04/04/2005

Pas d'hagiographie !

Je suis d'accord pour respecter le deuil, même de quelqu'un qui n'est en rien une référence pour moi. Mais de là à supporter l'hagiographie d'un dignitaire religieux qui m'a toujours semblé éminemment conservateur et autoritaire, il y a un pas que mon refus du sport m'interdit de franchir. Un pape défenseur des droits de l'homme ? Dans sa lutte contre le communisme soviétique, sûrement : panache et courage de l'archevêque de Varsovie, qui n'hésitait pas à remplacer un curé incarcéré,  méritent chapeau bas. Mais se cantonner à des préceptes rétrogrades pour la sexualité, quitte à mettre en péril des vies dans des états qui continuaient à confondre loi religieuse et loi civile (l'Irlande et le Portugal résistent encore au droit à l'avortement) ; tancer la théologie de la libération par crainte du marxisme et soutenir les clergés conservateurs d'Amérique latine ;  béatifier le fondateur de l'opus dei (avec minuscules, SVP !) : non, non et cent fois non ! Si quelqu'un mérite le respect, parce qu'il a poursuivi un combat moral sans déroger à ses principes, c'est cet évêque du Salvador assassiné il y a 25 ans (le 24 mars 1980 précisément)  : Mgr Oscar Romero ! Le seul commentaire du pape fut de s'indigner du blasphème : on assassina l'évêque, qui lui était pourtant fidèle mais se sentait incompris,  en pleine eucharistie ! De là à condamner la misère du peuple salvadorien, contre laquelle Romero luttait pacifiquement : cette condamnation-là ne vint jamais. Certes, il fut béatifié et est peut-être même déjà canonisé : les morts ne parlent plus, c'est là leur avantage. Et puis, la reconnaissance est un peu tardive...
Par respect pour Romero, pour ceux qui dans leurs églises ont préféré un message évagélique aux compromissions de la théocratie, pour ceux-là qui me feraient presque douter de mon anticléricalisme, je m'en tiens là.

08:36 Écrit par Ubu | Lien permanent | Commentaires (7) |  Facebook |

Commentaires

Piété de façade Cher Ubu,
Tu prêches un converti (sans jeu de mots)! J’ai consacré un post au phénomène de la médiatisation des sujets, différente selon le spectaculaire et non selon l’importance réelle: on parle davantage de la mort du pape, du mariage de Mathilde ou d’un accident de voiture impliquant une princesse que du sida, de la faim dans le monde ou de guerres (civiles ou autres, parfois même exportées) qui font des milliers (et même des millions pour certaines d’entre elles) de morts dans le monde.
Quant au pape, tu as omis de parler de la banque du Vatican qui favorise ouvertement l’évasion fiscale (un paradis fiscal est-ce l’antichambre du Paradis?) avec des méthodes dignes des pires romans noirs (le pendu du pont de la Tamise par exemple).
Je ne comprends pas ce tintouin, cet étalement d’or et de richesse dans des démonstrations de «piété» pour prôner ensuite un «vivez dans la pauvreté» de façade… C’est un peu comme la contradiction des hôpitaux de Mère Térésa qui soignent les mourants causés par la surpopulation mais interdisent toute contraception!
Amitié.

Écrit par : Armand | 04/04/2005

... J'avais envie d'écrire un billet sur le même sujet. Je vais d'ailleurs le faire. Mais je m'arrête ici pour dire à quel point je partage ton point de vue et particulièrement ton rappel au sujet de l'attitude frileuse de ce pape et de son prédécesseur vis à vis des théologiens de la libération.

Écrit par : HL² | 04/04/2005

Il y aura toujours quelqu'un de plus progressiste que soi...

La question est jusqu'où va-t'on aller...?

Écrit par : Couhoulinn | 04/04/2005

Bonsoir... Cher Armand,
Le sida : 10.000 morts par jour, essentiellement dans les pieusement nommés "pays en voie de développement". La médiatisation de sa mort, charognarde, correspond à une mentalité d'époque : il me semblerait étonnant qu'elle soit fortuite, une sorte de pitié dangereuse ! Comme si on nous refaisait le coup de la Passion deux millénaires plus tard... Le culte de la souffrance, le dolorisme : oui, tu as bien vu le phénomène et tu as raison.
Quant au Banco Ambrosiano, mais voyons, c'est une histoire incroyable : il faut vraiment avoir la foi pour y voir un quelconque scandale ;))))

Cher HL,
J'ai vu ton billet ;) Le rappel de la théologie de la libération me semblait nécessaire : sans doute parce que j'ai toujours éprouvé du respect pour les prêtres-ouvriers et le catholicisme social... Et pour ce courage-là !

Cher Couhoulinn,
Le progrès se poursuit toujours, avec ses aléas : être conservateur, c'est nier le mouvement de la vie... Jusqu'où aller ? Plus loin, toujours, oser, l'audace. Et se pencher sur la souffrance quotidienne ne devrait pas être un progrès : il paraît que cela s'est déjà fait du côté de la Judée il y a deux mille ans. Mais sans doute n'est-ce qu'une belle histoire ? ;)

A bientôt.

Écrit par : Ubu | 05/04/2005

Que dire d'autre ? Je sais, je fais tache dans ce que je vais dire...Mais je suis d'accords avec vous, Ubu. Médiatisation d'un homme, certe fort connu, certe fort apprécié mais qui n'en reste pas moins un homme aux avis dictés par l'Eglise (avec majuscule, car je suis conditionnée par au moins 15 ans d'éducation catho), qui ne suivent pas son temps. Et puis, aussi, l'espèce de "béatification" de la souffrance de cet homme malade sur lequel on "s'acharnait" depuis trop longtemps, même si "c'était ce qu'il voulait", cela m'a dégoutée...

Ami calle man'

Écrit par : Miss Ever' | 08/04/2005

Chère Miss Ever, La religion aurait pu être une émancipation : elle s'impose comme un terrifiant déterminisme... Elle impose des souffrances dans son principe même : la culpabilité. Un évêque belge s'était indigné, lors d'une réforme des cours de morale confessionnelle, qu'on ose présenter la mort comme un phénomène naturel et plus comme le fruit du péché originel...
Merci de ton passage : tu n'as pas fait tache ! ;)))

Écrit par : Ubu | 09/04/2005

Etait-il de son temps? Il devait bien tuer le temps,de temps en temps!

Écrit par : duke | 11/04/2005

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