04/09/2005

En saignant, en râlant

Une nouvelle année s'annonce. De nouveaux projets avec les élèves, également, qui ont contraire des contrats stratégiques, projets pour l'école et autres billevesées, parviendront à leur objectif, fût-il modeste et concret.
Les rentrées, depuis quelques années, n'apportaient pas leur lot de bouleversements dans l'équipe pédagogique : l'une ou l'autre mutation, un départ à la pension  venaient les ponctuer, sans plus. Cette année-ci, erreurs et loufoqueries s'accumulent. Deux temporaires prioritaires restent en suspension dans l'atmosphère de notre école : ils ne seraient plus que temporaires après une décision annoncée pourtant au mois de juin et un lieu d'affectation déjà déterminé mais qui ne correspondait pas aux conditions pour l'être. Trois "article 20", dont deux disposent de titres universitaires mais sans agrégation, disparaissent sèchement : cela faisait plusieurs années qu'ils fonctionnaient dans notre établissement à la satisfaction de tous. Et ce ne sont que les cas dont j'ai connaissance...
 
Depuis des années, les professeurs réclament la stabilité des équipes pédagogiques, pour autant que les comptétences soient au rendez-vous. Mais le cabinet ministériel  - pas l'administration, le cabinet - désigne avec opacité au gré de ses caprices et de son incompétence. Je dois avouer que le cabinet Hazette, qui n'est pourtant pas du tout ma tendance politique, avait limité la casse : c'est à cette période que notre équipe s'est constituée alors que la pénurie battait pourtant son plein. Et maintenant, plus de pénurie  et on reprend le carrousel. Au détriment des élèves, qui regretteront leurs profs disparus ; au détriment des collègues, qui devront restabiliser leur équipe sous peine de la restreindre ; au détriment de l'enseignement, qui doit subir sa maigre pitance et des projets fumeux alors qu'il aurait besoin de sérénité.
 
Un temporaire, dans l'enseignement, c'est quelqu'un qui n'a ni CDD ni CDI : il est engagé pour une durée maximale, sauf dans les écoles en discrimination positive, qui s'arrête au 30 juin. Il n'aura rien sous les yeux qui détermine de manière stricte, comme pour un contrat de travail, le détail de ses prestation et de sa rémunération. Mais il peut disparaître auparavant. Longtemps, la crise de l'enseignement résidait dans cette incertitude : vais-je exercer mon métier quelque part et où sera cet éventuel quelque part ? Après une accalmie, le temporaire revient à son point de départ. Pour quelles raisons ? Pour financer les quarts d'instituteurs qui sont l'axe de bataille du ministère en cette rentrée ?
 
On nous lance à la tête des grands projets qui s'étalent sur des années, tout en sachant très bien qu'une partie de notre personnel est à nouveau provisoire. On nous juge exclusivement sur nos titres sans mettre en avant nos compétences, ce qui permet à certaines catastrophes pédagogiques de durer. On réforme dans tous les sens sans jamais prendre le temps d'évaluer les conséquences d'une réforme : un pas en avant, deux pas de côté, joli suplace ! Et pendant ce temps, une ministre confite d'autosatisfaction aligne ses stéréotypes et ses balourdises au gré de ses discours grotesques, des pédagogues en chambre définissent notre métier sans prendre en compte ses réalités sociologiques, des politiciens en crainte d'élections tirent des plans sur la comète... Comme d'habitude, les profs vont apprendre à faire sans : heureusement qu'il y a les élèves.
 
Même s'il y a aussi des incompétents parmi les profs, ils n'atteindront jamais la bêtise du système scolaire de la Communauté française : ses ambitions vaniteuse la rendent totale.  

13:28 Écrit par Ubu | Lien permanent | Commentaires (6) |  Facebook |

Commentaires

Article 20... Chre Ubu,
Comme je comprends ta rage! Je n'avais même pas pu m'empêcher de parler des articles 20 dans ma réponse à ton commentaire chez moi... car on avait parlé d'écoles avec ce problème à la radio (mais je n'y avais pas prêté attention car j'ignore où tu enseignes)...
Ah, que j'y pense, je crois aussi que les temporaires n'ont jamais d'augmentations barémiques... Je me trompes?
Certaines écoles auront du mal à trouver des enseignants qui ne sont pas en congé de maladie...
Amitiés.

Écrit par : Armand | 04/09/2005

Cher Armand, Le problème n'est pas localisé dans ma seule école, en effet : à Jacquemotte, ils sont 25 à sauter, au minimum. Quand les politiciens auront compris que les élèves ont besoin de stabilité pour développer de meilleurs résultats, on aura bien avancé. Evidemment, la stabilité est à l'opposé du retournement de veste et ne se nourrit pas de promesses rarement tenues.
Pour répondre à ta question, les temporaires ont des augmentations barémiques tous les deux ans, comme les autres profs. Mais leur ancienneté commence à compter à 25 ans, si ça n'a pas changé : mesure inspirée du plan global de Dehaene. Quant aux "article 20", ils n'ont pas d'ancienneté du tout pendant trois années complètes de cours : ils n'en obtiennent qu'à condition de donner cours dans la même matière pendant ces trois ans. L'aberration : des titres requis dans une branche qui fonctionnent comme "articles 20" dans une autre. Avec parfois une pénurie dans la branche que couvre leur titre : pas mal, non ?
Amitiés.

Écrit par : Ubu | 04/09/2005

Mobbing. Cher Ubu,
C'est encore pire que je croyais: ce n'est pas uniquement par économie (ce que je croyais), mais en plus, il y a des idées saugrenues, pour le plaisir de brimer, de faire fuir les plus endurcis, ceux qui acceptaient encore d'enseigner dans des écoles "à problèmes"!
Qu'on voudrait ne pas avoir assez d'enseignants (pour justifier l'impossibilité d'encadrements plus étoffés en discriminations positives par exemple), qu'on ne s'y prendrait pas autrement...
Au fait, cela n'a-t-il pas un nom: le "mobbing" (emmerder quelqu'un qu'on ne peut pas virer pour qu'il parte de lui même, sans indemnités)?
Amitiés.

Écrit par : Armand | 04/09/2005

Cher Armand, En fait, il s'agit plutôt d'un monceau d'incompétence et d'un manque de conviction, associé au clientélisme des divers cabinets . Il y a quelques années, nous accusions le gouvernement de la CF de casser l'outil. On dirait que ça recommence. On verra ;)
Amitiés

Écrit par : Ubu | 05/09/2005

merci Tom blog et superbe vraiment très beau... je suis en extase...

bisou

charboniere

Écrit par : charboniere | 05/09/2005

Cher(e?) Charboniere, Je te remercie : j'espère que tes chants d'oiseaux se poursuivront longtemps ;)

Écrit par : Ubu | 06/09/2005

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