28/05/2005

Darwin serait-il rock'n roll ?

Sir Charles a mauvaise réputation dans certains prétoires : il nous avait fait un sacré travail de généalogie qui a souvent été remis en cause, voire vilipendé. Il nous a dit que nous descendions du singe : moi, je pensais plutôt que nous y retournions. Au fond, il aurait pu s'amuser de nos singeries.
 
La théorie de l'évolution a connu de nombreux problèmes : le dernier en date est relevé par Juan d'Oultremont dans la Semaine infernale. Darwin passe donc en jugement à Topeka, capitale du Kansas, parce que les créationnistes du coin ont décidé qu'il fallait mettre à l'index l'évolution. Sans doute, comme dans les cas précédents, y aura-t-il des extrémistes, qui n'admettront que l'enseignement exclusif du créationnisme, et des modérés, qui s'aventureront à accepter l'enseignement des deux théories. Seulement, voilà, il n'y a qu'une théorie qui soit scientifique, qu'une seule qui soit prouvable, démontrable et digne d'être enseignée de manière critique.
 
Evidemment, une hypothèse scientifique peut toujours être remise en cause : c'est l'attitude saine qui préside à la marche en avant des sciences.  Mais pourquoi au nom d'une croyance irrationnelle, sans autre base qu'une envie personnelle de prendre un texte pour une vérité inaltérable, ce qui constitue une dénégation pure et simple de l'esprit scientifique ? On confond souvent la science avec des enjeux politiques ou religieux : les colonialistes du dix-neuvième siècle se fondaient sur les théories raciales pour justifier leur politiques, Lombroso et Lavater prétendaient que tout l'homme résidait dans la forme de son crâne et dessinaient ainsi un profil du criminel que l'on retrouverait par la suite sous l'appellation incontrôlée de "délit de sale gueule", les déterministes nous recréaient un fatalisme nouveau. Au fond, rien à voir avec la science, à proprement parler : si elle a des beautés, ce n'est guère dans ces débats de café du commerce ou d'arrière-sacristie où l'ivresse et la foi tiennent lieu d'affirmation.Ses découvertes s'imposent bien moins que ses méthodes.
 
L'univers de la science s'impose à hauteur d'infini : ses exigences préalables nous invitent à la liberté de la spéculation, entraînant nos pensées sur des chemins de traverses avant le rappel de la preuve. Par contre, son utilisation, son dénigrement se fondent souvent sur des affirmations péremptoires, des doctrines envahissantes qui expriment un choix qui n'est pas nécessairement le nôtre, comme si un invité régentait notre table au détriment de tous : nos devoirs d'hôte ne nous amèneraient-ils pas à le remettre à sa place ? Je n'aime pas qu'on transforme nos fêtes, nos petites joies, nos errances mêmes en avatars de chapelle, en images pieuses qui nous cachent les beautés de nos paysages intérieurs, qui confondent dans des relents d'encens nos souffles individuels, qui prétendent nous imposer l'éternité et l'absolu, à nous qui sommes changeants et éphémères.
 
Si Darwin a commis des erreurs, elles sont belles : elles me laissent penser qu'il nous reste toujours quelque chose à découvrir, à remettre en cause ou à défendre. Sans doute parce que je préfère les mouvements harmonieux aux postures figées, parce que même une statue s'admire en en faisant le tour.
 

11:43 Écrit par Ubu | Lien permanent | Commentaires (9) |  Facebook |

Commentaires

Evolution: la révolution lente. Cher Ubu,
Les lois scientifiques (sciences exactes) ne souffrent pas d'exceptions!
Te souviens-tu de mon explication sur la tendance au désordre et as-tu lu ma réponse à ta remarque sur les milieux fermés et ouverts (Prigogine) pour expliquer une contradiction apparente?
Eh bien, ici aussi, il n’y a pas d’exceptions: seules les évolutions «utiles» sont irréversibles (c'est à dire quand il y a évolution ou extinction de la race).
L’intelligence améliore les chances de survie: l’évolution ira donc dans le sens de son augmentation.
Les caractères sans influence sur la survie de l’espèce (yeux bleus, couleur de peau, prognathisme...) se propagent indépendamment et de façon aléatoire.
Je voudrais qu’un statisticien me démontre le rapport qu’il pourrait y avoir entre couleur des yeux et intelligence, par exemple!
Amitiés.

Écrit par : Armand | 28/05/2005

Cher Armand, Les lois scientifiques admettent pourtant la discussion, la remise en cause et la spéculation méthodique : cela ne fut-il pas le cas de la relativité ?
Quant aux rapports entre physique et intelligence, c'était le grand rêve de Gall, Lavater et les autres : les adeptes de la physiognomonie ou de la phrénologie basaient leurs travaux sur des criminels pour élaborer un profil (au sens propre du terme) du criminel. D'où l'erreur du scientifique qui cherche ce qu'il veut trouver, dans ce cas. D'où encore, les preuves abusives qu'ils fournissaient à l'appui de leurs observations empiriques. "Caressez un cercle, il deviendra vicieux" (Pierre Dac)
A bientôt ;)

Écrit par : Ubu | 28/05/2005

Sans Moi, je ne connais qu'une science exacte.Le 4/4 du Middle Jazz.Ce cher Darwin,n'avait
pas prévu l'émergence de ce mouvement musical qui apporta une nouvelle dimension
à l'art en général et à la musique en particulier.
Je suis rassuré: "L'intelligence améliore les chances de survie".Je plaisante!
Amitiés mon cher UBU

Écrit par : DUKE | 28/05/2005

Lois scientifiques Cher Ubu,
Il y a des lois exactes dans "le petit" mais qui deviennent des approximations de moins en moins exactes au fur et à mesure qu'on s'éloigne de leur application originelle. La géométrie euclydienne est à classer ainsi...
Mais les lois de la thermodynamique n'a pas encore été prise en défaut de ce côté et il y a peu de chance qu'il en soit ainsi...
Il y a les lois, les théorèmes, les hypothèses et les probabilités par exemple, qui ont toutes des "significations" et des champs d'application différents.
Je te laisse: une discussion à ce sujet me semble incompatible (un peu trop ardue) avec le texte condensé d'un blog... Une autre fois, peut-être?
Amitiés.

Écrit par : Armand | 28/05/2005

Arrête Moi qui rêve d'un cours privé d'épistémiologie avec Juan d'Oultremont

Écrit par : Dr E.Piqûre | 29/05/2005

°]
TERRE MINUS... Tout le monde descend !!!
:-)

Écrit par : Melo | 29/05/2005

tout reste toujours à découvrir oui mais non

Écrit par : xian | 30/05/2005

... La science résoudra tout...

Prédicat du planisme où ce seront des scientifiques qui résoudront tout, qui décideront comment doivent être partagé des ressources telle que l'eau (comme Ricardo Petrella le pensent)... avec tout ce que cela entraînera.

Ce prédicat, comme le communisme, est "une affirmation péremptoire, une doctrine envahissante qui expriment un choix qui n'est pas nécessairement le nôtre, comme si un invité régentait notre table au détriment de tous".

Serait-il inutile de rappeller également qu'Auguste Comte est l'une des racines qui nous a donné le communisme et le fascisme, qui sont en fait la même chose.

Écrit par : Couhoulinn | 30/05/2005

Bonsoir ;) Cher Duke,
Le jazz n'était pas nécessaire : il est devenu indispensable. Darwin ne pouvait pas le prévoir ! ;)

Cher Armand,
Effectivement, ce sont des réalités complexes : conseilles-tu les ouvrages de De Rosnay ? ;) Tout un univers reste à explorer...

Cher DR,
Et bien voilà, c'est fait ;)

CHer Melo,
:)))) C'est fin, très fin ! ;))

Cher Xian,
Non, peut-être ? ;))

Cher Couhoulinn,
Je pense que tu confonds pas mal de choses ! L'esprit de chapelle, dangereux même hors de celle-ci, est évoqué dans le post. Et personne n'a jamais parlé de résoudre : simplement de poser les questions en des termes qui soient discutables, échangeables, au prix d'une confiance critique dans l'expert qui les énonce. On est bien loin de l'abandon qui préside aux religions mal comprises, il me semble ? Quant à l'identification entre communisme et fascisme, j'ai déjà répondu à ce rapprochement sous d'autres cieux : une comparaison n'est pas une assimilation...

A bientôt.

Écrit par : Ubu | 30/05/2005

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