09/10/2005

La lecture : premier chapitre.

Petite occasion de revenir sur un sujet qui me tient à coeur suite à un post et à des commentaires intéressants sur le blog d'Armand. Le sujet en était l'illettrisme et ses fléaux, j'aborderai pour ma part l'angle du lecteur scolaire, puisque l'enseignement obligatoire aurait dû éviter depuis vingt ans au moins l'illettrisme et l'analphabétisme. En essayant d'imaginer que les choses se passent bien...
 
La lecture est-elle un plaisir ?
L'enfant doit apprendre à lire : jusque là tout se passe bien. Et puis, comme les difficultés se présentent, les enjeux changent... Comment doit-il apprendre à lire ? Ou, bien mieux, dans quel but lit-il ? Et de constater que les enjeux se diversifient méchamment...
 
L'enfant peut lire pour son plaisir ou doit lire pour s'informer : ce sont les deux grandes orientations des programmes et des pratiques de cours... Jusque là, pas de problème : du simple bon sens. Et non, pas vraiment : comment parvenez-vous à évaluer un plaisir, ce que le système scolaire impose, puisqu'il faut rendre des comptes sur l'utilité d'une initiative (pour le prof) ou sur la réalité d'une tâche scolaire (pour l'élève). Ce qui donne de très jolis travaux un peu vides : les fameuses fiches de lecture, censées structurer des "plaisirs". J'essaie moi-même de m'en débarrasser : si ce sont des activités qui structurent une lecture, à condition qu'elles ne soient pas plagiées sur jepompe.com, elles ne correspondent bien qu'à une pratique scolaire de la lecture. Bref, l'élève paie un tribut comme si sa lecture ne se suffisait pas à elle-même et le prof s'informe de la capacité de l'élève à réaliser une fiche, pas vraiment une lecture...
 
En fait, l'école exige toujours un échange là où la réalité du lecteur l'amène à s'approprier un livre sans céder au besoin ou à la nécessité d'en parler... Lire est un acte intime puisque le plaisir est une sensation qui n'est pas toujours explicable . Ce que nous considérerions comme indécent suite à une nuit d'amour agitée ou peu digeste après un excellent repas, nous le demandons après les étreintes plus ou moins passionnées d'un gosse qui devrait s'être plongé dans des pages de papier, en avoir extrait du sens et communiquer sa lecture, le roman, ses impressions, la mécanique de construction et, éventuellement, un raton laveur s'il passait par là.
 
Le plaisir doit être utile, nous serine le message institutionnel de l'école. Et la lecture qui ne devrait être qu'un loisir devient vite une procédure à toujours remettre en oeuvre, puisqu'il faut toujours apprendre et qu'il faudrait montrer du plaisir à avoir appris. C'est souvent oublier que ce sont des individus qui lisent, pas des classes : le rappeler serait évoquer l'échec de l'école démocratique, qui intègre les masses dans ses somptueuses statistiques en négligeant l'épanouissement personnel. Il est d'ailleurs facile de constater que l'école préfère aborder les cadres de la lecture, en termes de culture ("Il faut avoir lu tel livre") ou de procédure ("Il faut lire comme ceci"), afin de s'assurer à peu de frais l'accomplissement d'une mission sociale.
 
Avec la lecture-plaisir, l'école dévoile ses limites pédagogiques : les parents ou des bibliothécaires zélés, voire de simples particuliers peuvent parfois y remédier, en modifiant et, parfois, en contrant l'orientation utilitariste et contraignante des lectures dans le milieu scolaire. A condition qu'eux aussi ne perçoivent pas le plaisir comme du temps perdu si le lecteur ne produit pas un bilan satisfaisant...
 

A suivre...

09:37 Écrit par Ubu | Lien permanent | Commentaires (18) |  Facebook |

Commentaires

Croire qu'on est privilégié... est déjà un privilège! Chèr Ubu,
Pour les livres, une idée qui était exploitée par un prof de Français du secondaire il y a très longtemps...
Il avait divisé la bibliothèque de sa classe(il enseignait le Français aux trois dernières années) en trois parties.
La partie supérieure était destinée aux rhétoriciens, la seconde et la troisième aux "moins grands".
Comme par hasard, la partie réservée au "petits" était la moins achalandée...
Ici, l'astuce: les élèves les plus "mûrs" pouvaient lire des livres "qui n'étaient normalement pas de leur âge", ce qui était considéré comme un honneur (!) et le prof réfléchissait toujours avant de prêter un tel livre.
Comme je n'ai jamais vu de cas où il refusait, j'en ai déduit (bien plus tard) que c'était un moyen de motiver...
Amitiés.

Écrit par : Armand | 09/10/2005

bonjour, lecture utile, perdu raton laveur je me permets de laissr ce message( utile) car j'ai un raton laveur qui s'est enfui.Si jamais vous le voyez passer à u endroit bizzaroide, merçi de me prevenir

Écrit par : cruella | 09/10/2005

lecture quand tu nous tiens. J'aime beaucoup ton texte. Les deernières années, mes lectures étaient centrées sur mon travail, vraiment "utilitaires". J'aivais perdu le goût de la lecture. J'ai laissé passer le temps et maintenant, cela redevient un plaisir...
Bisous

Écrit par : Madeleine | 09/10/2005

le droit de ne pas lire J'ai toujours aimé la lecture. A 6 ans, je cassais les pieds de tout le monde en lisant à haute voix tout ce qui passait sous mes yeux...au début les parents sont fiers, puis au bout d'un moment ça doit lasser un peu. Bref, j'aime lire. Mais pas tout, et c'est mon droit.
Ce droit a été bafoué lorsqu'un prof nous avait obligé à lire "La nausée" de J-P Sartre. Après avoir lu difficilement 10 pages j'ai renoncé, le livre ne me plaisait pas du tout.
Le travail consistait à en faire une analyse et un résumé, que je n'ai pas pu faire, n'ayant pas lu l'ouvrage. Le prof n'a pas compris, du moins pas tout de suite...après m'avoir collé une bulle je lui ai proposé d'aller ensemble nous expliquer devant le préfet. Le prof a accepté, se disant que j'en tenais une couche!
J'ai expliqué au préfet que je ne méritais pas un zéro puisque je n'avais pas lu le livre "imposé" alors que d'autres avaient obtenu une note positive pour avoir recopié le travail d'un ancien...ce que la plupart avaient fait (tout le monde l'a déjà fait).
J'ai eu le DROIT de lire un autre livre, au choix, et d'en faire l'analyse et le résumé.
Comme quoi, il y a tout de même parfois une justice à l'école.

Écrit par : Gregg Le Rouge | 09/10/2005

salut ubu je passsaie par la , j'ai du retard de te lire alors j'ai tout sauve et je vais lire tout ca au lit
si tu aime aziza mustafa zadeh ,,,, t'es mon copain !

Écrit par : zelda | 09/10/2005

Je veux bien... Parier un million contre dix centimes que la bibliothèque de ton école n'a pas acheté les "Harry Potter" en nombre. Avec un ou deux exemplaires, on ne va pas loin.
Pour une fois que les gosses lisent un bouquin sans qu'on leur demande, faut sauter sur l'occasion ! De plus, il paraît que la traduction est excellente.
Je me souviens qu'à 14 ans, je dévorais Stéfan Zweig et Hervé Bazin. Je ne comprenais pas tout mais... je lisais. Pendant ce temps-là, en classe, on se tapait Corneille, Racine, Boileau, Bossuet, Montesquieu et autre humoriste...
Je suis persuadé que l'illettrisme, en dehors des errances du système scolaire, provient surtout du milieu familial. Il faut une sacrée dose de courage à certains gosses pour s'en sortir. Chapeau à ceux qui y arrivent !
Qu'est-ce qu'elle fout notre ministre (Ch. Vienne) de l'Egalité des chances ?
Amitiés.

Écrit par : rhadamanthe | 09/10/2005

le goût des livres c'est un enseignant qui me l'a donné; j'avais 11 ans et depuis, je n'ai rien trouvé de mieux. Je le remercie implicitement chaque fois que je tourne une page, environ 20 fois par jour. S'ils étaient tous comme lui....

Écrit par : fun | 10/10/2005

Bonjour furtif ;)) Cher Armand,
Excellente idée si ce n'est que je voyage d'un local à l'autre ;) J'estime préférable de stabiliser les plus jeunes dans un local où ils pourront disposer d'outils en classe. Mes élèves sont plus costauds et débrouillards ;) Ce qui relève, quand même, d'un problème technique : l'imposibilité horaire d'attribuer une classe à chaque prof... Mais j'ai une armoire de référentiels : bien utile !

Chère Cruella,
Raton laveur retrouvé : s'était réfugié dans un poème de Prévert. Paraît que quelqu'un voulait le transformer en couvre-chef pour un mec du Tenessee ;)

Chère Madeleine,
Je vais aborder la lecture utile d'ici peu. Ravi d'avoir de tes nouvelles ;))

Cher Gregg,
Je fais justement lire "La nausée" à mes élèves de rhéto :)))) Plus sérieusement, il y a obligation d'une lecture commune chaque année dans les programmes : une obligation parmi d'autres. Et nous sommes obligés de nous soumettre à cette prescription, même si nous l'aménageons... Les programmes sont très contraignants, après avoir été notablement incomplets...

Chère Zelda,
Je l'ai dit en commentaire, je trouve "Pas mal" ce qu'elle fait. Mais ne me transforme pas en fan pour autant : je viens de découvrir ;))

Cher Rhadamanthe,
Attention à ne pas céder aux modes : nous avons un exemplaire des Harry Potter en bibliothèque et cela suffit bien... Je dois encore être le cas qui ne les a pas lu :))) Par contre, nous essayons de maintenir une certaine diversité lors des achats . Ce qui est étonnant, c'est l'envie de certains élèves de lire des classiques : d'une classe à l'autre, ce ne sont pas les mêmes ouvrages qui attirent mais les classiques sont souvent identifiés comme étant le bon choix, dont les courts romans de Zweig, qui ont enchanté mes élèves. Parfois à mon grand désespoir : d'ailleurs, je n'impose pas Corneille ou Bossuet en classe. Trop chiants... Le programme, lui...

Chère Fun,
Le goût de la lecture ? C'est possible, quand le patrimoine ne devient pas trop encombrant ;)) ET ton plaisir d'écrire, même origine ? ;)

A bientôt

Écrit par : Ubu | 10/10/2005

°] J'ai étanché ma première
soif de lecture à l'eau des Vian.
Et c'était prévu au programme scolaire !

Écrit par : Melo | 10/10/2005

la nausée je comprends bien que les profs doivent suivre les programmes (ma mère est du corps en saignant aussi) et je ne dis pas que "La nausée" est un mauvais ouvrage (je ne peux pas me le permettre tout de même) mais je n'ai pas pu le lire...d'autres aiment.

Écrit par : Gregg Le Rouge | 10/10/2005

.... Le goût de la lecture, cela se communique mais quand tu vois déjà le nombre de parents qui se contentent de Ciné Télé Revue, pendant que les gosses restent scotchés sur la PlayStation... :-/

Écrit par : promethee | 10/10/2005

*** Bonjour Ubu
Le problème est assurément complexe... et donc ma réponse, si j'ai bien compris ton post, quelque peu désorganisée...
La "faute" de l'Ecole ne serait-elle pas une sorte de synecdoque? J'entends par là, ne "veut"-on pas faire passer le plaisr de l'apprentissage pour celui de la lecture? D'après Kant (comme tu le sais mon maître à penser), la raison éprouve un plaisir naturel à l'apprentissage et la compréhension... si c'est ce plaisir là que l'Ecole tente d'inculquer aux élèves, quoi de plus normal... (sur le fond, car dans la forme, la raison, qui est aussi liberté, n'aime pas nécessairement l'obligation...)
Ce qui m'amène au deuxième point: j'ai toujours aimé faire des fiches de lecture. J'en fait d'ailleurs encore continuellement. Non parce que c'est une bonne manière de communiquer le plaisir que j'ai pris à lire tel livre ou article, mais parce que le résumé de livre me paraît être le meilleur exercice de synthèse qui soit. Bien sûr, on pourrait "exiger" des élèves qu'ils apprennent l'art de la synthèse à partir de supports tels la télévision ou la bande dessinée, mais le livre présente l'avantage de compliquer l'affaire en faisant appel à la mémoir longue...
En résumé: la lecture doit rester obligatoire à l'école. Pour son aspect éducatif en ce qui concerne la faculté de synthétiser, et par extension, celle de porter un jugement complexe et de se former un esprit critique (ce que, tu me le concèdera, les mathématiques ne peuvent jamais faire...). Si daventure l'élève prend plaisir à observer son entendement qui fonctionne, à se voir évoluer et retirer un enseignement de ce qui paraissait être un exercice imposé, inutile et fastidieux, alors la victoire est totale :-)

Écrit par : gorgo | 10/10/2005

... quel plaisir... quand ils ont pris plaisir... parce que ça arrive... quand même... encore... de temps en temps...

Écrit par : paikanne | 10/10/2005

... Personnellement, je lisais peu durant mon enfance. Moralité : deux romans publiés, le troisième en route. J'allais peu au théâtre. Moralité : 10 pièces, quelques prix... Dans la vie, rien n'est acquis, rien n'est perdu... :)

Écrit par : aldagor | 10/10/2005

Plein de lecteurs ? ;))) J'ai un peu la tête ailleurs : je préfère attendre un peu pour répondre à chacun de vous. Merci de votre passage ;)
A bientôt.

Écrit par : Ubu | 11/10/2005

lecture Oui lire doit rester un plaisir et l'apprentissage à ce niveau est si important, faut il donner le gout de lire ou apprendre à tout prix? Mon fils est en première maternelle et je le vois depuis le 1er septembre apprendre des mots par coeur, il doit en mémoriser l'image car on apprend plus à lire , on apprend à reconnaître des mots, il apprend donc par coeur des mots qu'il ne sait pas lire. Et sur un mois il y en a déjà une bonne trentaine dans sa petite boite. Est-ce le bon système? Je ne sais pas, mais j'ai du mal à comprendre et à lui expliquer.

Écrit par : Annick | 12/10/2005

Degré de vraisemblance... Chère Annick,
Je vais déjà te donner un inconvénient de la méthode: l'orthographe et la grammaire perdent leur âme dans l'histoire!
Cela s'apparente à ce qu'en traitement des images, on appelle "degré de vraisemblance" (à partir d'un certain nombre de similitudes, on déclare qu'on a affaire à l' "objet"), mais ici, il n'y a pas redondance d'informations...
Conclusion: pourquoi faire intelligent quand on peut faire stupide?
Amitiés.

Écrit par : Armand | 12/10/2005

Bonjour ;) Cher Melo,
Quand j'évoque "L'écume des jours" à mes élèves, il me prennent pour un cinglé : on vit "une époque formidable" ;)

Cher Gregg,
Mes élèves sont nauséeux : ça marche ! :)))

Cher Prométhée,
C'est bien la différence entre un univers que l'on recrée et une image qui s'impose. Mais les jeux ont toujours existé : varions les loisirs. C'est leur prépondérance qui m'inquiète, tout comme cette argumentation qui se résume à "C'est mon choix"...

Cher Gorgo,
Le pari (et je ne suis pas un pascalien ;))) du prof est de permettre à des élèves qui se croient blasés de découvrir leurs ressources insoupçonnées, y compris en leur rappelant qu'ils peuvent être intelligents, s'ils veulent s'y essayer... Et s'ils acceptent de se confronter à ce qui, forcément, les dépasse encore... Le pire échec, c'est de renoncer.

Chère Paikanne,
Quel plaisir quand ça marche ! Je me souviens de travaux sur "Pereira prétend" de Tabucchi : je fondais presque ;))

Cher Aldagor,
Les parcours de lecteur sont variables, comme les rencontres : je me suis aperçu, avec le temps, que mes préférences allaient vers les goûts de cette prof absolument bordélique qui m'avait emmerdé en cinquième tandis que le prof convaincant de ma rhéto a perdu son maquillage pompeux ;)

Chère Annick,
Il n'y a pas de bon système : la lecture est un geste individuel. Pour l'apprentissage, on constate que la tendance est à un mélange des méthodes : l'une privilégie l'analyse, l'autre, celle que tu évoques, l'identification. La première mettra en place les mécanismes qui seront privilégiés dans l'apprentissage scolaire : les autres doivent-ils être négligés pour autant ? En fait, c'est plutôt la question de la transition d'une lecture à l'autre que tu poses : ne faudrait-il pas accepter deux formes d'apprentissage, au moins, puisqu'il y a diverses formes de mémoires ?

Cher Armand,
Pas sûr que ce modèle soit moins bon que le précédent : il est simplement moins adapté à une manière de concevoir dominante. Mais il a l'avantage de poser la question du passage du concret à l'abstrait avec de nouveaux paramètres... Ce qui est inquiétant, c'est que ce genre d'expérimentation pose de gros problèmes aux gosses : ainsi, le système Decroly a son intérêt mais semble peu disposer à la culture scientifique et à la rigueur analytique. ..

A bientôt

Écrit par : Ubu | 19/10/2005

Les commentaires sont fermés.