09/08/2005

Ici et maintenant

La parité est obtenue au moins dans un domaine : les femmes représentent la moitié des logés en extrême urgence à Bruxelles, selon un article de La Libre Belgique. Une augmentation flagrante, tout comme le lot des familles monoparentales qui cherchent un logement à un prix abordable.
 
La Belgique est un pays riche : nombre de Belges sont propriétaires (environ les deux tiers, si je me souviens bien). Mais les aléas de la vie sont parfois tels que la rue est vraiment sur le pas de porte. Depuis des années, on nous bassinne avec des projets de réquisition d'immeubles abandonnés, des projets de logements sociaux. Depuis des années, la pauvreté extrême nous accompagne : le château de la Solitude, les squats incendiés, les SDf au hasard du centre-ville. Depuis des années, on ne peut pas vraiment dire que rien ne change : en fait, j'ai l'impression que cela empire.
 
En 1949, l'abbé Pierre entamait son combat contre la pénurie de logements : plus d'un demi-siècle plus tard, on se rend compte que la bataille contre la misère est loin d'être finie. Pourtant, la France de l'époque subissait le contrecoup des dévastations de la guerre : il pouvait sembler normal que certains n'aient plus de logement. Quelle guerre, actuellement, pourrait justifier l'extrême précarité des sans-logis ? La compétitivité ? L'aboulie politique ? Il y a tant de contemplatifs de nos jours : c'est étrange que lorsqu'un religieux montre, pour une fois,  l'urgence, on ne l'écoute que par crises, alors qu'il dénonce un problème permanent.
 
L'Etat donne des leçons : il prétend aux équilibres budgétaires, au bien-être du pays. A quel prix ? Les propriétaires multiplient les clauses abusives ou jouent de la spéculation immobilière. A quel prix ? Au prix de familles jetées à la rue, auquel l'Etat-Providence arrive à peine à offrir le minimum de dignité : un toit.
 
Dis, l'abbé, je te promets que si tu viens pousser ta gueulante en Belgique, je suis prêt à pousser le cantique avec toi. Viens un peu leur rappeler que la pauvreté n'est pas une nature, qu'elle ne devrait même pas être un état passager.
 

09:26 Écrit par Ubu | Lien permanent | Commentaires (11) |  Facebook |

Commentaires

Cantique des cantiques... Sans les pauvres, que seraient les riches...Triste constatation...triste habitude...Non la pauvreté n'est pas une fatalité, n'est pas non plus normal sous-prétexte que celle-ci a toujours existée...On a trop souvent tendance à le croire dans notre petit pays...
J'ai vu l'autre jour l'abbé fêter son annif à la Tv...Quel Monsieur!!!....Son credo; "L'emploi, l'emploi, l'emploi"....Décidemment, il voit encore juste le bonhomme!!!

Écrit par : Seb | 09/08/2005

Cher Seb, Je crois qu'il a envie parfois de se reposer : mais l'actualité le pousse à sortir de sa retraite. Ce qui est sidérant, c'est de voir que l'on nous parle en termes doctes de croissance, d'Etat-Providence (auquel il faut d'ailleurs mettre fin, nous dit-on) tandis qu'en même temps de telles statistiques prouvent que la précarité est toujours d'actualité et que l'on se décharge sur des organisations caritatives de cette misère, comme si on voulait toujours la planquer.
A bientôt.

Écrit par : Ubu | 09/08/2005

... J'ai longtemps travaillé pour la fédération européenne des associations pour sans-abri. C'est un problème qui ne cesse de s'agraver dans nos pays "riches". Il touche même (et de plus en plus) les pays scandinaves pourtant présentés comme des exemples d'Etats providence (ce qui est de moins en moins le cas, pour diverses raison liées évidemment à une tendance libérale, mais également à une intransigeance de plus en plus marquée par rapport à ceux qui ne réussissent pas ou ceux qui sont différents (handicapés, étrangers...)). Je me demande vraiment dans quel monde de pourris est né Matteo... Comme Seb le dit, nous avons tous les moyens pour enrayer la pauvreté qui n'est pas une fatalité (même si dans les sans-abri, il y en a des "professionnels") mais la vague de droite tsunamienne, cachée parfois derrière des airs d'ouverture d'esprit peu sincères - le libéralisme social ou l'hypocrisie de certains "dieux", nous emportera tous (sauf si nous résistons comme leur propagande, si tu vois ce que je veux dire :))

Écrit par : aldagor | 09/08/2005

Cher Serge, Du libéralisme social au socialisme libéral : de Villepin à Blair, voire à ce socialiste français qui vient de proposer une communication dans ce sens ? En fait, tous deux sont adeptes de la croissance au détriment de la réalité quotidienne de leurs citoyens. Le danger réside surtout dans cette coupure du politique avec la réalité du terrain. Deux modes de communication privilégiés : les médias et les permanences. Les uns favorisent l'effet d'annonce, les autres engendrent le clientélisme, qui est loin d'être réservé à un parti et à notre pays. Personnellement, je ne défends pas de système politique en soi : je juge simplement qu'il n'est pas tolérable d'avoir à la fois une bourse à la hausse en même temps que la précarité. Si des solutions existent, elles sont du ressort des politiques, fût-ce en contraignant les propriétaires des chancres urbains, y compris les entreprises d'Etat, à la réhabilitation de leurs bâtiments. Situation d'urgence oblige. Enfin, on vient enfin de lancer un programme de logements sociaux à Bruxelles : il était temps. Si je me souviens bien, seuls 4% du parc locatif bruxellois est consacré à des logements sociaux. La malédiction éternelle de Bruxelles...
PS : Je ne suis pas tout à fait convaincu par ta dernière remarque. Ne te laisse pas trop emporter par ta fougue. Je t'aime bien aussi quand tu es serein ;))
Amicalement

Écrit par : Ubu | 09/08/2005

SPF je suis une Sans Pallace Fixe

Écrit par : zelda | 09/08/2005

au palmarès des préférés des français l'abbé pierre a été détrôné l'année passée (ou est-ce il y a 2 ans?) par Zidane...ça fait un peu peur

Écrit par : fun | 09/08/2005

curieux, j'ai lu ça hier. http://www.lalibre.be/article.phtml?id=11&subid=118&art_id=230197.

Écrit par : Dr.E.Piqure | 09/08/2005

SPF s'est plantée d'adwesse passqu'en awab on pwononss pas les R.

Écrit par : E.Piqure | 09/08/2005

Argent, toujours... Cher Ubu,
Je pense que l' Etat-Providence est bien là, mais que les "subsides" sont mal répartis.
- Politiciens et leurs cabinets (si tu comptes les trois niveaux de pouvoir et les communautés, je crois que le budget dépasse celui de l'Allemagne).
- Princes, Famille Royale et cultes (en France, tous se débrouillent tres bien sans dotations). ;) ;)
- Gaspillages non sanctionnés.
- Magouilles non punies...
Et je ne t'ai pas parlé du luxe de nos ambassades à l'étranger, des subsides à des associations qui n'ont de culturel que le nom...
Si, ne fut-ce que la moitié de cet argent était distribué aux plus pauvres...
Enfin, petite précision: le pourcentage de propriétaires de leur habitation n'est pas un "signe de richesse" en lui-même. Il existe des bidonvilles où les miséreux sont propriétaires de leur tas de tôles...
Bien entendu, dans l'ensemble, nous pensons à peu près la même chose: il est scandaleux que certains se fassent conduire au restaurant par des chauffeurs en livrée alors que d'autres n'ont pas de quoi se payer le tram.
Je vieillis mal: la mauvaise conscience sans doute...
Amitiés.

Écrit par : Armand | 09/08/2005

Hello Salut l'ami, je m'absente quelques jours, et ton blog fourmille à nouveau de commentaires, y compris de petits nouveaux comme E. Piqure ou Seb. Je lirai tout ça dans le détail dès mon retour à Bruxelles, et bien sûr je te salue en attendant. As-tu entendu que le fusée avait bien atterri ?

Écrit par : Paul | 09/08/2005

Merci de votre passage ;) Chère Zelda,
Je vous présente E. Piqure : vous avez la même adresse ;) Sinon, il y a des curés qui vieillissent mal aussi : Guy Gilbert n'est pas pire que Ratzinger pour autant. Le premier peut nous décevoir, tandis que le second...

Chère Fun,
On préfère toujours le divertissement à la mauvaise conscience. Et puis, on dit que Zidane subit des apparitions, non ? ;) Tandis que l'abbé Pierre nous parle de la réalité...

Cher Armand,
Il est vrai que lorsqu'on parle d'économies budgétaires en Belgique, on n'imagine jamais la suppression des cabinets supeflus (pléonasme) : la faune des cabinets serait bien la seule espèce qui ne soit pas en voie de disparition tout en étant protégée. Le pire est sans doute qu'elle n'est même pas élue, elle... Pour la famille royale, je ne suis pas certain que l'Elysée ne jouisse d'aucune dotation : le Canard vient de sortir un dossier sur les logements de la République (suite à l'affaire Gaymard, à la non-affaire Coppé, au châteeau de Chirac à Bity, etc.) Quant aux gaspillages, on voit même, en France toujours, un sénateur (UMP) s'insurger contre les subventions apportées aux communes qui préfèreraient leur régie municipale aux prestataires de services : alors qu'une expertise a évaluée le coût de l'eau des régies 70% moins cher que celui des Vivendi et consorts. Tout cela dans le pays qui parle d'économies budgétaires : au fait, au profit de qui, ces économies ?

CHer Paul,
Nous nous croiserons encore puisque je repars demain en villégiature ;) J'espère que ta virée dans le Sud-Ouest se passe toujours bien ;)

A bientôt.

Écrit par : Ubu | 10/08/2005

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