13/03/2005

Fillette, ça va être ta fête !

Oui, je sais, la journée des Femmes c’était le 8 mars. Un beau jour de communication sur un sujet de proximité : un jour de bilan sur une majorité de la planète ? Alors, parlons-en des femmes : parlons de leur liberté. Parlons de leur manière d’intérioriser des pratiques barbares, de les perpétuer en tyran domestique, exploitant toutes les virtualités de ce qualificatif. Parlons de torture, de mutilation : d’excision. On peut pas être contre l’excision, il faut prendre de la distance, on ne peut pas juger : qu’est-ce à dire ? Qu’il faut « se montrer patient et indulgent  avec le malheur des autres » ? C’est un cynisme que je n’oserais moi-même pratiquer.

Il y a plus d’un an, un document était arrivé dans les écoles, en préparation de la journée de la femme, justement. Il décrivait ces mutilations « rituelles » et leurs conséquences : depuis, j’ai eu l’occasion de tomber sur des photos de ces pratiques « initiatiques ». Une initiation à la douleur et à la barbarie sans doute ? Un bizutage qui aurait mal tourné ? Non, juste un acte de sauvagerie que certains se donnent les meilleures raisons du monde de perpétuer et de légitimer : et c’est comme cela qu’une atteinte à l’intégrité physique devient une question culturelle qui me donne la nausée.

Certains, en Afrique ou en Europe, mènent un combat contre ces mutilations sexuelles. Peut-être que parfois ils y insèrent aussi des préjugés mais sur le fond, n’ont-ils pas raison ? Si convaincre ne suffit pas, il reste la force de la loi, qui parfois se manifeste.  Les autres, les partisans,  évoqueront la tradition, les avis de l’un ou l’autre imam délirant, ou les bienfaits du relativisme culturel parce que, vois-tu, fillette, il ne faudrait quand même pas croire que les droits de l’homme et de la femme sont universels : c’est vrai quoi, c’est pas bon pour tout le monde, ces choses-là ! C’est sans doute la crainte de devenir minoritaires qui les amène à défendre leurs pratiques de bourreaux persuadés de ne faire que leur devoir : les femmes ne sont d’ailleurs pas nécessairement les dernières à reproduire ce  processus de soumission.  

Certes, les contraintes sociales, globales ou familiales,  ne s’exercent pas que dans ce domaine. Et alors ? Pendant longtemps, chez nous, les femmes devaient enfanter dans la douleur, comme si elles rachetaient en leur nom seul la « faute », que dis-je le « péché » du couple : et la morale de l’histoire s’est modifiée et a éradiqué ce fétichisme superstitieux, même si quelques intégristes de choc ne conçoivent encore que cette solution-là, femmes comprises. Ici aussi, l’ampleur des mutilations et les situations d’urgence sanitaire exigent une lutte sans concession. A moins de rester « indulgent avec la souffrance des autres » ?     


 

07:33 Écrit par Ubu | Lien permanent | Commentaires (13) |  Facebook |

Commentaires

hello, Ubu. Je compte écrire un article sur l'infibulation en mettant l'accent sur le "on a toujours fait comme ça".
Je trouve plus important de souligner les leurres culturels que, dans ce cas, la barbarie de la pratique.
Si on veut un monde juste, il faut cultiver l'esprit critique.

Écrit par : Tony | 13/03/2005

bonjour Ubu comme toujours, je me montrerai très prudente dans mon jugement, car il procède de 2 attitudes (au moins). La première est épidermique, il faut être intraitable sur le sujet, comme il faut l'être sur tout ce qui vise à rabaisser, corrompre, violenter et humilier qui que ce soit, femme ou homme.
La seconde est mon total accord avec Tony. C'est d'une question culturelle qu'il s'agit; très délicat....

Écrit par : fun | 13/03/2005

Exequatur Cher Ubu,
Ici, tu as choisi un sujet sur lequel tout le monde DIRA qu'il est d'accord, même ceux qui le pratiquent. Dans les rares cas où ils se font pincer, ils diront que c'est pour le bien de leurs filles qui ne trouveront autrement pas à se marier!
As-tu entendu parler de l' exequatur (mot lat. «qu’on exécute». DR. INTERNAT. PRIV. Jugement par lequel le tribunal d’un pays déclare exécutoire, dans ce pays, un jugement rendu par un tribunal étranger)?
Si les pays européens voulaient réellement supprimer les barbaries, il leur suffirait de n'accepter de nouer des relations (diplomatiques, commerciales et autres) avec un pays que si, en cas de mutilation, polygamie, lapidation, exécution en place publique ou autres atteintes à des droits humains fondamentaux considérés comme universels, l'exequatur sera appliqué automatiquement aux bourreaux et commanditaires, même hors frontières (Guantanamo par exemple)...
Mais ici, comme pour les ventes d'armes, la traite des êtres humains... la diplomatie "feutrée" consiste à ne pas faire de vagues et à mourir de la goutte et de la vérole quand l'âge sera venu... (soupir désabusé!)
Amitié.
P.S. Tu vois que j'accepte le latin dans certains cas... ;) ;) ;) (grmpf)

Écrit par : Armand | 13/03/2005

Merci de votre passage ;) Cher Tony,
Je pense que le leurre culturel est remis en question, justement, face à la barbarie de la pratique : un film sur le sujet, des imams qui la remettent en question, des associations et des tribunaux qui se prononcent. Un mouvement dénie ce leurre traditionnel ou rituel (la culture étant selon moi un patrimoine combiné à son actualisation), comme beaucoup de traditions. Et puis, tu sais que j'ai davantage l'esprit contestataire que critique ;))

Chère Fun,
J'ai aussi l'épiderme délicat : les photos sans doute. Je pense qu'il y a nécessité à reconnaître une universalité des droits et que l'argument développé par Armand tient la route : comme je le dis dans mon post, ce n'est pas une question culturelle mais un pratique rituelle fétichiste basée sur une interprétation tendancieuse d'un texte sacré et sur des rites animistes. Elle est remise en cause sur place : les mentalités bougent donc dans le bon sens. Pourquoi ne pas les soutenir ? Arguer de la tradition est souvent une manière de légitimer une pratique au moins douteuse : il y en a d'autres mais celle-ci me semble d'une barabrie sans nom et donc prioritaire à éradiquer... Je pense que lorsqu'il y a atteinte à l'intégrité physique d'un mineur, on peut juger sainement : moi, en tout cas, je n'accepte pas... Comme il semble que nous nous orientions vers une société communautariste (dommage !), ceci est un principe qui doit connaître une stricte application ici et, si c'est possible (pourquoi cela ne le serait-il pas ?) là-bas ! Désolé si j'ai l'air ubuesque ;)

Cher Armand,
La justice française a déjà montré l'exemple : mais tu as raison, la diplomatie se soucie de ses intérêts avant des droits de l'homme, y compris la diplomatie française. Quant à Guantanamo, que je sache, c'est une base militaire américaine : elle est donc territoire américain. En tout cas, c'est ce que les associations de défense des droits de l'Homme basée aux USA plaidaient : j'ignore si elles ont été entendues. Merci pou le latin : je te signe un habeas corpus ;)))

Écrit par : Ubu | 13/03/2005

Question culturelle? PLutôt une question de la place de la femme dans le monde, malheureusement. Et de ce point de vue là, quelle que soit la culture, quel que soit le pays, au niveau de l'égalité, il y a loin de la coupe aux lèvres... Mais l'homme (l'être masculin) a besoin de cette "infériorité" maintenue pour se convaincre de sa supériorité. Sans oublier l'intérêt économique à maintenir la femme dans cette position inférieure...

Écrit par : serge | 13/03/2005

*** Moi, je m'insurge déjà contre le principe d'une journée de la femme. Ben oui : j'ignorais que je faisias partie d'une minorité. Remarque, c'est intéressant, de temps en temps, de se retrouver dans le camp des incompris ou de ceux qui suscitent un regard compatissant... Berf, la journée de la femme induit de fait une différence de niveau entre hommes et femmes, est-ce un bien ?
Mais cette journée est effectivement l'occasion de mettre en exergue le lot de souffrances qu'on inflige encore à mes semblables, à tour de bras, dans certains pays... et même chez nous, dans le secret des foyers...
Je n'ai qu'un mot contre ça : EDUCATION (et son corrolaire, information). Parce qu'effectivement, on trouve chez nombre de femmes l'écho d'une justification de cette barbarie masculine... Comment les mères ont-elles le coeur assez accroché pour accepter que leurs filles subissent les mêmes tortures qu'elles ?
La sensibilisation des pères devrait suivre : comment un Papa peut-il préparer le rituel de souffrance de ses filles ?
Mais je crois que les réactions les plus rapides pourraient être obtenus du côté des femmes, puisqu'elles "savent" combien est douloureuse cette mutilation, tant lors du rituel que tout au long d'une vie sans plaisir...

Hélas, il n'y a pas que ça... "La femme sera l'égale de l'homme quand des femmes incompétentes seront nommées à des postes à responsabilité", a dit (peu ou prou) Simone Veil... Y'a du boulot...

NB pour Armand : on ne va quand même pas rompre tout contact avec des pays où il y a de l'or, des diamants, du pétrole, du cuivre, etc. juste pour une histoire de gonzesses ???

Écrit par : La Fée Carambole | 13/03/2005

Bonsoir ! Cher Serge,
La place de la femme ? Si même le misogyne que je me plais à être en est choqué, c'est dire qu'il y a un problème. L'idéal de soumission existe partout : du culte de la femme au foyer aux pratiques de mutilation barbares et aux viols en passant par les mariages forcés, il semble qu'il s'agisse d'une mentalité générale. Mais ici, la barbarie connaît des collaboratrices, d'anciennes victimes qui se muent en bourreaux, comme si la pression sociale s'était intégrée en elles lors de leur mutilation. Un rite sacrificiel pour du vide, une abjection sans but, donc...

Chère Fée,
Tu as raison sur le principe : un journée ne signifie rien. Je pense que le travail d'éducation est en train de se mener en Afrique, si j'en crois certains articles en lien dans mon post. Pourtant, je reste pessimiste : combien de victimes encore, quand le choc de 'lun ou l'autre procès sera passé ? Les mutilations s'oublient vite, comme les catastrophes : pourtant, dans le premier cas, il s'agit de pure pratique, pas de fatalité. A moins qu'on ne soit condamnée à être femme sous certaines latitudes ? Tu cites Simone Veil avec justesse : que n'a-t-elle dû entendre lors de son combat pour le droit à l'avortement ? Par contre, sur un mode plus léger, son appel a été entendu chez nous : regarde le gouvernement de le Communauté française ;)))) Rien que des incompétents, dont des femmes : je ne suis pas sûr qu'il s'agisse d'une grande victoire.... Non, je rigole, là ;)

A bientôt.

Écrit par : Ubu | 14/03/2005

bonne fête avec un ptit peu de retard... ;))

Écrit par : imagine | 14/03/2005

tu as raison mais c'est souvent ainsi chez moi; le temps que je réfléchisse au sujet et que je prenne une position claire, on a le temps de tuer un âne à coup de figues molles...

Écrit par : fun | 14/03/2005

.... Qui a donc encore écris que l'on bat les femmes avec les poings dans le prolétariat, et avec les lois dans la bourgeoisie ? :-/

Écrit par : promethee | 14/03/2005

On a toujours fait comme ça... cultiver l'esprit critique...
mais ça ne fait que porter Anne-Marie en tête de liste ...
et si demain on osait réellement une vérité tellement simple :
tiens, surprise, la femme n'est pas plus l'égale de l'homme que le chameau ou Robocop !
Un jour on se rendra peut-être compte que la femme est un être humain vivant et que l'homme est un autre être humain vivant...
ils ne sont pas des robots usinés, clonés, socialisés, infestibulés ....

Écrit par : xian | 15/03/2005

Fillette, ça va être ta fête ! ...sourire...
je n'ai retenu que le titre ;)))

Écrit par : imagine | 15/03/2005

Bonsoir Chère Imagine,
A plus d'un titre, tu n'as pas tort. ;)

Chère Fun,
Ubu a le goût des décisions hâtives et emportées : sinon, Mère Ubu lui piquera ses coups de gueule et là, bonjour pour recauser un jour ! ;))

CHer Prométhée,
J'ignore qui a pu l'écrire mais cela me semble assez juste, si l'on excepte les violences cachées : n'oublions pas que la femme battue a souvent honte, ce qui est le comble, et qu'elle n'osera pas porter plainte ou partir. Et ce n'est pas qu'une question de moyen...

CHer Xian,
De retour ? Un plaisir. J'aimais bien Madame Zinzin dans le temps : elle avait un certain courage lorsqu'elle ramenait des gosses qui avaient subi un kidnapping parental et se faisait piéger à l'aéroport. Pas assez de données pour conclure ici à une erreur ou à une faute : si son attitude me semble contestable, elle ne me paraît pas inédite. En France, l'intervention politique tient de l'habitude et la pression est souvent plus forte, non ? Alors, pas de hurlement avec les loups... Quant à la différence, je la trouve jolie : je préfère les courbes féminines à celles du chameau ;))

A bientôt.

Écrit par : Ubu | 16/03/2005

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