14/06/2005

Blackboard jungle

Du rififi à l'Athénée royal Madeleine Jacquemotte ? Serait-ce la chronique d'une mort annoncée ou le beaucoup plus simple aboutissement d'une somme d'incompétences ?
 
Il y a quelques années, cet athénée passe de 500 à 800 élèves : une sorte de miracle scolaire. Mais les élèves sont volatiles dans l'air poussiéreux des classes : ils s'évanouissent très vite parce que leur présence n'est pas indispensable au bon fonctionnement de cette "école-poubelle", que l'on croirait créée pour rameuter les exclus de tous les athénées bruxellois. Il y aura même un projet d'école des "caïds" , qui aura pour principal résultat la fermeture de la section primaire. Plus viable, l'école primaire ? C'est à voir.
 
Elections communautaires : Pierre Hazette cède la place à Marie Arena. Et les choses changent. Le Préfet de l'athénée et son proviseur sont mis en cause pour leur gestion de l'école, mais en respectant si peu les formes que le cabinet ministériel abadonne bientôt toute poursuite disciplinaire : les enseignants mis en cause acceptent un heureuse villégiature, loin d'Ixelles. Plusieurs professeurs, agressés, sont recasés dans d'autres établissements où ils sont parfois mal accueillis. Et une nouvelle équipe, plus fournie, teintée syndicalement et politiquement, monte au créneau : un nouveau Préfet des Etudes, deux proviseurs et treize éducateurs pour 650 élèves environ et 70 membres du corps enseignants. Au fil des procédures d'exclusion, parfois mouvementées, et des abandons d'une population scolaire instable, le comptage révèle 450 élèves au mois de janvier, sans doute 250 survivants en juin. Une vrai réussite. de l'enseignement de la Communauté française...
 
Seulement voilà, la ministre a promis. Beaucoup. Elle avait promis le maintien de l'encadrement en des temps plus agités : les promesses n'engagent que ceux qui les entendent. De plus, une majorité des enseignants de Jacquemotte sont article 20 : ils fonctionnent en dérogation du statut des enseignants parce qu'ils ne disposent pas des titres requis. En résumé, il s'agit d'un type de contrat particulièrement précaire, soumis à toutes les possibilités de désignation, selon la bonne (ou mauvaise ?) volonté du cabinet, puisque le cabinet désigne les enseignants temporaires ou article 20, ou de la direction d'école, puisque celle-ci émet ses demandes en cours d'années et est supposée respecter les statuts. Finalement, ce sont plus d'une vingtaine de ces enseignants, certains sans diplômes, d'autres pourvus du titre d'ingénieur ou de docteur en quelque chose qui ne convient pas, qui se retrouveront livrés à l'arbitraire des désignations en septembre prochain, victimes d'un système organisé dont ils auront peu profité, en fait. Il est étonnant de remarquer qu'en cette circonstance, la pénurie redevient une réalité alors qu'il y a une semaine seulement, elle était devenue obsolète face au défi d'engager 700 enseignants du fondamental... Le miracle des permanences sociales instaurées par le cabinet Arena ?
 
La ministre avait également promis des moyens financiers pour rénover l'école : ils se sont montés à 17.000 euros pour les bâtiments et la bibliothèque. Je ne commettrai pas l'indélicatesse de comparer ces montants et les travaux programmés dans le bâtiment du ministère : il ne s'agit manifestement pas des mêmes budgets. Et puis, Madeleine Jacquemotte est tout de même moins connue que Surlet de Chokier, non ?
 
Il est vraisemblable que Jacquemotte fermera un jour, épuisée par les épisodes d'une aventure tragi-comique : tragique pour les enseignants piégés par des discours, pour les élèves leurrés par une école qui ne parvient plus à harmoniser ses discours engageants  - ah, le contrat pour l'école - et ses réalités crépusculaires ; comique dans les bouffoneries des édiles impliqués dans la disparition probable d'une école, qui miment l'intérêt au gré de discours pompeux vite clos sur leur propre insuffisance.
 
Les cabinets successifs ont créé le système de l'école "poubelle" dont Jacquemotte n'est qu'un exemple. Une question se pose, au moment où l'histoire semble se terminer : quelle sera la prochaine école à s'attirer l'attention des médias et du cabinet dans la rubrique des faits divers ?
 

15:39 Écrit par Ubu | Lien permanent | Commentaires (19) |  Facebook |

Commentaires

Voirie, pédagogie même combat ... Ils nous susurrent social et vissent des cameras aux coins des rues.
Dormez en paix …pauvres gens …

Écrit par : jlc | 14/06/2005

Contenu des poubelles... Cher Ubu,
J’ai lu ton post avec attention et je te préfère dans des matières que tu connais...
J'ai une question, bien plus importante que la survie ou non de cette école...
Une poubelle contient des détritus: c'est à cela qu'elle sert d'ailleurs.
Dans le cas qui nous occupe, il y a des déchets triés (profs avec ou sans diplômes, élèves qui vont en classe ou qui n'y vont pas).
Que va-t-on faire avec tout ça? Va-t-on incinérer ou mettre en décharge?
D’après ce que je lis et connaissant les politiciens et fonctionnaires belges, j’ai bien peur qu’on ne laisse fermenter pour voir si c’est biodégradable... En d’autres mots: je crains qu’on ne laisse pourrir le problème.
On m'a toujours dit que s'il y a une pomme pourrie dans un panier... Que se passera-t-il quand on répartira les pommes pourries dans d’autres écoles?
Il est des fois où je regrette de ne pas avoir tes visions idéalistes de problèmes qui ne peuvent que s’aggraver...

Écrit par : Armand | 14/06/2005

Bonne soirée ! ;) Cher JLC,
A quand une émission de télé-réalité dans une "école-poubelle" ? Chiche qu'on y place quelques politiciens géniaux et quelques pédagogues en chambre !!! Pour une fois, je regarderais...

Cher Armand,
Je suis doué d'ubiquité : toute matière est ma maison ! ;))) 400 élèves ont déjà disparu : je suppose qu'au mieux ils ont été redirigés vers la formation à l'emploi. Certains d'entre eux sont certainement plus que paumés : on n'a pas trouvé de solution pour eux. D'autres avaient anticipé le mouvement et s'étaient inscrits ailleurs déjà en septembre passé : ils sont de bonne volonté mais décrochent pour la plupart, faute de structuration... Les élèves violents doivent être inscrits dans un autre établissement s'ils sont mineurs : c'est le ministère qui décide ! D'ailleurs, dans le projet de loi sur les professions exposées aux agressions et sur les mesures de soutien à apporter (y compris le dépôt de plainte par la hiérarchie !), on a oublié les enseignants : merci Madame Arena ! Grmf !
Il est plus que vraisemblable qu'on concentrera à nouveau le problème dans un autre établissement, de préférence en baisse d'inscriptions... Jusqu'au prochain scandale...

A bientôt.

Écrit par : Ubu | 14/06/2005

Solution? Cher Ubu,
Des jeunes délinquants sont régulièrement envoyés en stages de montagne, voile ou autres vacances à l'étranger.
Pour les universités, on a inventé des échanges d'étudiants transfrontaliers (Erasme).
Combiner les deux choses entre les élèves problématiques belges et des malheureux de pays vraiment dépourvus de tout (Mauritanie, Madagascar) résoudrait le problème... tout en rendant service au Tiers Monde.
Les jeunes Mauritaniens et Malgaches, motivés et heureux d’apprendre dans de vraies écoles donneraient tout ce qu’ils peuvent donner pour devenir des «intellectuels» dignes de respect et les jeunes bandits apprendraient ce qu’est la discipline, loin de leurs mauvais copains...
Pour éviter les récidives, il suffirait de menacer les petites frappes d’un doctorat pour compléter leurs études de civilisation.
Une vraie justice serait rendue à peu de frais.
Tu vois qu’il m’arrive aussi de me mettre à rêver d’un monde plus juste...
Amitiés.

Écrit par : Armand | 14/06/2005

les cabinets ont créé l'école poubelle Henri en rit encore...
tant que l'on mélangera avenir d'un pays et création de voteurs pour le parti de la démocratie universelle on se trompera de route...

ne pas abandonner, ne pas leur laisser le sentiment de victoire croire toujours à demain

allons bon, corrige les dernières copies, reste toi-même, nous sommes près de sept milliards... il ya tout de même bien trois individus dans le lot qui en valent la peine...
et à trois
on refait le monde
...

Écrit par : xian | 15/06/2005

je me fais l'écho de jlc et je crains que la solution à ces nombreux problèmes soit une denrée rare: l'intelligence, la rigueur et la sincérité.

Écrit par : fun | 15/06/2005

Tony was here bonsoir, Ubu

Écrit par : Scot-Free | 16/06/2005

Bonjour, sous le soleil qui m'appelle de ses petits rayons ! Cher Armand,
Je serais d'accord avec ta solution si la réinsertion ne marchait jamais : or, elle fonctionne parfois et offre sans doute un taux de récidive moindre que les politiques plus répressives. Quand un adolescent estime n'avoir plus rien à perdre, il est capable du pire... Sinon, je retiens quand même ta solution ;)))

Cher Xian,
Pas d'erreur : le système avait été installé sous Onkelinkx, qui poursuivait l'acttion de Di Rupo mais poursuivi par Hazette et l'ex-préfet de Jacquemotte était MR ! Sacrée salade folle ! ;) Personnellemnt, je leur mets un zéro pointé à tous ! ;)

CHère Fun,
En fait, tu rappelles les impératifs de la prise de responsabilité : jolie définition de la déontologie. Un de ces jours, on rencontrera des directions d'école qui ne soient pas obsédées par les chiffres... Un jour peut-être...

Cher Tony,
Je suis là aussi : ça tombe bien, non ? ;)

A bientôt.

Écrit par : Ubu | 18/06/2005

Récidivistes. Cher Ubu,
Je te l'ai aussi dit sur l'autre blog, la réinsertion marche très rarement. Pourquoi mettre des gants avec les (multi)récidivistes: la dissuasion marche plus souvent que tu ne crois...
Offrir des cadeaux à des bandes de crapules pour ne plus être attaqué (rappelle-toi des tickets offerts lors d'agressions de chauffeurs des TEC) n'est pas de l'éducation. Cela s'apparente avec ce qui se passe avec la Maffia et les populations locales dans le sud de l'Italie...
Je ne parle pas de tags ou autres incivilités, mais de tournantes de viols, attaques en bandes organisées et incendies divers... Ne me fait pas dire ce que je n'ai pas dit!
Notre divergence de vue porte sur le seuil à partir duquel il faut sévir énergiquement. Pour moi, les "black demolition" ne sont pas des gamins turbulents mais des assassins et des violeurs et ils doivent être traités comme tels.
Amitiés.

Écrit par : Armand | 18/06/2005

... Maman de jeunes ados, l'enseignement me fait peur...
Vieille chieuse qui pense à sa pension, quand je vois les étudiants sortir de leurs écoles, je me dis qu'il vaudrait mieux augmenter mon épargne pension...
Et en plus tu y travailles??
Ma meilleur amie est enseignante dans un Cefa... On essaie parfois certains soirs de déchiffrer leur interro... On rigole... mais souvent jaune!!
Dernièrement à mon travail, qq1 cherchait un salon de toilettage pour chien, je réponds; "ah mais attends, je connais un super salon canin"... Réponse; "non, j'en cherche un pour des chiens... Pffffff

Écrit par : Fléa... | 21/06/2005

Maître Ubu ... ce vendredi réunion ésothérique dans mon acien appart ... be welcome ... plus d'informations sur mon journal ;-)

Écrit par : Mateusz | 22/06/2005

Changement d'adresse Cher Ubu,
J'ai quitté le grand blog.
Tu me trouveras désormais à:
http://annarmand.blogspot.com/
Amitiés

Écrit par : Armand | 22/06/2005

knock knock knock ya kékun là- d'dans?

Écrit par : fun | 23/06/2005

Bonsoir à tous ;) Désolé mais je suis débordé ces temps-ci : je serai sans doute à nouveau opérationnel la semaine prochaine, dès que la folie de la fin d'année se sera calmée. Soyez sages d'ici là ;)))

A bientôt.

Écrit par : Ubu | 23/06/2005

on rigole ou quoi ... plus de devoirs plus d'leçons des ministres en haut en couleurs, des écoles vivantes, bruyantes, que l'on force à passer par un temps mort de deux mois et tu parles de fin d'année...
fin d'année, en plein milieu ?
c'est bien un langage ubuesque, cela !

Écrit par : xian | 24/06/2005

Tony was here bonjour en passant.
Alors, l'année scolaire se termine bien, j'espère...

Écrit par : Tony | 26/06/2005

Bonsoir : ça finit par se décanter ! ;)) Cher Armand,
J'entends bien ton raisonnement et j'en reconnais la pertinence : il me semble pourtant partiel. Lorsqu'on évoque la délinquance juvénile - celle qui nous effraie le plus, paradoxalement plus encore que le crime organisé, qui en est pourtant la source - on oublie souvent qu'elle s'institue comme modèle et sévit dans des quartiers (la "zone" eût déjà dit Apollinaire) où le modèle de vie "normal" n'est pas respecté : combien de ces jeunes délinquants vivent dans des conditions sociales lamentables ? Beaucoup de villes ont donné un surnom à leurs cités sociales, entre "L'Enfer" et "Chicago". Les jeunes gens qui y vivent le savent et vont tout faire pour ressembler à l'image que l'on donne d'eux. De plus, le premier qui s'intéressera à eux gagnera leur confiance : rien de plus facile pour monter un réseau ou une bande quelconque... En fait, je me dis ceci : toujours s'attaquer aux "symptômes" ne permet pas de changer des mentalités ancrées. D'accord pour l'action énergique - pas le nettoyage sous contrôle médiatique du nain Sarkozy, le Fouché d'occasion qui se prend pour Naboléon - mais que celle-ci s'accompagne d'un travail social de terrain qui ne soit pas réservé aux perspectives électorales ou à la remontée des sondages. Au fond, le problème, c'est qu'une population se sent exclue et n'a plus la logique de fonctionnement de la société : on ne réforme pas par la crainte, qui n'est qu'un outil parmi d'autres, mais surtout pour la dignité...
Sinon, je suis déjà passé sur ton nouveau blog ;))

Chère Fléa,
L'enseignement ne m'effraie pas : c'est l'orientation qu'on lui donne parfois qui m'exaspère. L'exigence marche très bien, si elle s'accompagne d'humanité : les profs et leurs pouvoirs organisateurs ne doivent ni présupposer du courage de leurs élèves (chacun est un fainéant qui se connaît) ni les considèrer comme des robots apprenants ou des unités rentables (travers des directions !) Puisque tu évoques les Cefa, ils représentent souvent une dernière chance pour des élèves en décrochage, une manière de sanctionner la scolarité obligatoire jusqu'à 18 ans, dont le principe était logique mais qui était vouée à l'échec faute de moyens et de politique réels. Quant aux fautes de français, elles sont tellement fréquentes, y compris chez les professionnels de la communication, que j'ai presque envie de porter un bic rouge en amulette ;)))

Cher Mateusz,
J'ai bien vu le message mais je n'étais pas disponible, de toutes façons. Désolé de cette réponse tardive. J'espère que vous vous êtes bien amusés.;)

Chère Fun,
Oui, yakékun mais toujours entre deux portes : c'est mieux, vu la chaleur qui règne à Bruxelles ;))

Cher Xian,
La fin d'année est une notion toute relative : certains de mes élèves ne pourront y penser que le 5 septembre ;)

Cher Tony,
J'ai cru comprendre que tu avais terminé l'Académie, avec fruit je suppose ;) J'espère te revoir bientôt. :)

A bientôt.


Écrit par : Ubu | 26/06/2005

Ah ! Blackboard Jungle Comment le chante Bashung "T'étais pas né !" mais quand même, c'est ce film qui involontairement a popularisé le rock'n'roll dans le monde entier (demandez à Paul Mc Cartney ou Eddy Mitchell quelle fut leur réaction à la sortie de la salle de cinéma). Ceci dit, votre site me touche beaucoup et pas seulement parce vous êtes un expert dans l'utilisation de la pompe à merdre du roi Ubu.

Écrit par : Brice | 02/07/2005

Cher Brice, Merci de votre passage ! ;) Mes phynances ne me permettent pas autre chose et le decervelage est une lutte sans fin :))
A bientôt

Écrit par : Ubu | 04/07/2005

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