22/09/2005

Des vies de fantômes...

C'est une sensation très étrange que de renifler des fantômes au hasard des rues. Les transports en commun, les trottoirs trop étroits - enfin, surtout quand je dois déplacer mon 44 fillette et mes 100 kilos bien emballés - fourmillent de gens de passage dont ne restera qu'une odeur ou le souvenir de jolies courbes, froissis de tissu et déhanchement gracieux.
 
Et pourtant, certains de ces fantômes deviennent vite indésirables : non que leur conversation manque d'intérêt, puisqu'ils ne parlent davantage que les autres, ou que leur tête soit laide à faire peur, particulièrement plus laide que celle de la voisine d'en face qui promène son chien tout bigoudis et peignoir dehors. Non simplement, ils sont de ces revenants que l'on invite à repartir, on ne sait où mais sûrement ailleurs.
 
Réfugiés politiques en attente d'une reconnaissance officielle des risques qu'ils encourent, à l'heure où certains hommes politiques croient malins de mettre sous linceul un génocide que certains de leurs collègues refusent aveuglément de reconnaître, réfugiés économiques qui ont quitté une misère absolue pour une marginalisation tout aussi absolue, Tziganes errants qui ont dû plier les bagages parce que les fachos de l'est poursuivraient bien ce que ceux d'Allemagne avaient commencé : bref, tous ceux qui sont peut-être nés quelque part mais ont dû partir semblent en suspension dans nos villes.
 
Ils rêvaient d'ailleurs et l'ont incarné dans notre quotidien.  Nos autorités les jugent souvent indésirables : il faut donc que nous ne les désirions plus. Que nous acceptions qu'une démocratie transige avec le droit d'asile. Que nous comprenions qu'un pays riche ne peut accueillir toute la misère du monde. Que nous soyions raisonnables parce que des petits haineux du dimanche, qui croient malin de se gargariser des conneries supérieures de leur race, aboient un peu fort et ne trouvent qu'une idée commune : s'affirmer contre ce qui est pour et pour ce qui est contre. Que nous nous protégions, pire calfeutrions dans nos maisons parce que ces étrangers pourraient venir égorger nos fils et nos compagnes avant que nos braves soldats soient sortis du tombeau , comme pour un nanar gore à souhait. Que nous nous rappellions qu'il y a beaucoup de criminels et de petits délinquants parmi ces sans-papiers, alors que notre police est déjà bien occupée à enquêter sur les tueries du Brabant, avant la prescription prochaine. Que le moi est génial et l'étranger haïssable. Que les étrangers ne sont pas tous mauvais, y en a des biens, mais qu'ils sont nuls. Qu'il faut karchériser les quartiers de leur délinquance, de leurs clandestins. Qu'il faut expulser les squatteurs parce qu'ils risquent leur peau et que se faire virer de son domicile de fortune par la police est sûrement le meilleur moyen pour que les enfants de ces familles d'irréguliers respectent les forces de l'ordre...
 
Un ami m'avait dit un jour que l'on pouvait juger une société à sa manière de traiter les plus faibles de ses membres. Il semblerait que certains de nos politiques préfèrent des idées de basse-cour : ils nous gavent de leurs slogans, comme des oies. Avant de nous apprendre à marcher au pas ?

18:43 Écrit par Ubu | Lien permanent | Commentaires (10) |  Facebook |

Commentaires

Suis passée suis d'accord

Écrit par : Fléa... | 22/09/2005

Sentiment de culpabilité. Cher Ubu,
Ce que tu dis est très vrai, et cela rejoint, pour les "réfugiés économiques", ce que je dis depuis bien longtemps sur la répartition mondiale des richesses...
Tu sais, mon histoire de la coquette qui ne porte une robe qu'une soirée alors qu'il a fallu une semaine à une enfant à la fabriquer...
Si on voulait accepter toutes les personnes qui veulent venir chez nous jusqu'à ce que l'équlibre se fasse et qu'il n'y ait plus d'intérêt à venir...
Il y a plusieurs milliards de personnes avec une moyenne de revenus inférieure à un ou deux dollars par jour!
Amitiés.

Écrit par : Armand | 22/09/2005

Bonsoir ;) Chère Fléa,
Cela tombe bien : je suis d'accord aussi ;)

Cher Armand,
N'oublie pas qu'il y a des pays où les formidables ressources naturelles n'empêchent pas la population de crever de faim : compare les pays exportateurs de pétrole et le revenu par habitant... Et calcule ensuite combien d'habitants pourraient doubler leur revenu quotidien si les firmes pétrolières baissaient leur marge bénéficiaire de moitié... Les outils sont donc déjà présents sur place pour assurer un revenu décent à une partie notable de la population ouest-africaine ou birmane, par exemple...

Amitiés.

Écrit par : Ubu | 22/09/2005

Assiette. Cher Ubu,
Je sais que tu rêves souvent. Tu sais que je ne rêve jamais.
L'assiette. Sais-tu ce que c'est: Bill Gates, par exemple, dépense autant que 50.000 Chinois. Il y a 1,5 milliards de chinois et seulement une centaine de personnes gagnant 100 millions de dollars par an...
Idem pour les ressources et les terres cultivables... .
Alice affirmait qu'un rêve pouvait devenir réalité si on y croyait assez... Nous ne sommes pas au pays des Merveilles, hélas!
La réalité est pleine du sang des exploités au profit des exploiteurs... dont nous faisons partie.
Je te laisse, comme d'habitude le dernier mot sur ce sujet ou les réalités ont tendance à se mêler aux idéologies...
Amitiés.

Écrit par : Armand | 22/09/2005

Le jazz est là,suivi de sa java!i!!!!!!!!! De quoi vous causez vous tous,et qui a raison,je pense que c'est ma grande amie Fléa,
un condensé en deux mots. Chapeau ma belle!!!!!J'ai eu Axel ce jour,a trouvé le génie.
'soir ami

Écrit par : DUKE | 23/09/2005

Bonjour ;)) Cher Armand,
Je ne rêve pas : j'envisage un commerce véritablement équitable. Je songe simplement à ce que pourraient faire certains de ces pays si les revenus du pétrole revenaient aux populations et pas aux juntes ou aux milices armées, si les paysans qui produisent des denrées à destination de l'Europe touchaient une juste rétribution, plus conséquente que la marge des inévitables intermédiaires, si les cultures n'étaient pas brevetées à la pelle, y compris les cultures locales, si l'amélioration des conditions de vie permettait une dénatalité en douceur, si certains pays ne menaient plus des conflits via des belligérants locaux... En fait, si, je rêve : d'un monde où l'on accepterait de partager le superflu pour permettre à tous d'avoir réellement droit à l'essentiel ;)

Cher Duke,
Ravi que ça fonctionne ;))

A bientôt.

Écrit par : Ubu | 24/09/2005

A méditer:mon Lotto c'est toi versus mon Lotto c'est moi Tu veux pas garer ta bagnole dans ma rue pour voir ?
Ici, c'est l'auto(!)redistribution des richesses et, si d'aventure t'avais une jaguar, ça serait pas plus mal: Lottoredistribution des richesses!
Ca me dérangerait personne que ce soit un peu d'autres qui payent: tiens, je vais inviter des copains! Vous faites quoi ce soir?
Pourquoi tu refuses?

Écrit par : T2 | 24/09/2005

Chère T2, Je n'ai pas de voiture ;) Et je me ballade partout dans Bruxelles, en transports en commun ou pedibus cum jambis ;) Jamais de problème (jusqu'à présent) : carrure dissuasive ! ;) Donc, je ne refuse pas l'invitation mais j'ignore où tu habites ;)

Plus sérieusement, je ne remets pas en cause l'existence d'une délinquance chez les clandestins, et même d'une délinquance organisée parfois : elle menace d'ailleurs tout le monde, y compris les allochtones, puisqu'il ne s'agit pas d'une délinquance ethnique mais sociale, même si les gangs utilisent une rhétorique communautariste. Mais je ne pense pas que faire expulser des squatters par des flics soit une bonne solution, de même que maintenir artificiellement des gens dans la clandestinité. Quant au problème que tu évoques, il concerne la politique judiciaire : le bravache Sarkozy, karcher des sans-papiers, se voit confronté à une explosion -si j'ose dire- des voitures incendiées (+ 30% cette année) ET dire qu'il avait conçu des groupes d'interventions pour lutter contre ce genre de délinquance : sans doute lui est-il plus facile de plastronner sous les caméras. En attendant, la politique des îlotiers en prend un coup : même constat pour notre police fédérale.

A bientôt, pour une autre enguelade ? ;))

Écrit par : Ubu | 24/09/2005

Ubukske Tu as bien de la chance d'avoir( tout à coup, t'e malââât?) tant de convictions sur les causes et les solutions...Perso, je n'en'ai qu'une évidence: les problèmes

Écrit par : T2 | 24/09/2005

Chère T2, Les faits contredisent les convictions, les expériences, les préjugés ou les bonnes intentions. Je n'émets que des hypothèses et je m'inquiète que l'on nous abreuve de certitudes auxquelles nous avons tous recours, un jour ou l'autre, quand les problèmes se posent .
Nan, M'dame, je ne suis pas malaaaat ;) Je garde un bon fond, idéaliste je suppose. Ce qui ne m'empêche pas de foncer parfois comme un char d'assaut ;)

A bientôt.

Écrit par : Ubu | 24/09/2005

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