07/06/2005

Intégration

Pour une fois, je vais reprendre un commentaire qui n'a pas franchement suscité l'enthousiasme. Une blogueuse demandait que l'on donne la définition de l'intégration. J'ai proposé celle-ci :
 
 S'intégrer, c'est admettre que d'autres systèmes de pensée puissent non seulement exister mais être aussi valables que ses propres convictions. S'intégrer, c'est accepter le contrat civil pour vivre dans une société ouverte, même si ce contrat inclut de renoncer à certaines de ses croyances. S'intégrer, c'est essayer de se trouver une place ici et maintenant sans céder à la tentation de la nostalgie des origines. S'intégrer, c'est aimer ses racines mais ne pas se laisser étouffer par elles. S'intégrer, c'est ne pas se sentir exclusivement d'une communauté mais plutôt envisager une vie au milieu de tous. S'intégrer, c'est exercer sa lucidité vis-à-vis de ses propres convictions et se montrer prêt à condamner ce qui nous y semble inacceptable sans accuser qui que ce soit d'autre. S'intégrer, c'est refuser de voir le monde en noir et blanc.
 
J'ai reçu une réponse assez alambiquée dont il ressort qu'il s'agit, selon ma correspondante, d'intolérance. Et de me sortir que l'application des règles religieuses rendrait les choses moins dégoûtantes  et que le monde civilisé n'était qu'un monde de débauche et immoral puisqu'on ne s'y poserait pas de question. J'ai donc apporté une autre réponse, signifiant, en résumé que je ne voyais pas la nécessité de discuter plus avant sur la déformation de mes propos.
 
J'ai cette patience encore lorsqu'il s'agit de discuter avec un élève, de le convaincre que l'école peut encore être un outil d'épanouissement personnel, de le persuader que disposer de connaissances et d'un sérieux esprit critique n'est en rien la destruction de ses propres repères mais leur construction sur des fondations résolues et non pas arrêtées. Mes élèves savent que je suis agnostique parce que l'honnêteté le recommande : ils m'écrivent des textes où leurs idées s'offrent à ma correction. Et même si je m'essaie à l'objectivité, il m'est difficile de ne pas discuter, de ne pas remettre en cause leurs arguments d'autorité, puisque je ne reconnais pas nécessairement les mêmes autorités, s'il m'arrive d'en reconnaître parfois. Seul maître à bord, y compris en déclenchant mes foudres, j'exige d'eux qu'ils jouent le jeu de l'analyse, de la compréhension , de l'esprit critique, en leur rappelant que leur opinion n'a de valeur et de se discute que si elle se construit. Je ne leur demande pas de comptes sur leur résultat final : ils peuvent me le communiquer s'ils le désirent. Mais ils doivent se construire parce que le psittacisme est un esclavage, parce que le pouvoir et la manipulation sont des moyens de pression trop répandus, parce que se connaître permet de se garantir une véritable liberté de penser.
 
J'ignore si j'ai vraiment raison, si je ne crée pas une certaine instabilité chez certains de mes élèves, que j'aurais moi-même mal supportée à l'adolescence. Comme d'habitude, je pose plus de questions que je ne donne de réponse. C'est ma manière à moi d'avancer, le rôle que je m'assigne.
 
J'apprécie mon métier.
 

20:23 Écrit par Ubu | Lien permanent | Commentaires (13) |  Facebook |

Commentaires

l'intégration... Je déteste ce mot...


- salut !
- ...
- yo ! j'ai dit : salut...
Là tu vois un groupe de personnes qui te regarde comme si tu étais , et peut etre au fond, venu de la lune... quelqu'un qui te salue alors qu'il ne connait personne. Le bon ptit gars qui vient de sa province ! Et les regards qui détaillent... de bas en haut...
Au choix : tu plais et tout le monde t'envieras (sans jamais te l'avouer) ton audace !
tu ne plais pas et les tetes se détournent avec une moue dans le genre : tu vois pas que tu déranges : t'es qui toi ?

L'intégration c'st un savoir faire qui ne peut se jouer seul.

bonne soirée Ubu

Écrit par : imagine | 07/06/2005

Le loup et le chien. Cher Ubu,
Ta définition de l’intégration est parfaite... mais les gens ne doivent pas être obligés de s’intégrer dans le moule de la «normalité» de la Belgique.
Si certains veulent vivre en marge, pratiquer des religions aux rites incompatibles avec notre manière de vivre, c’est leur droit, mais ils doivent alors en assurer toutes les conséquences.
Je le disais à une dame en la comparant au loup de la fable «Le loup et le chien».
Si on choisit de vivre comme le loup, on ne doit pas exiger de pouvoir bénéficier de la gamelle du chien.
Vivre sa religion, par exemple, ne permet pas de pratiquer la polygamie, les mariages forcés ou les crimes d’honneur CHEZ NOUS.
Si on choisit cette manière de vivre, il faut aller ailleurs et ce n’est certainement pas à nous à nous adapter.
J’espère ne pas avoir été trop brutal dans mes paroles... GRMPF!
Amitiés.

Écrit par : Armand | 07/06/2005

Imagine et Armand ont raison (c'est pour faire bref ;-)
Mais à te lire cher Ubu, j'ai une folle envie que mes enfants aient un professeur comme toi, de ta "trampe", là au moins, ils avanceraient...
Ne change rien, c'est tellement rare qq1 qui aime son métier, et dans l'enseignement encore plus... (opinion toute perso)
Bonne nuit...

Écrit par : Fléa... | 08/06/2005

Nouveau Cher Ubu,
Comme je ne crois pas que tu viennes souvent chez moi (aucun contrôle), je t'apprends que j'ai donné l'adresse à quelqu'un que nous apprécions tous deux...
Amitiés.

Écrit par : Armand | 08/06/2005

ce qui m'a fait réfléchir c'est cette phrase : renoncer à certaines de ses croyances. C'est bizarre, j'aurais plutôt mis : renoncers à certaines pratiques ...

Écrit par : Nola | 08/06/2005

à Armand Pas trop d'accord quand tu dis "qu'on peut pratiquer des religions aux rites incompatibles avec notre manière de vivre". Il y a des rites religieux qui sont simplement incompatibles avec les droits humains et doivent être combattus. Qui plus est, que penser de la transmission de ces rites des parents vers des enfants souvent incapables de distinguer la pertinence de l'iniquité de ces rites.
Amitiés
A Ubu, d'accord avec vous, maître, je vous envoie Matteo dès qu'il est en âge (et non pas en nage)

Écrit par : Serge | 08/06/2005

Carrabinier d'Offenbach J'arrive quand d'autres ont déjà écrit ce que je pensais, sur la beauté et la justesse de ta définition, sur la véracité du fait qu'il faut aussi que les autochtones soient ouvert à celui qui veut s'intégrer...
Pas mieux, je laisse la main.

Écrit par : La Fée Carambole | 08/06/2005

intégration je n'aime pas ce mot mais ta définition me semble acceptable.

Écrit par : Tony | 08/06/2005

Que du beau monde ! ;)) Chère Imagine,
Je comprends ce que tu veux dire mais je pense que l'essentiel est la communication : pour la déclencher, il faut faire un sérieux effort sur soi, surtout lorsqu'on est confronté à un groupe : l'intégration n'est qu'un moyen, pas un but final. En plus, la situation que tu décris est celle du prof lors de sa première heure de cours. ;) Si le "message" passe, c'est gagné : après les retours à notre réalité glissent sans problème. Et puis, on peut toujours jouer de l'effet de surprise : ça déstabilise toujours...

Cher Armand,
Les mariages forcés existent bel et bien : il y a un siècle, on les nommait chez nous "mariages de raison". Mais la pression n'est pas à proprement parler physique : elle est devenue psychologique, un chantage aux racines... Quant aux droits de pratiquer, pas d'accord : les droits parentaux ne sont pas strictement individuels... et il leur arrive de rentrer en conflit avec le droit à l'éducation, si pas pire.
Je n'arrive plus à accéder au grorigolo : aurais-je fait une mauvaise manoeuvre ? Cela ne serait pas étonnant ! Heureusement que je ne suis pas chimiste : je tripoterais mes pauvres éprouvettes et l'école aurait déjà sauté à plusieurs reprises ;)))

Chère Fléa,
Je rougis ;))) Et puis, on avance aussi grâce aux obstacles que l'on franchit...

CHer Nola,
Tu as raison : j'ai peut-être été un peu loin. Sans doute parce que je considère que les croyances se résument, pour beaucoup, à des pratiques plutôt qu'à une réelle manière de penser. Ta remarque est très intéressante. Au fond, ce sont les pratiques qui font obstacle, pas les croyances... Je vais y réfléchir... ;) Bonjour à ta petite fille.

Cher Serge,
C'est tout à fait celà : le problème de la confiance. C'est d'autant plus délicat que l'on demande aux adolescents de s'adapter au monde adulte, d'abord, et à une société qui ne correspond pas aux récits de leurs parents ensuite. Situation particulièrement complexe à gérer, surtout à un âge où il est si difficile de prendre des distances avec soi-même.

Chère Fée,
En fait, il faudrait réinventer l'hospitalité : le respect mutuel des hôtes. Et lutter contre les préjugés dans les deux sens : l'identification des "allochtones" à leur caricature est un étrange sport où les antagonistes semblent se rejoindre sur un résultat plus que contestable. Il faudrait surtout lutter contre les ghettos : même phénomène de rencontre des deux tendances, l'autre nom du communautarisme mal compris, cette exclusion que revendiquent aussi certains exclus. Il y a du boulot :)

Cher Tony,
L'intégration n'est ni l'assimilation ni le communautarisme : à tout prendre, je préfèrerais le brassage ou le métissage. Au fond, c'est joli, le mélange des genres parfois, non ? ;))

A bientôt.

Écrit par : Ubu | 08/06/2005

Désolé! Cher Ubu,
Je suis désolé, mais un incident indépendant de notre volonté...
J'ai donc répondu chez moi (si cela t'intéresse) et essaierai de faire un copier/coller si la panne ne se prolonge pas toute la soirée...
Les commentaires de mes lecteurs valent davantage que mes petits posts: ça, c'est le respect envers la clientèle que devraient apprendre les TEC et autres, parfois !
Amitiés.

Écrit par : Armand | 08/06/2005

intégration idem je déteste aussi ce mot qui d'ailleurs s 'associe à assimilation.
l'intégration est simplement le fait de pouvoir vivre en harmonie avec et dans des cultures différentes. Pour ce qui concerne l'objectivité, elle n'existe pas vraiment selon moi, sinon peut-être dans la plus grande conscience de notre subjectivité...

Écrit par : mik | 09/06/2005

oui, Ubu :-)

Écrit par : Tony | 09/06/2005

Distrait dans mes réponses ;) CHer Armand,
C'est une question de déontologie ;)))

Cher Mik,
Comme je le dis dans un commentaire précédent, l'intégration n'est qu'un vecteur, une possibilité de se risquer pour voir ce qui se passe hors des espaces clos : au fond, il s'agit de ne pas se laisser étouffer par ses racines, ou de ne pas se laisser écraser par les racines de l'autre. L'intégration permet la tolérance, le communautarisme pas : et je ne parle même pas du fanatisme. Avec l'intégration, on peut apprendre à relativiser : mais je n'ai jamais dit qu'elle se suffisait à elle-même : elle juste indispensable pour pouvoir réviser nos jugements... ;)

Cher Tony,
Non, peut-être ? ;)))

A bientôt.

Écrit par : Ubu | 12/06/2005

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