30/05/2005

Rêves de Missoula

Les frontières se déplacent.
 
http://www.regards.fr/archives/1997/199707/199707sup20.html

21:42 Écrit par Ubu | Lien permanent | Commentaires (7) |  Facebook |

Non, peut-être ?

Tout rapport entre cette publicité et un quelconque référendum serait purement fortuit. Ou alors, je ne suis pas au parfum.

21:39 Écrit par Ubu | Lien permanent | Commentaires (6) |  Facebook |

28/05/2005

Darwin serait-il rock'n roll ?

Sir Charles a mauvaise réputation dans certains prétoires : il nous avait fait un sacré travail de généalogie qui a souvent été remis en cause, voire vilipendé. Il nous a dit que nous descendions du singe : moi, je pensais plutôt que nous y retournions. Au fond, il aurait pu s'amuser de nos singeries.
 
La théorie de l'évolution a connu de nombreux problèmes : le dernier en date est relevé par Juan d'Oultremont dans la Semaine infernale. Darwin passe donc en jugement à Topeka, capitale du Kansas, parce que les créationnistes du coin ont décidé qu'il fallait mettre à l'index l'évolution. Sans doute, comme dans les cas précédents, y aura-t-il des extrémistes, qui n'admettront que l'enseignement exclusif du créationnisme, et des modérés, qui s'aventureront à accepter l'enseignement des deux théories. Seulement, voilà, il n'y a qu'une théorie qui soit scientifique, qu'une seule qui soit prouvable, démontrable et digne d'être enseignée de manière critique.
 
Evidemment, une hypothèse scientifique peut toujours être remise en cause : c'est l'attitude saine qui préside à la marche en avant des sciences.  Mais pourquoi au nom d'une croyance irrationnelle, sans autre base qu'une envie personnelle de prendre un texte pour une vérité inaltérable, ce qui constitue une dénégation pure et simple de l'esprit scientifique ? On confond souvent la science avec des enjeux politiques ou religieux : les colonialistes du dix-neuvième siècle se fondaient sur les théories raciales pour justifier leur politiques, Lombroso et Lavater prétendaient que tout l'homme résidait dans la forme de son crâne et dessinaient ainsi un profil du criminel que l'on retrouverait par la suite sous l'appellation incontrôlée de "délit de sale gueule", les déterministes nous recréaient un fatalisme nouveau. Au fond, rien à voir avec la science, à proprement parler : si elle a des beautés, ce n'est guère dans ces débats de café du commerce ou d'arrière-sacristie où l'ivresse et la foi tiennent lieu d'affirmation.Ses découvertes s'imposent bien moins que ses méthodes.
 
L'univers de la science s'impose à hauteur d'infini : ses exigences préalables nous invitent à la liberté de la spéculation, entraînant nos pensées sur des chemins de traverses avant le rappel de la preuve. Par contre, son utilisation, son dénigrement se fondent souvent sur des affirmations péremptoires, des doctrines envahissantes qui expriment un choix qui n'est pas nécessairement le nôtre, comme si un invité régentait notre table au détriment de tous : nos devoirs d'hôte ne nous amèneraient-ils pas à le remettre à sa place ? Je n'aime pas qu'on transforme nos fêtes, nos petites joies, nos errances mêmes en avatars de chapelle, en images pieuses qui nous cachent les beautés de nos paysages intérieurs, qui confondent dans des relents d'encens nos souffles individuels, qui prétendent nous imposer l'éternité et l'absolu, à nous qui sommes changeants et éphémères.
 
Si Darwin a commis des erreurs, elles sont belles : elles me laissent penser qu'il nous reste toujours quelque chose à découvrir, à remettre en cause ou à défendre. Sans doute parce que je préfère les mouvements harmonieux aux postures figées, parce que même une statue s'admire en en faisant le tour.
 

11:43 Écrit par Ubu | Lien permanent | Commentaires (9) |  Facebook |

26/05/2005

Est-ce par hasard ?

La Bible recèle un code : Moby Dick aussi. Et si je cherche bien, je suis certain que ma déclaration d'impôts doit être également codée, si j'en juge par mes difficultés habituelles à comprendre le livret qui l'accompagne, best-seller préestival qui nous annonce que les beaux jours resplendissent mais qu'il est toujours nécessaire d'aller bosser, bougre de paresseux, si tu veux pouvoir te plonger dans l'intégrale des oeuvres du Ministre des Finances, mille grâces et tous les comptes du Luxembourg lui soient rendus.
 
Les codes : splendides découvertes qui suscitent l'émerveillement de l'initié, attentif et forcément intelligent, qui a levé le voile sur ce que tous ignoraient. Le Bible aurait ainsi annoncé de multiples événements, elle qui se spécialisait dans les prophéties : la disparition des dinosaures, l'arrivée d'Hitler au pouvoir, les assassinats de JFK et de Rabin et même l'attentat du World Trade Center. Elle nous prédirait même une guerre nucléaire en 2006, l'arrivée du Beaujolais dans l'année  - miracle sans cesse renouvelé de la transformation de la piquette en vin - et des réformes dans l'enseignement. En cherchant bien, je  devrais même y trouver le tirage de la loterie coloniale de 1932 et la liste de mes courses de ce samedi, puisque tout est prévu. Mais il faudra que je consulte mon Moby Dick pour vérifier si je prends des boîtes de thon ou des filets de truite : n'exagérons pas, on ne peut se spécialiser en tout.
 
Un journaliste, Michael Drosnin, a donc prétendu que la Bible regorgeait d'indications qu'il fallait décoder. Forcément, un texte sacré, ça en jette : tout ne s'y trouve-t-il pas ? Malheureusement, Moby Dick aussi peut tout annoncer, comme l'a démontré le professeur Brendan McKay : il suffit d'appliquer une structure de raisonnement a posteriori pour prétendre réguler le hasard (pour plus d'infos, suivre le lien). Avec les fumistes qui croient détenir une vérité parce qu'ils l'ont plaquée sur leur objet d'étude, nous nous trouvons loin de la rigueur de l'exégète neutre et du scientifique averti.
 
Le problème ne réside pas dans ce jeu de codes : au fond, s'amuser à créer des cryptogrammes à partir de chimères est un amusement comme un autre. Mais y croire, leur attribuer une qualité de vérité ? Les délires ne sont joyeux que lorsqu'ils ne s'imposent pas et n'abusent pas de notre crédulité : il reste permis de préférer la naïveté du poème, le sourire du canular à la prétendue révélation, péremptoire et usagée, d'un texte qu'il faut rendre sacré par tous les bouts, y compris les plus improbables.  Je signale, pour éviter tout malentendu, que je ne fais nullement allusion au projet de traité constitutionnel , dont il est beaucoup question ces temps-ci, même s'il s'agit d'un sacré texte à l'hermétisme frais comme un lâcher collectif de guano sur une digue ensoleillée par des mouettes qui ricanent dans l'attente du promeneur insouciant, le malheureux. Dans ce dernier cas, on peut d'ailleurs parler de présage : qui voit des mouettes (marche aussi avec les pigeons en ville !), voler au-dessus  de lui le matin devra se rendre au pressing dans la journée.
 
En fait, la Bible a ses beautés, comme Moby Dick : les deux ont leurs élégances de style, leur lyrisme, leur élan vers l'absolu. Mais le second a eu le bon goût de ne pas s'imposer en culte, de nous laisser au hasard qui permet au lecteur d'accorder son souffle sur les détours d'une phrase, qui nous permet de vivre au jour le jour en restant imprévisibles. Au fond, notre liberté et notre indépendance se joue dans ce genre   d'escroquerie : il nous faudrait croire à un avenir qui n'est que pure spéculation alors que nos journées se succèdent, fortuites. N'est-ce pas parce que rien n'est écrit que nous pouvons vivre heureux ?  
 

01:29 Écrit par Ubu | Lien permanent | Commentaires (15) |  Facebook |

22/05/2005

Café et philo ?

Mon café a une réalité quand le sucre hâtivement projeté  m'éclabousse. Ma chaise a une douloureuse réalité aussi lorsque, traîtresse, elle heurte comme par hasard mon doigt de pied ou mon genou qui ne demandait rien. Mes jurons, à ce moment-là, existent aussi réellement : la matinée commence bien.

Un philosophe avait expliqué que nos sens pouvaient nous tromper : lorsque je me rends compte que je suis en train de brailler comme un conducteur d'ânes sans âne, en dansant la danse du scalp contre le café qui m'a ébouillanté et contre cette saloperie de chaise qui m'a coincé la route, j'aurais tendance à me dire que n'importe quelle connerie a dû être racontée par au moins un philosophe ou quelqu'un qui se prétendait sage.

  • La terre est plate  et elle est au centre de l'univers : cette petite fantaisie nous rappelle que Galilée a été considéré longtemps comme un emmerdeur, jusqu'à la fin du XXème siècle, avant d'être enfin réhabilité et que les hiérarques catholiques avaient une drôle de manière de concevoir que les choses tournaient rond.
  • Les melons ont été créés de manière à pouvoir être mangés  en famille : Bernardin de Saint-Pierre ne racontait pas que d'aimables aventures de jeunes gens un peu coincés qui terminaient lamentablement leur existence dans un naufrage qui ne vaut même pas Titanic, puisque Céline Dion ne chantait pas. A part cela, il ne devait pas connaître grand -chose à la cuisine, le père Bernardin.
  • Staline et Hitler aimaient les chiens et les enfants : Prémaman et Pedigrée Pal aussi mais heureusement pas de la même manière. Au fond, les enfants et les chiens actuels l'ont échappé belle.
  • Ton Dieu tu honoreras : évidemment, avec un seul Dieu, il n'y a qu'une seule vérité. Petit problème : ils sont tellement à nous rebattre cette seule et unique vérité que l'on se sent obligé de conclure à la publicité mensongère.
  • La belle de Cadix a des yeux de velours : très compliqué, le truc des yeux de velours. A vrai dire, celle-là, je ne l'ai jamais comprise. C'est grave, docteur ?
  • Mon idéologie est la meilleure pour le genre humain : voir Dieu, ci-dessus (forcément, Dieu est toujours au-dessus ; quand il est au trente-sixième dessous, c'est infernal !)
  • Chéri, j'arriverai à quatre heures : sûrement pas ! Au fond, le temps que je calcule la marge de manoeuvre, la probabilité de retard, en retranchant la part de sincérité, le maquillage permanent et le heureux hasard d'une absence de rencontre préalable, il est déjà quatre heure et quart quand je me rends compte qu'elle n'est pas encore arrivée.
  • Nous voulons votre bonheur : variante politique du "La douleur sera passagère" cher aux dentistes et, paraît-il, aux esthéticiennes en phase dépilatoire avancée. J'émets un doute sur cette dernière possibilité puisque chez moi, les poils se hérissent toujours face à ce genre d'affirmation.

Ceci est un modeste hommage complémentaire au Dictionnaire des idées reçues de Flaubert et au Dictionnaire de la bêtise et des erreurs de jugement de Guy Bechtel et Jean-Claude Carrière. D'autres bêtises peuvent être trouvées dans la presse, la publicité, les discours théologiques, les sondages d'opinion, les déclarations d'amour, les déclarations d'impôt, les déclarations de guerre, les brèves de comptoirs, les longues de syndicat, les mots d'ordre, les chansons, les blogs et ce blog. J'ai sûrement oublié quelque chose : c'est bête, non ?

17:08 Écrit par Ubu | Lien permanent | Commentaires (14) |  Facebook |

21/05/2005

La vie des TEC wallons

Avis à la population : un mot d'ordre de travail est lancé pour ce lundi ! ( d'après Jean-Jacques Jespers, dans la semaine infernale de ce matin)

11:47 Écrit par Ubu | Lien permanent | Commentaires (14) |  Facebook |

Berlusconnerie

Le pôle des libertés ? Au fond, pourquoi pas ! Il y a bien eu des maisons de tolérance.

06:12 Écrit par Ubu | Lien permanent | Commentaires (9) |  Facebook |

Rêverie

Je regarde au loin ; sous la surface plane, j'imagine des écueils qui brisent les mouvements de l'eau en autant de remous. Je rêve de cascades, de vagues, de torrents : un doux vent chaud caresse les contours de l'étang, presse en rides douces la surface de l'eau, l'épouse enfin dans des relents d'humidité. J'ai l'impression d'une solitude à hauteur d'homme : tout ce paysage s'étale devant moi comme si je n'existais pas réellement. Je ne trouble rien, j'ai à peine besoin de respirer. J'écoute mon souffle ténu, comme si le vent me caressait moi aussi. J'entends mes pulsations ralenties, écho des ondes calmes qui effleurent le rivage, s'en éloignent puis le rejoignent sans jamais vraiment l'avoir quitté. Je sens déjà les trépidations du geste qui m'arrachera à mon immobilité. Je m'apprête à bouger : la sérénité n'a qu'un temps.

05:16 Écrit par Ubu | Lien permanent | Commentaires (3) |  Facebook |

A l'aventure

Le souffle un peu court, les reins coincés dans le fauteuil, l'inévitable cigarette coincée entre deux doigts, je m'évade. Je suis les traces d'Hemingway d'Afrique en Espagne. Richard Brautigan me suspend entre une pêche à la truite, au loin, là-bas, en Amérique, et un express qui rallie Tokyo au Montana. Je plonge dans les méandres californiens de John Fante, les histoires de rien de Raymond Carver, et je retourne au Montana avec Crumley, Harrison et Bass. Enfin, je retourne à New-York avec Charyn : malheureusement, il ne parle jamais du Montana.
Je glisse le livre que je viens d'achever dans la bibliothèque de nos voyages intimes.

04:59 Écrit par Ubu | Lien permanent | Commentaires (6) |  Facebook |

19/05/2005

Une route pavée de jaune ?

Allez, hop ! Roulez jaunisse ! Ubu se vêt de ses plus beaux atours, élégance oblige,  pour se lancer sur les traces de magiciens improbables, de petites nottes diffuses, de rêves lointains. Trouvera-t-il du coeur à l'ouvrage, de la cervelle fraîche ou du courage à revendre ? Nous verrons.
 

On the road again !  

12:00 Écrit par Ubu | Lien permanent | Commentaires (3) |  Facebook |

17/05/2005

Et si tout recommençait ?

Trois pas qui dansent, qui boivent l'averse. Trois étincelles de joie, ravivées par une pluie battante. Trois souffles qui portent chaque note sur chaque goutte. 
 
 

05:32 Écrit par Ubu | Lien permanent | Commentaires (11) |  Facebook |

Just singing in the rain ?

Je m'en vais encore siffler dans les petits matins calmes, au milieu des toussotements des pigeons, ces crachotis des pots d'échappement et des cliquetis des piétons.
Je m'en vais siffler dans la tristesse abrutie du morne métronome, dont les balancements des rames invitent à la galère.
Je m'en vais siffler pour me construire un rempart, une forteresse pour mes rêveries nocturnes, embrumées de sommeil, qui s'attardent sous les premiers rayons d'un soleil qui vacille.
Je m'en vais siffler des bêtises, parce que tout le monde se prendra au sérieux, des broutilles passagères, des fleurs sonores et éphémères qu'une pluie délavée dispersera.
Je m'en vais siffler faux, exprès, pour faire grincer les annonces mécaniques, les ronflements d'escalators, les coups de vents.
Je m'en vais siffler que j'arrive d'un ailleurs pas si lointain, que j'emporte sur moi, comme le drap diaphane recouvre le fantôme.
Je m'en vais siffler ma petite douceur de vivre au jour qui s'annonce.

05:25 Écrit par Ubu | Lien permanent | Commentaires (5) |  Facebook |

08/05/2005

Polis tics

Les politiciens finiraient par nous faire croire à leur nécessité dans notre existence : ils se croient événements mais ne sont que circonstances. A tout prendre, aucune idéologie ne me convient : aucune ne peut s'abstraire de compromis, voire de compromissions avec la réalité. Aucune n'a la force d'un idéal, à moins de sombrer dans les méandres verbeux d'une pensée défaite avant sa concrétisation même.
 
En fait, c'est la réalité concrète, le quotidien et moi-même qui gagnons toujours.  De gauche à droite, je dandine : parfois j'incline mais sans trébucher de manière définitive. Je reste sceptique, parce que les circonstances changent, parce que je change et parce qu'il m'est déjà difficile de poursuivre et les circonstances et moi-même. Seuls les rêves nous ménagent des stases en mouvement, des contours flous familiers. Seuls les rêves nous font toucher la durée d'un clin d'oeil, notre seul éphéméride durable. Le reste n'est que passé ou futur : du récit mort ou d'improbables conjectures. Une société qui ne rêve pas se condamne à se souvenir, à rendre hommage, à déterminer son avenir en tirant des leçons. Elle se contraint à l'anxiété de l'avenir, qui ne se présentera jamais comme un reflet exact mais comme une illusion déformée de ce qui a été vécu auparavant.
 
Une société n'est qu'une somme de rêves individuels, pas un discours mécanique et construit. Elle reste imprévisible.   
 
Et je continue à prendre mes rêves pour la réalité.

22:18 Écrit par Ubu | Lien permanent | Commentaires (33) |  Facebook |

05/05/2005

Les idéaux travestis

Nous pensions disposer d'une hiérarchie de valeurs : entre recherche du bonheur personnel et nécessaire solidarité, nous ondulions sereins. Le bonheur était dans le pré, la solidarité dans la rue...
 
Et puis, Raffarin vint, avec ses certitudes ridicules de publicitaire en manque de campagne. Le personnage a ce côté grotesque qui peut rendre éventuellement attachant : sa tête de victime, son passé de rocker et de pubeux, ses formules simplistes comme autant de slogans du bon vieux temps, ses bons sentiments affichés et ses réalisations médiocres. Danger de l'image : on ne prend plus au sérieux le spectacle un peu ridicule de nos édiles quand ils assènent leurs profondes vérités en une minute et demie, pas plus, pour éviter au téléspectateur de réfléchir. Atermoiements, reculades, affirmations qui passent le cap du péremptoire pour se retrouver bientôt périmées, tout un discours s'enclenche au gré des saisons, des sondages, des remous de l'opinion publique.  
 
Les hommes politiques ont l'habitude d'annoncer des promesses qu'ils ne tiennent que rarement : la chaleur des caméras leur fait perdre la tête. Il se retrouvent très vite dans la fraîcheur de leurs bureaux. C'est là qu'ils décident ce qu'ils annonceront le lendemain. Ainsi, pris dans la canicule de son service de presse, d'une chaleur estivale et de reproches bien sentis sur l'inconséquence de ses ministres, le très éminent Poitevin se fendit d'une décision spectaculaire : pour lutter contre la fâcheuse impression laissée par 15000 morts âgés, il décida de consacrer un jour de travail aux populations dépendantes, comme on dit.  
Rappel nécessaire à la solidarité ? Sans doute, lorsque l'on songe aux nombreuses familles qui laissent leurs "vieux" à l'abandon lors des grandes vacances. Le moindre urgentiste peut en témoigner : lui se trouve sur le front, encore plus depuis que les gardes médicales ne sont assumées par les médecins libéraux que sur base volontaire, ce qui ne manque pas d'engorger les services d'urgence. Heureusement que la canicule n'est pas encore de mise.
 
Pourtant, l'ambiance est déjà chaude. Beaucoup de salariés protestent contre ce jour "volé". Certains employeurs leur proposent des solutions de substitution, conscients qu'ils ont plus à perdre qu'à gagner dans ces remous. Alors, on culpabilise les râleurs : on leur reproche leur manque de solidarité. C'est vrai ça, pourquoi rouspèteraient-ils ? La France est un grand pays : une société (Total) sort un bénéfice de 9 milliards d'euros, le chômage connaît un ralentissement de croissance (à 10%, tout de même !), un patron incompétent percevra 39 millions d'indemnités pour fêter son départ. Alors de quoi se mêlent ces smicards qui s'énervent pour des riens ? Ils ne savent pas que plusieurs pauvres qui se cotisent valent un riche : et s'ils trouvent leur salaire misérable et leur travail pénible, qu'ils se félicitent de l'honneur qui leur est fait de participer à la solidarité voulue par un grand pays, un grand gouvernement, un grand premier ministre et un grand président.
 
On leur demande de travailler un jour de plus ? Solidarité avec les malades. On les pressure dans leur boulot au nom des aides à l'emploi ? Solidarité avec leurs chefs d'entreprises minés par la mondialisation. On leur propose un reclassement à 110 euros en Roumanie ou à 117 euros à l'île Maurice ? Solidarité avec  les populations déshéritées. On engage des entrepreneurs polonais qui sont leur unique employé ? Solidarité, vous dis-je, avec ces courageux nouveaux entrepreneurs. On les oblige à ne pas chicaner sur la présence d'une décharge polluante, du style résidus d'arsenic ou effluves plombées ? Solidarité avec les ouvriers qui perdraient leur usine au gré d'une délocalisation sauvage. Leur eau sent bon le lisier parsemé avec amour par l'agriculteur souriant dans les plaines de Bretagne ? Solidarité, voyons, avec le courageux paysan qui les inonde de ses bons produits fermiers au supermarché du coin. Leur pouvoir d'achat diminue au jour le jour ? Solidarité avec ceux qui n'en ont plus, de pouvoir d'achat. Les lycéens rebelles à leurs conditions d'enseignement désastreuses se font tancer par de gentils agents ? Solidarité avec les fabricants de matraques, qui criaient famine.
 
La solidarité, on en parle énormément ces temps-ci. A force, j'ai cru que c'était un nouveau poisson ou quelque chose dans ce goût-là. Mais méfions-nous : à force de nous le servir à toutes les sauces, nos vaillants politiciens finiront par nous le rendre indigeste.

18:40 Écrit par Ubu | Lien permanent | Commentaires (10) |  Facebook |

Idée de femme

Lorsque je vois une jolie femme, il me vient des idées : par contre, lorsque je vois une idée...

17:54 Écrit par Ubu | Lien permanent | Commentaires (10) |  Facebook |

01/05/2005

Ni dieu, ni maître, ni croquettes

En fin de compte, c'est peut-être bien la guerre.
 
La guerre contre ceux qui préfèrent la doctrine à la réalité, contre ceux qui se sont tellement amourachés de leurs idéologies qu'ils oublient la réalité, contre ceux qui se prétendent les évangélistes de nouvelles vérités puisque décidément "on nous cache tout, on nous ment, on complote".
 
Une idéologie est une compagne changeante : si elle nous astreint ou prétend nous soumettre, mieux vaut prendre nos distances. Pourtant, là voilà attaquée sur des chicanes, ou discréditée au hasard d'un fantasme, comme si le détracteur se comportait en amant rejeté, et nous revoilà ses défenseurs, chevaliers de coeur vêtus comme l'as de pique.
 
Il m'arrive de douter de la pertinence même de mes idées, lorsque je les partage ou dès que je les ouvre à la discussion : je leur découvre alors le subtil charme de leur mouvement. Mais si l'un ou l'autre prétend m'affirmer ses vérités péremptoires, dont il a forcément toujours les preuves, avec cette force de persuasion du doctrinaire, dont la tâche est facilitée par le simplisme de raisonnement, dont la vérité ne peut épater que par sa partialité partisane, je me sens à nouveau iconoclaste. Et l'envie de projeter ces idoles nouvelles, qui ont le goût suranné des frustrations mal cuites, me reprend, au nom de ma dame de coeur.
 
L'idéologie a la lourdeur d'une pensée abstraite qui, sous prétexte de sa rigueur de construction, se soumet les faits, les penseurs, les quidams. Elle pense résoudre : elle ne nous propose en fait que ses malhonnêtetés, ses errements, ses inconséquences, comme un prisme déformant qui nous piégerait entre ses multiples facettes. Les idéaux sont de beaux rêves, légers et pétillants, qui épanouissent leurs corolles  pour nous permettre de les butiner. Ils nous appellent à la dérision mais ne nous cachent pas la tendresse ou la douleur de la réalité : nos rêves nous font des oeillades innocentes, pas des regards lourds de reproches.
 
Bienvenue chez un idéaliste excentrique.
 
Vous êtes prévenus.  

19:14 Écrit par Ubu | Lien permanent | Commentaires (19) |  Facebook |