19/09/2005

La Tchétchénie, ils s'en foutent aussi...

Ce vendredi, je me suis rendu au Théâtre de Poche pour les premières rencontres. D'habitude, il s'agit d'y découvrir les comédiens qui sortent des écoles théâtrales francophones et quelques invités dans des saynètes inégales mais qui réservent quelques bonnes surprises.  Cette fois, la surprise fut de taille...
 
Je m'attendais à un spectacle choc : "la Tchétchénie, tout le monde s'en fout"" nous prévenait un slogan publicitaire peu subtil. Malheureusement, ce manque de subtilité s'était étendu au spectacle : je n'arrivais pas à croire que ce déballage putassier pouvait se vouloir un hommage aux souffrances d'un peuple. Je ne pouvais croire que des metteurs en scène dont j'ai pu apprécier le talent, en d'autres lieux il est vrai, et de jeunes acteurs, au métier très incertain, se soient compromis dans un spectacle de propagande.
 
Une heure et demie de guimauve indigeste pour apprendre que Poutine est un salaud, ce dont on se doutait, pour apprendre les tortures subies par les victimes, les vagues états d'âme des soldats russes, ou encore que les femmes tchétchènes "ne se suicident pas", sauf par désespoir. Une heure et demie pour voir (définitivement ?) sombrer un théâtre dont j'avais apprécié l'audace avant qu'il ne cède au style de l'agit-prop. Une heure et demie à me sentir malade et nauséeux en constatant les pleurs de spectateurs qui venaient de là-bas, qui s'y sentaient encore tellement que même le pitoyable étalage de médiocrité qu'offrait cette soirée pouvait le rappeler. Une heure et demie de scènes grotesques et ridicules, balancier parfait des confiseries prévisibles d'Europalia Russie...
 
Des pièces subtiles sur la guerre, il y en a eu : ainsi Enzo Cormann avait-il écrit un superbe Diktat  qu'un ami m'a fait découvrir, au même titre que le pur bijou de Carole Fréchette, Le collier d'Hélène, que j'aurais bien envie de monter avec mes élèves. Par contre, cette propagande martelée, si coutumière au Poche depuis que son directeur préfère les bons sentiments et la démagogie aux auteurs, j'avoue que je ne la supporte plus. Périodiquement, quand mes pas m'entraînent, j'espère revenir avec le plaisir d'un spectacle provocateur mais intelligent, innovant jusqu'aux limites du théâtre. Espoir rarement comblé. Peut-être que les prochains Contes urbains oublieront d'être bêtement démagogues, eux, pour changer un peu : peut-être que l'on n'oubliera pas d'écrire et de monter un spectacle...
 
Un spectacle peut aborder des thèmes d'actualité sans se perdre dans l'engagement de circonstance ou la bonne conscience en solde. Il impose une réalité par des artifices, une mise en scène, un jeu : il cumule les partialités. Et parfois, c'est insupportable... Dans ce genre de cas, je préfère le travail d'un photographe ou d'un correspondant de guerre qui, même s'il se voit imposer la brièveté de ses commentaires, sait rester honnête. Lui peut garder une déontologie : elle ne semble plus de mise chez certains "théâtreux". N'est-ce pas, M. Mahauden ?  

23:35 Écrit par Ubu | Lien permanent | Commentaires (9) |  Facebook |

Commentaires

Essaye ça! Le ticket Voici les règles non conventionnelles du spectacle : deux candidats se présentent. A l’issue de la représentation, le public devra choisir entre « ELLE » et « LUI ». Evidemment, dans leur campagne de séduction, tous les coups sont permis… Et vous, spectateurs, devrez choisir. Pas question de vous défiler car vous avez acheté UN TICKET ! Sous les allures d’une comédie, ce reality show grinçant interpelle les consciences et risque de bousculer les plus irréductibles spectateurs.

Ca me parait une excellente parodie immonde. Je ne suis pas certaine d'avoir besoin de la parodie en plus. De la tchétchénie,non plus!

Écrit par : Epiqure | 20/09/2005

Bien dit Salut l'ami, pourquoi ne l'envoies-tu pas au Poche ?

Écrit par : Paul | 20/09/2005

Virer sa cuti ? Cher Ubu,
La réalité dépasse souvent la fiction...
Tu te souviens de l'évacuation de la dette des pays du Tiers Monde? Eh bien, certains pays (regarde bien l'article référencié pour deviner qui) veulent déjà le remettre en question!
Et les salauds de hier deviennent les héros d'aujourd'hui dans ce mauvais drame aux vrais morts: vois Blair et le G7 (ou 8), par exemple...
J'en parle jutement, mais ça, contrairement à la Tchéténie, personne ne le sait!
Amitiés.

Écrit par : Armand | 20/09/2005

La vérité est ailleurs... Excuse-moi, j'ai été un peu confus: je voulais comparer les vérités éculées au Poche avec les vérités occultées en Afrique...

Écrit par : Armand | 20/09/2005

... Cher Ubu, tu mets là le doigt (et la main entière, d'ailleurs) sur un problème récurrent dans le théâtre belge : l'absence d'auteurs véritables, ou plutôt la main-mise de certains sur la création (principalement des directeurs de théâtre ou des acteurs qui croient qu'ils sont à même d'écrire parce qu'ils trouvent que "la guerre c'est moche)...
C'est principalement un problème économique (une personne en moins à payer) et de mentalité (l'essor de l'impro fait croire à tout le monde qu'il est facile d'écrire...)
Tu ne vas pas de sitôt cesser d'être déçu!
Bonne journée

Écrit par : aldagor | 20/09/2005

Bonne fin d'après-midi et bon apéro ! ;)) Faudrait vraiment que je varie la formule ;)))

Chère Epiqure,
Il n'est pas sûr que la comparaison s'impose tout à fait : De Staercke est talentueux (on peut l'apprécier dans "Est-ce qu'on ne pourrait pas s'aimer un peu?"), il provient de l'impro, qui parodie les matchs de hockey, et les reality-shows n'obligent personne à y participer (à part l'émission de Bataile et Fontaine, qui piège les gens) En fait, c'est surtout l'approche commerciale qui m'inquiéterait : si le théâtre se met à produire des concepts à la manière d'Ardisson, je vais finir par sortir de la salle en cours de spectacle. La parodie est déjà présente dans ces émissions très codifiées ...

Cher Paul,
C'est fait : bonne idée ! On verra la réponse ;)

Cher Armand,
D'où l'intérêt d'avoir une presse forte et diversifiée, au lieu de laisser ce genre de sujet à des hommes de spectacle ;)

Cher Aldagor,
Il y a encore des spectacles qui sont susceptibles de me plaîre : ceux qui prennent des risques ;) Rendez-vous à La Balsamine, à L'Océan Nord, à L'l, aux Brigittines et peut-être au National (gonflée, la programmation de Colinet) et au Rideau.

A bientôt.

Écrit par : Ubu | 20/09/2005

L'âge de devenir gâteux. Cher Ubu,
Es-tu certain d'avoir bien compris l'article de IPS? Ma lecture en était très différente (j'allais écrire "opposée")... Il est vrai que l'âge ne me facilite pas la compréhension de choses compliquées...
Amitiés.
Si c'est moi qui ai mal compris, excuse-moi... Je fais de mon mieux mais suis perturbé par de telles ignominies...

Écrit par : Armand | 20/09/2005

Cher Armand, Je survole parfois à un tel point que je plane : dès que je vois Blair, je vois rouge ;))
Amitiés

Écrit par : Ubu | 20/09/2005

Le blair de Blair. Cher Ubu,
Cela s'appelle un réflexe conditionné...
Tu détestes les socialistes, c'est ton droit... ;) ;) ;) (Couteau enduit de moutarde dans la plaie)
Pour toi, un blair, c'est un nez d'animal!
Amitiés.
P.S. Il pouvait arriver à Méphisto de commettre parfois un acte de bonté... ne fut-ce que pour ennuyer le Saint Esprit!

Écrit par : Armand | 20/09/2005

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