il les investir sur le terrain et pas dans des frais de représentation pompeux. Je ne pense pas qu'aux douches mais combien a coûté le nouveau théâtre national ? N'y avait-il pas des solutions moins prestigieuses à moindre coût ?

Cher Armand,
Le prêt du livre fonctionne encore chez nous avec les Lagarde et Michard : les auteurs sont morts et les ouvrages obsolètes (ils datent des années 60 !) Je retrouve parfois, en bouquinerie, des manuels récents revendus par des élèves : je connais leur prix. Gloups ! Sur les sorties pédagogiques, tu n'as pas tort mais certaines d'entre elles sont obligatoires : dans mon cours, la vision d'une pièce est imposée par le programme dans les deux dernières années du secondaire. Je vais d'ailleurs y souscrire pour la première fois, dans le cadre d'un projet sur la lecture. Sinon, avec mes collègues, nous organisons des sorties libres de participation en soirée : entre 15 et 30 élèves y participent régulièrement, certains demandant une attestation pour la compta du Centre de réfugiés dont ils dépendent. Inutile de te dire que l'ostentation n'a guère cours dans mon école à "discrimination positive" (sauf pour les GSM : le lot des confisqués ne déparerait pas un magasin de télécommunication ;)). Sur ce sujet, il y aurait beaucoup à dire à propos de certaines "bonnes" écoles, bien connues des Bruxellois, et des attentes des parents qui inscrivent leurs gosses dans ces prétendues "boîtes à bac", qui jouent de la sélection et des frais complémentaires (dans le cadre d'activités complémentaires obligatoires). Et encore, je ne parle que de l'enseignement officiel...

A bientôt

Écrit par : Ubu | 11/02/2005

merci de ta visite mais, entre nous, que peut apporter l'espoir? A part bien sûr celle de vivre...

Je te souhaite une bonne soirée très cher roi

Écrit par : untel | 11/02/2005

:o) Je sais bien qu'il faut assurer des conditions d'études décentes aux jeunes, mais pourquoi tjs ponctionner dans les poches de leurs parents ? Les Hautes Ecoles sont déjà - c'est reconnu - une alternative plus économique à l'unif'. Va-t-on vers une 2e ségrégation socioéconomique - après ceux qui ont les moyens de faire l'unif' et les autres - ceux qui ont les moyens des HE et l'es autres ? L'Etat Providence a ses limites mais je maintiens qu'il serait bon de jeter un sérieux coup d'oeil dans les postes de dépenses, histoire de voir où va exactement notre argent (et s'il paie bien une douche en or massif - à ce prix-là, j'ai une salle-de-bains complète !) à une Ministre... Je sais, c'est facile, mais si je suis pour la redistribution des richesses (si tant est qu'on puisse appeler mon pauvre salaire comme cela :o) ), mais seulement si ça sert réellement à la communauté à laquelle j'appartiens. Non, une douche en or, une Mercedes classe S, un bureau signé d'un designer italien, ça ne compte pas !
Quant aux photocopies et manuels, je me souviens fort bien avoir vu passer tout mon argent de poche, quand j'étais à la Haute Ecole justement, dans la fourniture d'un matériel didactique papier décent à mes jeunes cobayes... Point de manuel qui soit post-naissance de la Fée Carambole, des textes avec du subjonctif imparfait, des allégories et tout et tout : du délire !
Mais on était en train d'en refaire, oui oui... Cri de Sel-et-Sucre et moi avons été les deux ouailles fort privilégiées qui ont pu assister à une journée pédagogique de préparation d'un tome d'une nouvelle série de manuels. Signée par un inspecteur. Mais imaginée, réalisée et testée en classe par des profs. (NDLR : comprendre : ce sont les profs qui bossent et l'inspecteur qui empoche les droits d'auteur...). Je reconnais que la série est simpa, avec un bémol sur la longueur des textes : les jeunes ont tant de mal à lire, parfois... Aujourd'hui, l'inspecteur n'est plus : sa série ne verra sans doute pas de suite, laissant place, à n'en pas douter, à la nouvelle série signée du nouvel inspecteur...
Je connais néanmoins une série digne d'intérêt à mes yeux. Elaborée en séquences "pour de vrai", elle a l'air vraiment didactique, moderne et adaptée aux réalités scolaires. Tous les tomes n'ont pas encore vu le jour mais ceux que j'ai eus entre les mains m'ont bottée. Il y a un exemplaire élèves en technicolor et un manuel prof en N/B + des supports CD's et DVD's... Ca m'aurait plus d'en disposer quand j'étais en stage. Mais c'est pas donné. A vot'bon coeur, M'sieurs Dames...

Écrit par : La Fée Carambole | 12/02/2005

... Peut-on investir davantage, quand on offre aux entreprises mille exemptions d'impôts dans l'espoir fou qu'elles créent de l'emploi, alors qu'elles ne le font jamais. On pourrait bien sûr mieux redistribuer l'argent, mais j'ai plutôt l'impression pour l'instant qu'on désinvestit partout, donc on ne peut mieux redistribuer quand il n'y a plus grand choses à redistribuer...
Au-delà de cette pénible anecdote de la douche, exemple facile et un peu vain (tellement facile qu'il a été lancé par la DH, ce qui est une preuve de son inanité!) peut-être faudrait-il, quand on se pose la question de l'argent gaspillé inutilement, revenir sur ce qu'a dit UBU à propos des "pédagogues" qui donnent leur avis à tort et à travers sans rien comprendre à quoi que ce soit. Car voilà le mal du siècle, et un mal qui touche le privé autant (si pas plus) que le public : les sommes pharamineuses dépensées pour demander des conseils à des gens dont la seule qualification est qu'ils offrent des conseils. Débarassons-nous de ces consultances, bureaux d'études et autres et utilisons les millions gaspillés pour les enrichir à mieux payer l'enseignement, les infirmières... L'argent est là, l'argent existe, je l'ai vu, il tient le petit doigt en l'air; l'ennui c'est que plus personne ne croit qu'il existe! :)

Écrit par : serge | 12/02/2005

M'sieu! M'sieu ! Un lecteur commun demande votre lumière sur mon dernier post... Auriez-vous l'amabilité d'y faire un petit saut afin de nous éclairer sur le sujet ?

Un grand merci d'avance!

Écrit par : mehmet | 12/02/2005

Le retour du passage, tome 2 ;) Cher Untel,
Quel plaisir de pouvoir encore te lire ! L'espoir : un souffle suspendu, la preuve que l'on respire encore. Le résultat importe peu : l'élan est primordial, essentiel, vital. Et c'est un roi apatride qui te le dit ;))µ

Chère Fée,
Tu as raison sur la ségrégation sociale possible : les investissements dans l'éducation ne sont pas que le fruit de ressources (la Belgique n'est-elle pas un pays riche ?) mais de choix décisifs. Le façadisme est une réelle plaie, presque une pathologie de nos chers politiciens. L'éducation n'est pas qu'une jolie présentation : ça compte un peu mais ça n'en fait pas la substance. Quant aux manuels dont tu parles, je ne les connais pas : à ton avis, si on cite l'éditeur, il nous envoie des exemplaires en "hommage" ? ;)))

Cher Serge,
Le façadisme, que je cite plus haut, est une véritable plaie : combien d'effets d'annonce, comme le contrat stratégique, au détriment des actions de terrain ? Certes, l'histoire de la douche est anecdotique (même si elle est réelle !) mais elle est significative d'une mentalité... On parle beaucoup, on communique assez peu : une société du spectacle loin des réalités pratiques. Ce que tu notes du fonctionnement de la société en général me semble pertinent : cela n'exempte pas nos responsables de leurs responsabilités. Si la Communauté française reste mal financée et si des gaspillages se produisent, à eux d'agir ! Ils ont été élus pour cela, me semble-t-il. Quand la ministre de l'enseignement supérieur évoque, suite à la décision de justice de Namur, un gros problème pour la viabilité des Hautes Ecoles, on croit rêver... Pas sûr que les choses changent un jour : on est en train de nous détricoter nos droits, petit à petit ;) Et moi, je suis en train de devenir un anar légaliste ;))) Compliqué, ça !

Cher Mehmet,
J'ignore si mon éclairage était intéressant : j'ai l'impression que j'étais un peu confus, même si les faits que j'énonce sont authentiques. Problèmes très complexes... ;)

A bientôt.

Écrit par : Ubu | 12/02/2005

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