30/03/2005

Fureur de lire ?

A la demande d’Imagine ( http://www.20six.fr/kruptesthai ) ,  et parce que je ne peux rien refuser à une lectrice d’Eric Chevillard (je me sens parfois une âme de Palafox !) et d’Alessandro Baricco, je réponds à ce petit questionnaire.

Combien lisez-vous de livres par an ?

Moins depuis que je suis sur le Net : vivement l’été !

Quel est le dernier livre que vous ayez acheté ?

« Le monde à côté » de Driss Chraïbi

Quel est le dernier livre que vous ayez lu ?

« La vengeance de la pelouse » de Richard Brautigan

Donnez 5 titres qui comptent beaucoup pour vous ou que vous avez particulièrement appréciés.

·          « Voyage au bout de la nuit » de Céline

·          « Le Maître et Marguerite »  de Mikhaïl Boulgakov

·          « Ombre de l’ombre » de Paco Ignacio Taïbo II

·          « Le palais des rêve » d’Ismail Kadaré

·          « Désert » de Jean-Marie Gustave Le Clézio

·          « Les champs d’honneur » de Jean Rouaud

·          « Le combat ordinaire » de Manu Larcenet

·          « Tokyo Montana Express » de Richard Brautigan

·          « Quatrième étage » de Nicolas Ancion

·          « L’écume des jours »  de Boris Vian

·          « Pereira prétend » d’Antonio Tabucchi

·          « L’insoutenable légèreté de l’être » de Milan Kundera

·          « Patience dans l’azur » de Hubert Reeves

 

Oui, je sais, je triche mais j’en avais trop à me rappeler pour n’en citer que cinq : enfin, arrêtons-nous là. En tout cas, ce sont des auteurs qui ne m’ont jamais déçu.

 

Quel est votre livre de chevet ?

 

Etant donné que j’adore lire au lit, tous ! Comme je relis rarement, sauf pour des raisons professionnelles, aucun ! 

 

À qui allez-vous passer le relais ? Pourquoi ?

- A Paul, bien entendu, puisque je lui passe des livres quand vient l’été. Et puis, cela l’amènera peut-être à répondre au questionnaire précédent.   http://lalettreauxamis.skynetblogs.be/

- A Aldagor, parce qu’il n’y a pas de raison qu’il ne lise pas en se reposant  http://aldagor.skynetblogs.be/

- A Fun, parce que je suis toujours indiscret  http://funambille.skynetblogs.be/

00:18 Écrit par Ubu | Lien permanent | Commentaires (25) |  Facebook |

24/03/2005

Hibernation !

C'est la fin de l'hiver ! Je me réveille et j'ai envie de me dorer au soleil, de m'attarder en rue ou sur une terrasse, de regarder passer le temps. De vasouiller à mon rythme, de respirer à pleins poumons et de me humer la cigarette comme un plaisir et pas comme une libération passagère. Siffloter mes petits airs sans que les métromanes, joyeux comme des métronomes, me regardent avec un drôle d'air, supputant que je ne manque pas d'air et que je suis gonflé de chantonner en agressant leurs oreilles duveteuses du réveil des serins : où il y a du zen, il peut y avoir du plaisir. Me ressourcer aux joies du paludoverboludisme (jeu de mot vaseux, ndr) libéré. Bref, m'éclater. Boum ! Attention, ça tache !

Bien sûr, il y a des sujets sérieux dont j'aurais pu parler, en éclatant, en grinçant ou en raillant :

  • le tsunami d'il y a trois mois, bien oublié aujourd'hui, et le milliard d'individus qui manque d'eau potable, rappelé à l'occasion et oublié aussitôt
  • l'oubli par Amnesty (amnesy ?) des persécutions contre les homosexuels dans son nouveau plan d'action, ce qui laisse rêveur sur le mince fil qui sépare le compromis de la compromission
  • la directive Bolkestein, créee sous la commission Prodi, contestée sous la commission Barroso, jamais remise en cause par la commission elle-même mais plutôt par des manifestations, ce qui me laisse perplexe sur le pouvoir des urnes et sur la validité de nos législations sociales
  • les déclarations du Baron Seillière, libéral de pacotille, qui nie la baisse du pouvoir d'achat en France et réclame un assouplissement de la législation sociale, ce qui laisse rêveur de la part d'un ancien maître des forges qui a vécu sous perfusion de l'état pendant des années
  • les attaques contre des blogs amis (voir les liens) et des ânonymes qui oublient que la contestation des idées est une liberté garantie mais qu'injurier gratuitement, c'est juste de la bêtise mal assumée et, sans doute, le signe patent qu'une absence de style ne couvre pas une carence d'idée...
  • des blogs qui disparaissent, d'autres qui apparaissent

 Heureusement, il y a aussi des choses qui se passent bien : enfin, qui se passeront bien dès que je me serai pris un grand bol de café.  Je me le bois et je reviens. J'ai l'impression que je retrouverai mes repères avant ce pauvre monde : c'est l'avantage d'être excentrique.

09:23 Écrit par Ubu | Lien permanent | Commentaires (29) |  Facebook |

16/03/2005

Eolienne musicale

Je ne peux pas toujours me montrer asocial : déjà que je suis amoral ! On se paye une petite chaîne,à la demande d’Imagine (http://imaginer.skynetblogs.be/). Attention, mon top ringard est par ici.   

 

 

Combien y a-t-il de fichiers musicaux sur votre ordinateur?

Ouf : tous ceux que j’ai la flemme de chercher dans l’appartement, plus ceux que je grappille avant de m’offrir le Cd, quand ça me plaît vraiment ou quand je découvre la perle rare en occase. Et ceux que je finis par trouver à la Médiathèque... Bref, 1422 morceaux à l’heure actuelle : un bon ménage s’impose

Quel est le dernier CD que vous avez acheté?

Jamie Cullum Twenty something  (c’est franchement jazz, non ?)

Quelle est le dernier morceau que vous avez écouté avant de lire ce messages?

Protect me for what I want de Placebo : en général, je préfère Massive Attack  ;) Et oui, il m’arrive d’écouter des artistes vivants…

Donnez cinq morceaux que vous écoutez souvent ou qui compte beaucoup pour vous...

  • Strange Fruit de Billie Holiday : voir un post précédent
  • Diminuendo and crescendo in blue de Duke Ellington, parce que le solo de Paul Gonsalvez me fait planer
  • Sint-James Infirmary de Louis Armstrong : son solo de trompette fait pleurer quelqu’un que j’aime particulièrement
  • A night in Tunisia par Dizzy Gillespie et Charlie Parker : mes petits voyages imaginaires
  • Le 22 septembre de Georges Brassens : moi aussi, aujourd’hui, je m’en fous. En plus, c’était en mars !

A qui allez-vous passer le relais (3 personnes) et pourquoi?


23:46 Écrit par Ubu | Lien permanent | Commentaires (18) |  Facebook |

13/03/2005

Fillette, ça va être ta fête !

Oui, je sais, la journée des Femmes c’était le 8 mars. Un beau jour de communication sur un sujet de proximité : un jour de bilan sur une majorité de la planète ? Alors, parlons-en des femmes : parlons de leur liberté. Parlons de leur manière d’intérioriser des pratiques barbares, de les perpétuer en tyran domestique, exploitant toutes les virtualités de ce qualificatif. Parlons de torture, de mutilation : d’excision. On peut pas être contre l’excision, il faut prendre de la distance, on ne peut pas juger : qu’est-ce à dire ? Qu’il faut « se montrer patient et indulgent  avec le malheur des autres » ? C’est un cynisme que je n’oserais moi-même pratiquer.

Il y a plus d’un an, un document était arrivé dans les écoles, en préparation de la journée de la femme, justement. Il décrivait ces mutilations « rituelles » et leurs conséquences : depuis, j’ai eu l’occasion de tomber sur des photos de ces pratiques « initiatiques ». Une initiation à la douleur et à la barbarie sans doute ? Un bizutage qui aurait mal tourné ? Non, juste un acte de sauvagerie que certains se donnent les meilleures raisons du monde de perpétuer et de légitimer : et c’est comme cela qu’une atteinte à l’intégrité physique devient une question culturelle qui me donne la nausée.

Certains, en Afrique ou en Europe, mènent un combat contre ces mutilations sexuelles. Peut-être que parfois ils y insèrent aussi des préjugés mais sur le fond, n’ont-ils pas raison ? Si convaincre ne suffit pas, il reste la force de la loi, qui parfois se manifeste.  Les autres, les partisans,  évoqueront la tradition, les avis de l’un ou l’autre imam délirant, ou les bienfaits du relativisme culturel parce que, vois-tu, fillette, il ne faudrait quand même pas croire que les droits de l’homme et de la femme sont universels : c’est vrai quoi, c’est pas bon pour tout le monde, ces choses-là ! C’est sans doute la crainte de devenir minoritaires qui les amène à défendre leurs pratiques de bourreaux persuadés de ne faire que leur devoir : les femmes ne sont d’ailleurs pas nécessairement les dernières à reproduire ce  processus de soumission.  

Certes, les contraintes sociales, globales ou familiales,  ne s’exercent pas que dans ce domaine. Et alors ? Pendant longtemps, chez nous, les femmes devaient enfanter dans la douleur, comme si elles rachetaient en leur nom seul la « faute », que dis-je le « péché » du couple : et la morale de l’histoire s’est modifiée et a éradiqué ce fétichisme superstitieux, même si quelques intégristes de choc ne conçoivent encore que cette solution-là, femmes comprises. Ici aussi, l’ampleur des mutilations et les situations d’urgence sanitaire exigent une lutte sans concession. A moins de rester « indulgent avec la souffrance des autres » ?     


 

07:33 Écrit par Ubu | Lien permanent | Commentaires (13) |  Facebook |

03/03/2005

A propos de lecture.

Les jeunes ne lisent plus, ma brave dame : ils ne savent plus apprécier un bon livre. D'ailleurs, quand on voit les résultats de Pisa, quelle catastrophe ! Même pas capables de lire un problème ou de tirer des informations d'un texte ! Fichus jeunes !
 
Le propos serait-il caricatural ? En tout cas, il peut s'entendre aisément, dans des discussions oiseuses ou de fin de soirée, dans des colloques de professionnels, dans des salles de profs. Flaubert parlait déjà d'idées reçues : je crains de devoir remettre en cause des préjugés bien acquis, sans son talent pour me venir en aide, hélas.
 
Les jeunes lisent-ils tellement moins que la population adulte ? A l'époque d'"Apostrophes", l'émission était suivie de manière extraordinaire, sachant que les Français lisaient en moyenne moins d'un livre par an. Pas les jeunes, les Français ! Sans doute un best-seller, ce livre abandonné en cours de route : un témoignage "vrai et authentique", forcément torturé et psychanalysant, les mémoires d'un mec de trente ans qui a passé deux semaines dans une émission de télé ou qui est le fils de quelqu'un sur lequel il a tout à dire, les policiers à la chaîne de Mary Higgins Clark. Les étalages des grandes surfaces regorgent de produits pas frais, entre les casquettes en soldes et la livraison de moules fraîches. Alors, bien entendu, s'il faut lire ces bouquins-là, si les jeunes doivent s'émanciper l'imaginaire avec les souvenirs de Pascal Sevran, les réflexions d'une victime (comme dans "ça se discute" !) où le sticker "Vu à la télé" est à peine sous-entendu, il n'est pas étonnant qu'ils se détournent d'un plaisir qui s'est transformé en marché aux stéréotypes éminemment chiants.
 
La moyenne des bouqins pour enfants et adolescents, dans les collections qui leur sont dédiées, est de meilleure facture. Et le succès de certains ouvrages témoigne de cet engouement. Dépassées les bibliothèques vertes et roses, les Comtesse de Ségur moralisatrices et un rien sadiques ! Pourtant, là aussi, certains ouvrages ne semblent faits que pour éluder les conversations avec les parents : il faut qu'ils donnent des réponses, qu'ils témoignent de leur utilité, qu'ils soient dans l'air du temps. Et parfois, ça dérape : les adolescents en ont  ras la casquette de voir ces enfants et adolescents de papier qui vivent des aventures artificielles, comme des rêves préfabriqués qui s'imposent, importuns. Et le passage au vrai livre devient difficile : tiens, on n'y parle plus de moi ? La mode de l'identification, censée nourrir les rêves, restreint l'imagination : un adolescent peut-il encore se rêver adulte ? Pas trop avant de l'être devenu...
 
 Le marché s'impose : on axera la promotion sur le livre qui s'écoulera vite. Les lieux de distribution l'exigent. Combien de fois mes élèves se sont-ils entendu répondre : "pas disponible" ou "épuisé". La Fnac est coutumière du fait : l'agitateur culturel serait-il paresseux à la commande ? Le fait est d'autant plus intéressant quand le même livre, "indisponible", s'affiche sur le site du même commerçant dans de meilleures dispositions. On ignorait que les livres puissent être malades de se retrouver serrés sur un rayon. Et pas de chance pour le lecteur qui voulait celui-là, justement. Dans ces cas-là, on bénirait presque les réseaux de lecture publique :  eux ont plutôt bien évolué. J'ai constaté avec plaisir que beaucoup de mes élèves étaient inscrits en bibliothèque : une offre plus complète rencontre davantage les demandes et la compétence attire le lecteur qui veut butiner.
 
Il faut lire ! Impératif culturel scolaire : c'est un postulat, on n'y revient pas. Vraiment ? L'école a de fichues habitudes et perpétue des clichés à milles lieues de la lecture, expérience personnelle du livre. Daniel Pennac avait fait un essai intelligent à ce propos : "Comme un roman" faisait apparaître les droits imprescriptibles du lecteur, souvent affichés dans les bibliothèques, rarement dans les écoles. Il faut lire ! Et le prof de français de disséquer le roman, comme si l'étalage de tripes révélait la beauté intérieure, comme si le plaisir pouvait naître du tranfert en schéma. Parce que le prof de français ne se console jamais de ne pas avoir les formules du mathématicien pour quantifier la lecture : vous ne le croiserez jamais sans un tableau, censé contraindre la cartographie de nos rêves... Il faut lire !
 
Et il faut communiquer ! Il faut parler des livres qu'on a lus, apporter des preuves de sa lecture. Tout l'exige : le programme, les points, les bulletins, les fraudes, les sites "jepompe.com" et leurs travaux tout préparés. Comme si un plaisir fugitif devait forcément se retrouver concrétisé dans une sorte de procès-verbal. Avoue que tu es un lecteur : nous avons les moyens de te faire parler ! Et l'on sort à nouveau les inévitables schémas, les tableaux torturés, pour bien prouver que l'élève n'a pas perdu son temps. Là encore l'utilité est de mise : la machinerie est mise à nu et l'élève se retrouve à démonter son roman, qu'il avait peut-être apprécié, comme un vulgaire appareil d'électroménager. Et quand il veut le remonter, l'appareil ne fonctionne plus.
 
Bien entendu, il y a aussi des lecteurs conscients, des professeurs impliqués (je n'en suis d'ailleurs pas toujours un bon exemple !), des libraires passionnés. Bien sûr, des livres toujours plus nombreux sont offerts à notre imagination, à notre passion de lecteur amateur, comme le dirait Alberto Manguel. Mais les autres pratiques, perversions du plaisir de lire, me paraissent dominer : j'en viens à m'étonner que l'on lise encore en toute innocence. 
 

A suivre (vraisemblablement)...


09:01 Écrit par Ubu | Lien permanent | Commentaires (15) |  Facebook |