15/04/2005

Magie ordinaire...

Il y a des instants qui se refusent à nous : notre mémoire les transforme en routine et, consommateurs avisés, nous les comparons d'expérience. Nous brandissons la bannière des blasés : chaque réveil n'est qu'un glissement de torpeur, chaque geste répète un geste appris et cent fois répété. Nous nous sommes endormis, entourés de nos objets familiers : des paysages lointains, nous ramenons des impressions d'enfance, nous promenons notre terroir de souvenirs sur le fil du temps. Notre curiosité nous a laissé tomber tandis que nous poursuivions notre bonheur : comme la princesse lointaine, attendrait-il notre mort pour nous accorder l'ultime étreinte ?
En fait, nous nous concevons comme si nous, ou un quelconque créateur, disposions de la maîtrise de ce que nous vivons et avons vécu. Nous nous supposons un plan, des intentions délibérées, des motivations : et nous voguons contre les vagues du hasard, en recherchant notre nécessité, en occultant tout ce qui nous est indispensable. Et pourtant, le courant nous a entraîné à la dérive : des notes qui charment, des sourires enjôleurs, des regards échangés, des saveurs capiteuses, des baisers qui se prolongent (pour peu que les plats précédents n'aient pas contenu trop d'ail ! ;)), des sensations comme autant de surprises.
Un ciel gris nous plombe le soleil dans son irrégularité, quelques gouttes de bruine s'irisent au contact d'une façade contre laquelle nous glissons.  Une jupe ou un pantalon se froisse à chaque pas ; des bruits incongrus résonnent ou se tapissent, à notre affût, mélodies incontrôlables et nécessaires . Un fumet, âcre ou voluptueux, nous remonte aux narines ; des effluves se libèrent après la pluie et nous traversent, fugaces.  Les épices s'acharnent sur la langue, le sucre du café nous tapisse.  Une danse, peau contre peau, surplombe nos petits équarissages ; la fraîcheur de la soie nous glisse entre les doigts, doux contraste. Et chaque jour virevolte, amenant le jour suivant dans une sarabande rêveuse et sensuelle. Et chaque sensation nous renouvelle.
Quelqu'un (Malraux peut-être) a dit : "Le bonheur, c'est pour les imbéciles." Tant qu'à faire, je préfère être un imbécile heureux.

05:45 Écrit par Ubu | Lien permanent | Commentaires (17) |  Facebook |

Commentaires

alors là je suis soufflée bluffée, Ubu; c'est magnifique.
je suis une imbécile heureuse....

Écrit par : fun | 15/04/2005

Suicides chez les blasés... Cher Ubu,
Je m'étais fait une réflexion similaire hier en apprenant la mort d'un acteur qui venait de se suicider.
Comment une personne jouissant de tant de biens matériels peut-elle être aussi ingrate envers la vie qui lui a tout donné alors que les suicides sont extrêment rares chez les clochards, SDF et malheureux Africains qui n'ont pas le temps d'avoir des états d'âme?
Le bonheur, ça se mérite tous les jours, disait (presque) une chaîne de grandes surfaces.
Amitiés.

Écrit par : Armand | 15/04/2005

Bonjour Ubu

Fuir le bonheur de peur qu'il ne se sauve ...

Je n'ai jamais été un grand marathonien ;-)

Peut-être par imbécillité ...

Bonne journée.

Écrit par : jlc | 15/04/2005

Personnellement je suis heureux d'être un imbécile ! ;~)

Écrit par : Nola | 15/04/2005

et quand deux imbéciles se rencontrent c'st la collision ;))
joli txt ;)

Écrit par : imagine | 15/04/2005

Salut, jouisseur tranquille, tu commences à avoir la sagesse des fauves repus.

Écrit par : Paul | 15/04/2005

Remède-miracle? Puisqu'il a fait sa pub lui-même, lis les résultats chez mon sponsor: son anti-cloportes semble être très efficace... Je n'ai même pas vu passer la bestiole!

Écrit par : Armand | 15/04/2005

ben oui 25 minutes d'attaque en polluant les commentaires, au troisième comm, j'ai ajouté son pseudo et son ip (il a une fixe en plus) dans le 'delete' automatique des commentaires et pffff... il a abandonné et est plus revenu, d'autres pseudos sont eux 'modérés'...

Écrit par : BT | 16/04/2005

Vive les imbéciles heureux ! ;))) Chère Fun,
Quel effet quand tu es soufflée ? ;) Je suis curieux, hein !

Cher Armand,
J'ignore ce qui a motivé le geste de Philippe Volter : difficile à dire ! En tout cas, c'est un métier aux tensions extrêmes, où l'on se ment souvent en danger. Et où le succès est versatile...

Cher jlc,
Puisque la terre tourne, autant rester sur place : il finira bien par repasser ! ;)

Cher Nola,
Ce blog sera bientôt sponsorisé par "Forrest Gump" ? ;)

Chère Imagine,
Quand deux imbéciles se rencontrent, ils échangent des regards d'intelligence ;)))

Cher Paul,
Je ne rêve pas de fauves mais de canards ;))

Cher Armand,
Oui, j'ai vu : les coportes vont bientôt se métamorphoser en papillons ? ;)
Moi, j'ai trouvé un autre truc : je les emmerde ! ;)

Cher BT,
En plus, les cloportes ne sont pas malins : acharnés mais idiots, comme leurs commentaires. félicitations pour ton insecticide ! ;)

A bientôt.

Écrit par : Ubu | 16/04/2005

le plaisir des sens Pourrait s'apparenter au bonheur...
Et pourtant, alors que, les yeux encore embués, je m'imprègne de ces sensations qui dans mon enfance furent les sources de ma curiosité, viennent à mon esprit de regrettables pensées: les factures sont-elles payées? La petite sera-t-elle prête en temps et en heure pour aller à l'école? Une bombe atomique va-t-elle exploser sur le potager que j'ai si durement préparé? George Bush ou ses sbires espionnent-ils mes e-mails?
Le bonheur... une idée commune à toute l'humanité... mais à part ces imbéciles heureux qui sont nés quelque part, quelqu'un y a-t-il un jour touché?

Écrit par : gorgo | 17/04/2005

des regards intelligents ? mais encore ? ;))

Écrit par : imagine | 17/04/2005

pourquoi imbécile? alors que t'as tout compris...

Écrit par : T2 | 17/04/2005

lorsque je suis soufflée mes joues se gonflent sous le zéphyr de l'admiration et je m'envole comme une brindille, les yeux tout grands....

Écrit par : fun | 18/04/2005

Bonsoir Ubu et les autres....
Superbe... vraiment!!
;-)

Écrit par : Fléa... | 18/04/2005

Si seulement... c'était aussi simple...

Écrit par : Christ | 19/04/2005

mr ubu est en vacances?

Écrit par : fun | 20/04/2005

Il faut laisser le temps au temps ! ;)) Cher Gorgo,
Il y a ce qui dépend de nous et ce qui nous dépasse : dans le premier cas, nous construisons ; dans le second, nous pouvons seulement réagir. Nos circonstances nous sont imposées mais nous pouvons choisir notre manière d'agir, de respirer, de vivre ;) Ici ou là ;)

Chère Imagine,
Des regards sans sous-entendus ! ;)) Des instants clairs, des souffles légers, des parfums fugaces : tout ce qui se passe bien ;)

Cher T2,
Pas comprendre : ressentir. Comprendre : c'est déjà envisager les limites de ce que l'on ressent. ;) Bienvenue, par ailleurs

Chère Fun,
Une petite photo pour illustrer ? :)

Chère Fléa,
Un plaisir de t'entendre, même un instant :)) Bises.

Chère Christ,
La vie est relativement simple : c'est nous qui sommes changeants ;)

A bientôt ;)

Écrit par : Ubu | 21/04/2005

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