06/04/2005

Sartre louchait !

Pour une exposition, il faut toujours une affiche qu'illustre une photo, significative si possible. La BNF a monté une exposition, sans doute bien faite, si elle est à l'image du site (http://expositions.bnf.fr/sartre/index.htm) et a donc eu recours à une photo emblématique. Le visage est ouvert, le sourire un rien pincé, les yeux louchent et la main flotte. On sent vite qu'il manque quelque chose à cette main : bien sûr, une cigarette, comme dans d'autres photos qui émaillent le site. Il était impensable d'oser afficher une cigarette au crédit d'un philosophe : la communication, tartuffe, n'en veut pas. Déjà, un auteur laid, c'est limite, mais une cigarette, vous pensez...
Les trucages photographiques sont une vieille histoire : les photographes reconstituaient avec des figurants les grands événements d'actualité que le temps de pose de leurs appareils leur interdisait de fixer ; les dictatures effaçaient telle ou telle figure du parti qui avait été supprimée ou était honnie, au gré des convuslsions internes ; les faces tavelées des despotes se voyaient retouchées parce que le culte de la personnalité imposait la jeunesse et la force là où la rage et la sénilité s'affirmaient en réalité. L'histoire a pu se pencher sur de telles pratiques. 
Mais l'ère de la communication a ses manières bien à elle de confondre réalité et image : le monde des images est devenu une réalité en soi. Les aspérités se gomment, non pas en vue d'une manipulation politique, mais pour induire de nouveaux modèles. Le philosophe peut y être laid, le vieillard y agoniser longuement, les chanteuses y être affriolantes : les catégories s'imposent au spectateur, piégé dans un faisceau de stéréotypes....
Sarte ne pouvait fumer en langage publicitaire : l'icône ne peut avoir de geste délibéré et l'histoire doit se remanier en douceur, loin des intellectuels qui l'étudient. Et la liberté du geste individuel ne peut se confondre avec le culte publicitaire : la communication ne se satisfait pas d'idées. Elle déforme simplement ses miroirs, jusqu'à polir ses pantins à sa mesure.   

00:06 Écrit par Ubu | Lien permanent | Commentaires (4) |  Facebook |

Commentaires

Sartre... Icône, mythe, référence... Tout un programme.

Écrit par : Poussière de lune. | 06/04/2005

Connotation, quand tu nous tiens ! ;)) Chère Poussière de lune,
Et oui : Le grand Jean-Sol Partre avait-il besoin de tout ça ? ;) Et où est passé Raymond Aron ?
A bientôt

Écrit par : Ubu | 06/04/2005

image-image Comme icône, mythe et cie nous sommes servis en ce moment. D'où vient notre besoin d'idéaliser d'autres humains? Ni dieu, ni maître... Je m'en tiendrais là. ET pour le pape ( article ci-dessous), je crains que son icône, intelligemment orchestrée, n'infantilise encore de nombreux naïfs ou simplement ne soient vénérées par des peuples qui ont plus besoin de pain, de justice sociale que de bonnes paroles. Mais à voir courir ces millions de gens à Rome et ailleurs, je me pose des questions ???

Écrit par : mik | 07/04/2005

Cher Mike, Les idoles, le culte de la personnalité : amusant à l'adolescence. Au-delà, cela devient plus qu'inquiétant : de l'ordre du fétichisme superstitieux... ;)
A bientôt.

Écrit par : Ubu | 08/04/2005

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