13/02/2005

Mea culpa, mea maxima culpa

Honte sur moi ! Delenda est Carthago !  J'ai suivi des études inutiles, j'ai collaboré à la politique élitiste des établissements scolaires : j'ai fait du latin pendant 10 ans. Beati pauperes spiritu ! J'ignorais, quelle outrecuidance, que l'on établissait une hiérarchie sur l'apprentissage de ce mode de pensée : en plus, j'aimais bien ça ! Errare humanum est sed perseverare diabolicum !
 
Le latin ne sert à rien : quid novi sub sole ? Evidemment qu'il ne sert à rien : conceptualiser une langue morte ne sert à rien, à l'époque de la communication. Et les vocations de séminaristes se raréfient : mêmes les messes ne se donnent plus en latin. Ite missa est ! Et pourtant...  Grâce au latin, j'ai appris une autre manière d'appréhender le français, comme si une langue vous révélait les beautés de sa technique de construction, de son architecture. Je n'ose même pas parler du grec, langue philosophique et poétique  - est-ce vraiment une distinction à opérer ?- dont les particules peu élémentaires se promenaient dans toutes les phrases et finissaient par me rester sur les bras.
 
J'ai sans doute voulu comprendre les mathématiques et les sciences à cause du latin : au fond, les silences de Tacite et les constructions amples de Cicéron me paraissaient des récifs, avant de les avoir franchis. J'ai pris mes distances vis-à-vis des jargonneux, du patrimoine : tous ces imitateurs amphigouriques qui oubliaient la construction de l'esprit et négligeaient la substance. Roma amor  : quoi de plus beau que la vitalité des ruines ?
 
Notre chère Ministre (minister signifie serviteur en latin !) veut supprimer l'apprentissage du latin sous le prétexte que l'on établirait des catégories entre élèves : ce n'est pas faux ! Le latin a ses exigences, qui font rêver certains parents : les inscriptions se font d'autorité. Pense-t-elle réellement que les parents laisseront le choix à leurs enfants sous prétexte d'une restriction de leurs choix ? Ou désire-t-elle poursuivre cette formation des abrutis compétents que ses Déclarations communes -en connaît-elle d'autres ?- , ses Contrats stratégiques -joli vocabulaire belliciste (de bellum, la guerre)- et ses autres fadaises mettent en valeur ? L'exigence se prête mal à la fuite des responsabilités : la complaisance peut alors tenir lieu de décision.
 
Ce qui m'est profondément désagréable, dans ce type de pensée, c'est sa coutume des stéréotypes paradoxaux à propos de la culture : la suppression devient un acquis, le nivellement s'érige en  progrès. Un peu comme si on accusait le thermomètre de transmettre des maladies : telle est la réflexion de nos nouveaux pédants, qui exigent la fonctionnalité alors qu'eux-mêmes ne servent pas à grand-chose,  qui méprisent la créativité puisque l'originalité est toujours une prise de risque, qui se montrent suffisants alors qu'ils ne sont qu'incapables.

14:47 Écrit par Ubu | Lien permanent | Commentaires (19) |  Facebook |

Commentaires

Overflow (en anglais, na) ! Cher Ubu,
Tu as oublié le Grec!
Certains élèves du secondaire s'en sortent très difficilement (j'ai constaté que des rhétoriciens ne connaissaient pas la formule de la surface du cercle, le nom des provinces belges, les règles concernant l'accord du participe passé, quelques notions de Néerlandais élémentaire...).
Alors, je suis pour l'abolition des choses réellement inutiles et leur remplacement par un complément de math, Français, Néerlandais et Anglais. Les seuls perdants seraient ceux qui enseignent le Latin et le Grec car on ne peut avoir le beurre et l'argent du beurre!
Pour une fois que je suis partisan d'un allègement des programmes scolaires... (gmpf, grmpf, grmpf et encore grmpf)
Amitiés

Écrit par : Armand | 13/02/2005

Cher Armand, Les compléments ne servent pas nécessairement à quelque chose : il faudrait plutôt revoir les méthodes d'apprentissage. De plus, les lacunes que tu évoques me semblent plutôt relever de l'école primaire : comment se fait-il que ces notions ne rentrent pas dans nos petites têtes "blondes" et ne soient toujours pas opératoires, à force d'avoir été répétées ? En outre, je ne vois pas très bien pourquoi on supprimerait ces cours "inutiles" pour les élèves qui n'ont aucun problème : auraient-ils moins d'heures de cours ? De même, je peux t'assurer que le cours de français nécessite des connaissances historiques, scientifiques, philosophiques : je crains de devoir prendre toujours plus de temps à rappeler des évidences si l'on commence à supprimer tout ce qui semble "superflu" Bref, une fois de plus, on s'en prend à un symptôme, pas à la racine du mal : l'allègement des programmes crée toujours une double réaction, de surcompensation d'une part, de laisser-aller de l'autre. Savais-tu, ainsi, que depuis quelques années, on parle de socles de compétence pour les deux premières années du secondaire ? Un élève qui obtient 50% d'un socle réussit son année : on construit donc ses savoirs sur des bases à moitié maîtrisées. Et on reporte cette absence de maîtrise pendant tout l'enseignement obligatoire... Donc, grmf ! ;)))
Amitiés

Écrit par : Ubu | 13/02/2005

Un rectificatif tardif ? ;) Je viens d'entendre que notre chère Ministre rectifiait les rumeurs qui avaient couru (les vilaines !) : le cours de latin n'est pas concerné par le contrat stratégique puisqu'il relève des cours de langue. C'est assez amusant puisque, jusqu'à présent on le classait dans les cours à options : une ministre ne peut pas tout savoir. ;) Dont acte.

NB : (en latin dans le texte !) je ne suis pas certain de suspendre mon grmf pour autant, si la valse des étiquettes continue ;)))

Écrit par : Ubu | 13/02/2005

Ne retenons que ceci : asinus asinum fricat.

Écrit par : Tony | 13/02/2005

Cher Tony, Pax hominibus ;))))

Écrit par : Ubu | 13/02/2005

L'essentiel et l'accessoire Cher Ubu,
J’espère que notre divergence de vue n’entamera pas notre amitié, mais je persiste dans mon opinion: il est idiot d’enseigner le Latin et le Grec à des personnes qui ne maîtrisent pas le Français.
Les écoles, surtout celles à discrimination positive, devraient garantir un maximum de chance de réussite dans la vie, quitte à faire l’impasse sur les choses les moins utiles…
Pour moi, l’essentiel d’abord et le reste… selon affinités !
Amitiés
Je te laisserai le dernier mot sur le sujet: nous ne tomberons pas d'accord!

Écrit par : Armand | 13/02/2005

Latin : je suis pour ! Tout à fait d'accord avec Ubu, j'ai effectué 6 ans de latin sans souffrance grâce à une prof merveilleuse devenue mon amie depuis !
J'ajouterai de l'eau à son moulin en affirmant haut et fort que ma maîtrise du français, je la dois en grande partie à cet héritage culturel dont, il est vrai, nous étions fort peu à bénéficier en rhéto...
Quand on connaît les racines latines (et c'est encore mieux si on y additionne le Grec), on ne commet plus de fautes d'orthographe "bêtes".
La maîtrise des déclinaisons facilite également la "détection" des fonctions des mots ou groupes de mots dans les phrases françaises, pierre d'achoppement des élèves... et je n'oserais ajouter que ça prépare au mécanisme d'étude de l'allemand, puisque les déclinaisons, les latinistes savent déjà ce que c'est !
Et je tairai la richesse culturelle en matière de philosophie et de civilisation (hormis, bien sûr, l''existence de castes et la condition des femmes :o) ) !

Il ferait peut-être bon créer une "école des ministres", pour apprendre à diriger avec intelligence et circonspection...

Écrit par : La Fée Carambole | 13/02/2005

Merci de votre passage vespéral ;) Cher Armand,
On commence par le latin et on ignore où l'on peut s'arrêter : déjà l'enseignement du grec a presque disparu. Je crains qu'on ne donne un cours de plus en plus utilitariste et consumériste à l'école : une orientation vers la facilité... Je reste persuadé que les exigences favorisent l'épanouissement individuel, qu'on y adhère ou qu'on les conteste d'ailleurs. Un point d'ancrage, une référence "humaniste" : de même, je plaiderais pour un cours de philo dans tous les types d'enseignement. Le plaisir d'apprendre n'est-il pas de chercher, au gré de sa curiosité ? Et réussir dans la vie, est-ce réussir sa vie ? Bien sûr, l'école n'est pas le seul endroit pour apprendre : sauf si on vit dans un quartier ghetto... Nous divergeons donc sur l'essentiel : pas grave. ;) Tu sais : il vaut mieux que les élèves aient aussi face à eux des profs avec des avis divergents, ça leur évite de devenir des imitations (ce qui serait le plus horrible !)
Grmf amical.

Chère Fée,
Tu rappelles ce que l'on appelait les "humanités". Je me rappelle également ma prof de latin et de grec, la seule à vraiment nous évoquer la philo : c'est le seul cours que j'ai vraiment bossé au secondaire, avec les maths. C'est sans doute ce même plaisir que mes élèves trouvent au cours de physique : l'ouverture à tout ce qui semble nous dépasser, l'envie de se perdre et de vagabonder... Chose étrange, ils semblent plus réticents à conceptualiser l'histoire, par exemple... Je me demande pourquoi. Quant aux ministres, une petite formation en français oral s'imposerait : à part Rudy Demotte (et pourtant je suis fumeur !), la plupart d'entre eux éprouvent des difficultés à s'exprimer correctement.
Merci pour ton mail.

Écrit par : Ubu | 13/02/2005

... O tempora, O mores (de toute façon, il restera toujours l'unijambiste pirate d'Asterix)
A propos tout ceci ne serait pas à nouveau une tempête dans un verre d'eau?? (j'avais en effet entendu que ce n'était qu'une rumeur, totalement infondée.
Et d'ailleurs le latin et le grec n'ont-ils pas déjà suffisamment pâti du rénovée?)

Écrit par : serge | 14/02/2005

... Vas-y Ubu, c'est comme ça que tu me plais...

Écrit par : Paul | 14/02/2005

Alea jacta est? Cher Ubu,
C'est sûr que le jour où ça sera bac à sable-plasticine pour tous, les égalitaristes obsédés auront atteint leur objectif, piller l'enseignement public de ses éléments les plus favorisés, ceux qui tirent la charette vers le haut et font en sorte que le niveau moyen d'une classe s'élève au lieu de régresser. Car le jour où ceux-la seront partis voguer sur les fiers paquebots de l'enseignement payant, je ne donnerai pas cher des chances de survie des élèves qui continueront de fréquenter le frêle esquif de l'enseignement public. Nos décideurs ont-ils seulement déjà entendu parler du rôle de locomotive que les élèves les plus doués et/ou travailleurs peuvent jouer dans l'émulation de leurs petits camarades?

Écrit par : Fab | 14/02/2005

Fluctuat, nec mergitur ! ;) Cher Serge,
Le rectificatif est tardif et joue sur les mots : le cours de latin a toujours été une option, jamais il n'a été considéré comme un cours de langue dans les grilles horaires de la CF. Par ailleurs, le rénové n'a pas été adopté partout : ainsi, les écoles de la Ville de Bruxelles... Il semble que cette chère Marie ignore tout de son domaine d'incompétence ;) Elle est en train de se tailler une sacrée impopularité dans le monde de l'enseignement, y compris chez les directeurs : c'est une sorte d'exploit qu'il faut saluer...

Cher Paul,
On se calme ! ;))

Cher Fab,
En effet, on semble considérer dans certains "salons" pédagogiques que le niveau scolaire reflète le niveau intellectuel moyen : on semble oublier que beaucoup d'élèves sont simplement très paresseux. Comme nous l'étions à l'eur âge : seulement, on ne nous en laissait pas le temps.. Le problème de la référence, que tu précises très bien, nous amène des interventions de parents du type : "Vous en demandez trop". Pourtant, il me semble que j'ai des exigences équilibrées... En plus, comment des élèves pourraient-ils développer des méthodes de travail, indispensables par la suite, s'ils n'ont pas une matière raisonnable sur laquelle les exercer ? Equilibre, donc, et pas seulement budgétaire... ;)

A bientôt.

Écrit par : Ubu | 15/02/2005

pax hominibus? A chacun sa défintion de la paix.
Être en paix avec des sauvages ne garantit ni justice ni sécurité.

Écrit par : Tony | 15/02/2005

Cher Tony, Peut-être bien mais elle préserve une certaine sérénité et permet de prendre du recul : de retourner à l'essentiel, en quelque sorte ;)
Amicalement

Écrit par : Ubu | 15/02/2005

... J'ai fait mes latines, j'étais du bon côté, celui des bien-pensants de l'intelligentsia- honni les économiques! Aujourd'hui, l'économie devient le must, les latines descendent dans les latrines. Et moi je rêve encore des Buccoliques, de Salluste et de Cicéron, je me remémore les stratégies de guerre de César, et Jugurtha, j'écoute avec ravissement les interpellations du sénat dans la bouche de Cicéron, je me souviens du temps où je donnais vie à une langue morte en écrivant mes mots privés en langue latine, parce qu'un professeur avait su me faire aimer le chant du latin.

Écrit par : Nortine | 16/02/2005

:) Hello, je suis trop fatiguée que pour lire tout ce que tu as écrit, je n'ai donc que lu en diagonale et peut être que tu as déjà parlé de ce que je vais dire ici:

Le latin n'est pas seulement une autre manière de "comprendre" le français, mais c'est une grande part de notre culture générale. Je n'ai pas aimé faire du latin mais j'ai beaucoup aimé en apprendre pleins sur Lucrèce, Socrate, Epicure, Cicéron, et toutes les mythologies...

L'Homme a ceci comme capacité: grâce à ses écrits nous pouvons connaître Notre Histoire, grâce à laquelle nous savons de quoi nous sommes capable en bien ou en mal, pas comme les animaux qui toujours doivent apprendre les choses comme si personnes avant eux ne l'avaient fait.

Donc vive tout ce qui fait nous, le latin et les math y compris...même si je n'aime pas le latin et encore moins les math^^

Écrit par : Dinou | 17/02/2005

et n'oublions pas de signer la pétition (lien url)

Écrit par : Dinou | 17/02/2005

Supprimer le latin... et le remplacer par un langue vivante?
Plutôt le berbère alors que l'arabe, ce que Arena cherche sans doute à faire passer

Écrit par : naim | 18/02/2005

Sic transit ;) Chère Nortine,
Comme tu le notes justement, le latin pouvait être un plaisir parce que nous étions certains qu'il ne serait jamais utilitaire : rares sont ceux qui sont entrés dans les ordres après les latines. Et les rêves sont plus importants que la réalité ;)

Chère Dinou,
Nous sommes d'accord ;) L'homme est une synthèse d'un ensemble de connaissances personnelles, culturelles et scolaires. Il me semble d'ailleurs me souvenirs de cours de latin donnés en promotion sociale ! Et oui, même les "choses inutiles" peuvent avoir un sens : celui de la culture, de l'éducation...

Cher Naim,
Il s'agit, si j'ai bien compris les multiples rectificatifs (par grand vent, notre Ministre est un rien girouette !) de rapprocher le latin des cours de langue déjà présents : néerlandais et anglais d'abord, espagnol, italien et allemand au troisième degré. J'avoue que le reste de ta réflexion me reste hermétique : pourrais-tu l'expliciter ?

A bientôt

Écrit par : Ubu | 19/02/2005

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