29/09/2005

L'usine.

Les engrenages fonctionnaient avec de légers grincements. Le tapis déroulait les objets auxquels une pince métalique ajoutait une pièce, qu'un bras articulé soudait bientôt tandis qu'un pistolet à peinture arrosait généreusement les diverses surfaces polies de la voiture. Le PDG regardait l'usine fonctionner seule, comme une entité autonome : sa peau momifiée se reserrait sur ses orbites vides.
 
L'usine avait été un fleuron : la machine devait délivrer l'homme de l'esclavage du travail. On inaugura la chaîne automatisée en grandes pompes. On débaucha. La sécurité fut bientôt assurée par une armée de robots dirigée par des détecteurs de présence. On débaucha de nouveau. La gestion fut informatisée. On débaucha encore. Lorsque le conseil des actionnaires annonça au PDG qu'il fallait s'emparer de nouveaux marchés, il eut l'idée géniale de construire une usine qui fabriquerait des consommateurs. On débaucha donc les consommateurs humains.
 
Et dans ce monde de pure logique, les nouveaux consommateurs avaient accepté de gaspiller un peu d'énergie et de matière dans cette usine qui produisait continûment sous le regard enfiévré de son PDG. Un soupçon de délicatesse ou une nostalgie difficile à expliquer pour des cerveaux artificiels  les avait amené à laisser ces restes d'humanité s'éteindre doucement en admirant le désert que leurs projets visionnaires avaient créé : leur solution idéale.
 

 Daewoo Fameck, mai 2003, l'usine vide,
photographie Rolleiflex Jérôme Schlomoff


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28/09/2005

Salauds de pauvres !

Le nombre d'allocataires français du revenu minimum d'insertion a augmenté de 4,4 % en un an. Il a heureusement été revalorisé : une personne isolée peut toucher 425,40 euros par mois. Il y a 1,085 million de rmistes en France : beaucoup sont des chômeurs exclus suite aux révisions de leur statut.
Les 10 entreprises françaises les plus performantes affichent un bénéfice net de plus de 25 milliards d'euros : elles ont distribué des dividendes à leurs actionnaires ou racheté leurs actions pour maintenir leur cotation boursière. Elles ont peu embauché et peu investi.
 
Le rapport entre les deux faits : aucun, voyons ! Puisqu'on se tue à vous répéter que la croissance économique nous sauvera de tout, de ce qu'on a envisagé comme de ce que nous ne pouvons même pas présumer. Donc, investissons dans les aides à l'emploi précaire, les contrats à géométrie variable, les zones franches, les diminutions d'impôt dans le secteur Horeca, les aides diverses pour les entreprises en difficulté... Entreprenons, sous perfusion publique. Eduquons les entrepreneurs de demain à n'assumer aucune responsabilité sur le bien-être de tout un chacun, absolvons-les de leur impact social ou environnemental, bénissons-les de leurs aumônes charitables. Et surtout, laissons-les décider de notre avenir à tous, laissons-les nous faire la leçon  :  tout ira tellement mieux. Pour eux...
 
Les pauvres devraient apprécier de vivre dans un pays riche : ils ne connaissent pas leur chance.
 

 
Sources
 

23:24 Écrit par Ubu | Lien permanent | Commentaires (11) |  Facebook |

27/09/2005

Ubuchewbacca ?

Je sors de ma douche avec Marie : je crois que les égoûts de Surlet de Chokier se souviendront de nos ébats pileux.

12:23 Écrit par Ubu | Lien permanent | Commentaires (6) |  Facebook |

26/09/2005

La ville.

Le véhicule glissait en douceur. Son enveloppe lisse effleurait le sol tandis que son cerveau électronique gérait la direction, la consommation, la vitesse, les distances de sécurité avec les glisseurs qui le suivaient et qui le précédaient. Tout se calculait instantanément, tout se passait sans un bruit et sans pollution.
Le trafic incessant s'insinuait dans les replis de la ville : ses tunnels et ses artères, toujours fluides, se projetaient dans ses entrailles, ressortaient à l'air libre sous le soleil écrasant qui faisait étinceler les millions de carapaces étincelantes qui circulaient jour et nuit.
 
La ville poursuit son activité incessante sous une lune ronde maintenant : un rayon de lumière timide brave les éclairages publics étincelants et caresse des os blanchis de carcasses à demi enterrées dans le sable. Ce qui reste des géniaux concepteurs des villes parfaites, d'une humanité qui vient de solder tous ses comptes avec elle-même.

07:55 Écrit par Ubu | Lien permanent | Commentaires (4) |  Facebook |

25/09/2005

 Mijn vlakke land ?


J'appelle à boycotter le ski nautique sur la Vlaams Kust pour deux raisons : je ne sais pas nager et je suis incapable d'appeler à l'aide en néerlandais.

10:03 Écrit par Ubu | Lien permanent | Commentaires (8) |  Facebook |

Au comptoir...

Toute ressemblance avec la logique d'un responsable politique, économique, religieux, ou ce que vous voulez  ne serait pas vraiment fortuite, à mon avis.

09:59 Écrit par Ubu | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook |

Les grandes inventions...

Chameau biplace pour couple dans le vent.  
Location hebdromadaire.
Siège pour bébé en option.

Conformité au programme gouvernemental des énergies renouvelables.
 

09:31 Écrit par Ubu | Lien permanent | Commentaires (8) |  Facebook |

24/09/2005

Délit

Il exhibait ses opinions.

 Il fut donc arrêté pour port d'arme prohibée.

 

Il assénait ses convictions

d'un grand coup

sur un adversaire au crâne fragile.

Il fut donc arrêté pour homicide.

 

On l'exécuta en place publique.

Ses opinions furent donc à jamais arrêtées.

16:53 Écrit par Ubu | Lien permanent | Commentaires (6) |  Facebook |

Brève histoire du temps

Sous le coup de l'agitation, il secouait sa montre pour faire passer le temps.
Et tout passa : temps, montre, lui-même.

16:47 Écrit par Ubu | Lien permanent | Commentaires (8) |  Facebook |

22/09/2005

Des vies de fantômes...

C'est une sensation très étrange que de renifler des fantômes au hasard des rues. Les transports en commun, les trottoirs trop étroits - enfin, surtout quand je dois déplacer mon 44 fillette et mes 100 kilos bien emballés - fourmillent de gens de passage dont ne restera qu'une odeur ou le souvenir de jolies courbes, froissis de tissu et déhanchement gracieux.
 
Et pourtant, certains de ces fantômes deviennent vite indésirables : non que leur conversation manque d'intérêt, puisqu'ils ne parlent davantage que les autres, ou que leur tête soit laide à faire peur, particulièrement plus laide que celle de la voisine d'en face qui promène son chien tout bigoudis et peignoir dehors. Non simplement, ils sont de ces revenants que l'on invite à repartir, on ne sait où mais sûrement ailleurs.
 
Réfugiés politiques en attente d'une reconnaissance officielle des risques qu'ils encourent, à l'heure où certains hommes politiques croient malins de mettre sous linceul un génocide que certains de leurs collègues refusent aveuglément de reconnaître, réfugiés économiques qui ont quitté une misère absolue pour une marginalisation tout aussi absolue, Tziganes errants qui ont dû plier les bagages parce que les fachos de l'est poursuivraient bien ce que ceux d'Allemagne avaient commencé : bref, tous ceux qui sont peut-être nés quelque part mais ont dû partir semblent en suspension dans nos villes.
 
Ils rêvaient d'ailleurs et l'ont incarné dans notre quotidien.  Nos autorités les jugent souvent indésirables : il faut donc que nous ne les désirions plus. Que nous acceptions qu'une démocratie transige avec le droit d'asile. Que nous comprenions qu'un pays riche ne peut accueillir toute la misère du monde. Que nous soyions raisonnables parce que des petits haineux du dimanche, qui croient malin de se gargariser des conneries supérieures de leur race, aboient un peu fort et ne trouvent qu'une idée commune : s'affirmer contre ce qui est pour et pour ce qui est contre. Que nous nous protégions, pire calfeutrions dans nos maisons parce que ces étrangers pourraient venir égorger nos fils et nos compagnes avant que nos braves soldats soient sortis du tombeau , comme pour un nanar gore à souhait. Que nous nous rappellions qu'il y a beaucoup de criminels et de petits délinquants parmi ces sans-papiers, alors que notre police est déjà bien occupée à enquêter sur les tueries du Brabant, avant la prescription prochaine. Que le moi est génial et l'étranger haïssable. Que les étrangers ne sont pas tous mauvais, y en a des biens, mais qu'ils sont nuls. Qu'il faut karchériser les quartiers de leur délinquance, de leurs clandestins. Qu'il faut expulser les squatteurs parce qu'ils risquent leur peau et que se faire virer de son domicile de fortune par la police est sûrement le meilleur moyen pour que les enfants de ces familles d'irréguliers respectent les forces de l'ordre...
 
Un ami m'avait dit un jour que l'on pouvait juger une société à sa manière de traiter les plus faibles de ses membres. Il semblerait que certains de nos politiques préfèrent des idées de basse-cour : ils nous gavent de leurs slogans, comme des oies. Avant de nous apprendre à marcher au pas ?

18:43 Écrit par Ubu | Lien permanent | Commentaires (10) |  Facebook |

21/09/2005

Absolu

Les vérités mentent ailleurs ?

21:38 Écrit par Ubu | Lien permanent | Commentaires (6) |  Facebook |

Là-bas...

Les nouveaux horizons ne sont qu'une question de perspective.

21:36 Écrit par Ubu | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

19/09/2005

D'un paradis sombre.

Un ange sombre, noir, échappé d'une église incendiée, s'amusait à lutiner son auréole : mysticisme des hanches.

23:41 Écrit par Ubu | Lien permanent | Commentaires (7) |  Facebook |

La Tchétchénie, ils s'en foutent aussi...

Ce vendredi, je me suis rendu au Théâtre de Poche pour les premières rencontres. D'habitude, il s'agit d'y découvrir les comédiens qui sortent des écoles théâtrales francophones et quelques invités dans des saynètes inégales mais qui réservent quelques bonnes surprises.  Cette fois, la surprise fut de taille...
 
Je m'attendais à un spectacle choc : "la Tchétchénie, tout le monde s'en fout"" nous prévenait un slogan publicitaire peu subtil. Malheureusement, ce manque de subtilité s'était étendu au spectacle : je n'arrivais pas à croire que ce déballage putassier pouvait se vouloir un hommage aux souffrances d'un peuple. Je ne pouvais croire que des metteurs en scène dont j'ai pu apprécier le talent, en d'autres lieux il est vrai, et de jeunes acteurs, au métier très incertain, se soient compromis dans un spectacle de propagande.
 
Une heure et demie de guimauve indigeste pour apprendre que Poutine est un salaud, ce dont on se doutait, pour apprendre les tortures subies par les victimes, les vagues états d'âme des soldats russes, ou encore que les femmes tchétchènes "ne se suicident pas", sauf par désespoir. Une heure et demie pour voir (définitivement ?) sombrer un théâtre dont j'avais apprécié l'audace avant qu'il ne cède au style de l'agit-prop. Une heure et demie à me sentir malade et nauséeux en constatant les pleurs de spectateurs qui venaient de là-bas, qui s'y sentaient encore tellement que même le pitoyable étalage de médiocrité qu'offrait cette soirée pouvait le rappeler. Une heure et demie de scènes grotesques et ridicules, balancier parfait des confiseries prévisibles d'Europalia Russie...
 
Des pièces subtiles sur la guerre, il y en a eu : ainsi Enzo Cormann avait-il écrit un superbe Diktat  qu'un ami m'a fait découvrir, au même titre que le pur bijou de Carole Fréchette, Le collier d'Hélène, que j'aurais bien envie de monter avec mes élèves. Par contre, cette propagande martelée, si coutumière au Poche depuis que son directeur préfère les bons sentiments et la démagogie aux auteurs, j'avoue que je ne la supporte plus. Périodiquement, quand mes pas m'entraînent, j'espère revenir avec le plaisir d'un spectacle provocateur mais intelligent, innovant jusqu'aux limites du théâtre. Espoir rarement comblé. Peut-être que les prochains Contes urbains oublieront d'être bêtement démagogues, eux, pour changer un peu : peut-être que l'on n'oubliera pas d'écrire et de monter un spectacle...
 
Un spectacle peut aborder des thèmes d'actualité sans se perdre dans l'engagement de circonstance ou la bonne conscience en solde. Il impose une réalité par des artifices, une mise en scène, un jeu : il cumule les partialités. Et parfois, c'est insupportable... Dans ce genre de cas, je préfère le travail d'un photographe ou d'un correspondant de guerre qui, même s'il se voit imposer la brièveté de ses commentaires, sait rester honnête. Lui peut garder une déontologie : elle ne semble plus de mise chez certains "théâtreux". N'est-ce pas, M. Mahauden ?  

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18/09/2005

La conjuration des imbéciles, le retour...

Parlons d'Anne Morelli. Un cas intéressant, notre petite soeur des pauvres laïques que nous sommes : la voir donne l'impression d'admirer une poupée de chiffon fatiguée, made in china, qui nous abreuve de poncifs aussi éculés que ses quelques mots coutumiers d'introduction. Evidemment, Anne Morelli n'est pas Thierry Meyssan, le grand monsieur qui ne croit pas aux avions et dont les idées, par conséquent, volent bas, le persécuté professionnel qui écarte le journalisme professionnel et croit à la rumeur, le prophète des contestations alternatives qui mène des enquêtes  comme d'autres chantent leur karaoké vespéral. Non, Anne Morelli est historienne : elle est beaucoup plus responsable puisqu'elle mène des combats contre les mythes, la propagande, les religions... Et pourtant...
 
Anne Morelli est une immigrée professionnelle : à chaque fois qu'elle évoque ses modestes origines italiennes me vient l'envie de m'exercer au lancer de mes tagliatelle al pesto. Cette manière  d'insister lourdement sur des origines que nous avons en commun pour se dédouaner des inepties qu'elle va se préparer à proférer m'exaspère depuis longtemps. Anne Morelli est donc d'origine italienne, comme pas mal de milliers de mes compatriotes : à chaque fois, j'espère entendre les nouvelles variations d'une sauce bolognaise subtilement réinventée ou le truc pour réussir ses tortelli vitello, espoir toujours déçu. Alors, forcément, je me lasse. Et c'est d'une main à l'agitation tentatrice que je parsème le reggiano amoureusement râpé sur la table. Bref, je me lasse. Pourtant, d'habitude, je suis gai comme un Italien quand il sait qu'il y aura de l'amour et du vin. Mais du vin sur un ulcère et l'amour avec la soeur Anne : je préfère ne rien voir venir.
 
Anne Morelli s'insurge contre les mythes et la propagande : je lui donnerais bien raison mais je doute un rien que ma confiance soit bien placée. Lorsque j'étais à l'université, il y eut des mouvements sociaux : j'appréciais alors (et maintenant ?) la contestation, d'autant qu'il s'agissait de faire sonner les oreilles d'un président du conseil d'administration nommé Hasquin, dont j'avais subi l'incourtoise suffisance lors d'un cours pénible sur les Temps modernes, ce qui relativise d'ailleurs la conception de la modernité du susnommé. Des réunions folkloriques, je passai donc aux réunions estudiantines : j'abandonnai bien vite, légèrement nauséeux. Ces assemblées, les membres du PTB les monopolisaient de cette langue de bois qui me file des échardes et une dadame, fagotée comme une bonne soeur en civil, les pouponnait. Je ne peux pas dire que le premier regard que nous échangeâmes fut amoureux : moi, dans la famille Marx, je préfère vraiment Groucho.  Depuis, cela s'est arrangé : lorsqu'Anne Morelli précise qu'elle est apolitique ou quand elle donne une interview bidonnante sur le site du PTB, je glousse un peu. J'apprécie ses efforts méritoires pour me faire rire.
 
Depuis, j'ai parfois marché dans des mouvements, parce que je me sentais impliqué parfois, ou simplement parce que j'estimais ceux qui se battaient pour de belles idées. Il m'est arrivé de croiser ma petite soeur des pauvres préférée, souvent dans le coin des agités de Solidaire qui se gargarisent de défendre la cause ouvrière. Et j'ai songé alors que ma ravageuse de mythe est atteinte d'une certaine presbytie qui la confine dans le registre des propagandes mièvres qu'elle confond dans ses affirmations péremptoires. Je pense toujours que l'historien qui prend des poses politiques en s'en défendant mérite les critiques parce qu'il crée l'illusion d'une vérité là où ne traînent que ses obsessions maladives. Je m'agace de sa prétention à trancher au nom de sa vague appartenance à un Institut d'étude des religions, d'exprimer une laïcité doctrinaire au coeur de laquelle je ne me retrouve pas, et de l'entendre défendre les sectes, sous le prétexte que les religions seraient plus dangereuses encore. Bref, je ne marche plus.
 
Anne Morelli se prend pour un paradoxe : elle n'est qu'un creuset d'obsessions mal affinées qui se répand dans les médias en passant pour une historienne critique, elle dont les idées se sont arrêtées de tourner mais donnent encore le vertige. Je n'apprécie que les vrais paradoxes et l'humour volontaire : pas la bêtise doctrinaire des prophétesses scolastiques.  Décidément, je préfère Groucho Marx.  

15:01 Écrit par Ubu | Lien permanent | Commentaires (13) |  Facebook |

15/09/2005

Tranquille

J'ai eu matière à réflexion, ces derniers jours : il me fallait décider de l'orientation de ma carrière, de mon avenir professionnel et de mes engagements personnels. J'avoue avoir apprécié que d'autres, mes amis, me découvrent des qualités que je ne soupçonnais pas vraiment et mettent en avant mes possibilités de changement. Mais, en même temps, je sentais bien ce qui coinçait : j'apprécie la vie que je mène, le métier que j'exerce et ma position me semble plus stable et ancrée que jamais. Je ne me sens pas forcé de changer parce que j'aurais l'impression de stagner, je me sens simplement progresser à mon rythme, imperceptible peut-être mais tout calme. Comme un Don Quichotte conscient de ses attaques contre des moulins à vent mais qui ne céderait pas davantage à l'envolée lyrique des grands combats qu'à la soumission au réalisme contraignant, ces deux fuites en avant qui nous interdisent de rêver le monde en assumant le rêve tel qu'il est : chimère fugace mais illusion sans cesse renouvelée. Rien qu'un plaisir de vivre, purement hédoniste, de savourer les instants qui passent sans amertume, de voltiger en équilibriste excentrique.
 
C'était sans doute une occasion à saisir, une ascension qui me dépasse peut-être. Mais contrairement à Jonathan Livingstone, le goéland, je me sens ancré dans mes réalités familières. Je n'aime pas les vides contemplatifs de l'absolu : je préfère ressentir le poids concret de cet univers modeste et limité mais qui vibre à l'unisson de mes pas. Comme si chaque mouvement d'air m'invitait à la douceur de ses caresses.

23:03 Écrit par Ubu | Lien permanent | Commentaires (11) |  Facebook |

12/09/2005

Le foulard et la manière...

Un très bon article à lire sur le blog Humeur allochtone à propos des règlements qui déraillent dans certaines écoles.
 
Je ne vais pas rappeler ma position à ce sujet : je l'ai déjà exposée précédemment. Je redirai simplement que je suis le prof de mes élèves, que je n'ai pas à juger en fonction de mon agnosticisme convaincu, tendance athée. Parce que je déteste le prosélytisme et la frilosité sous toutes leurs formes et que je reste convaincu que des mesures dictées par de saintes trouilles sont susceptibles de favoriser des replis identitaires réciproques. Le genre de situation qui me fait râler : vous ne voudriez tout de même pas que je meure d'apoplexie ?
 
Comme le disait Y.B. dans son roman "Allah Superstar" (travaillé en classe avec mes élèves et vu sur scène dans l'adaptation de Sam Touzani), "il est plus facile pour un jeune d'origine difficile de rentrer dans une mosquée que d'aller en boîte" ou encore "quand elle donne son nom, on lui répond que l'appartement est loué depuis le onze septembre".
 
L'école devrait toujours être un lieu d'échanges, de métissage des générations et des cultures, de repères : c'est ainsi qu'elle peut accomplir ses missions éducatives. Et sûrement pas en se fondant sur des interdictions qui sanctuarisent ses aveuglements et entravent les libertés individuelles.
 

03:58 Écrit par Ubu | Lien permanent | Commentaires (12) |  Facebook |

11/09/2005

Houellebecq

Je vais vraiment finir par me rechercher la possiblité d'une île, loin, très loin, isolée et sous le soleil. J'y lirai Philip K. Dick, Don Delillo, Brautigan ou Toussaint, Oster et Chevillard pour me rappeler que la littérature n'est pas que de la stratégie médiatique.

22:27 Écrit par Ubu | Lien permanent | Commentaires (11) |  Facebook |

Opération Chococlef

A tous les gourmands !
 
Si vous désirez vous offrir
du bon chocolat
et aider à combattre
une fichue maladie,
c'est par ici.
 
http://paikanne.skynetblogs.be/
 

22:24 Écrit par Ubu | Lien permanent | Commentaires (3) |  Facebook |

Droit de passage ?

J'ai parfois envie d'envoyer une claque à certains collègues qui gémissent sur leur sort, leur persécution par un système scolaire qui, certes déraille, mais dont les aléas ne les exemptent en rien de leur irresponsabilité.
 
Une amie m'explique le cas de son fils, qui désirait développer son travail de fin de sixième année primaire sur le sujet qu'il avait choisi : la seconde guerre mondiale. Sujet ambitieux mais intéressant pour un gosse de onze ans ? Pas du goût de son institutrice, qui l'a trouvé trop "sanguinolent" ! Et oui madame, les Allemands ont occupé la Belgique, des civils ont été tués sur les routes de l'exode, des Juifs ont été déportés au départ de Malines, des prisonniers ont subi les tortures de Breendonck : cela est sans doute moins intéressant qu'un dossier sur le café, la baleine bleue ou le chocolat. Cette institutrice, confite dans son insuffisance, doit sans doute considérer que le journal de Mickey informe très bien, que les Bisounours (excusez-moi, je date !) représentent un idéal de société et que "Les feux de l'amour" sont le sommet de la création audiovisuelle.
 
Un autre ami m'exposait le cas de son fils qui , ayant effectué ses études dans un établissement primaire où il avait brillamment réussi, se retouvait en grosse difficulté dès le tout début de sa première année du secondaire. Plusieurs solutions se proposent pour résoudre cet apparent paradoxe. Soit ce garçon a subi un phénomène de lobotomisation dû à la puberté, auquel cas il est étonnant que ce phénomène n'ait été repéré qu'à la sortie de certaines écoles. Soit ses examens finaux étaient trop faciles, pour ne pas décourager les beaucoup moins doués que lui : nous retrouverions dans ce cas le "nivellement par le bas" qui donne de jolis taux de réussite contredits par la réalité des faits. Soit, encore (ça commence à faire beaucoup pour une alternative !), il ne fallait pas déranger l'instituteur en train de lire son journal local tandis que les mômes s'acharnaient pour la trentième fois sur le même exercice de conjugaison qu'ils finissaient par connaître par coeur, au détriment de tout le reste, et sur lequel ils seraient exclusivement interrogés. Les deux dernières hypothèses me semblent vraisemblables et seraient presque drôles si elles ne se cristallisaient en tragédies.
 
Des incompétents, on en rencontre partout : il n'y a pas de raison que le métier d'enseignant soit épargné. Mais n'est-il pas étrange que l'on ne se demande pas comment il se fait que des élèves doués deviennent des sommets d'inculture, complètements déphasés ? Peut-être parce qu'ils ne sont, en fait, que des sommes d'incompétence, de l'incompétence de leurs "maîtres" qui se sont complus (j'hésite franchement sur cet accord !) à ne pas faire grand-chose, à épuiser leur catalogue de constats pour préserver leur paresse,  à brouiller les repères mêmes qu'ils devaient permettre à l'enfant de se construire. Peut-être parce que ces prétendus pédagogues éructent leurs principes, leur fameux enseignement pour tous, en oubliant qu'ils devraient pratiquer l'enseignement de chacun. Peut-être parce que le "maître" ne commet jamais d'erreur, et encore moins de faute, puisqu'il est le "maître" : ce que l'on pourrait nommer une tautologie administrative ou bien du crétinisme aigu, selon ses envies.
 
Tristan Bernard avait écrit, en son temps, un ouvrage intitulé "Les parents paresseux" où il rappelait l'indécence des ces parents qui exhortaient leurs enfants à travailler tandis qu'eux-mêmes s'affalaient en plaisirs ineptes, billevesées routinières et autres loisirs inconséquents, tout en drapant dans la dignité de leur condition de parents, les plus médiocres s'en prévalant même. Il serait facile d'écrire un ouvrage nommé "Les enseignants paresseux" dans le même esprit, dont les professeurs, ceux qui méritent ce nom parce qu'ils essaient au moins de l'être s'ils ne le sont pas encore, apprécieraient la pertinence. Quant aux autres, laissons leurs cervelles fatiguées se reposer : il doit bien leur rester l'une ou l'autre page de leur nullité à colorier...

00:56 Écrit par Ubu | Lien permanent | Commentaires (9) |  Facebook |

09/09/2005

Rentrée difficile ?

La rentrée se fait dans une certaine agitation, cette année.
 
Certes, les élèves n'ont pas tous encore retrouvé le chemin de l'école : ils voyagent encore au hasard des écoles, cherchant tantôt celle qui les accueillerait, non sans difficultés,  ou celle où ils voudraient rester, pour de bonnes ou mauvaises raisons. Un collègue recherchait ainsi pour sa fille une section technique de transition qui ne soit pas déjà complète : le conseil de classe qui a pris la décision de restriction ne reclasse pas lui-même et la Communauté, qui autorise ces décisions, n'organise pas d'école proposant ce genre d'option. Il lui reste à contacter trois écoles de la Ville de Bruxelles qui pourraient ne pas avoir clôturé leurs inscriptions. Pendant ce temps, la ministre lance des promesses pour l'avenir... Un plan Shérif pour l'enseignement ?
 
Des profs sont suspendus aux décisions de la Communauté française qui accumulé les erreurs administratives, les désignations farfelues et est revenue sur l'affectation de plusieurs temporaires prioritaires...  Plus de cent cas litigieux sont signalés sur Bruxelles et, pourtant, personne ne s'interroge vraiment sur l'absurdité d'une désignation des profs par un cabinet ministériel, composé d'ailleurs d'anciens profs détachés (pénurie, vous avez dit pénurie ?) et pas toujours compétents (en tout cas, pas vraiment au fait des règles de désignation : mais l'opportunisme n'est pas une compétence). On semble revenir dans une ère d'instabilité des équipes pédagogiques : aux forces centripètes qui animent les cabinets correspondront de nouvelles forces centrifuges pour les enseignants, dont certains tourneront en orbite le temps qu'on se souvienne de leur existence...
 
Les directions d'école sont inquiètes : la flambée des produits pétroliers va sans doute encore affecter le chauffage des écoles qui sont censées être autonomes dans la gestion de leurs frais. Et une école ne peut  menacer de se délocaliser , elle... Les conseils de classe programments des braquages de pétroliers en mer du nord comme excursions pédagogiques, cette année...
 
Bref,  le bordel  et l'impression que la Communauté joue un peu trop les visionnaires en oubliant le quotidien. Et le bien-être des gosses...

05:56 Écrit par Ubu | Lien permanent | Commentaires (10) |  Facebook |

08/09/2005

En bref...

  • Je reste fidèle à mes convictions, jusqu'à m'en moquer : c'est ma manière de les apprécier sans jamais m'y soumettre. Je me méfie de mon avis dès qu'il s'impose à moi comme une autorité : je me donnerais bien l'ordre de me taire. Mais comme j'obéis rarement aux ordres qu'on me donne...

 

  • On peut se battre pour des idéaux, pour des principes : la justice, la liberté, l'égalité, le respect des différences, la tolérance, l'amour de la vie sont les balises de nos voyages, ceux qui nous mènent ailleurs, au-delà de notre petit territoire intime. Certains se battent aussi pour trouver une bonne raison de continuer à se battre.
 
  • Les héros se forgent une légende : on a les loisirs qu'on peut.

 

  • PIB, IDH, croissance : des chiffres, des classements, comme si la vie était une compétition, comme s'il fallait se rappeler que l'on vient d'un spermatozoïde qui aurait gagné la course. J'imagine le mien paresseux, indolent, attendant que le paysage change pour faire le pas de trop, sans se soucier de conclure, au petit hasard la chance.

 

  • Comme on ne peut raconter et vivre en même temps, prétendre comprendre la réalité, c'est la trahir. Si les mots peuvent aussi évoquer tout ce qui est absent, ils ne pourront jamais qu'effleurer ce qui est là.

 

  • "Je me tue à vous le dire." Faites...

 

  • Tantôt on prête le dos, tantôt on donne le lacs.

 

  • Tendance politique ? Ambidextre.

 

05:15 Écrit par Ubu | Lien permanent | Commentaires (12) |  Facebook |

Les fantômes de la chapelle

Dans toutes les cathédrales, il ya des cryptes funéraires. De même, toute chapelle compte son cimetière d'idées mortes, où hérétiques et martyrs blanchissent côte à côte.
 
Une idée qui tue est déjà morte : alors, pour changer, vivons pour des idées, mais de vie lente...

04:53 Écrit par Ubu | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

06/09/2005

Cote d'amour ?

J'ai cru voir, dans une vitrine, la couverture du Monde de l'éducation  qui voulait accrocher le lecteur en évoquant la cote (encore un sondage ?) d'amour des Français à l'égard des professeurs. Je m'étonne, je regarde et je me prépare à applaudir...
 
Et mes mains retombent lourdement et partent se cacher, un peu honteuse, dans mes poches. Certes, il y a les visages d'un tas de bons profs qui me sont revenus :  mes copains de l'école, certains blogueurs (enfin, visages, c'est une façon de parler !), mes collègues passés, mes professeurs à moi. Et puis, jouant les importuns, les autres apparaissent : les imbéciles, les incapables, les sadiques, les spongieux, les lâches, les merdeux, les opportunistes, les carriéristes, les dictateurs (je dois parfois me retrouver dans cette catégorie) et les cons. Tous ceux qui me gâchent mon plaisir d'enseigner au passé, au présent, et même, plus que probablement, au futur.
 
En fait, ce genre de "bonne" image qui se diffuse ces derniers temps me semble aussi trompeuse que les torpillages systématiques que menait, il y a quelques années encore, le gouvernement de la Communauté française pour justifier des suppressions d'emploi. A l'époque, on plaçait en avant nos "carottages" perpétuels (une enquête confirma que le taux de fraudes aux absences ne dépassait pas les 3% : ce qui justifiait sans doute une réforme complète du système des congés de maladie qui a permis, ô chef-d'oeuvre, la remise au travail de cancéreux convalescents !), notre fainéantise proverbiale, nos congés perpétuels, notre côté "petit fonctionnaire", bref notre médiocrité inhérente qui expliquait sans doute notre opposition aux plans  (sur la comète ?) mirifiques que les cabinets mettaient au point pour sauver la Communauté française. Il faut croire qu'elle se porte tellement mieux depuis que Bruxelles et Wallonie ont scellé leur trait d'union !
 
Maintenant, nous sommes porteurs de tous les défis, au titre d'une étrange inversion des caricatures. Parce que nous nous sommes soumis ? Un parti politique avait évoqué "la pacification de l'enseignement" lors des élections passées : les sauvages indécrottables se seraient donc civilisés. Et pourtant...  Les profs n'ont pas changé : ceux qui aiment leur métier ou le pratiquent avec plaisir sont toujours là, plus ou moins nombreux selon les vagues de pénurie ou de trop-plein. Les autres aussi : toujours prêts à officier dans leurs maudits travers, leurs incohérences permanentes, ils sont des plaies que l'on cache ou entretient  pour peu qu'ils fassent serment d'allégeance à leur pouvoir organisateur, leur directeur, leur sous-directeur, à leur attaché de cabinet et qu'ils sauvegardent la permanence du système au fil de leurs siestes. Ils peuvent être incompétents si cela ne se sait pas , ils peuvent être doctrinaires et prétentieux avec leurs élèves  s'ils se posent en valets ou en martyrs : les premiers on les salue, les seconds on les soutient, sans y penser.
 
Enseigner est une profession comme d'autres : comme les infirmières, comme les égoutiers, comme les flics (Pas les flics tout de même ? Ben si !), nous pratiquons un métier qui a son utilité pour peu que nous nous essayions  à l'exercer au moins correctement, tant que faire se peut. Alors, arrêtons ce battage publicitaire inepte : il traduit seulement les tentatives de permanence d'une institution dans une société en perpétuel mouvement. Que l'on nous culpabilise ou que l'on nous valorise, on nous dénie nos responsabilités : alors que les élèves ont besoin d'adultes responsables et équilibrés face à eux, de profs qui disposent de la sérénité de leur pédagogie et du plaisir de leur métier. Pas de victimes ou de petits saints.

19:53 Écrit par Ubu | Lien permanent | Commentaires (19) |  Facebook |

04/09/2005

Gmail

Je dispose encore de pas mal d'invitations pour un compte Gmail : si vous êtes intéressés, il vous suffit de m'envoyer un courriel à l'adresse suivante : ubucasa@gmail.com ou de me laisser votre adresse dans les commentaires.
 

17:45 Écrit par Ubu | Lien permanent | Commentaires (7) |  Facebook |

Radio gaga

Pourrais-je vivre dans un monde sans musique ? Sûrement pas. Elle m'aide à lutter contre les pollutions auditives que le citadin doit subir : voiture montée autour de l'autoradio, klaxons "hochets" des fous du volants, miaulements de chats en rut, cloche de l'église à moitié désertée du coin, avions qui confondent Bruxelles et Pearl Harbor (même si Bruxelles est construite sur un marais, faut pas exagérer), engueulades d'ivrognes, coït pas du tout interruptus des voisins, roucoulement de pigeons amoureux (coït itou ?), GSM importun, téléphone apertintaille... Et on voudrait que j'aime le silence.
 
Donc, pour lutter contre ce monde de brutes, six nouveaux morceaux sur Uburadio : ils ont été téléchargés, tout aussi légalement que les précédents, sur le site suivant http://music.download.com/ 
 
Bonne écoute.
 

14:49 Écrit par Ubu | Lien permanent | Commentaires (4) |  Facebook |

En saignant, en râlant

Une nouvelle année s'annonce. De nouveaux projets avec les élèves, également, qui ont contraire des contrats stratégiques, projets pour l'école et autres billevesées, parviendront à leur objectif, fût-il modeste et concret.
Les rentrées, depuis quelques années, n'apportaient pas leur lot de bouleversements dans l'équipe pédagogique : l'une ou l'autre mutation, un départ à la pension  venaient les ponctuer, sans plus. Cette année-ci, erreurs et loufoqueries s'accumulent. Deux temporaires prioritaires restent en suspension dans l'atmosphère de notre école : ils ne seraient plus que temporaires après une décision annoncée pourtant au mois de juin et un lieu d'affectation déjà déterminé mais qui ne correspondait pas aux conditions pour l'être. Trois "article 20", dont deux disposent de titres universitaires mais sans agrégation, disparaissent sèchement : cela faisait plusieurs années qu'ils fonctionnaient dans notre établissement à la satisfaction de tous. Et ce ne sont que les cas dont j'ai connaissance...
 
Depuis des années, les professeurs réclament la stabilité des équipes pédagogiques, pour autant que les comptétences soient au rendez-vous. Mais le cabinet ministériel  - pas l'administration, le cabinet - désigne avec opacité au gré de ses caprices et de son incompétence. Je dois avouer que le cabinet Hazette, qui n'est pourtant pas du tout ma tendance politique, avait limité la casse : c'est à cette période que notre équipe s'est constituée alors que la pénurie battait pourtant son plein. Et maintenant, plus de pénurie  et on reprend le carrousel. Au détriment des élèves, qui regretteront leurs profs disparus ; au détriment des collègues, qui devront restabiliser leur équipe sous peine de la restreindre ; au détriment de l'enseignement, qui doit subir sa maigre pitance et des projets fumeux alors qu'il aurait besoin de sérénité.
 
Un temporaire, dans l'enseignement, c'est quelqu'un qui n'a ni CDD ni CDI : il est engagé pour une durée maximale, sauf dans les écoles en discrimination positive, qui s'arrête au 30 juin. Il n'aura rien sous les yeux qui détermine de manière stricte, comme pour un contrat de travail, le détail de ses prestation et de sa rémunération. Mais il peut disparaître auparavant. Longtemps, la crise de l'enseignement résidait dans cette incertitude : vais-je exercer mon métier quelque part et où sera cet éventuel quelque part ? Après une accalmie, le temporaire revient à son point de départ. Pour quelles raisons ? Pour financer les quarts d'instituteurs qui sont l'axe de bataille du ministère en cette rentrée ?
 
On nous lance à la tête des grands projets qui s'étalent sur des années, tout en sachant très bien qu'une partie de notre personnel est à nouveau provisoire. On nous juge exclusivement sur nos titres sans mettre en avant nos compétences, ce qui permet à certaines catastrophes pédagogiques de durer. On réforme dans tous les sens sans jamais prendre le temps d'évaluer les conséquences d'une réforme : un pas en avant, deux pas de côté, joli suplace ! Et pendant ce temps, une ministre confite d'autosatisfaction aligne ses stéréotypes et ses balourdises au gré de ses discours grotesques, des pédagogues en chambre définissent notre métier sans prendre en compte ses réalités sociologiques, des politiciens en crainte d'élections tirent des plans sur la comète... Comme d'habitude, les profs vont apprendre à faire sans : heureusement qu'il y a les élèves.
 
Même s'il y a aussi des incompétents parmi les profs, ils n'atteindront jamais la bêtise du système scolaire de la Communauté française : ses ambitions vaniteuse la rendent totale.  

13:28 Écrit par Ubu | Lien permanent | Commentaires (6) |  Facebook |

01/09/2005

Ras la casquette !

Etrange pays : les foulards y rebondissent allègrement, comme s'il fallait copier notre voisin proche, la France, dans ses options législatives. Pour faire comme les grands ?
 
Tout le monde a une idée de l'enseignement, un idéal d'école à défendre. En France, le débat a engendré les réactions de philosophes, d'écrivains, de politiciens, de chercheurs, de trouveurs, de religieux, d'intégristes, de laïcs, de féministes, de politologues, de sociologues. On cherche le raton laveur. En fait, on a évité de peu les économistes et les importateurs de tissus chinois qui nous auraient exposé le drame des quotas appliqués au fichu. La France est laïque, même si le cours de religion reste obligatoire (une dispense peut être obtenue sur dérogation) dans les écoles publiques alsaciennes, même si les centres de planning familial de Vendée ont eu souvent droit à un "sucrage" en beauté de leurs subventions (merci monsieur le vicomte !), même si le seul organe constitué pour une reconnaissance des populations allochtones le fut à travers un Conseil des Musulmans, donc à caractère religieux. Mais la France est laïque : surtout depuis le 11 septembre.
 
La Belgique est neutre : je ne parle pas ici de sa neutralité dans les deux conflits mondiaux qui transforma la traversée de nos vertes contrées en épreuve pénible sous la drache. Ces phénomènes ont déjà été expliqués par la proverbiale paresse wallone et le manque d'éclairage sur nos autoroutes inexistantes à l'époque. La Belgique est offciellement neutre, comme le prouve le Te Deum royal, l'existence d'un réseau scolaire et  catholique majoritaire, la présence de parti à référence religieuse, les pets de nonne et les cruciverbistes (En avant mots croisés de la Foi !)  La Belgique est donc vraiment neutre : je le répète. Son enseignement officiel aussi.
 
Trois écoles bruxelloises de la Communauté française (et non deux comme le précisait un ancien membre du cabinet qui avait dû mal révisé sa copie) acceptent les jeunes filles porteuses d'un foulard : mon établissement est l'un d'eux. Lors d'une discussion dans l'excellente (malgré tout) émission d'Eddy  Caekelberghs, trois invités discutèrent donc des affaires de Charleroi, de l'athénée de Laeken, de l'intégrisme et des règlements scolaires.   Un rapporteur du dialogue inter-culturel ,  le président de la FAPEO, la fédération des associations de parents d'élèves de l'Enseignement officiel, et l'ancien préfet de l'athénée de Laeken où le port du foulard fut interdit il y a peu.  L'ancien préfet, attaché de cabinet sur le départ,  a rappelé les faits, enfin sa vision des faits, une vision médiatisable : à savoir que le conseil de participation de l'école avait soutenu cette décision, suite à une consultation du personnel enseignant (merci pour eux !) Plusieurs remarques me sont venues à l'esprit : je me suis étonné que des professeurs puissent prendre une décision alors que celle-ci est exclusivement des compétences du directeur d'établissement, l'avis du conseil n'étant que consultatif ; j'ai été surpris que la neutralité des professeurs ait connu une violation par une prise de position à caractère philosophique ; je n'ai pas été surpris qu'à l'époque le parti de M. Bastin (il en a fondé un autre depuis, tout aussi religieux) ait vu dans cette affaire une occasion de se manifester à peu de frais sous l'oeil des caméras. Si je résume, avec la mauvaise foi qu'on me connaît, une école officielle belge, neutre, impose l'interdiction d'un foulard, à caractère religieux et supposé intégriste, tandis qu'un parti, fondamentaliste mais autorisé par la loi, manifeste devant ses grilles. L'image est passée dans "Tout ça ne nous rendra pas le Congo" : le paradoxe était clair et la télé en couleurs.
 
Cette situation pose de nombreux problèmes. Je ne suis pas professeur pour juger des convictions de mes élèves : le jugement interdit le dialogue et je tiens à ma neutralité pédagogique. C'est d'ailleurs la raison pour laquelle mes élèves ignorent l'existence de ce blog : non que j'en sois honteux mais parce que mes prises de position personnelles n'ont pas à interférer avec mon enseignement. Et ici le problème se pose : si je suis partisan, par principe et comme individu, de l'abolition des signes religieux dans la sphère publique, je ne puis me résoudre à remettre en cause mes élèves au nom de concession à la peur ambiante. Je n'aime pas les intégristes, quel que soit leur camp, j'abhorre les radicalismes haineux et j'estime que les lois sont indispensables parce qu'elles nous offrent des repères. Mais cela n'empêche pas de critiquer ce qui me semble contestable. Selon moi, ce type de règlement, tout comme une hypothétique loi, l'est très certainement.
 
En fait tout s'est passé comme si l'on découvrait l'existence d'une "communauté" après le World Trade Center : le choc a été profond, comme la suite des événements le prouve. Et depuis, j'ai la désagréable impression que certaines initiatives sont le fruit de la peur, réciproque. J'ai entendu des horreurs après les attentats, puis le mythe de Ben Laden s'est estompé, l'escroquerie du terrorisme musulman s'est révélée aux familles et si mes élèves ne brûlent pas d'amour pour G. W. Bush, rares sont ceux qui trouvent légitimes les actes terroristes. Comme tout adolescent qui se laisse aller à ses pulsions les plus radicales et réfléchit ensuite. Par contre, le foulard, que nous avons exigé discret, est toujours présent, même s'il est minoritaire. Beaucoup de ces jeunes filles ne l'associent pas à une coupure avec l'école où on leur parle de Montaigne, Voltaire, Diderot, Rousseau, Sartre, Camus et les autres, mais plutôt avec un signe d'appartenance à une communauté, sans velléité vindicative le plus souvent. Par contre, certains politiciens et membres de la société civile y voient un signe à géométrie variable, souvent négatif. Les mêmes qui parfois s'indignaient des lettres de menaces adressées à un patron flamand et à son employée qu'il avait autorisée à porter le foulard...  
 
Nous avons une mission (ce message ne s'autodétruira pas) éducative en tant qu'adultes : l'éducation est fondée sur le dialogue et non plus sur la chaire professorale du dix-neuvième siècle. Certains de nos responsables semblent oublier que le recours à l'interdiction ne peut être qu'une dissuasion très inefficace basée sur la stigmatisation d'une différence, dans ce cas et qu'un règlement ne devrait jamais être conçu pour lutter contre l'exception, alors qu'en fait il excluerait une majorité de jeunes filles. Si nous remettons en cause ce tissu au nom de notre perception symbolique de l'objet, je proposerais que l'on impose un tuyau aux élèves circoncis qui se rendent dans les toilettes des écoles, un rasage des barbes de puceaux qui ont des airs d'extrême-gauche, une mise en pli pour ceux qui portent la raie à l'extrême-droite, des perruques pour les skins, des écussons pour les pulls ornés de décoration à caractère politique, l'obligation d'égayer les tenues gothiques, l'interdiction des sparadraps cruciformes, etc.
 
Ces règlements prétendent positionner l'école face aux invasions sociales, rétablir un équilibre et favoriser l'adaptation à la société. L'idée est louable : elle devient désastreuse quand elle sacrifie l'épanouissement personnel des jeunes gens que nous espérons rendre, un jour, autonomes.  
 

Lien vers l'émission "Face à l'info"
http://www.lapremiere.be/ 

Lien vers un dossier constitué par l'Académie de Versailles
http://www.ac-versailles.fr/PEDAGOGI/ses/themes/laicite/menu1.htm

Lien vers un texte qui rappelle l'évolution de la perception française du foulard

03:08 Écrit par Ubu | Lien permanent | Commentaires (19) |  Facebook |