11/09/2005

Droit de passage ?

J'ai parfois envie d'envoyer une claque à certains collègues qui gémissent sur leur sort, leur persécution par un système scolaire qui, certes déraille, mais dont les aléas ne les exemptent en rien de leur irresponsabilité.
 
Une amie m'explique le cas de son fils, qui désirait développer son travail de fin de sixième année primaire sur le sujet qu'il avait choisi : la seconde guerre mondiale. Sujet ambitieux mais intéressant pour un gosse de onze ans ? Pas du goût de son institutrice, qui l'a trouvé trop "sanguinolent" ! Et oui madame, les Allemands ont occupé la Belgique, des civils ont été tués sur les routes de l'exode, des Juifs ont été déportés au départ de Malines, des prisonniers ont subi les tortures de Breendonck : cela est sans doute moins intéressant qu'un dossier sur le café, la baleine bleue ou le chocolat. Cette institutrice, confite dans son insuffisance, doit sans doute considérer que le journal de Mickey informe très bien, que les Bisounours (excusez-moi, je date !) représentent un idéal de société et que "Les feux de l'amour" sont le sommet de la création audiovisuelle.
 
Un autre ami m'exposait le cas de son fils qui , ayant effectué ses études dans un établissement primaire où il avait brillamment réussi, se retouvait en grosse difficulté dès le tout début de sa première année du secondaire. Plusieurs solutions se proposent pour résoudre cet apparent paradoxe. Soit ce garçon a subi un phénomène de lobotomisation dû à la puberté, auquel cas il est étonnant que ce phénomène n'ait été repéré qu'à la sortie de certaines écoles. Soit ses examens finaux étaient trop faciles, pour ne pas décourager les beaucoup moins doués que lui : nous retrouverions dans ce cas le "nivellement par le bas" qui donne de jolis taux de réussite contredits par la réalité des faits. Soit, encore (ça commence à faire beaucoup pour une alternative !), il ne fallait pas déranger l'instituteur en train de lire son journal local tandis que les mômes s'acharnaient pour la trentième fois sur le même exercice de conjugaison qu'ils finissaient par connaître par coeur, au détriment de tout le reste, et sur lequel ils seraient exclusivement interrogés. Les deux dernières hypothèses me semblent vraisemblables et seraient presque drôles si elles ne se cristallisaient en tragédies.
 
Des incompétents, on en rencontre partout : il n'y a pas de raison que le métier d'enseignant soit épargné. Mais n'est-il pas étrange que l'on ne se demande pas comment il se fait que des élèves doués deviennent des sommets d'inculture, complètements déphasés ? Peut-être parce qu'ils ne sont, en fait, que des sommes d'incompétence, de l'incompétence de leurs "maîtres" qui se sont complus (j'hésite franchement sur cet accord !) à ne pas faire grand-chose, à épuiser leur catalogue de constats pour préserver leur paresse,  à brouiller les repères mêmes qu'ils devaient permettre à l'enfant de se construire. Peut-être parce que ces prétendus pédagogues éructent leurs principes, leur fameux enseignement pour tous, en oubliant qu'ils devraient pratiquer l'enseignement de chacun. Peut-être parce que le "maître" ne commet jamais d'erreur, et encore moins de faute, puisqu'il est le "maître" : ce que l'on pourrait nommer une tautologie administrative ou bien du crétinisme aigu, selon ses envies.
 
Tristan Bernard avait écrit, en son temps, un ouvrage intitulé "Les parents paresseux" où il rappelait l'indécence des ces parents qui exhortaient leurs enfants à travailler tandis qu'eux-mêmes s'affalaient en plaisirs ineptes, billevesées routinières et autres loisirs inconséquents, tout en drapant dans la dignité de leur condition de parents, les plus médiocres s'en prévalant même. Il serait facile d'écrire un ouvrage nommé "Les enseignants paresseux" dans le même esprit, dont les professeurs, ceux qui méritent ce nom parce qu'ils essaient au moins de l'être s'ils ne le sont pas encore, apprécieraient la pertinence. Quant aux autres, laissons leurs cervelles fatiguées se reposer : il doit bien leur rester l'une ou l'autre page de leur nullité à colorier...

00:56 Écrit par Ubu | Lien permanent | Commentaires (9) |  Facebook |

Commentaires

Bonsoir Ubu... ...autorisez-moi une question hors-sujet et qui concerne le "Plan Marshall"
Sur nos ecrans, quand on cite le plan, on parle d'investir dans la "formation".
Ce qui m'etonne le plus c'est que l'on fasse l'impasse sur l'enseignement...or pour moi je trouve qu'il est plus important de "hausser" le niveau de l'enseignement en communaute francophone que de "former" des "cancres" a la sortie de l'ecole.
Suis-je dans l'erreur, ai-je mal compris, vont-ils investire dans l'enseignement...pourriez-vous donnez votre idee sur ce point ?

Amicalement.

Écrit par : item | 11/09/2005

Cher Item, Bonsoir également. En fait, je n'ai pas de réponse précise à vous donner : juste quelques suppositions.

Dans ses fonctions précédentes, Marie Arena Notre Très Haute était en charge des Instituts des classes moyennes (parastataux en Wallonie, privés à Bruxelles si je ne me trompe). Et son fameux contrat stratégique (dont le projet fut signé également par les fédérations patronales et syndicales ainsi que par les représentants des classes moyennes) prévoit de mettre l'accent sur le qualifiant, en visant d'ailleurs des profils de formation et de qualification sans plus trop parler d'enseignement. Donc, il est vraisemblable que des investissements se feront mais en exigeant le sacrifice des cours généraux, par exemple, qui deviendraient modulables, au profit des stages en entreprise qui deviendraient déterminants. A terme, on ne parlerait d'ailleurs plus que d'enseignement qualifiant, et plus de technique ou de professionnel. Si le ministère y arrive, ce dont je doute...

A supposer que ceci soit mis en application (et tout ceci réclame vérification) nous nous retrouverions avec des filières qualifiantes qui formeraient des élèves "compétents" dans un domaine précis et disposant de matériel adapté (ce qui est loin d'être le cas actuellement), sans doute en collaboration avec des centres de formation, mais qui ne pourraient s'adapter à d'autres exigences, voire changer de carrière. Sous réserve, bien entendu, que ces formateurs soient aussi patients que certains profs des filières de l'enseignement de qualification ou des CEFA (centres de formation en alternance, où l'ambiance est plutôt "dure"). Personnellement, je trouve que cela restreindrait sévèrement l'horizon des techniciens et consacrerait une spécialisation contestable des élèves du professionnels. J'ai connu des centres de formation qui fonctionnaient très bien quand ils recrutaient des volontaires et qui ont plongé lorsqu'ils se sont retrouvés dans le cadre des formations ONEM : je crains que la question de l'obligation scolaire ne mène aux mêmes résultats.
Quant à un refinancement de l'enseignement dans sa globalité (vieille revendication des enseignants) , il ne semble pas intéresser les auteurs du plan Marshall : l'autonomie, l'épanouissement personnel ou la créativité ne doivent pas être des compétences ;)

J'espère vous avoir donné au moins un embryon de réponse.

A bientôt ;)



Écrit par : Ubu | 11/09/2005

... A propos du post d'Ubu : n'oublions tout de même pas le rôle des parents, qui souvent se deresponsabilisent également... Pour le reste, heureusement qu'il y aussi des incompétents dans le corps professoral, non mais!! :)
Ceci dit, la WW2, c'était très sanglant!
A propos de la question d'Item, tout cela participe d'une société où on donne un peu trop de pouvoir aux entreprises (qui deviennent dans le meilleur des cas la famille dU travailleur et dans le pire de véritables dieux) et où la vie entière (dont la formation) ne semble plus qu'avoir un seul but : servir l'entreprise... ciao

Écrit par : aldagor | 11/09/2005

se méfier du système "roue libre" Rien ne semble échapper à ton analyse, Ubu.
On reconnaît le prof...essionnel.
Ce qui manque aussi, c'est la foi en un monde meilleur, en un avenir dont les enfants seront les acteurs. Les enfants d'aujourd'hui seront nos futurs médecins, politiciens, enseignants, flics...et voyoux. Ils seront les adultes avec lesquels nous cohabiteront. Et nous avons tous intérêt à ce que les enfants soient TOUS bien préparés.
C'est vrai, l'éducation, c'est d'abord la famille.
On peut tolérer que nos voisins se trompent avec leurs enfants (parfois de bonne foi) mais on ne doit pas accepter que l'école nous tourne le dos.
Merci et à bientôt.
:-)

Écrit par : 1789 | 11/09/2005

Ton premier exemple... Cher Ubu,
La mode actuelle est d'éviter les images violentes au journal télévisé.
Pourtant, il existe des guerres, des tsunamis et autres horreurs.
Dans la vie de tous les jours, on atténue tout: les vols de sacs aux vieilles dames deviennent des "incivilités" par exemple.
L'institutrice a essayé d'extrapoler dans son domaine après une lecture de JJ Rousseau.
C'est un phénomène général: ne pas traumatiser les gosses et leur laisser la surprise de découvrir le monde dans toute son horreur après les études. J'appellerais ça "donner des tons pastel à la réalité"...
Dernier exemple pour te dérider un peu...
Une infirmère devant enlever un sparadrap sur un bras velu demanda au patient:
- Comment dois-je l'enlever: par un grand cri ou par une série de petits gémissements?
La mode actuelle est celle du grand cri, et surtout, hors de la clinique!
Amitiés.

Écrit par : Armand | 11/09/2005

Bonsoir ;) Cher Serge,
Il m'est plus facile de parler des enseignants que des parents : je rencontre plus souvent les premiers. Mais j'ai déjà entendu des "Vous êtes trop exigeant" venant de parents catastrophés. Dans ces cas-là, j'explique pourquoi ;)
En ce qui concerne ta seconde remarque, je pense que les syndicats sont sur la même longueur d'ondes que la FEB : eux aussi visent à transformer l'enseignement en grand centre de formations. Ne doivent pas y comprendre grand-chose non plus...

Cher 1789,
En fait, si l'éducation est menée aussi par des professionnels responsables, c'est pas plu mal. Et puis, on apprend aussi par opposition : contester ses profs, c'est aussi se donner les moyens de les dépasser, n'est-ce pas ? Cela me fait penser à quelqu'un qui avait des dons en rédaction ;)))

Cher Armand,
Je pense que ce rapport à l'actualité est un plus grand risque encore : les enfants pourraient brouiller la fiction et la réalité. Et quand la violence est historique... Je préfère qu'ils sachent de quoi le monde est fait, sans qu'on les soumette à nos saintes trouilles ;)

A bientôt.

Écrit par : Ubu | 11/09/2005

Raisonnements... Cher Ubu,
Je n'ai pas pris position... J'ai juste expliqué ce que je croyais être le raisonnement de l'institutrice et constaté la tendance actuelle...
La surprotection est aussi nocive que le l'aisser-faire.
Je n'ai rien voulu dire d'autre... (J'ai assez donné aux cloportes pour devenir très très prudent dans l'expression de mes idées personnelles.)
Amitiés.

Écrit par : Armand | 12/09/2005

a propos de la réponse à Aldagor Bonjour Ubu
j'espère que tu ne me reprocheras pas cette pointe de cynisme, mais es-tu sûr que syndicats et patrons ne comprennent pas grand chose aux buts à proposer à l'enseignement?
la division du travail en général (du traitement des déchets à la création de lois) n'impose-t'elle pas une division de la société qui suivra, comme de bien entendu, les divisions sociales déjà existantes? (Monsieur Reynders accepterait-il l'idée que son fils ramasse les poubelles avec Désiré et Abdallah?)
Il y avait deux écoles dans la petite ville où j'ai passé mon enfance et mon adolescence... alors que l'école dans laquelle j'étais gardait une petite place pour les futurs notables de la ville, l'autre préparait surtout les futurs bouchers et coiffeurs...
Peut-être as-tu eu l'occasion de lire la "République" de Platon. Il y propose un enseignement dont le but est de trouver à chacun la place qui lui convient dans la Cité. La méthode est un apprentissage progressif de matières de plus en plus complexes. Le niveau atteint sera celui atteint dans la société... on nous parle d'enseignement général, mais il est évident que la généralité des matières n'est pas diffusée de manière égale au sein de la jeunesse belge... là où le but est qu'on puisse lire la Dernière Heure les Sports, d'autres visent le Monde Diplomatique...

Écrit par : gorgo | 12/09/2005

Bonsoir ;) Cher Armand,
Ne t'inquiète pas ! ;) C'est simplement que cette suprotection me semble dangereuse : surtout quand elle étouffe les questions d'un enfant... Le repère me semble plutôt mauvais ;)

Cher Gorgo,
Je pensais plutôt aux "Héritiers" de Bourdieu, qui rappelle les origines et orientations de l'enseignement public obligatoire. il montre très bien la persistance d'un ordre social, une fracture jamais réduite, selon lui. A boire et à manger ;) Sinon, la "République" de Platon ressemble quand même à une dictature, fût-elle celle des philosophes : il vaut mieux éviter d'y être poète ;) Mais l'idée de la formation personnelle sans contrainte serait un joli rêve à réaliser. A condition que tu ne me forces pas à lire les éditos de Ramonet : sinon, je lis la DH ;))) D'ailleurs, elle doit s'améliorer : elle a enrôlé Mateusz ;)

A bientôt ;)

Écrit par : Ubu | 12/09/2005

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