18/09/2005

La conjuration des imbéciles, le retour...

Parlons d'Anne Morelli. Un cas intéressant, notre petite soeur des pauvres laïques que nous sommes : la voir donne l'impression d'admirer une poupée de chiffon fatiguée, made in china, qui nous abreuve de poncifs aussi éculés que ses quelques mots coutumiers d'introduction. Evidemment, Anne Morelli n'est pas Thierry Meyssan, le grand monsieur qui ne croit pas aux avions et dont les idées, par conséquent, volent bas, le persécuté professionnel qui écarte le journalisme professionnel et croit à la rumeur, le prophète des contestations alternatives qui mène des enquêtes  comme d'autres chantent leur karaoké vespéral. Non, Anne Morelli est historienne : elle est beaucoup plus responsable puisqu'elle mène des combats contre les mythes, la propagande, les religions... Et pourtant...
 
Anne Morelli est une immigrée professionnelle : à chaque fois qu'elle évoque ses modestes origines italiennes me vient l'envie de m'exercer au lancer de mes tagliatelle al pesto. Cette manière  d'insister lourdement sur des origines que nous avons en commun pour se dédouaner des inepties qu'elle va se préparer à proférer m'exaspère depuis longtemps. Anne Morelli est donc d'origine italienne, comme pas mal de milliers de mes compatriotes : à chaque fois, j'espère entendre les nouvelles variations d'une sauce bolognaise subtilement réinventée ou le truc pour réussir ses tortelli vitello, espoir toujours déçu. Alors, forcément, je me lasse. Et c'est d'une main à l'agitation tentatrice que je parsème le reggiano amoureusement râpé sur la table. Bref, je me lasse. Pourtant, d'habitude, je suis gai comme un Italien quand il sait qu'il y aura de l'amour et du vin. Mais du vin sur un ulcère et l'amour avec la soeur Anne : je préfère ne rien voir venir.
 
Anne Morelli s'insurge contre les mythes et la propagande : je lui donnerais bien raison mais je doute un rien que ma confiance soit bien placée. Lorsque j'étais à l'université, il y eut des mouvements sociaux : j'appréciais alors (et maintenant ?) la contestation, d'autant qu'il s'agissait de faire sonner les oreilles d'un président du conseil d'administration nommé Hasquin, dont j'avais subi l'incourtoise suffisance lors d'un cours pénible sur les Temps modernes, ce qui relativise d'ailleurs la conception de la modernité du susnommé. Des réunions folkloriques, je passai donc aux réunions estudiantines : j'abandonnai bien vite, légèrement nauséeux. Ces assemblées, les membres du PTB les monopolisaient de cette langue de bois qui me file des échardes et une dadame, fagotée comme une bonne soeur en civil, les pouponnait. Je ne peux pas dire que le premier regard que nous échangeâmes fut amoureux : moi, dans la famille Marx, je préfère vraiment Groucho.  Depuis, cela s'est arrangé : lorsqu'Anne Morelli précise qu'elle est apolitique ou quand elle donne une interview bidonnante sur le site du PTB, je glousse un peu. J'apprécie ses efforts méritoires pour me faire rire.
 
Depuis, j'ai parfois marché dans des mouvements, parce que je me sentais impliqué parfois, ou simplement parce que j'estimais ceux qui se battaient pour de belles idées. Il m'est arrivé de croiser ma petite soeur des pauvres préférée, souvent dans le coin des agités de Solidaire qui se gargarisent de défendre la cause ouvrière. Et j'ai songé alors que ma ravageuse de mythe est atteinte d'une certaine presbytie qui la confine dans le registre des propagandes mièvres qu'elle confond dans ses affirmations péremptoires. Je pense toujours que l'historien qui prend des poses politiques en s'en défendant mérite les critiques parce qu'il crée l'illusion d'une vérité là où ne traînent que ses obsessions maladives. Je m'agace de sa prétention à trancher au nom de sa vague appartenance à un Institut d'étude des religions, d'exprimer une laïcité doctrinaire au coeur de laquelle je ne me retrouve pas, et de l'entendre défendre les sectes, sous le prétexte que les religions seraient plus dangereuses encore. Bref, je ne marche plus.
 
Anne Morelli se prend pour un paradoxe : elle n'est qu'un creuset d'obsessions mal affinées qui se répand dans les médias en passant pour une historienne critique, elle dont les idées se sont arrêtées de tourner mais donnent encore le vertige. Je n'apprécie que les vrais paradoxes et l'humour volontaire : pas la bêtise doctrinaire des prophétesses scolastiques.  Décidément, je préfère Groucho Marx.  

15:01 Écrit par Ubu | Lien permanent | Commentaires (13) |  Facebook |

Commentaires

Qui trop embrasse... Ne connaissant pas cette dame, j'ai été rechercher son pédigrée chez Google. J'y ai appris qu'elle était prof de critique historique à l'ULB. J'ai aussi lu quelques-uns de ses écrits sur l'Irak (préparation à la guerre d'-), les sectes (leur nuisance ne serait pas aussi grande qu'on nous le dit)... Opinions tranchées sur tout et je n'aime pas ça.
Par contre, elle m'a fait bonne impression quand elle a parlé de l'épée de Godefroid de Bouillon, remise à De Gucht et exposée pour les 175 ans de la Belgique. Elle a dit "Selon moi, exposer cette épée équivaudrait à aller se recueillir devant une machette des génocidaires rwandais". Cela témoigne d'un certains courage...
Sur son livre concernant l'immigration en Belgique, tu en sais probablement plus que moi... et je m'abstiendrai donc de tout commentaire.
Je dirai donc, bilan mitigé et difficile de se faire une opinion en quelques minutes, sauf que: "Qui trop embrasse mal étreint". Mais tout le monde aime exprimer des opinions dans des domaines où il est béotien: Ubu sur le nucléaire et les OGM's, Armand sur la façon d'enseigner...
Amitiés.
P.S. Tu vois que j'ai (un peu) étudié avant de te répondre et que j'ai essayé d'être objectif. M'as-tu busé?

Écrit par : Armand | 18/09/2005

... Mais que t'a-t-elle donc fait cette pauvre madame? Dans A. Morelli, y a persque amor. Elle peut pas être méchante! :))

Écrit par : aldagor | 18/09/2005

Bonsoir ;) Je vous écris sous les vibrations d'un podium électronique ;)

Cher Armand,
Courage peut-être mais prise de position tranchée : ça tombe bien pour une épée. Non, plus sérieusement, le fait qu'elle évoque cette histoire dans une interview au PTB la décrédibilise. Sinon, pour le reste, hormis son (absence de) style qui m'agace, je dois dire que c'est surtout son point de vue très partisan qui m'agace profondément, parce qu'il crée une confusion entre une approche historico-critique et un prosélytisme politique : même si elle dénonce parfois ce dont nous pourrions être tous deux convaincus, nous continuerons à faire chambre à part, Dieu merci !
Euh, je parlais de manière métaphorique, bien entendu ;)
Et encore, je rapporte que ce que je peux constater ;)) Si tu le désires, ty peux consulter ces quelques documents (une réponse de Serge Moureaux suite à ses propos concernant les sectes, son interview sur le site du PTB, une étude d'Emmanuel Taïeb sur les rumeurs et la propagande)

crps.univ-paris1.fr/doctorants/Taieb_Rumeurs_de_guerre.pdf

http://www.ptb.be/scripts/print.phtml?object_id=27187

http://users.skynet.be/wihogora/sectes-lsoir-220103.htm

Bonne lecture ;)

Cher Serge,
Tout est dans le presque ;)) En plus, elle a l'air convaincue : elle n'est pas convaincante. Je préfère Marc Ferro : ses livres sont souvent passionnants.

A bientôt ;)

Écrit par : Ubu | 18/09/2005

on ne va pas s'enerver... parlons plutôt de pesto... je suis justement en pleine préparation. Je vais en faire pour quelques mois... C'est la spécialité maison et je dis à ceux qui n'aiment pas qu'ils n'en ont jamais mangé de vrai.
Groucho? Bizarre qu'il n'ait pas autant d'adaptes que Karl :-)

Écrit par : 1789 | 18/09/2005

Geneviève Taboui Cher Ubu,
Avant de te commenter, j'avais trouvé l'article du Soir et des extraits de l'article où elle se comparait avec Geneviève Taboui (que tu n'as pas connu, mais qui me rasait dans ma jeunesse).
Cette dame m'indiffère plus qu'elle ne m'indispose... Tout ce qui est excessif est dérisoire, dit-on.
Faire chambre à part: je te comprends, car elle pourrait être ta mère! ;) ;)
Amitiés.

Écrit par : Armand | 18/09/2005

Ubu :-)))Tu n'es vraiment pas sage!
Enfin grâce à Morelli, j'ai une recette du pesto qui a l'air sympa

Écrit par : Epicure | 19/09/2005

Arena Bon sang mais c'est bien sûr, je confond tout, c'est normal j'ai lu l'histoire de Bruxelles chez Xian qui fait sa pub ici en catimini et en pousse pousse que c'est pas seulement en Chine et chez les Viets que ça pédale...
Chaque mardi et jeudi dès à présent : les chapitres étonnamment actuels de l’histoire Bruxelloise d’Henri premier dit Gambrinus, de la huitième merveille du monde qui n’est pas l’atomium mais le bourgmestre de Locquenghien, celle des nuits espagnoles qui valent bien les gueux de Bruges, celle de Van der Noot oùsky avait une clinique que j’ai été coupé de l’appendice, tout sur Ketje ou Tintin chez les Belges en tricycle à moteur et passagers à l’avant !

Écrit par : xian | 19/09/2005

Bonjour (avant une journée avec boulot ;)) Cher 1789,
Bien trouvé : pendant la préparation, je ne pourrai pas me fâcher. A moins de vouloir ressembler au Géant Vert ;)))

Cher Armand,
Heureusement, ma maman est tellement mieux : elle est prof de religion et athée... Ses anciens élèves, qui viennent de changer de prof, sont venus la voir : "Qu'est-ce que c'est Madame, que ce prof de religion ? Il nous dit qu'il croit !" :))))

Chère Epicure,
Pas sage non : peste (j'ai pas dit pesto ;)) soit des fâcheuses, des importunes et des Morelli (qui n'est pas une variété de pâte en forme de champignon, je le rappelle ;))

Cher Xian,
Serais-tu atteint de bruxellose ? ;))

A bientôt.

Écrit par : Ubu | 19/09/2005

ah:) un petit débat Morelli - monseigneur Léonard? C'est assez truculent, je dois dire.
Mais, plus qu'une heure avant 10 h et la rituelle messe des fêtes de Wallonie. Je me demande à côté de quel politicien l'évèque à la grosse (très grosse) bague va être assis cette fois. (Non, je n'y vais pas, c'est pour le "beau" monde, je regarderai les infos à la télé locale).
Mais, je me demande si notre ami Benoît... ne devra pas professionnellement parlant accompagner son boss:)))

Écrit par : deborah | 19/09/2005

Flash back Arf, ton portrait est beau comme les arrangues de Javeau au sujet de le même personne, lol, en te lisant, j'ai vraiment cru l'entendre, voici quelque temps, dans un auditoire Ulbiste...

Écrit par : La Fée Carambole | 19/09/2005

Karl Kraus, contre l’empire de la bêtise, par Alain Raccardo ds le monde diplomatique
aout 2005

Écrit par : Epiqure | 19/09/2005

Bonsoir ;) Chère Deborah,
Tu me donnes une idée : si on les mariait ? :)))) Anne et Léonard, pas Benoît : il ne mérite pas ça ! ;)

Chère Fée,
Je n'ai jamais entendu Javeau que sur les ondes : s'il pensait vraiment ainsi, il me plaît ;))

Chère Epicure,
L'empire de la bêtise ? C'est un peu comme pour "Mort aux cons" : trop de boulot ! ;))

A bientôt.

Écrit par : Ubu | 19/09/2005

Sympatoche... Depuis peu, je m'amuse à collecter toutes les citations de la dame qui me semblent dignes de railleries. (Quand on a des travaux à rendre et qu'on s'emm..., on se défoule avec les moyens du bord!) Bref, voir une critique écrite avec bien plus de verve que n'en a celle qui affirme que « l'identité pourrait ressembler à une pâte feuilletée » fait toujours plaisir! Si tu possède de ses perles, n'hésite pas à les mettre en ligne...

Compliments!

Écrit par : Prosper, purineur. | 31/01/2006

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