06/09/2005

Cote d'amour ?

J'ai cru voir, dans une vitrine, la couverture du Monde de l'éducation  qui voulait accrocher le lecteur en évoquant la cote (encore un sondage ?) d'amour des Français à l'égard des professeurs. Je m'étonne, je regarde et je me prépare à applaudir...
 
Et mes mains retombent lourdement et partent se cacher, un peu honteuse, dans mes poches. Certes, il y a les visages d'un tas de bons profs qui me sont revenus :  mes copains de l'école, certains blogueurs (enfin, visages, c'est une façon de parler !), mes collègues passés, mes professeurs à moi. Et puis, jouant les importuns, les autres apparaissent : les imbéciles, les incapables, les sadiques, les spongieux, les lâches, les merdeux, les opportunistes, les carriéristes, les dictateurs (je dois parfois me retrouver dans cette catégorie) et les cons. Tous ceux qui me gâchent mon plaisir d'enseigner au passé, au présent, et même, plus que probablement, au futur.
 
En fait, ce genre de "bonne" image qui se diffuse ces derniers temps me semble aussi trompeuse que les torpillages systématiques que menait, il y a quelques années encore, le gouvernement de la Communauté française pour justifier des suppressions d'emploi. A l'époque, on plaçait en avant nos "carottages" perpétuels (une enquête confirma que le taux de fraudes aux absences ne dépassait pas les 3% : ce qui justifiait sans doute une réforme complète du système des congés de maladie qui a permis, ô chef-d'oeuvre, la remise au travail de cancéreux convalescents !), notre fainéantise proverbiale, nos congés perpétuels, notre côté "petit fonctionnaire", bref notre médiocrité inhérente qui expliquait sans doute notre opposition aux plans  (sur la comète ?) mirifiques que les cabinets mettaient au point pour sauver la Communauté française. Il faut croire qu'elle se porte tellement mieux depuis que Bruxelles et Wallonie ont scellé leur trait d'union !
 
Maintenant, nous sommes porteurs de tous les défis, au titre d'une étrange inversion des caricatures. Parce que nous nous sommes soumis ? Un parti politique avait évoqué "la pacification de l'enseignement" lors des élections passées : les sauvages indécrottables se seraient donc civilisés. Et pourtant...  Les profs n'ont pas changé : ceux qui aiment leur métier ou le pratiquent avec plaisir sont toujours là, plus ou moins nombreux selon les vagues de pénurie ou de trop-plein. Les autres aussi : toujours prêts à officier dans leurs maudits travers, leurs incohérences permanentes, ils sont des plaies que l'on cache ou entretient  pour peu qu'ils fassent serment d'allégeance à leur pouvoir organisateur, leur directeur, leur sous-directeur, à leur attaché de cabinet et qu'ils sauvegardent la permanence du système au fil de leurs siestes. Ils peuvent être incompétents si cela ne se sait pas , ils peuvent être doctrinaires et prétentieux avec leurs élèves  s'ils se posent en valets ou en martyrs : les premiers on les salue, les seconds on les soutient, sans y penser.
 
Enseigner est une profession comme d'autres : comme les infirmières, comme les égoutiers, comme les flics (Pas les flics tout de même ? Ben si !), nous pratiquons un métier qui a son utilité pour peu que nous nous essayions  à l'exercer au moins correctement, tant que faire se peut. Alors, arrêtons ce battage publicitaire inepte : il traduit seulement les tentatives de permanence d'une institution dans une société en perpétuel mouvement. Que l'on nous culpabilise ou que l'on nous valorise, on nous dénie nos responsabilités : alors que les élèves ont besoin d'adultes responsables et équilibrés face à eux, de profs qui disposent de la sérénité de leur pédagogie et du plaisir de leur métier. Pas de victimes ou de petits saints.

19:53 Écrit par Ubu | Lien permanent | Commentaires (19) |  Facebook |

Commentaires

De tout... ... comme partout effectivement, y compris ceux qu'il faudra inévitablement "user jusqu'au bout", tout simplement parce qu'ils sont "nommés". Nommés quoi ? là est la question...

Écrit par : paikanne | 06/09/2005

Evidences ? Cher Ubu,
Dans tous les métiers, il y a des excellents, des moins bons et des mauvais. Ton post est une évidence!
Je doute que tu trouves des contradicteurs, quoi que je me suis, par exemple, fait prendre à partie chez Serge ce soir... et je n'ai toujours pas compris pourquoi!
Amitiés.

Écrit par : Armand | 06/09/2005

Duke parle !!!!! Foin de modestie mon cher UBU,moi je sais que tu es un SUPER PROF.C'est dit!!!!!!
A bientôt ami.

Écrit par : DUKE | 06/09/2005

Bonsoir ;) Chère Paikanne,
Arrête, tu m'effraies : je suis nommé. Et j'essaie de ne jamais penser au long terme ;)) Que ceci ne t'empêche pas de poursuivre tes plaisirs scolaires ! ;)

Cher Armand,
Et oui, c'est une évidence(quoique, pour un syndicaliste quand même...;)) : mais aux discours qui nous critiquaient ont succédé des discours qui nous plaignent. Soit on a choisi notre métier : tant mieux pour nous et autant le faire correctement, au moins, en y prenant plaisir. Soit on l'a choisi par défaut : et alors on ne se sert pas de ce genre de cache-sexe publicitaire sans intérêt. Au fond, dans un monde d'images, on poursuit des reflets en ignorant la réalité.
NB : je suis passé chez Serge. Effectivement, les tendancieux n'aiment pas les modérés. Tant pis pour eux !
Sinon, je te livre le commentaire que j'ai laissé :
"je maintiens mon opinion par rapport aux blogs : ne pas signer est juste de la lâcheté (beurk !), insulter et signer reste de la complaisance et de l'insignifiance (bof !). Au moins, ainsi, tu sais qui ne t'apprécie pas et tu peux juger de la "qualité" des attaques." Et j'aurais dû ajouter que les empoignades étaient ridicules puisque sans intérêt... Je suppose que ça passera : je l'espère...
Amitiés.

Cher Duke,
Quand j'explose en classe, je ne suis pas sûr que mes élèves pensent de même : il paraît que je suis bon pour l'opéra. Pas comme soliste : comme choeur ! ;))))
A "dès que possible", ami !

Écrit par : Ubu | 06/09/2005

Cher Ubu, nulle frayeur, je ne parlais que de ceux qui n'arrivent même plus à "faire illusion" mais que l'on doit garder jusqu'au bout (et qui sait, un jour, ce sera peut-être jusqu'à septante ans...). Une petite remarque : je viens tout juste d'être nommée en français ; c'est vrai que je n'entame jamais que ma dix-neuvième année d'enseignement... il faut pouvoir être patient :-)

Écrit par : paikanne | 06/09/2005

Chère Paikanne, Je te félicite : je ne t'ai pas vue fonctionner mais je pense que tu le mérites ;) Au moins une bonne nouvelle en ce début d'année plutôt mouvementé ;)
A bientôt.

Écrit par : Ubu | 06/09/2005

je dis ça je dis rien mais j'aurais écrit un peu honteuses...
bon d'accord la paille et la poutre et toutes ces sortes de chausses ...

Écrit par : xian | 07/09/2005

encore un mot avant de recevoir un coup de casserole oué je sé Ketje Henri aurait dit goedendag mais ne dit-on pas
actuellement
nominé
plutôt que nommé ...
?

Écrit par : xian | 07/09/2005

Anecdote. Cela me rappelle mon début (et presque fin) de carrière.
Suis appelé chez la dirlo.
L'air très emmerdée : "Il y a une erreur dans les horaires. Vous ne fonctionnez plus aujourd'hui. Faites double-emploi. Vous êtes licencié."
Paraît que je suis arrivé effondré à la salle des profs.
Quand on ne connaît pas le langage spécifique au métier, ça surprend !
Amitiés.

Écrit par : rhadamanthe | 07/09/2005

... Personnellement, je ne comprends pas la désaffection actuelle par rapport au métier professoral. J'ai toujours au fond de moi, ce petit rêve d'abandonner l'interprétation (qui paye) pour l'enseignement (qui paye moins bien, mais serait plus gratifiant à d'autres égards)... :)

Écrit par : serge | 07/09/2005

" nous pratiquons un métier qui a son utilité pour peu que nous nous essayions à l'exercer au moins correctement " euh... parle pour toi, c'est pas le cas de tous les enseignants.
Malheureusement.

Écrit par : 1789 | 07/09/2005

Vu l'aut' jour... une nana (je sais plus qui) sur une chaîne française, fustiger l'école et la déclarer sur un ton péremptoire en complet décalage avec la société, donc inutile (sic).
Et de s'étendre sur les réalités du monde des entreprises, sur le multimédia omniprésent dans la vie des jeunes et absent de l'école, et blablabla...
Ca m'a tuée.
C'est pro-libéraux qui veulent faire des écoles des usines d'où sortent des petits travailleurs parfaits d'après le moule dessiné par le Medef me dégoûtent. Et l'apprentissage des valeurs humanistes, de l'esprit critique ??? C'est obsolète ? Ou dérangeant ???
S'y inscrit le multimédia. L'école n'est pas un jeu. Ce serait une erreur de la transformer en terrain grandeur nature de jeu de Playstation. Tout n'est pas ludique dans la vie (et sûrement pas le travail en entreprise multinationale) et ça aussi, ça s'apprend. Avec les limites, droits et devoirs qu'impliquent la vie en société quand on est un adulte responsable.
Mais je dois me tromper, ce sont les autres qui ont raison. D'ailleurs je ne suis pas objective vu que j'ai une formation d'enseignante, hein...

Écrit par : La Fée Carambole | 07/09/2005

Désolant. Cher Ubu,
J'aime bien Serge, mais je crois qu'il exagère vraiment!
Pourrais-tu voir ce qu'il a mis en commentaire chez moi et essayer de le raisonner...
Tu es la seule personne qu'il écoutera peut-être...
Amitiés.

Écrit par : Armand | 07/09/2005

Inutile? Cher Ubu,
Si tu crois que c'est inutile ou que cela peut te nuire, ne fais rien...
Amitiés

Écrit par : Armand | 07/09/2005

Bien dit Cher vieux, m'autorises-tu à afficher ton papier (c'est aussi une façon de parler) sur mon blog et à le diffuser à quelques collègues ?

Écrit par : Paul | 07/09/2005

Bonsoir Cher Xian,
JE t'avouerai que je n'ai pas compris ton allusion "honteuse" : aurais-je un trou dans mes chausses ;)) Bon je ne vais pas rejouer la petite chausse et les deux orphelines : ce serait censuré ;))) A propos, on dit bien nommé, sauf si le prof a droit à une nominette que sa maman lui a cousu dans son cartable ;)

Cher Rhadamanthe,
Il est vrai qu'on peut être licencié avant de commencer : on peut même être désagrégé mais le phénomène se développe dans la hiérarchie, quand on ne peut plus licencier les licenciés, qui s'accordent toutes les licences d'expoitations et se prennent pour des régents. Compliqué, lo monde enseignant ;)) Tu m'imagines faisant double-emploi : je crève le plancher ;))

Cher Serge,
Ne m'oblige pas à te rappeler qui fut à l'origine de cette mauvaise réputation : l'une est ministre d'autre chose mais n'a pas changé, l'autre est président de parti actuellement... Mais le discours lénifiant est tout aussi insupportable ;)

CHer 1789,
C'est bien ce que je dis dans mon post : même quand les conditions sont correctes, nombreux sont les enseignants qui mènent leur boulot comme s'il était uniquement en sandwich entre deux périodes de vacances. Ceux-là, soit ils laissent tout faire, soit ils sont sadiques : sinon, ils "rament" face aux élèves, qui n'ont pas nécessairement tort. Au fond, beaucoup d'élèves jouent le rôle de Test-Achat : les tentatives de rentrée permettent de se faire une idée. ET quand l'impression est bonne, ça roule (avec des cahots : normal pour des ados, non ? ) pour l'année. Sinon, bienvenue sur le blog, même si j'ai l'impression (fausse ?) qu'on ne va pas nécessairement être toujours d'accord. Ce qui est aussi intéressant ;))

Chère Fée,
Que ne l'as-tu changée en crapaud ? ;))) En fait, ceci mérite réflexion. D'un côté, il y a une conception venant du XIXème qui maintient la notion d'effort pour l'élève mais entretient l'infaillibilité du "maître", qui me semble relative. De l'autre, l'utilisation des médias (qui, à mon sens, devrait être enseignée au quotidien mais je ne me sens pas compétent en la matière) qui permet une initiation à beaucoup de domaines mais se résout à de nombreux divertissements, sauf quand elle est intégrée à des projets d'école, qui permettent de la structurer... Au fond, la formation continue pourrait avoir du bon, si elle n'était pas seulement là pour subventionner des ASBL ;) Plus sérieusement, je pense qu'il ne faut craindre ni l'ennui passager ni les plaisirs du jour : il y a encore des ados qui éprouvent du plaisir à apprendre. ET favoriser les repères plutôt que les tables de la loi : j'y reviendrai sans doute. Quand aux exigences des entreprises, tu te doutes de ce que j'en pense ;))) Certaines ont des initiatives louables et forment leur personnel : rien à redire. D'autres calculent leurs marges pour savoir où délocaliser...

Cher Armand,
Je n'ai pas encore vu le commentaire de Serge chez toi mais je vais passer. Ne te formalise peut-être pas trop : je pense qu'il est tendu par ses nombreuses visites de ce qu'il appelle les AAA.

Cher Paul,
Sans problème ! S'ils ne me lynchent pas pour autant ;))

A bientôt.

Écrit par : Ubu | 07/09/2005

à Ubu TTTTT, il y a aussi cette société où on veut de l'argent facilement gagné... La désaffection vient surtout des salaires pas assez élevés, un manque qui n'est plus (comme dans le passé) contrebalancé par l'attrait de la fonction :)

Écrit par : aldagor | 08/09/2005

minghia, ti! je vais me faire tuer... ube...si les enseignants n'étaient pas nommés... il prendraient garde à leurs fesses (je parle pour les baccalas).
T'imagine si le coiffeur, le médecin, le charcutier ou le mécano étaient aussi nommés et que même s'ils bossaient mal tu devaient passer par eux...
Tout incompétent ne mérite qu'une chose: être viré.
Je sais, puis y a un syndicaliste qui s'appelle ube qui se pointe, il nous sort son exemplaire de Germinal et les méchants deviennent gentil, etc.
PS: ne contez pas sur moi pour discuter trop sérieusement un blog...d'où le nom "minghia"

Écrit par : 1789 | 08/09/2005

Cher 1789, Pas sûr : pour te donner un exemple, nous organisons une après-midi d'accueil des 4G, nouvelle expérience pour nous) et pourtant une majorité d'entre nous est nommée. En fait, il y a des enseignants pour lesquels la nomination représente juste une stabilisation, une assurance que leur employeur ne les malmènera pas sous des prétextes douteux et il y en a d'autres qui poursuivent la sieste qu'ils avaient commencé dès le début de leur carrière, qui se sentiront toujours persécutés parce qu'en fait ils sont incompétents ou qui se rêvent déjà dans un cabinet, papier à la main. Quant aux charcutiers, coiffeurs, etc. (pas mécano, peux pas dire : pas de voiture !), soit ils veulent faire de la qualité soit leurs clients y vont par habitude ou parce que c'est le plus près ou encore parce qu'ils sont les seuls du coin. Donc attention, je vais te lancer "L'assommoir" du même Zola ;)))
A bientôt.

Écrit par : Ubu | 09/09/2005

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