28/08/2005

La chanteuse

La batterie entame le morceau sur un tempo lent, bientôt rejointe par la basse. Les accords de Fever s’accrochent au mur de la boîte : ils poissent les verres huileux de rouge à lèvre, ricochent sur les murs blancs, s’attardent  sur les ivrognes attablés. Enfin, elle apparaît : ses mains se frottent l’une contre l’autre, se nouent, s’écartent. Elles battent, comme des papillons affolés, froissent l’air : les doigts se tendent, fragiles et douloureux., pressent le visage, en froissent les pommettes. Elles se reposent sur les hanches pour remonter le fourreau noir et s’écarter à nouveau du corps qui vibre de tout le rythme de la chanson. Les notes des musiciens s’accrochent dans l’air et rejoignent les ongles délicats qui dessinent un corps, des cœurs, des corps à corps. Les mains se figent sur les dernières notes, signent les dernières paroles : la chanteuse adresse un léger signe de la main, qui s’estompe comme un rêve au cours d’une nuit qui s’efface.


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26/08/2005

Chronique de la bêtise ordinaire

                Il y a quelques années, Charles Bukowski nous plongeait dans la folie ordinaire : ses récits d’or brut parlaient de déchéance, d’obsession, de croupissement. C’était bien longtemps avant notre époque de prétendues certitudes, quand contester l’ordre n’équivalait pas nécessairement à y déceler un complot,  à suivre des slogans simplistes ou à apprendre de nouvelles cadences pour passer du pas de l’oie à celui du canard. Comme je n’ai pas l’âge de mes artères, je vais me permettre mon petit quart d’heure de folie  - à défaut de cardeur de matelas, encore un métier disparu – et me plonger, moi qui ai les qualités natatoires d’un opposant argentin qui n’a pas compris qu’il fallait choisir entre le plongeon sans parachute au départ d'un hélicoptère militaire et la qualification pour la Coupe du Monde de baballe au pied en 1978, je vais me plonger, entrepris-je avant de m’interrompre, dans la bêtise toute quotidienne.

 

Je pourrais gloser sur les malheureux candidats de tel ou tel jeu télévisé, assouplis sous la férule d’une Cruella qui n’aurait pas trouvé de dalmatien à sa taille, forcés à se délecter de trois asticots arrosés de jus de mygale fraîche au milieu des écrans de pub de l’ami Ricoré ou placés devant l’horrible tentation d’une paire de miches bien placées qui donne envie de larguer sa planche à pain préférée et de se préparer les mouillettes avec anxiété. A de rares exceptions, ces jeux accordent leur insignifiance à tel point qu’on leur en voudrait presque de couper les écrans publicitaires. Je remarque simplement que l’humiliation, l’espionnage, la violation de la vie privée ou le culte de l’initiation, procédés des régimes totalitaires, sont devenus des spectacles où le plaisir du spectateur réside dans ce sentiment de supériorité éphémère qu’il éprouve enfin vis-à-vis de son semblable : la politique voudrait nous imposer ses méthodes, la télévision nous les vend. Je ne vois donc qu’une solution radicale pour que les politiciens nous persuadent enfin de leur nécessité publicitaire : lors des débats politiques, envoi de sms massif en vue d’éliminer le candidat emmerdeur et suppression d’icelui dans une apothéose tandis que le survivant récolterait le fauteuil bien mérité où il pourrait s’asseoir sur ses suffrages. Mais j’ai dit que je n’en parlerais pas : on ne sait jamais, si un responsable de chaîne venait à passer…

 

La bêtise est comme la jolie fille qui passe : toujours chez le voisin, jamais chez soi. Nous la tutoyons parfois avec cette familiarité qu’autorise la connivence mais en oubliant d’y chercher notre reflet même. Et nous assurons nos affirmations d’une foule de postulats, de doctrines, de convictions qui nous tiennent lieu de forteresse ou de gangue. L’idée préconçue rarement pensée, la causalité pour le plaisir de causer, le sens commun qui n’a rien de commun avec quelque sens que ce soit, l’idée révolutionnaire poussiéreuse, la tradition exsangue nous construisent un univers où notre pensée résume les diversités de la réalité et simplifie les possibilités de notre imagination. Au fond, rien ne change vraiment, les avant-gardistes se spécialisent dans la volte-face, ce qui, si vous me suivez, vous amène à me précéder dans un grand pas en arrière, à moins que vous ne lisiez ce petit texte les pieds au mur, auquel cas je vous souhaite de ne pas avoir opté pour l’un de ces ustensiles pivotants ou à roulettes qui provoquerait d’irrémédiables dommages à votre équilibre. Je vous conseillerai donc d’inverser votre position pour nous permettre de nous voir d’autant que, ô paradoxe, à l’heure où vous lisez ce texte, je ne puis vous regarder étant donné que : primo, il n’y a pas de webcam sur ce blog et vous n’êtes pas en train de « chatter »  (d’ailleurs, la mi-août est dépassée) ; secundo, je ne suis plus présent après avoir écrit le texte, vous n’êtes donc pas au téléphone et je dispose d’ailleurs d’un répondeur ; tertio, il me paraît indulgent de ne pas « admirer » votre prestation , je craindrais de ne pouvoir m’empêcher de proférer une quelconque remarque déstabilisante.

 

Ils assurent, affirment, se tuent à dire (promesse rarement tenue, d’ailleurs, à moins que les politiciens évoqués ci-dessus…) sans jamais remarquer qu’ils monologuent. Béats, satisfaits et confits, ils vaticinent et ressassent des idées au logis (oui, je sais, j’ai  honte) tandis que celui-ci s’écroule.  Ils se tiennent pour des prophètes mésestimés, des visionnaires marginaux : et le visionnaire se fourre le doigt dans l’œil, le prophète se prend les pieds dans le tapis. Et leurs séduisantes théories, échafaudages monolithiques, s’écroulent piteusement sous un sursaut de la réalité, toute dérisoire, qui s’impose. L’économiste se cogne l’orteil au pied du lit, sautille en couinant et songe plutôt à comment rentrer dans ses baskets plutôt qu’au best-of de Basquiat (concurrent bien connu de Jacques Lantier et de Tino Rossi pour les apoplectiques bleu foncé). Le marxiste de stricte obédience, altertout et envers le précédent, s’essaie à une pirouette dorsale qui le mène à se dire, les narines chatouillées par le tapis Oxfam à bouclettes serrées, que le tas, c’est lui. Le religieux, dogmatique en diable  - ce qui le met en odeur de sainteté, étrangement – se met le préservatif à l’index, au majeur, à l’auriculaire, à l’annulaire et même, on peut toujours rêver, au pouce, avant de mettre les bouts (on fait ce qu’on peut, nom de D…)  Leurs pensées, idiotes, nous plongent dans des caniveaux de perplexité (ne cédons pas aux abîmes !) et, dans notre stupeur passagère, nous ne nous demandons plus que croire mais comment croire à ces pitres qui se dévoilent parfois dans leurs plus belles obsessions monomaniaques, dans les caricatures de ces pensées dont ils vomissent ce qui nous restera à jamais indigeste. Enfin, je l’espère…

 

 

Tout ceci pour dire que je préfère mes petits doutes, mes petits rêves à moi, lors de téléfilms idiots parfois (voir photo : avouez qu’il y a de quoi rêver), à toutes ces sinistres constructions qui se prennent au sérieux, ces discours qui en disent long mais n’avouent jamais leur vacuité, ces futilités qui s’imposent comme nos points de mire, ces credos qui prétendent au sublime mais n’induisent que de sales habitudes au nom de leur intégrisme.


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20/08/2005

Eric et les blaireaux

           Un esprit mal avisé, voire chagrin, pourrait envisager, comme un chroniqueur de Charlie-Hebdo, de nommer les partisans de Tony Blair des blaireaux. Il pourrait citer cette prétendue réussite économique de la Grande-Bretagne basée sur un séparatisme européen forcené, sur une extrême précarité de la population qui possède un emploi, sur le nombre de mineurs – plus ceux de Thaetcher, eux sont définitivement oubliés -  qui sont contraints de se trouver un job souvent par nécessité… Il pourrait citer également ce mutant du « socialisme libéral », que comptait d’ailleurs défendre une des têtes pensantes du PS français puisque, sacré bon sang, il paraît que cela marche si bien. Il pourrait évoquer la privatisation des services publics, la pollution de Londres, la politique étrangère en Irak, la politique de sécurité après les attentats, la mort de l’un ou l’autre expert dans des circonstances douteuses, l’une ou l’autre bavure policière, la communautarisation galopante, le Londonistan, les appels aux meurtres défendus par la liberté d’expression, l’histoire de l’Angleterre, l’Ulster, le nationalisme écossais et bien d’autres choses encore… Il pourrait évoquer tout cela, notre mauvais esprit, mais se contenterait finalement d’ajouter des informations aux informations, de permettre un dégagement des responsabilités (souvent crédible, d’ailleurs !)  face à des politiques sur lesquelles pèse l’héritage des années 80 ou même le passé colonial du Royaume-Uni, d’ouvrir le champ à toutes les justifications.

            Le chroniqueur de Charlie-Hebdo a évoqué certains de ces faits, sans doute les plus pertinents. Mais il se montrait davantage perspicace, à mon humble avis que j’ai au moins l’honneur de partager avec moi-même, en pointant les aspects nietzchéens mal compris du blairisme : le culte du gagnant, la volonté de puissance, le mépris de la faiblesse… Tony Blair rêve d’un monde de battants : la vie n’est pour lui qu’une compétition. Tony Blair est travailliste, presque socialiste : presque… il n’imagine pas que quelqu’un puisse rêver d’une vie tranquille, dans son home sweet home. Tony Blair communique bien, il défend ses slogans avec brio à la télévision, il a un discours de vainqueur : lorsqu’il triomphe, il sait ne pas être modeste ; lorsqu’il se retrouve harcelé par des vérités dures à digérer, il pratique la pirouette élégante, un peu comme ces filles en page 3 qui adoucissent de leurs charmes les crapuleux ragots des tabloïds britanniques… Tony Blair ne pourrait être confondu avec Eric Blair.

            Tony est un gagnant, qui a l’assurance des politiciens professionnels. Eric fut policier colonial, militant, baroudeur, chroniqueur et écrivain : un rêveur instable. Tony agit au mieux, Eric ne peut s’empêcher de critiquer son camp, ce qu’il y perçoit en dérive : le premier crée des désastres pragmatiques pour le simple quidam, le second a des visions lucides. Tony aime les gens de pouvoir, Eric ne peut s’empêcher de railler les autocrates et de leur préférer les modestes, ceux qui s’opposent tout comme lui aux totalitarismes ou même ceux qui y cèdent parce qu’ils croient que c’est juste : Eric place sa compassion à fonds perdus. Mauvaise affaire, lui répondrait Tony, moins rentable qu’un fonds d’investissement quelconque, qu’une spéculation boursière ou immobilière. Tony dirige un gouvernement, Eric cède à ses principes. Tony gagne de temps à autre des élections, Eric est le spécialiste des causes perdues : il rêvait de châteaux en Espagne, des châteaux pour les gueux là où Tony aide à bâtir des villas confortables, des hôtels deux étoiles pour clientèle de charter vannée par son hard labour. Tony s’est prétendu socialiste, Eric n’a jamais cessé de croire que le communisme était un idéal et le stalinisme une abomination : le premier a le soutien de son parti, le second fut honni pour avoir eu raison trop tôt.

            Tony Blair est un premier ministre dont l’action aura sans doute des effets durables : jusqu’au nouveau gouvernement conservateur qui évoquera l’héritage, les problèmes de finances publiques, le poids de l’économie pour expliquer leur situation à des gens qui n’ont même pas l’occasion de la vivre, l’économie, juste la subir. Eric Blair restera dans l’histoire comme l’auteur de l’Hommage à la Catalogne, La Ferme des animaux, 1984, comme un esprit libre qui assumait la critique même de ses engagements. Au fond, Eric a eu raison de choisir le nom de George Orwell : il savait déjà qu’un défenseur de principes sociaux ne pouvait se nommer blaireau et que jamais un socialiste ne s’appellerait un jour Blair. Sans cette précaution largement anticipée, certains auraient pu se bercer d’illusion. Au fond, Eric ou George gagneront toujours : à moins de préférer à un engagement lucide et conscient des virevoltes opportunistes claquées sur les sondages de popularité, les cours de la bourse, l'audimat. Peut-être parce que les mots acides gagnent encore contre les jolies images.


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17/08/2005

Eau de Cologne et trou de Bâle...

Le catholicisme est l'expression de la modernité. Jeanne d'Arc inventa le barbecue, Benoît XVI développe les soldes d'août : la continuité médiévale est assurée.
 
Il y a peu, j'émettais un sarcasme lors d'un échange tendu mais courtois avec un défenseur de la foi et des Journées mondiales de la Jeunesse : j'y rappelais l'existence des indulgences que, sous forme de boutade (extra-forte, la meilleure) j'associais avec cet événement médiatique et cucul-bénit. Si les voies du Seigneur me sont restées impénétrables, il semblerait que mon passé catholique me place en communion directe avec Benoît XVI, ex-cardinal en charge de la doctrine de la foi. Ou alors l'un de ses conseillers en image a lu mon commentaire et en a copié l'idée, sans m'accorder le moindre droit d'auteur, bien que je sois plus facile à identifier qu'un quelconque apôtre pratiquant le ski nautique sur les lacs de Galilée (étonnante, d'ailleurs, cette homonymie, n'est-ce pas ?)
 
Le pape, dans un élan de générosité qui ne lui coûte pas grand-chose, a donc décidé d'accorder des idulgences à tous les participants des JMJ. Même si je suis un mécréant notoire, victime de mes mauvaises lectures prodiguées dans une institution éminemment catholique, je ne puis supposer un instant que l'opération commerciale, ou la tentation diabolique, se soit insinuée dans les caves du Vatican. Que nenni ! Honni soit qui manigance !
 
Les indulgences, rachat des fautes bien terrestres et aménagement du temps de purgatoire contre versement bancaire (cartes de crédit acceptées ?), furent dénoncées par Luther : en fait, Luther dénonça surtout celles qui permirent l'édification de la Basilique Saint-Pierre et qui lui assurèrent ainsi une garantie dommages-ouvrage à faire pâlir d'envie le propriétaire  foncier moyen. Selon Benoît XVI, que je n'oserais accuser d'inculture religieuse (en tout cas pas lorsqu'il n'était que Ratzinger) et d'opportunisme  - au fond, cette cérémonie est aussi respectueuse de la foi que le Palais du Rosaire (Lourdes), le Banco Ambrosiano (Vatican + délocalisation sous un pont de Londres) et la canonisation du fondateur de l'Opus Dei  - , l'indulgence serait donc tendance et licite en notre siècle. Il y en aurait même quelques-unes en promotion pour l'achat d'un T-shirt JMJ, d'une bouteille de vin de messe et d'un portrait dédicacé de JP2, le retour. Tarifs non négociables : on ne déconne pas avec le Paradis.
 
Un rappel  à l'ordre des historiens, des sociologues, des théologiens et même de quelques milliers d'ecclésiastiques s'impose : les sots croyaient que nous étions sortis du Moyen-Age ! Morbleu, on ne transige pas avec l'infaillibilité papale : on négocie ses indulgences. Benoît XVI est un grand pape, qui oriente l'Eglise vers la modernité, vers l'avant-garde. Comme le Club Med en son temps, il amène le paradis à portée de toutes les bourses. Enfin un Paradis pas radin !
Benoît XVI ne transige pas avec les valeurs chrétiennes : il les monnaie, tout simplement.
 
Je signale, à toutes fins utiles, que je ne puis être accusé d'être un anticlérical primaire alors que mon éducation dans un collège catholique m'a nettement amené à devenir un anticlérical secondaire : j'ai depuis une sainte horreur de toutes les chapelles.
 

Beati pauperes spiritu
et toutes ces sortes de choses...




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11/08/2005

Ubuscoop : ultimes informations

 Ubupresse, jeudi 11 août 2005, 0h12 (heure locale) : Des réactions en cascade, suite.

"L'ambassade  stgrfzsz erre toujours dans une Huy décidément labyrinthique : aux dernières nouvelles, nos amis stgrfzsz seraient bloqués dans un rond-point clos par cinq sens uniques, aberration circulatoire déjà signalée à l'échevinat de l'urbanisme de la souriante commune et à la bourgmestre. Malheureusement, l'échevin de l'urbanisme fut victime d'une crise d'apoplexie lors de la révélation du plan de circulation et Madame La Bourgmestre est en déplacement depuis lors, en mission diplomatique. rappelons à nos lecteurs distraits que Madame La Bourgmestre a reçu depuis peu maintes distinctions honorifiques qui l'obliegent à des cérémonies protocolaires aux quatre coins de la planète : la courge d'or du Zimbabwe oriental, l'éléphant à branchies de marbre du Punjab, la sucette de platine des Emirats arabes unis...  Mais l'actualité n'en reste pas là : le monde des blogs a, lui aussi, réagi à l'incroyable nouvelle. Nos journalistes, toujours sur le terrain, ont enregistré les réactions de différents blogueurs. Nous préserverons, bien entendu, leur anonymat.


  • D'un blogueur libertarien : "Les Aliens sont-ils au courant que la Belgique est une dictature étatiste insupportable ? Que nous sommes taxés à 70 %, ce qui fait que nous ne disposerons plus que de trois misérables gigamilliards d'euros une fois que l'Etat se sera servi. Et puis, ce n'est pas juste : nous avons la priorité de la propriété de cette planète : nous sommes nous-mêmes des anciens Martiens exilés parce que nous détestons tout ce qui est rouge. Les sagas islandaises du VIIIème siècle, malheureusement perdues depuis, prouvent qui nous sommes. Comme le disaient déjà Custer, Bastiat et Hayek, un bon stgrfzsz est un stgrfzsz privé. Nous ne répondrons pas à cette ultime provocation socialiste  ."
  • D'un blogueur d'extrême-droite  : "Si je dis ce que je pense de ces nouveaux étrangers qui nous envahissent, je vais encore devoir faire face au Centre pour l'égalité des chances, à Résistances.be et à tous les socialo-communistes qui affaiblissent notre nation. Puisque nous n'avons pas droit à la liberté d'expression dans les dictatures démocratiques, je reprends une pils et je me tais." 
  • D'un blogueur d'extrême-gauche :  "L'arrivée des soi-disants Aliens n'est qu'une escroquerie montée par un trust américano-sioniste pour faire oublier le crime de guerre d'Hiroshima, les bretzels homicides, le juste combat du Hezbollah en Palestine contre les ploutocraties, le grand complot du 11 septembre où il ne s'est en fait rien passé. D'ailleurs, les Américains ont déjà mis en scène les alunissages en studio, la seconde guerre mondiale et l'attaque du Pentagone. En plus, ils ne cessent de déformer l'histoire : d'ailleurs, ils prétendent que les colonies de vacances sous Staline étaient des camps de déportation, ce qui est faux bien entendu. Mais nous savons que le prolétariat ne se laissera pas duper. Prolétaires de tous les pays, unissez-vous !"
  • D'un blogueur d'extrême-gauche, maoiste  : "Le camarade qui s'est exprimé dans le post précédent vient d'être exclu par le comité central des blogs de notre cellule de Jodogne pour ne pas avoir respecté l'orthodoxie de notre prise de parole et avoir fait preuve d'un individualisme forcené qui prouve sa traîtrise à nbos objectifs. Ce n'est pas parce que nous défendons les mêmes idées qu'il faut permettre à l'un d'entre nous de les exprimer individuellement. Nous reviendrons sur ce sujet lorsque nous aurons retrouvé les références du Livre rouge qui s'accordent le mieux aux actions à mener contre les ploutocrates"
  • D'un blogueur intégriste chrétien : "Accueillir ces créatures, c'est faire offense à Jésus. Nous devons refuser les dons de ces païens : ils sont l'image du Diable. Seul Dieu peut vous offrir le Paradis : pour vous sauver de l'Apocalypse, ayez la foi."
  • D'un blogueur fodamentaliste islamiste : "Le vol des soucoupes volantes a écrit le nom d'Allah dans le ciel. La preuve est faite, même pour les mécréants : seul Allah est grand."
  • D'un blogueur, hôtelier à Huy : "Il était temps que le commerce soit relancé dans la région parce que le chiffre d'affaires n'avait évolué que de 12% depuis le nouveau plan de circulation. Forcément : les gens se sont laissé piéger au début du nouveau plan de circulation. Mais depuis, ils se méfient."
  • D'une blogueuse atteinte d'une légère surcharge pondérale : "Si c'est vrai que les Aliens ont une solution miracle pour maigrir, je m'offre un voyage à Huy : au fait, il y a des plages à Huy ?"
  • D'un jeune blogueur : "Put1, J krwa pa, C koi C aliens ? Je kiffe grav, C pas tt lé jour Ke ta XFile 2van ta mézon"
  • Du professeur de français du jeune blogueur : "Kevin, n'oublie pas ton examen de passage du premier septembre et prends la peine d'écrire sans ces abréviations infectes qui polluent tes travaux, que tu me remets d'ailleurs fréquemment en retard. Je te rappelle également que je refuse les travaux qui me sont envoyés par SMS."
  • D'un blogueur, critique musical : "Je ne sais pas quelle musique écoutent les Aliens mais si vous voulez vous défoncer à Huy, allez écouter les "Bisons sauvages", le nouveau groupe d'économistes recyclés dans la Zik, qui vous assèneront leurs accords lourdingues pendant des heures et des heures. De quoi vous saturer les tympans à vie !"

Ubupresse, jeudi 11 août 2005, 01h12 (heure locale) : Les Aliens nous quittent !

"Huy, cette nuit. L'ambassade  stgrfzsz  a enfin réussi à sortir de Huy, sauvée par son aéronef. Malheureusement,  il semble que leurs pérégrinations hutoises, leur programme de rencontre des politiciens locaux et l'inanité de la majorité des réactions suscitées par leur arrivée les ait découragé de poursuivre leur visite. Ils ont pourtant promis de revenir quand les hommes se montreraient mûrs, courtois et responsables et quand ils ne préfèreront pas leurs querelles stériles et insignifiantes aux plaisirs de la vraie vie." 

 

Ubu, suivant les Stgrfzszs dans leurs voyages, reviendra sans doute à la fin de ce mois.  S'ils disposent d'un ordinateur relié au Net, il est possible qu'il nous envoie de ses nouvelles avant son retour de mission.

A bientôt.

01:32 Écrit par Ubu | Lien permanent | Commentaires (9) |  Facebook |

10/08/2005

Ubuscoop : d'autres réactions

Ubupresse, mercredi 10 août 2005, 9h43 (heure locale) : Des réactions en cascade.

"Suite à l'arrivée d'une ambassade  stgrfzsz dans notre beau Royaume de Belgique, les stgrfzszs ont entamé une tournée des divers pouvoirs politiques de nos régions, communautés, provinces et communes, tournées dont l'aboutissement sera la réception au Palais-Royal programmée pour la mi-décembre. A l'heure où nous écrivons ces lignes, notre correspondant auprès des stgrfzszs semble s'être égaré en leur compagnie dans les ruelles de Huy, dont le nouveau plan de circulation avait, en son temps fait couler beaucoup d'encre et d'essence. On dit même, dans les milieux bien informés, que Madame La Bourgmestre aurait envoyé une expédition de secours qui serait en train de mener une circumnavigation autour de la ville mais n'aurait pas encore osé s'y aventurer avant l'arrivée des convois de ravitaillement. Nous adressons tous nos encouragements aux courageux sauveteurs. Mais l'actualité n'en reste pas là : de nombreuses personnalités internationales se sont prononcées sur l'extraordinaire ambassade et sur ses splendides cadeaux. Nous vous en livrons l'essentiel.

  • De GW Bush, président des USA : "Les Aliens sont arrivés, formez le cercle avec les chariots." Après que ses conseillers militaires et Dick Cheney lui ont expliqué la situation, nouvelle réaction "Notre combat du Bien contre le Mal prend une nouvelle dimension : nous devons apporter la démocratie en Belgique" Un plan d'invasion serait déjà mis au point par le Pentagone, principalement axé sur des frappes chirurgicales préventives.
  • De T. Blair, premier ministre anglais : C'est une atteinte à la compétitivité de la livre britannique : l'euro sera encore plus dévalué et remettra en cause la libre concurrence de nos exportations. C'est notre modèle économique de socialisme libéral qui est remis en cause par cette décision irréfléchie. Nous ne pouvons l'accepter. Nous quittons l'Europe pour suivre les USA."
  • De J. Chirac, président de la République française :  "Nous ne comprenons pas la décision de nos amis aliens : le rayonnement de la culture et de la politique française dans le monde est indéniable et ne peut être mis en compétition avec les insignifiantes autoroutes belges. C'est remettre en cause notre modèle de libéralisme social et étatique, inspiré du Général et des aventures de Colargol.Paris dispose de toutes les infrastructures d'accueil : nous déposons notre candidature aux jeux intergalactiques de 2012."
  • De S. Berlusconi, président du conseil : "Ces aliens, je les prends quand ils veulent contre mon Ac Milano et je les invite dans l'une de mes émissions. Ils verront que nos présentatrices ont de la cuisse et de la poitrine. Et promis, cette fois, je ne préviendrai pas la CIA des itinéraires qu'ils emprunteront. Forza Italia"
  • De V. Poutine, tzar de toutes les Russies : "Ces aliens ne mettront pas un pied en Tchétchénie : je le promets solennellement."
  • De Benoît XVI, pape : "Nous espérons que vous croyez en Dieu, le Saint-Esprit, Jésus, la virginité de Marie, la transsubstantation, les sacrements, le célibat des prêtres, l'Opus Dei, le Renouveau charismatique, l'Emmanuel, le groupe Ampère, la méthode Ogino, la théologie augustinienne (désolé, c'est une petite erreur); Dans ce cas, nous vous invitons à une cérémonie de baptême collectif lors des prochaines JMJ. Que Dieu vous bénisse !"
  • De la Commission européenne : "Chers Messieurs stgrfzszs, nous vous invitons à déposer en nos bureaux le dossier de vos aides économiques, afin que nous puissions établir si celles-ci ne violent pas nos règles de libre concurrence."
  • Du Parlement européen : "Chers Aliens, nous vous invitons à rejoindre notre grande aventure européenne. Les documents nécessaires à votre candidature d'adhésion peuvent être retirés auprès de la Présidence du Parlement. Nous y joindrons le texte du Traité Constitutionnel pour lequel il vous faudra organiser des élections libres et démocratiques."
  • De Oussama Ben Laden, réfugié politique sur Mars : "Seul Allah est grand. j'appelle au Djihad contre ces aliens hérétiques qui menacent notre religion. Je lance une fatwa contre ces créatures et leurs alliés américano-sionistes. Notre peuple vaincra." (Ndr : il semblerait que ce message soit un faux, des sources bien informées nous ayant avisé que O. Ben Laden aurait demandé l'asile politique aux autorités stgrfzszs : nous procéderons aux recoupements d'information qui s'imposent)
  • De A. Sharon, premier ministre israélien : "Colonies à vendre, bientôt libres d'occupation. Etat presque neuf. Occasion à saisir."
  • De BHL, philosophe mondain : "Philosophe et écrivain de grand talent, internationalement connu et reconnu, je vous propose de relater votre arrivée sur terre dans un documentaire de pure fiction dont j'ai eu l'intuition. Me ferez-vous la grâce d'une invitation sur votre planète ? Les frais de blanchisserie seront bien sûr à votre charge mais ma diva de ménage vous fera l'obole de ses interprétations subliminales préférées."
  • De Dieudonné, démagogue professionnel : "Comme d'habitude, les anciens colonisateurs sont rejoints par les nouveaux colonisateurs et jouent le jeu des américano-sionistes. Enfin, il paraît que je suis allé trop loin, on exige donc que je m'excuse. D'accord, je le fais mais je n'en pense pas un mot : à bas les complots universels !"
  • De Bono, intermittent des spectacles humanitaires : "Nous, chanteurs engagés, et nos amis des grandes firmes de distribution musicale, nous vous invitons à collaborer à notre prochain spectacle au profit des bouquetins pyrénéens."

Toute l'équipe d'Ubuscoop reste bien entendu à l'écoute des réactions du monde entier et vous retransmettra, dès que possible, des nouvelles de nos amis stgrfzszs, égarés dans Huy. La suite au prochain numéro.

12:48 Écrit par Ubu | Lien permanent | Commentaires (3) |  Facebook |

09/08/2005

Ubuscoop : ils sont là !

Ubupresse, mardi 9 août 2005, 18h30 : Les Aliens existent
"Ce mardi à 14h00 (heure de Paris), des extraterrestres ont pris contact avec la terre. On se souvient de l'extraordinaire révélation de l'existence d'une dixième planète dans notre système solaire : celle-ci était habitée. Les habitants de cette planète, qui se nomment eux-mêmes les stgrfzszs, selon une transcription de l'association des professeurs de langues anciennes de Leval-Trazegnies, ont décidé d'envoyer une ambassade en priorité dans notre pays parce que "ses illuminations nocturnes (ndr : nos autoroutes) leur avaient semblé être un geste amical. Mieux encore, l'ambassade stgrfzsz a décidé d'offrir à notre chère nation la somme de dix gigamilliards d'euros en guise de témoignage de reconnaissance et pour sceller la construction d'une aérobase sur notre territoire. Les réactions ne se sont pas fait attendre.
 

  • Du gouvernement fédéral : "C'est avec émotion que je vous annonce un traité d'amitié entre nous et le gouvernement stgrfzsz. Nous allons immédiatement nous concerter pour construire un clé de répartition de la somme que l'ambassade a bien voulu nous offrir en gage de paix. Je peux vous annoncer que notre budget devrait respecter les critères de Maestricht.Vive la Belgique"
  • Du gouvernement bruxellois : "Il est évident que l'ambassade doit être logé dans la capitale, capitale de l'Europe, bientôt capitale de notre galaxie. Nous vous annonçons avec plaisir la création d'un plan triennal de construction d'alien-hotels pour lequel nous espérons que le gouvernement fédéral tiendra enfin ses promesses."
  • Du gouvernement flamand : "Nous sommes prêts à accueillir nos amis aliens à condition qu'ils nous prouvent leur volonté de s'intégrer en parlant flamand"
  • Du gouvernement wallon : "Nous vous invitons, chers aliens, à une visite de notre belle Wallonie, de son circuit automobile, de sa sidérurgie, de sa fabrique nationale, de sa tarte al-djot, de ses boulets sauce lapin. Nos députés régionaux vous accueilleront chacun dans leurs permanences."
  • Du président du PS : "Chers amis aliens, nous saluons en vous une révolution capitale, propre à refonder les bases de nos fondations en des édifices nouveaux qui, bientôt, dresseront notre état au firmament de vos étoiles papillonnantes. Je profite de l'occasion, en tant que président de mon parti, pour vous inviter à un petit drink en le siège de notre parti"
  • Du président du MR : "Chers amis aliens, nous saluons la venue de nouveaux investisseurs dans notre beau pays, qui nous libèreront enfin de la rage taxatoire de certains politiciens qui empêchent le renouveau de la Wallonie. Nous vous invitons au siège de notre parti pour mettre au point votre business plan et vous présenter Frédérique Ries, que vous avez dû voir par satellite"
  • De la présidente du CDH : "Chers amis aliens : c'est Dieu qui vous envoie ! Nous espérions depuis longtemps un miracle pour notre pays, majoritairement humaniste et démocrate. Vous êtes le centre de notre univers, nous sommes le centre de la Belgique : nous sommes faits pour nous rencontrer."
  • Du collège des présidents Ecolo, suite à une concertation des fédérations de base :"Chers amis aliens, vous élargissez notre environnement : vos prouesses technologiques nous font tourner la tête comme des éoliennes au large du Zoute. Ensemble, renouvelons nos énergies."
  • Du président du CDNV : "Beste aliens, c'est un véritable plaisir de vous accueillir dans notre Flandre unie, chrétienne, familiale, économique et laborieuse. Nous vous invitons à une messe solennelle qui se tiendra ce dimanche à Bruges."
  • Du président du VLD : "Beste aliens, nous recevons avec plaisir les futurs investisseurs de notre économie de pointe régionale. Nous vous invitons à parcourir les pôles technologiques flamands qui, sans nul doute, se feront un honneur de vous offrir leurs services à des prix compétitifs. "
  • Du président du SPA. : "Beste aliens, nous saluons votre arrivée et le renouveau qu'elle signifie pour notre belle Flandre. Nous nous permettons de vous rappeler d'attacher votre ceinture en voiture et nous vous invitons à respecter les limitations de vitesse."
  • Du Vlaams Belang : "Eigen volk eerst ! Alien buiten !"
  • Des partis francophones d'extrême-droite, nationalistes ou apparentés : Il n'y a pas de réaction officielle à noter de ces partis. Des meetings se sont tenus dans les bistrots de la Gare du nord à Bruxelles, du quartier de la gare à Charleroi, des Guillemins à Liège (près de la gare). Suite aux réflexions intenses et aux nombreuses dissensions, on dénombre 12 hospitalisations d'urgence, 15 arrestations et 22 états d'ébriété avancée constatés sur la voie publique. La seule réaction, difficilement hoquetée par le président du PFNFNFBNB (on ignore la signification exacte de cet acronyme) serait : "Les étrangers  dehors"
  • Des syndicats : pas de réaction à cette heure pour cause de meeting afin de décider des motions qui établiront les revendications spécifiques à chaque centrale lors des manifestations en front commun.
  • De la FEB : aucune réaction officielle à cette heure. En effet, plusieurs membres n'ont pu assister à la réunion parce qu'ils se devaient de suivre la flambée record des entreprises belges à la bourse de Bruxelles.
  • De la bourse de Bruxelles : "Youpi !"

Toute l'équipe d'Ubuscoop reste bien entendu sur la brèche pour vous présenter les développements de cette affaire. La suite au prochain numéro.

 

20:37 Écrit par Ubu | Lien permanent | Commentaires (10) |  Facebook |

Ici et maintenant

La parité est obtenue au moins dans un domaine : les femmes représentent la moitié des logés en extrême urgence à Bruxelles, selon un article de La Libre Belgique. Une augmentation flagrante, tout comme le lot des familles monoparentales qui cherchent un logement à un prix abordable.
 
La Belgique est un pays riche : nombre de Belges sont propriétaires (environ les deux tiers, si je me souviens bien). Mais les aléas de la vie sont parfois tels que la rue est vraiment sur le pas de porte. Depuis des années, on nous bassinne avec des projets de réquisition d'immeubles abandonnés, des projets de logements sociaux. Depuis des années, la pauvreté extrême nous accompagne : le château de la Solitude, les squats incendiés, les SDf au hasard du centre-ville. Depuis des années, on ne peut pas vraiment dire que rien ne change : en fait, j'ai l'impression que cela empire.
 
En 1949, l'abbé Pierre entamait son combat contre la pénurie de logements : plus d'un demi-siècle plus tard, on se rend compte que la bataille contre la misère est loin d'être finie. Pourtant, la France de l'époque subissait le contrecoup des dévastations de la guerre : il pouvait sembler normal que certains n'aient plus de logement. Quelle guerre, actuellement, pourrait justifier l'extrême précarité des sans-logis ? La compétitivité ? L'aboulie politique ? Il y a tant de contemplatifs de nos jours : c'est étrange que lorsqu'un religieux montre, pour une fois,  l'urgence, on ne l'écoute que par crises, alors qu'il dénonce un problème permanent.
 
L'Etat donne des leçons : il prétend aux équilibres budgétaires, au bien-être du pays. A quel prix ? Les propriétaires multiplient les clauses abusives ou jouent de la spéculation immobilière. A quel prix ? Au prix de familles jetées à la rue, auquel l'Etat-Providence arrive à peine à offrir le minimum de dignité : un toit.
 
Dis, l'abbé, je te promets que si tu viens pousser ta gueulante en Belgique, je suis prêt à pousser le cantique avec toi. Viens un peu leur rappeler que la pauvreté n'est pas une nature, qu'elle ne devrait même pas être un état passager.
 

09:26 Écrit par Ubu | Lien permanent | Commentaires (11) |  Facebook |

La conjuration des imbéciles 1

Pascal Sevran est-il un con ? L'idole de la ménagère couperosée, dont les cinquante ans sont un lointain souvenir, le fana du bal du maire de Bergère-les-Gonesses, l'amoureux des acordéons torturés n'officiait, jusqu'à peu, que sur ses émissions respectives qui permettaient de constater l'ardeur du chant essouflé dans les hospices et les rides qui flagellent les vedettes d'hier, qui défendent leur retraite d'aujourd'hui. Au fond, il en faut pour tous les goûts : mais j'avoue que l'alternative de me taper les chanteuses à voir, tout son coupé (Britney, Christina, Lorie...) ou de savourer les exhalaisons anthumes de Dany Brillant (oxymoron évident de son talent) sur les accords mourants d'une Yvette Horner, tous claviers dehors, sous les encouragements de la divette de la Chance aux chansons (autre oxymoron, d'ailleurs) me fait douter de l'existence d'un quelconque dieu auquel je ne croyais de toutes façons pas. Pendant longtemps, j'ai cru que les feulements de Johnny Halliday, dus à une remontée de braguette peu attentive, ou les roucoulades de Tino Rossi, corsitude étriquée oblige, me tiendraient lieu d'ultime torture. Mais non.
 
Pascal Sevran, non content de hanter les plateaux comme une poussière que même Plizz n'a pu déplacer, se pose en moraliste. Il écrit un journal dont il nous réserve les meilleures réflexions au gré des interviews que des journalistes sadiques nous infligent parfois. Pascal Sevran se prend pour Léautaud : il fit bien  -ce qui n'est qu'une manière de parler- un ouvrage à la manière de Perec. Faute de talent, il utilisait la manière. Maintenant, faute d'idées, il ressasse ses convictions ici et là avec, je l'imagine du moins parce que la radio favorise peu ce genre de geste, des hochements expressifs qui lui remue le bas cervelet jusqu'à l'expulsion des ses bribes d'idées.
 
Pascal Sevran a des idées sur tout : il a surtout des idées (merci Coluche !). Ce n'est même pas la nature de ses opinions qui peut déranger : elles sont d'une insignifiance prudhommesque et témoignent d'un conservatisme lourdingue hâtivement fardé d'un plâtras stylistique, pour faire joli. Pascal Sevran, comme le Homais de Flaubert, sait tout sur tout : il feint d'expliquer ses choix, ses coups de tête, ses caprices de divettes. Pascal Sevran est un grand penseur de la modernité : il se prend pour un contestataire audacieux sous prétexte qu'il verse dans le mirage de ses envies, de ses artifices. Pascal Sevran a au moins réussi quelque chose : il nous fait presque regretter Guy Lux.
 
Pascal Sevran est-il un con ? Je m'en voudrais d'apporter une quelconque réponse à cette question : laissons-le s'exprimer encore et encore, jusqu'à ce que lui-même ait trouvé la seule réponse qui convienne.

08:05 Écrit par Ubu | Lien permanent | Commentaires (8) |  Facebook |

07/08/2005

Les réalités virtuelles

Etrange outil que la télévision ! Les émissions de télé-réalité y ont presque créé une nouvelle philosophie : outre les divertissements des aventuriers du ouiquainde, des chanteurs de douche, des séducteurs larmoyants ou d'improbables fiancés (celui-là, au moins, était drôle, puisque le scénario y est affirmé !), voici que l'histoire et l'actualité donnent lieu à des reconstitutions.
 
Il devient de bon ton de dramatiser les documentaires historiques : ainsi fut fait avec Hiroshima. Au fond, il s'agit de générer des émotions : cela, le film des Dossiers de l'écran ou de L'écran témoin le faisaient déjà, en assumant leur caractère de fiction. Mais maintenant, il faut disposer du temps d'antenne pour Coca-Cola, même ailleurs que sur TF1, et la dramatisation de l'histoire, le documentaire bidonné sont de mise. Faire ressentir : tel est le mot d'ordre. Plus de place pour l'analyse ou fort peu : celle-ci devient purement contextuelle. Et une décision stratégique de se transformer en une aventure humaine tronquée, parcellaire et partiale... que les écrans publicitaires encadreront avec gourmandise.
 
Il fut un temps où l'émission "Histoires parallèles" avait le bon goût d'allier des documents d'archives aux commentaires pertinents d'un historien qu'interrogeait Marc Ferro, sans doute un des meilleurs historiens français qui se soit spécialisé dans les questions d'image. Le documentaire y gagnait en critique des sources et l'on pouvait concevoir une réflexion critique sur les sources d'information, sur notre manière même de percevoir des faits que nous jugions avérés. Des documentaires comme "L'oeil de Vichy" assuraient cette même qualité.
 
Il fut un temps, aussi, où des critiques intransigeants s'indignaient de l'existence de films comme "La vie est belle" ou "La liste de Schindler", les taxant de révisionnisme sous prétexte qu'ils inscrivaient une fiction dans l'histoire. Ils oubliaient que le cinéma rappelait toujours qu'il n'était qu'une fiction, inspirée de la réalité mais pas nécessairement réaliste. Ils oubliaient qu'une fable de Benigni ou une histoire particulière racontée par Spielberg resteraient des fictions, malgré leur utilisation didactique parfois contestable. Ils oubliaient de surveiller le vrai danger : ces documentaires reconstitués qui, à l'instar des romanquêtes à la BHL ou des steaks de poulet panés, n'étaient que des ersatz bien fades de la réalité dont ils voulaient rendre compte. Ils oubliaient qu'une fiction peut porter des idées universelles sans nuire, tandis qu'un documentaire qui dramatise l'histoire la ramène au rang de l'anecdote, même si quelques interviews brisent (ou renforcent ?) à propos l'illusion.
 
Notre télévision, même dans ses intentions parfois louables, ne trahit-elle pas la confusion de nos sentiments face aux flux des informations dont nous disposons ? Nous préférons souvent les aspects rassurants de l'artifice (dramatisation, partialité, reconstitution) à la compréhension qui nous forcerait à notre remise en cause. Même le spectateur exigeant rêve souvent de certitudes : il s'y pliera ou les contestera mais en les utilisant toujours comme point d'appui. Un jour peut-être assumerons-nous les doutes que notre désir de nous informer intelligemment ne manquera pas de susciter.

23:54 Écrit par Ubu | Lien permanent | Commentaires (10) |  Facebook |

Light my fire

Il se prenait pour un lumière : son style était ampoulé.

21:38 Écrit par Ubu | Lien permanent | Commentaires (9) |  Facebook |

06/08/2005

Panne d'idée...

Les vacances m'auraient-elles causé de sérieux dégâts ? TF1 aurait-elle disposé de l'espace disponible de mon cerveau ? Mon état végétatif, habituel en vacances, m'aurait-il réellement transformé en plante en pot, noyée sous les litres de flotte qu'un ciel prodigue nous offrit en villégiature ?
 
J'avais troqué l'air enfumé de la ville et de mon tabac pour l'air pur d'une sortie d'autoroute, de vieilles cheminées des restes de la sidérurgie wallonne que j'inspirais à pleins poumons lorsque un rayon de soleil timide osait s'aventurer sur le jardinet tandis que je fumais une cigarette - on ne se refait pas - de bon tabac, histoire de contribuer à la pollution locale, non mais...
 
Des vacances tranquilles, en somme. Le téléphage repenti que je suis s'est aventuré une fois de plus au hasard d'émissions toujours plus réalistes, puisqu'aucun comédien ne pourrait jouer aussi mal, de reconstitutions dramatiques de l'histoire ou de films multidiffusés. Rappelons à ce sujet la règle du film de télévision : la somme de ses diffusions est inversement proportionnelle à sa qualité, à l'exception notable d'Arte si on a le rythme du hibou effarouché par les rythmes de sommeil normaux. Quant aux actualités, que dire sinon que les attentats, les guerres ou les catastrophes produisent leurs inévitables feuilletons, rarement avec finesse, pour autant que les images soient explicites.
 
Quelques lectures aussi, profitables, du moins je l'espère. Je suppose que personne ne trouvera transcendante l'histoire de la littérature française mais les vacances servent aussi à des mises au point culturelles. D'autres lectures, touchant au domaine scientifique, s'avérèrent plus délassantes et intéressantes : j'y reviendrai sûrement.
 
De l'exercice également : le téléviseur étant dépourvu de toute télécommande, je me suis astreint à me lever pour changer de chaîne à chaque écran publicitaire. Manifestement, les chaînes songent à notre santé : j'ai donc essayé d'échapper aux yaourts, aux Oméga 3 (sans doute la suite du 1 et du 2 ?) et aux autres promotions de sonneries de GSM qui nous promettent un univers idyllique. J'ai tout compris : vissé à mon portable, je menais la guerre au cholestérol, armé de tous mes yaourts tandis qu'un amas de barquettes de margarine allégée me protégeait, forteresse inexpugnable.
 
Sinon, j'ai bien dormi.  

15:29 Écrit par Ubu | Lien permanent | Commentaires (9) |  Facebook |